Yangguizi · 17 mai 2007 ŕ 12:58 · 17 photos 79 messages · 25 participants · 23 469 affichages | | | | 17. Les roublards
En Ouzbékistan oů le rouble n'a plus cours depuis une quinzaine d'années, les roublards forment une minorité non négligeable, concentrée autour des lieux touristiques et des pigeons qu'ils entourent de toutes les attentions. Un peu hors du pays réel, on les trouve dans certains hôtels et restaurants et au volant de certaines voitures, et partout oů les porte-portefeuilles ont l'habitude de se présenter.
Les premiers que j'ai rencontrés étaient dans l'hôtel de Samarcande, dont le guide Lonely Planet recommandait de se méfier dčs lors qu'il s'agissait de compter son argent. Le truc est apparemment de prétendre qu'il manque un ou deux billets de 1000 sums dans la liasse qu'on leur tend pour payer. Comptant sans doute sur la naďveté des porte-portefeuilles, ils espčrent que ceux-ci leur accorderont une présomption de bonne foi et tendront le billet prétendűment manquant. Ayant décelé la supercherie en la voyant compter les billets, j'ai suggéré de recompter ensemble avec un grand sourire (car je savais que le recomptage me donnerait raison). La patronne, gęnée, me dit qu'elle s'était peut-ętre trompée, que ça arrivait parfois en raison du nombre de billets, avant de reconnaître son "erreur" une fois ceci fait.
Au début réticents ŕ l'idée de me donner des informations précises sur les billets de train ŕ destination de Boukhara, ils insistaient pour que j'embarque dans la voiture du mari deux jours plus tard car ce serait plus pratique. Et ça ne me coűterait que ***** sums, prix d'ami bien sűr car il ne couvrirait męme pas les frais du Monsieur. Le prix était stupéfiant car incroyablement supérieur aux prix du marché, mais cela n'avait pas l'air de les déranger. J'ai dű insister pour leur faire comprendre que je préférais de toute façon prendre le train, ne pas avoir ŕ attendre deux jours, et, par la męme occasion, payer beaucoup moins cher mon trajet.
Oubliée aussi la promesse de me garder une chambre au męme prix pour ma derničre nuit, car un groupe de personnes âgées avait investi l'hôtel et m'avait obligé ŕ changer de chambre. Ces gens-lŕ aimaient manifestment beaucoup l'argent.
Les chauffeurs de taxi n'étaient pas en reste non plus, comme celui qui m'avait emmené ŕ Shahrizabz. Car si le prix que j'avais négocié aurait sans doute été correct si j'avais été seul dans le véhicule, il ne tenait pas compte du fait qu'aprčs avoir fait 50 mčtres, 3 personnes sont montées ŕ bord et n'ont évidemment pas déboursé un centime pour la course. L'Etranger avait payé pour tout le monde, et la barričre de la langue, plus absolue que jamais dans ces circonstances, m'empęchait d'exposer mes arguments pourtant tous simples. Et que dire du roublard qui m'avait emmené de la gare de Boukhara au centre-ville pour un prix donné, et avait commencé ŕ s'énerver ŕ l'arrivée (aprčs s'ętre perdu pendant une heure car il ne connaissait pas la ville) car il réclamait le triple de ce qui avait été négocié sans la moindre ambiguďté. Chauffeurs de taxi du monde entier, unissez-vous pour ferrer le pigeon!
Le prix ŕ la tęte du client est une donnée constante dans le pays, et la tęte d'étranger suscite évidemment de nombeuses convoitises. Ahmed l'afghan avait assisté amusé ŕ mon achat d'un jus de fruit dans une échoppe, pour me dire (mais trop tard) que les ouzbeks se disaient entre eux "c'est un étranger, il est riche, tu peux lui faire payer le double" sans se douter qu'Ahmed les comprenait. De toute façon, męme lui, malgré son origine et sa connaissance du farsi payait souvent le prix pour étrangers.
Cela frise męme parfois la caricature dans les restaurants touristiques de Boukhara et Khiva, oů on se fait servir de la nourriture parfois immonde et du pain rassis de plusieurs jours pour des prix astronomiques.
Quel dommage quand męme qu'ŕ côté d'une population généralement aussi gentille et accueillante, coexiste une culture omniprésente de l'arnaque et du prix surévalué. | | | Annonce · Sponsorisé | | | 18. Les gens du rail
Les architectes russes m'avaient dit le plus grand bien de ce mode de transport, et j'ai donc décidé de suivre leur conseil et de partir ŕ la gare m'acheter un billet de train la veille de mon départ. La gare de Samarcande est intimidante. Immense et vide en temps normal, peu de trains y passent, ce qui n'empęche pas ses bâtisseurs d'avoir fait sortir du sol un ensemble monumental. Comme j'ai été absolument incapable d'expliquer au caissier de service du premier coup, ni du deuxičme, ce que je voulais, c'est finalement par petits bouts de papiers interposés que nous avons fait affaire. J'avais le choix entre trois classes pour rejoindre Boukhara, la premičre classe la moins chčre étant a priori la moins luxueuse, et la troisičme la plus onéreuse offrant sans doute plus de confort. J'ai trouvé ce classement bien original, mais comme preuve de mon permanent état d'indécision, j'ai donc opté pour la deuxičme classe, certain ainsi de ne pas me tromper lors de l'embarquement. J'étais plutôt satisfait de ma réussite, d'autant que pour une fois, j'avais apparemment payé le juste prix pour aller ŕ la gare et en revenir.
Le lendemain vers midi, je suis donc revenu ŕ la gare peu avant le départ, et, une fois sur le quai, ai demandé au personnel ferroviaire oů était mon wagon. C'est dans un wagon de premičre classe qu'on m'a orienté. J'avais bien retenu ma leçon de la veille, et savais donc que c'était dans la catégorie la moins chčre qu'on m'avait fait monter. Cela ne me dérangeait pas outre mesure, le wagon ayant d'ailleurs l'air aussi confortable que dans la plupart des trains corrects que j'avais connus de par le monde, mais j'en faisais une question de principe. Se faire arnaquer par un taxi privé passe encore, mais payer plus cher un billet de train, non, ça ce n'était pas acceptable. Hélas, il ne se trouvait personne dans ce train ni cette gare pour parler le moindre mot d'anglais, et j'ai été absolument incapable d'expliquer que je ne comprenais pas pourquoi j'embarquais dans un wagon de premičre classe avec un billet de deuxičme classe. Je suppose que quelques employés plus intelligents que les autres ont malgré tout compris ma récrimination, mais ils ont dű faire semblant de ne pas entendre. De toute façon, apparemment tous les wagons de ce train étaient de premičre classe, et j'avais donc tout simplement payé pour quelque chose qui n'existait męme pas. Ou alors la premičre classe était vraiment une classe supérieure comme on l'entend en France, et j'ai été surclassé, mais ça m'étonnerait quand męme. J'ai donc décidé de mal le prendre et de faire la gueule pendant ce voyage, surtout quand je me suis retrouvé ŕ côté d'une maman et de son lardon dans les bras. Ce dernier a heureusement été plutôt calme et sa maman a su faire le nécessaire quand il s'est oublié.
J'ai donc passé une bonne partie de ces trois heures de trajet ŕ regarder le paysage au travers de la vitrine, guettant le moment oů la steppe se transformerait en désert, et vice versa. En fait, si la steppe d' Asie Centrale correspondait exactement ŕ l'image que je m'en faisais, j'ai été plutôt étonné de l'absence de désert véritable. J'ai donc sorti ma bible de mon sac ŕ dos pour la consulter avec frénésie. Non pas le guide de voyage que j'avais emporté avec moi, mais l'ouvrage d'histoire géopolotique de Gérard Challiand intitulé "les empires nomades", et qui avait contribué ŕ forger ma fascination pour l'histoire de l' Asie Centrale une dizaine d'années plus tôt.
Tandis que mon lecteur mp3 me faisait écouter le seul air digne d'ętre écouté en ces circonstances ("Dans les Steppes de l' Asie Centrale" de Borodine), je feuilletais mon livre - qui avait été inondé dans mon sac ŕ dos par un jus de fruit mal refermé, pour son baptčme en Asie Centrale - pour retrouver le passage oů Gengis Khan avait envahi l'Empire du Kharezm en 1220. Voilŕ, j'ai bien retrouvé ce passage qui m'avait marqué car, ŕ cette époque oů l'histoire des techniques militaires d' Asie Centrale me passionnait, j'avais été subjugué par le modernisme de ses tactiques d'invasion, en fait identiques ŕ celles que les nazis allaient soit disant inventer plusieurs sičcles plus tard pour conquérir l'Europe.
Nous avons donc un conquérant inférieur en nombre, mais avec des troupes extręmement mobiles et concentrées, capables d'enfoncer n'importe quel front. Son arme de pointe, le cavalier archer des steppes, est inégalée. En face, le Shah du Khorezm aligne des troupes peu entrainées, essentiellement massées le long d'une ligne de défense naturelle, le fleuve Syr Daria, délimitant plus ou moins la frontičre nord de son empire. Un obstacle naturel réputé infranchissable, le désert du Kyzyl Koum est en revanche dégarni, car aucune vague d'invasion n'est jamais passée par lŕ. Suite ŕ une provocation du gouverneur du Ferghana, Gengis Khan décide d'en finir avec cet Empire aux avants postes du monde civilisé. Pour ce faire, il envoie une partie de ses troupes lŕ oů elles sont attendues, provoquant de lourdes pertes parmi l'armée du Kharezm. Mais il ne s'agissait que d'une manoeuvre tactique, la véritable vague d'invasion ayant réussi ŕ traverser le Kyzyl Koum et se retrouvant ŕ portée d'artillerie (de flčches) des capitales impériales qu'étaient Boukhara et Samarcande, soit exactement lŕ oů je me trouvais au moment oů je lisais ces lignes. Mais oů était donc ce désert? La géographie humaine n'a apparemment pas été la seule a ętre bouleversée pendant tous ces sičcles. Le Kharezm complčtement pris au dépourvu et dont le gros des troupes a été contourné n'a pu protéger ses villes et l'Empire s'est progressivement effondré, malgré une fuite des autorités plus loin du front. La propagande efficace des mongols a fini le travail en démoralisant également les populations civiles. Ce récit que vous aurez peut-ętre trouvé fastidieux est pourtant dans les grandes lignes exactement le męme que celui des blindés allemands attaquant d'abord la Belgique pour tromper une France aveuglément retirée derričre sa ligne Maginot, sans avoir protégé la frontičre des Ardennes, réputée infranchissable. La suite, tout le monde la connait. Je ne peux pas croire que les généraux allemands ayant préparé ce plan d'attaque ne se soient pas documentés sur l'histoire de cette région, tant les ressemblances sont troublantes.
Mais ces considérations historiques ont laissé place ŕ une curiosité plus naturelle tandis que nous approchions de Boukhara oů nous sommes arrivés ŕ l'heure prévue. | | | Bonjour Yangguizi,
Le texte est passionnant, mais ça manque de photos. Tu as tout donné ŕ Ahmed ?  | | | 19. Les groupes de touristes
Encore plus que Samarcande, Boukhara m'a donné l'impression d'une ville envahie par les groupes de touristes, essentiellement des personnes âgées venues de France, d' Italie ou d' Autriche. A ce qu'on m'a dit, les français sont d'ailleurs devenus le premier contingent de touristes étrangers il y a quelques années. Les groupes organisés pour leur part représentent une majorité écrasante de ces touristes. Il y a aussi bien entendu de nombreux touristes ouzbeks qui visitent leur pays, mais ceux-ci font plus facilement partie du paysage, et il est d'ailleurs trčs agréable d'échanger avec eux et de poser de temps en temps en photo.
Difficile donc d'évoluer dans la vieille ville de Boukhara sans croiser ces groupes, toujours précédés d'un guide en général parlant bien leur langue, et leur racontant tout ce qu'ils ont ŕ savoir sur l'histoire des pierres qu'ils sont en train de visiter. Je suppose que la plupart d'entre eux oublieront 90% de tout cela dčs qu'ils auront mis les pieds hors du pays, mais chacun aura rempli sa part du contrat: le guide aura méticuleusement fait son travail, tandis que le touriste aura déployé tous les efforts humainement possibles pour s'informer sur le pays qu'il visite, le guide se chargeant naturellement de veiller ŕ ce qu'aucun contact authentique avec le pays réel ne s'établisse. Comme il était amusant de voir des ouzbeks - touristes ou locaux - tenter d'échanger quelques mots avec eux, ŕ la plus grande joie des intéressés, tandis que le guide les pressait de ne pas perdre de temps pour aller voir le monument suivant et respecter l'emploi du temps trčs serré concocté par le tour operator. Quelle tristesse de voyager comme cela, et de passer ŕ côté du meilleur de ce que l' Ouzbékistan a ŕ offrir, sans peut-ętre męme le soupçonner. Restaurants réservant leurs plus grandes tables et boutiques de souvenirs attendant le chaland de pied ferme, la ville entičre semble les attendre, et il faut bien reconnaître que les touristes individuels ne bénéficient pas des męmes attentions mais c'est évidemment beaucoup mieux comme ça. C'est une raison de plus d'aller ŕ la rencontre du pays réel.
A chacun sa façon de voyager bien sűr, et j'ai męme eu ŕ quelques occasions des discussions plutôt intéressantes avec certains d'entre eux qui préféraient s'asseoir dans un coin tandis que leurs collčgues parcouraient des medersas en buvant les paroles de leur guide. Ils avaient l'air surpris que l'on puisse facilement, toutes proportions gardées, voyager de maničre autonome dans ce pays, et, qui sait, entretenaient peut-ętre des regrets de ne pas l'avoir fait.
Boukhara est donc la ville idéale pour eux. Son richissime passé et son patrimoine architectural, peut-ętre encore plus fabuleux que celui de Samarcande; en font la ville-musée idéale, avec męme de vrais habitants dans les rues de la vieille ville. Et pourtant, j'ai préféré Samarcande, dont les vestiges du passé se fondent dans une ville réelle, ŕ la fois moderne et ancienne, et beaucoup plus débordante de vie. C'est un sentiment que j'ai ressenti dans chaque nouvelle ville ouzbčke que j'ai visitée, un sentiment de malaise et de désintéręt tout d'abord, qui laissait place progressivement ŕ une phase d'apprivoisement puis un véritable coup de coeur ŕ chaque fois. Tachkent, Samarcande, Boukhara, Khiva, Nukus, toutes sont passées par ces différentes phases. A Boukhara, c'est ce calme absolu uniquement troublé par les allées et venues des touristes qui m'a d'abord dérangé, avant que je n'arrive ŕ cerner la ville dans son ensemble, et ses prolongements dans la ville moderne qui l'entourait. Toutefois, si je pense avoir apprécié ŕ leur juste valeur les merveilles architecturales de la superbe Boukhara, mon coup de coeur restait pour Samarcande, sans doute moins déconcertante pour un citadin plus habitué ŕ ce genre de ville. Malgré tout, la vue panoramique du sommet de l'emblématique Minaret Kalon reste inoubliable, et est sans doute mon plus beau souvenir de cette ville, d'autant plus que je m'y suis retrouvé seul.
Je ne peux toutefois pas m'empęcher de pester contre la systématique double tarification ŕ l'entrée de chaque monument. Ce qui me gęne n'est d'ailleurs pas dans le principe en lui-męme, plutôt bien répandu dans le monde, mais la maničre qu'ont les gens de refuser de l'admettre. Pourtant, quand un vendeur de tickets a sous les yeux des liasses entičres de tickets ŕ 250 sums, on ne peut que s'étonner de payer 10 fois plus cher. Quasiment personne n'a osé me dire que c'est le tarif étranger que je devais payer, et on me disait la plupart du temps que 250 était le tarif pour les enfants, les enfans ouzbeks m'avouait-on parfois. Note de voyage importante: les ouzbeks semblent vieillir trčs vite, puisque męme quand ils paraissent avoir 30, 40, 50 ans ou plus, ils sont malgré tout mineurs et paient donc le tarif enfants. Les pauvres, qu'est-ce que cela donnera quand ils grandiront... | | | En fait je n'ai pas encore sélectionné lesquelles des 1700 photos que j'ai prises mériteraient d'ętre postées.  Je suppose que conformément ŕ mon habitude, je les mettrai ŕ la fin. | | | Déjŕ emballée par ton carnet de voyage en Corée du Nord, je suis aujourd'hui complčtement fascinée par ton récit sur l' Ouzbékistan oů j'envisage un voyage l'an prochain. Comme d'habitude, c'est bien écrit, intéressant, avec une approche originale. Continue ! | | | bonjour, petite précision ŕ la lecture de ton texte sur le registan, ce qui apparait comme des imperfections architecturale, sont en fait des constructions parfaitement volontaires. Les architectes ont exacerbé les effets de perspectives, notamment quand on se situe au centre de la place, l'aspect monumental des facades et leur équilibre parfait résulte d'une géométrie constructive subtile et parfaitement maitrisé, les façades sont légčrement courbes, les minarets son penché vers le centre de la place, les façades légerement incliné vers l'avant etc.... En dessinant sur place c'est assez flagrant. de męme pour les façades intérieurs des medersa, cet art n'a qu'un but: accentuer l'effet imposant des construction, sublimé les monuments en afirmant la suprématie de la religion sur la socičté.
je retourne ŕ la suite du récit... rafa | | | Bonsoir, bonjour,
Yangguizi, je ne sais comment vous le dire ! Je suis sous le charme, moi qui n'avais jamais envisagé d'aller en Ouzbékistan, je me prends ŕ me dire et pourquoi pas.
Vous nous faites tellement ressentir votre propre fascination et votre émerveillement qu'on a envie d'aller vérifier sur place.
Mais pour retenir l'attention des lecteurs et les laisser haletants pour la suite, il faut aussi que la forme y soit. Et c'est lŕ que réside votre force: un style, une rédaction que de nombreux professionnels de la profession (d'écrivain) pourraient vous envier.
Mais vous écrivez, je veux dire dans la vie de tous les jours, n'est-ce pas ?
Danielle | | | Merci ŕ tous pour vos commentaires, ça me fait trčs plaisir. C'est vrai que j'ai été émerveillé par ce pays, et que dčs lors, il n'est pas bien difficile de lui rendre hommage. Et si j'écris effectivement dans ma vie de tous les jours, c'est uniquement du blabla professionnel qui barberait vite les non initiés dčs les premičres lignes. 
En ce qui concerne le Registan, j'avais effectivement compris que les imperfections étaient volontaires, comme pour la mosquée d' Ispahan. Désolé d'avoir été imprécis. | | | Ŕ: Yangguizi · 21 mai 2007 ŕ 14:55 · Modifié le 21 mai 2007 ŕ 15:31 Re: Portraits d' Ouzbékistan Message 30 de 79 · Page 2 de 4 · 3 398 affichages · Partager 20. Les vendeurs de Boukhara
C'est ŕ la densité de vendeurs de souvenirs ŕ l'hectare que l'on mesure la popularité d'une ville touristique, et d'aprčs ce critčre, il semblerait que Boukhara soit la préférée des visiteurs étrangers.
Rares sont en effet les monuments et sites historiques de la ville qui n'en hébergent pas et il pourrait ętre intéressant d'en tenir une liste exhaustive. La grande Mosquée Kalon, contigüe au Minaret Kalon, ainsi que la splendide nécropole de Chor Bakr ŕ l'écart de la ville me viennent ŕ l'esprit, cette derničre m'ayant d'ailleurs particuličrement marqué car il m'a semblé y reconnaître une scčne du documentaire "Retour ŕ Samarcande" dont je parlais au début de ce récit. Bref, il doit y en avoir d'autres, mais ils ne sont pas légion. En ce qui concerne le reste de la ville historique, et bien ce n'est ni plus ni moins qu'un gigantesque bazar qui a męme gagné les antiques medersas oů l'on dipsensait autrefois toutes les lumičres de la civilisation islamique ŕ son apogée. Inutile de s'étonner lorsqu'ŕ certains emplacements désignés sur la carte de la ville on ne trouve rien d'autre que des marchands de céramiques ou d'étoffes, car c'est bien la seule chose qu'il y ait désormais ŕ y voir. Les temps ont bien changé... et le fantôme d'Omar Khayyam plus discret que jamais.
Impossible donc de ne pas côtoyer les vendeurs de Boukhara, qui sont probablement les mieux rodés et les plus efficaces du pays, ainsi qu'accessoirement les mieux approvisionnés en souvenirs de toutes sortes. Jusqu'au bout j'ai réussi ŕ parer leurs assauts les plus insistants et leurs salamalčques les plus obséquieuses jusqu'ŕ ce que, finalement, je me décide ŕ acheter une peinture dont je m'étais dit qu'elle irait bien dans mon bureau. Mais avant cette capitulation, que de luttes vaillantes ont été menées de part et d'autre!
Une premičre vague d'assaut a eu lieu dčs la premičre heure aprčs mon arrivée, orchestrée par des gamines ayant établi leur quartier général prčs du Minaret Kalon. Anglophones et męme francophones pour certaines, elles occupaient un lieu de passage éminemment stratégique car il était trčs difficile de l'éviter pour rejoindre certains sites et parties de la ville. Les premiers assauts furent habilement esquivés de ma part, en adoptant une technique dite procrastinatrice, c'est-ŕ-dire remettant ŕ plus tard mes futures visites de leurs "boutiques". Efficace sur le court terme, cette technique est cependant catastrophique sur le long terme, car l'ennemi est savamment embusqué et ses attaques redoublent d'intensité ŕ chaque barrage, jusqu'ŕ ce qu'un choc physique finisse par se produire: "si tu ne m'achčtes rien aujourd'hui, je vais te casser la gueule"... "ta mčre!" argumenta en français l'une d'entre elles en m'écrasant les pieds pour empęcher toute fuite. Cette technique d'usure alternant fuite simulée et harcčlement en embuscade était caractéristique des attaques nomades en Asie Centrale contre un ennemi souvent supérieur en nombre et sűr de lui. Je vois qu'elle a encore des adeptes.
D'autres, plus fins, ont fait le pari d'apprendre le français de maničre intensive et de parler couramment notre langue, en sachant qu'un tel investissement peut ętre facilement rentabilisé vu le nombre de touristes français nomadisant dans la ville. Cela permet au moins d'avoir de longues conversations intéressantes avec eux, comme cela fut mon cas avec Ulug Beg en personne (non pas le célčbre prince astronome, mais son homonyme vendant quelques souvenirs dans la citadelle de l'Ark).
Et puis il y a les traditionnels cheap cheap, look look et good price ponctuant le passage du moindre facičs occidental (accompagné d'un rapide et souple déplacement physique et de techniques d'embuscade encore plus agressives lorsque l'occidental se déplace en troupeau).
Pour ma part, j'avais choisi d'entrer et de pręter attention ŕ l'une des rares boutiques qui ne donne pas dans ce genre de démarchage, d'autant plus que ses nombreux pin's de Lenine et autres décorations soviétiques ŕ l'extérieur laissaient présager d'intéressants développements pour ma collection d'artefacts communistes. Finalement rien ne s'est fait car le bonhomme se montrait inflexible lors des négociations, ne cédant que quelques centimčtres de terrain alors qu'une vaste étendue désertique séparait nos vues. Tant pis pour lui et tant mieux pour moi, puisque j'ai retrouvé les męmes ŕ Tachkent pour cinq fois moins cher et une semaine plus tard, sans męme négocier. Je suppose en fait que c'était la męme chose pour tout ce qui s'achetait et se vendait dans ce quartier de Boukhara. | | | 21. Les expatriés français
C'est par le plus grand des hasards que nous nous sommes adressés la parole, un hasard d'autant plus intéressant que ce sont des specimens quasiment uniques ŕ Boukhara. Une espčce tellement rare que j'avais męme entendu parler d'eux avant de les rencontrer: un couple d'expatriés français dirigeant une usine dans la région de Boukhara.
Nous avons passé une bonne partie de l'aprčs-midi ŕ discuter de leur vie en Ouzbékistan, de leurs déceptions, nombreuses, et de leurs coups de coeur, nombreux eux aussi. Bref, leur discours était trčs instructif, d'autant que le parallčle avec la vie et le travail en Chine que je ne manquais pas de faire révélait parfois de surprenantes ressemblances. Mais s'il fallait en tirer une conclusion, ce serait que si l' Ouzbékistan est bel et bien un pays merveilleux pour les vacances, il peut rapidement se transformer en cauchemar dčs lors qu'il s'agit d'y travailler avec un objectif de rentabilité.
Cette fourberie détectée chez de nombreux ouzbeks prend bien entendu des proportions considérablement plus importantes, parfois jusqu'ŕ l'excčs comique, dčs lors que des investissements plus lourds qu'une simple course en taxi ou l'achat d'une étoffe sont en jeu. A ce petit jeu, les ouzbeks ont développé une culture, ŕ défaut d'une véritable adresse, qui laisserait probablement de nombreux chinois sur le carreau, c'est dire... Et quand ŕ cela il faut aussi ajouter une administration aussi toute puissante que corrompue et imprévisible, ainsi qu'un systčme juridique pour ainsi dire inexistant, on ne peut qu'ętre admiratif devant ceux qui ont le courage d'accepter une mission quasi impossible. Et ils sont d'ailleurs de moins en moins nombreux, aux dires de ces français.
Car c'est bien de culture qu'il s'agit, l'homme d'affaires ouzbek qui réussit ŕ arnaquer son pigeon gagnant ainsi l'estime de ses collčgues et concurrents qui n'ont pas été aussi brillants. Et quand ça ne marche pas, et bien on essaie sur le suivant, il y en aura bien un qui finira par se faire avoir un jour. Cette passionnante discussion aura au moins eu le mérite de me faire prendre une importante résolution: je ne dirai plus jamais que la Chine est un pays difficile pour les affaires.
Pendant ce temps, nous nous promenions dans les rues touristiques et bien achalandées du vieux Boukhara, récoltant les quelques bons plans achats qu'ils partageaient de temps en temps avec moi, mais dont je n'ai pas vraiment cherché ŕ profiter par la suite. Ils connaissaient apparemment tout le monde car c'est bien dans ce quartier touristique que tout le monde vient se promener, étrangers comme ouzbeks. La ville nouvelle? On peut y vivre oui, mais il n'y a pas grand chose ŕ y faire d'aprčs eux, ce que mes incursions ultérieures tendent ŕ confirmer.
Puis ils m'ont vivement recommandé d'assister au défilé de mode et au spectacle qui se tient tous les soirs dans une des medersas adjacentes ŕ la place Lyabi Hauz, coeur de la vieille ville, et m'ont pistonné auprčs de la patronne pour me trouver une place.
Merci et bonne chance les amis, si jamais vous lisez ces lignes. | | | Ŕ: Yangguizi · 21 mai 2007 ŕ 16:35 · Modifié le 22 mai 2007 ŕ 10:36 Re: Portraits d' Ouzbékistan Message 32 de 79 · Page 2 de 4 · 3 367 affichages · Partager 22. La styliste du Turkménistan
Ce que l'on ne m'avait pas dit, c'était que l'on ne me laisserait pas payer le diner-spectacle et que j'allais avoir l'honneur de partager la table des deux maîtresses de la soirée, les deux dessinatrices de mode qui avaient élaboré les tenues des jeunes filles qui défilaient sous les yeux émerveillés des touristes. Bien que tout le monde n'ait pas été convaincu par cette alternance de danses traditionnelles en costume et de défilés en tenue mélangeant savamment tradition et modernité, j'ai été sous le charme de ces couleurs et de la grâce de ces jolis visages de Boukhara.
Mais j'ai éprouvé un plaisir bien plus grand encore en discutant avec les deux personnes qui m'avaient invité, dont seule l'une d'entre elles parlait un peu anglais. La dame ouzbčke qui organisait cet événement quotidien était certainement d'une grande gentillesse et devait avoir beaucoup de choses ŕ raconter, mais mon absolue méconnaissance des langues locales m'empęchait d'en profiter. Fort heureusement, elle avait ces jours-ci la compagnie de son amie turkmčne qui présentait aussi quelques modčles. Et bien qu'étant peu porté sur les paillettes du monde de la mode, je me réjouissais d'avoir enfin ŕ portée de dialogue une ressortissante du mystérieux Turkménistan voisin, sur lequel j'avais tant lu mais qu'une politique des visas excessivement restrictive m'empęchait pour l'instant de visiter comme je le souhaitais. Outre les commentaires laudatifs - sincčres - que je faisais sur son travail, j'avais bien entendu d'autres idées en tęte en engageant la discussion. Passionné de régimes totalitaires, et donc intéressé ŕ ce titre par le délirant culte de la personnalité voué ŕ Saparmurat Nyazov, dit Turkmenbashi le Grand, qui fut pendant une quinzaine d'années le maître absolu et demi-dieu du Turkménistan avant de rejoindre le monde des mortels en passant l'arme ŕ gauche il y a quelques mois, il était inconcevable que je dise au revoir ŕ la dame avant de m'ętre entretenu avec elle de ce personnage si charismatique. La principale difficulté de l'exercice était d'amener la conversation sur ce terrain, car la dame n'avait pas l'air trčs portée sur la politique. Finalement, elle m'en fournit une occasion inespérée en me montrant des photos d'oeuvres d'art préparées ŕ son attention par des artistes ouzbčkes, et dont deux d'entre elles n'étaient ni plus ni moins que des portraits de Turkmenbashi le Grand, qu'elle sembla prendre plaisir ŕ me dévoiler. Etait-elle une admiratrice et une fidčle de feu le Président comme je commençais ŕ le supposer et l'espérer, ou bien une simple citoyenne que ces excčs propagandistes intéressaient peu?
Je n'ai gučre eu la possibilité d'exploiter cette ouverture car la conversation reprit rapidement ses distances avec le personnage. Mais, fort heureusement, j'allais pouvoir sortir ma carte secrčte et parler discrčtement de politique, car nous étions le soir du 6 mai, le soir du deuxičme tour de l'élection présidentielle française, ŕ quelques heures ŕ peine de l'annonce des résultats. Je n'ai bien entendu pas pu m'empęcher d'évoquer cette échéance, espérant que par effet d'entrainement on en revienne ŕ parler de politique turkmčne. J'avais bien joué cette fois, car la styliste me lança une perche en me demandant quel était mon chef d'Etat préféré au monde. J'ai un moment hésité entre Kim Jong Il et Turkmenbashi le Grand, avant de finalement jouer la carte du conformisme en répondant Jacques Chirac. Cette réponse sensée me permit de lui retourner la question. Suspense... allait-elle citer son bien aimé Turkmenbashi? Je ne sais pas trop, mais certainement pas le Turkmenbashi en tout cas. Ah bon? Pourquoi? (demandais-je un peu déçu) Cet homme était fou, il a fait de notre pays un théâtre. Juste un théâtre.
Au moins c'était clair. Preuve de son évident manque d'intéręt pour la politique, elle n'a pas été capable de me citer le nom du successeur de Turkmenbashi le Grand, qui a, il est vrai, un nom imprononçable. Malgré tout, faisant étalage de mon maigre savoir sur les réalisations architecturales les plus connues, et les livres saints du Président (notamment le Ruhnama, égal de la Bible et du Coran), ainsi que de quelques uns des points fondamentaux de son culte (comme le nom de sa mčre), nous avons pu échanger quelques minutes sur le sujet, avant qu'elle ne conclue par un "parlons d'autre chose, la politique ne m'intéresse pas". Il est vrai que sa conversation était trčs intéressante et qu'il aurait été dommage de ne parler que de cela, mais je suis quand męme resté sur ma faim.
Ce n'est que quelques jours plus tard, ŕ Khiva, que j'ai recroisé le chemin du Turkmenbashi lorsque, recherchant des articles de propagande turkmčne dans toute la ville (voisine du Turkménistan de seulement une poignée de kilomčtres), j'ai fini par tomber sur la responsable de l'office du tourisme de la ville qui, passé le moment de surprise face ŕ une demande aussi saugrenue, fit en sorte de me procurer un magazine de propagande de 2005, non sans bien sűr avoir ponctué la remise du précieux ouvrage d'un "je le déteste". Le précieux magazine montrait, outre des photos du Grand Leader, des jeunes gens et des vieillards en costume lisant son livre saint sur toutes les pages, ainsi qu'un spectacle de mouvements d'ensemble de style trčs nord-coréen, dans un stade de la capitale Ashgabat. J'étais satisfait de mon acquisition. | | | 23. La jolie fourbe
Aprčs avoir pris congé des stylistes, je suis sorti de la medersa largement aprčs la tombée de la nuit et ai rejoint la grand' place, oů m'attendait une jolie étudiante qui m'avait fait promettre de la retrouver aprčs le spectacle, pour que nous discutions un peu en anglais. Moi, forcément, comme je ne refuse jamais une occasion de discuter en anglais dans ce pays oů ce n'est pas si facile que ça, j'avais consenti ŕ ce petit sacrifice ŕ la bonne tenue des relations franco-ouzbčkes.
Accompagnée de sa petite soeur, Fatima (ce n'est pas son vrai nom) me proposait d'aller nous balader dans la ville moderne de Boukhara, ce qui était une trčs bonne idée puisque je n'avais pas encore eu le temps d'aller l'explorer. La ville était évidemment quasi morte ŕ cette heure déjŕ avancée, mais de toute façon l'intéręt de pouvoir enfin discuter dans un anglais un peu plus soutenu que d'habitude, sans véritable barričre linguistique était largement supérieur aux hypothétiques merveilles que je ne supposais męme pas découvrir en chemin. Cette fille avait l'énorme défaut d'ętre élčve-guide, ce qui expliquait son niveau d'anglais correct et son besoin de montrer la ville ŕ des étrangers, mais nous nous sommes bien mis d'accord sur le fait que notre relation serait d'ordre strictement amical et qu'il était hors de question de déborder sur le plan professionnel. Fatima m'expliquait qu'elle n'était pas pressée de se marier, car dans un pays conservateur comme l' Ouzbékistan, il était probable que son mari, une fois qu'elle l'aurait choisi, ne l'autorise pas ŕ continuer ŕ faire ce métier et ŕ fréquenter des étrangers aprčs leur mariage.
Comme nous avons discuté un bon moment et que le contact est plutôt bien passé, Fatima me proposa de venir manger dans sa famille le lendemain ŕ midi, une proposition que j'ai naturellement acceptée, commençant ŕ bien apprécier la légendaire hospitalité ouzbčke. Mais avant cela, elle suggérait que nous allions d'abord prendre le thé chez elle pour que je vois d'abord sa mčre. Je regardais ma montre: le sacre de Sarkozy en direct ŕ la télévision était pour une heure et demie plus tard, et je pouvais donc me permettre cet ultime contretemps.
Sa famille habitait dans le coeur historique de Boukhara, et j'étais plutôt content de découvrir l'intérieur d'une de ces maisons simples comme il en existe encore beaucoup dans ce quartier un peu excentré par rapport aux monuments principaux. Cette petite maison n'était pas sans me rappeler celle de Fazli ŕ Samarcande, la sobriété de l'ameublement étant largement compensée par l'abondance de tapis dans la pičce principale. Ici aussi, une armoire et une télévision avec lecteur de DVD occupaient quelques pourcents de l'espace de cette pičce. Décelant ma curiosité pour la musique ouzbčke, Fatima se proposait de m'aider ŕ acheter quelques CD le lendemain. Une belle aubaine pour moi! Par interprčte interposé, sa mčre tenait ŕ s'enquérir de mes préférences alimentaires, me faisant répondre que je n'étais pas difficile et que quelque chose de trčs simple serait idéal pour ma ligne. Bref, encore un bel exemple de cette irréprochable hospitalité dont je me réjouissais ŕ l'avance de profiter le lendemain. Mais l'heure tournait, et je ne voulais pas abuser du temps de mes hôtes, et encore moins rater le début de la soirée spéciale sur TV5. J'ai proposé de prendre congé, et Fatima de me raccompagner vers la rue principale.
A peine dehors, elle passa ŕ la deuxičme phase de son plan sans doute bien rodé. Elle éveilla tout de męme mes soupçons avant l'heure en me proposant de me vendre pour une somme astronomique le DVD qu'elle m'avait montré chez elle. Je ne pouvais pas croire qu'un tel prix, égal voire supérieur ŕ ce qui peut se pratiquer en France, puisse uniquement couvrir ses frais. Manifestement, sa formation de guide - ŕ supposer qu'elle soit réelle - lui avait appris autre chose qu'ŕ instruire les touristes et ŕ communiquer en langue étrangčre avec eux. J'ai donc poliment décliné sa proposition, étonné quand męme de cette étrange manoeuvre.
Puis, au moment de se dire au revoir et ŕ demain, elle se lança ŕ l'eau: pourrais-tu me donner quelque chose pour demain? comment ça? oui tu sais, pour le marché, pour faire ŕ manger, il faudrait payer (cela m'a étonné, mais aprčs tout, dans d'autres pays ça ne choquerait pas vraiment) je comprends oui, pas de problčme. Combien te faudrait-il? combien tu veux donner? je n'en ai aucune idée, je ne connais pas les prix locaux. mais dis-moi quand męme un prix. et bien quand je vais au restaurant, je paie en général entre **** et **** sums, mais comme c'est un prix pour étrangers, je suppose que ça doit ętre moins cher en achetant sur les marchés. ah bon? En fait il faudrait que tu me donnes ***** sums (une somme bien plus importante) comment ça? Mais c'est beaucoup plus cher qu'au restaurant. oui mais tu dois inviter toute ma famille, c'est pour ça que c'est plus. ah? mais tu n'auras rien ŕ payer pour la visite de la ville que je peux te faire. mouais as-tu compris? je crois que j'ai parfaitement compris oui (une phrase dont elle n'a pas dű saisir le degré)
Bon, il s'agissait bel et bien d'une arnaque superbement ficelée, tellement bien męme qu'il m'était trčs difficile de faire marche arričre, car cela faisait déjŕ deux ou trois heures que je croyais avoir discuté en toute amitié. Et c'est ainsi qu'aprčs avoir victorieusement évité une ou deux centaines de fois ce genre d'arnaque en Chine, je me faisais avoir en toute beauté en Ouzbékistan et ai dit ok, tout en gromelant intérieurement.
Nous nous sommes donc retrouvés le lendemain pour déjeuner, et en dégustant le repas, trčs bon mais plutôt simple, je n'ai pas pu m'empęcher d'admirer la superbe plus value qu'avait ainsi réalisée la jeune fille. Mais comme cela ne lui suffisait toujours pas, elle insistait pour me faire acheter des DVD ou VCD ŕ des prix exorbitants, ce ŕ quoi j'ai dű finir par répondre que je ne vois pas pourquoi je devrais dépenser autant pour de la musique moche, alors que je peux certainement trouver la męme en Chine pour quasiment gratuit. Merci ŕ toi, chčre Chine, de m'avoir permis une fois encore d'opposer l'argument massue du pays le moins cher au monde, et qui m'a facilement tiré des griffes de nombreux vendeurs collants dans de nombreux pays au monde.
Devant cet échec, elle a voulu se refaire en tentant une nouvelle fois de m'extorquer quelques billets pour me faire entrer dans des medersas soi-disant confidentielles, non sans une fois encore réaliser un petit bénéfice. C'en était trop et j'étais sur le point de mettre ma politesse de côté, quand elle a compris que j'avais parfaitement compris son mančge et que je voulais dorénavant me débarrasser d'elle. es-tu fâché contre moi? le devrais-je? bon alors au revoir? oui oui, au revoir
Je l'ai recroisée un ou deux jours plus tard par hasard, nous nous sommes adressés quelques politesses et elle en a bien entendu profité pour me recommander un restaurant oů sa soeur venait de commencer ŕ travailler. Pour le coup, j'ai décidé de me passer de dîner ce soir-lŕ, afin d'ętre sűr de ne pas me tromper de restaurant en voulant aller ailleurs. | | | Irrésistible, comme d'hab !
Tour ŕ tour entre autre admirateur de jolies femmes, passionné de régimes totalitaires ou bien encore faisant preuve d'une légčre radinerie, tour ŕ tour ou tout ŕ la fois, c'est selon... En ajoutant ŕ cela une plume élégante et trčs drôle, tu nous fais passer de bien délicieux moments de lecture.
Merci et ŕ bientôt pour d'autres rencontres...
Dolma | | | ah bon? Je passe vraiment pour un radin? Ca tombe bien, je crois que je ne parlerai quasiment plus d'argent pour raconter les rencontres suivantes. | | | Radin non ! Juste ce petit côté je fais gaffe ŕ mes sous qui ne fait qu'ajouter ŕ ton charme  ... Tu vois, tu peux parler d'argent tant que tu veux (en plus c'est drôle) ! Sourire..
Dolma | | | 24. Sarko et Ségo
L'homme ou la femme?
J'avais le soir du 6 mai la chance de dormir dans une chambre équipée du satellite et ai pu regarder sur TV5 la soirée électorale en direct. Ayant raté celle de 2002, cela faisait donc 12 ans que je n'avais pas vu en direct l'affichage ŕ 20 heures pile (męme s'il était 23 heures en Ouzbékistan) de la tęte du nouveau président. J'ai donc pu accomplir mon devoir de téléspectateur ce soir-lŕ.
Je n'étais d'ailleurs pas le seul ŕ m'y intéresser, de nombreux ouzbeks m'ayant interrogé sur les candidats au cours du voyage. Anticipant le choix des français, les ouzbeks avaient l'air de préférer Sarkozy sans que j'ai vraiment compris pourquoi. Peut-ętre une misogynie inavouée ŕ l'égard de la candidate socialiste malheureuse... Toujours est-il qu'ŕ part une dame, dont je n'ai pas non plus compris les motivations, c'est surtout le nom de Sarkozy qui motivait les sourires et les pouces tendus vers le haut.
Avant le 6, on me demandait parfois si je pensais que c'était l'homme ou la femme qui allait gagner, sans męme les nommer, et qui je soutenais, montrant lŕ bien qu'ŕ leurs yeux c'était lŕ ce qui les opposait le plus. Malgré l'apparente et sans doute véritable émancipation dont bénéficient les femmes ouzbčkes par rapport ŕ leurs congénčres dans nombre d'autres pays musulmans, la société ouzbčke reste assez machiste et l'homme domine encore sa famille. Il m'est d'ailleurs arrivé ŕ plusieurs reprises de croiser des groupes hermétiquement séparés, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, par exemple lors de certains événements comme une veillée mortuaire ŕ Samarcande ou un repas festif ŕ Khiva. Certaines conversations tant avec des hommes qu'avec des femmes m'ont d'ailleurs confirmé une certaine soumission de l'épouse ŕ son mari, en total décalage avec ce que l'on pourrait imaginer au premier coup d'oeil en regardant le paysage humain d'une ville ouzbčke.
Dans un registre plus spécifiquement politique, l' Ouzbékistan est sans doute un des seuls pays au monde oů on m'ait complimenté ŕ la fois sur Chirac et sur Mitterrand. Fait trčs courant, surtout depuis la guerre d'Irak, en ce qui concerne le premier, c'est en revanche plus rare pour le deuxičme, dont une grande partie de la population semble connaître le nom. L'explication toute simple est que l'ancien président français a visité l' Ouzbékistan peu de temps aprčs son indépendance, étant sans doute un des premiers chefs d'Etat ŕ avoir fait le voyage. 15 ans plus tard, les gens s'en souviennent encore. Note pour les futurs voyageurs: si vous souhaitez faire un cadeau original ŕ un ouzbek, une copie du débat télévisé entre les deux candidats de 1988 serait sans doute un gag qu'ils apprécieraient!
C'est le jour de mon départ d' Ouzbékistan, le 16 mai, que Sarkozy a officiellement pris ses fonctions. Le matin-męme, ŕ l'aéroport de Tachkent, tandis que pestais au milieu de l'interminable et chaotique queue lors du passage de l'immigration, quelle ne fut pas ma surprise de voir plusieurs grands écrans s'allumer pour diffuser le discours d'adieu de Chirac de la veille, juste au-dessus des cages des policiers. Comme c'était surréaliste! Malgré cela, mon passeport français n'a pas suffi ŕ me faire gagner quelques places dans la queue, bien au contraire: ŕ trop vouloir regarder l'écran, je me suis fait griller quelques priorités. | | | 25. Les quatre dragueuses
Juste aprčs avoir fait mes adieux ŕ la jolie fourbe décrite plus haut, je me suis fait aborder par un quatuor de jeunes filles hilares en tenue légčre et aux formes généreuses, apparemment ravies de pouvoir se raconter des histoires drôles en présence d'un homme sans que celui ne les comprenne. Bien qu'aucune d'entre elles ne parle anglais, elles insistaient apparemment malgré tout pour que je fasse un bout de chemin avec elles en direction de l'université.
Comme on dit que juste aprčs une chute de cheval, la meilleur chose ŕ faire c'est de remonter immédiatement en selle, j'ai accepté leur proposition, d'autant plus que je n'avais rien prévu en ce début d'aprčs-midi. Et puis comme elles ne parlaient pas anglais, il était peu probable qu'elles veuillent m'entraîner dans une nouvelle arnaque, car de toute façon je ne comprendrais rien ŕ rien.
Je suis toujours étonné du nombre de choses que l'on peut se dire sans parler la męme langue. Il faut dire qu'une certaine similarité lexicale entre le russe et le français est un atout pour les francophones, car il y a toujours des mots que l'on peut comprendre de part et d'autre. Par exemple "université, touriste, avocat, restaurant, etc..." Et puis il y a aussi "I love you". Comme toutes les quatre ŕ la suite ont ainsi interrompu leurs ricanements en s'adressant ŕ moi, j'ai supposé qu'il s'agissait d'une formule de salutation en langue ouzbčke, phonétiquement étonnamment proche d'une phrase anglaise bien connue, et je les ai remerciées pour leur solicitude.
Et puis il y a le langage des signes aussi. Non pas celui codifié par lequel les sourds-muets arrivent ŕ entretenir des conversations complexes, mais ce langage universel dont nos lointains ancętres devaient souvent abuser avant d'inventer le langage parlé, et qui permet parfois de faire passer quelques idées. C'est ainsi qu'aprčs la formule de salutation "I love you", deux d'entre elles ont fait signe de se passer un anneau autour d'un doigt, en faisant des allers retours avec leur index entre elles et moi. Mais que diable voulaient-elles donc? Que nous allions voir ensemble le film "Lord of the Rings"? Ah que ce langage des signes peut-ętre compliqué et incertain quand męme! Moi je leur ai donc répondu dans un anglais qu'elles ne devaient pas comprendre que ça ne me dérangeait pas de voir Lord of the Rings avec elles, męme si je l'avais déjŕ vu et j'ai donc fait un signe affirmatif de la tęte. Mais ce n'était apparemment pas suffisant car elles me posaient une question que je n'ai pas comprise tout en réitérant le męme geste. Apparemment il fallait que je fasse un choix ou un truc comme ça.
Alors moi je leur ai dit que je les trouvais bien sympathiques tous les quatre mais que j'étais d'une nature indécise, et que donc quel que soit ce qu'elles me proposent, ça ne me dérangeait pas de les sélectionner toutes les quatre. Et puis il me semble que quelque part dans le Coran il y a un truc comme ça qui parle d'une limite de quatre, mais je n'arrive pas ŕ me souvenir de quoi il s'agit. Ma réponse, ou plutôt ma non-réponse les a fait hurler de rire et elles ont eu l'air de dire que ce n'était pas possible.
Sur ce, nous avons rejoint la ville nouvelle, et tandis que nous approchions de l'Université, les quatre demoiselles apostrophaient tous les étudiants que nous croisions. Apparemment elles leur demandaient s'ils parlaient français, mais comme tout le monde faisait un signe négatif de la tęte, moi j'essayais de dire qu'en angliski c'était possible aussi, mais elles ne m'écoutaient de toute façon plus. En passant devant un hôtel, elles ont ŕ nouveau hurlé de rire en voyant un vieux japonais qui attendait son groupe devant son bus. En fait elles croyaient qu'il était chinois, et comme elles avaient compris que je vivais en Chine, elles se disaient que ce monsieur pourrait peut-ętre nous aider et elles m'ont sommé de lui adresser la parole. Mais comme un touriste japonais ne s'improvise pas traducteur chinois - ouzbek en une minute, tout ce que j'ai pu demander en japonais au brave homme était s'il pouvait parler anglais mais cela n'avait pas l'air d'ętre le cas, donc avons passé notre chemin.
Puis finalement nous sommes arrivés devant le bâtiment oů elles devaient avoir cours, et elles se sont ruées dedans en me faisant un petit signe de la main. Ca, j'ai bien compris, ça voulait dire au revoir. | | | Ŕ: Yangguizi · 23 mai 2007 ŕ 19:13 · Modifié le 24 mai 2007 ŕ 4:11 Re: Portraits d' Ouzbékistan Message 39 de 79 · Page 2 de 4 · 3 236 affichages · Partager 26. L'ancien combattant
Mon supposé dernier jour ŕ Boukhara, j'ai décidé de fuir la ville-musée pour faire un tour dans la ville nouvelle, bien décidé ŕ y trouver une quelconque animation digne d'intéręt. En fait de vie, je n'ai trouvé que de larges avenues désertes bordées d'arbres, et des bâtiments imposants d'un autre âge. Au revoir la route de la soie, bienvenue en ex-Union Soviétique!
Mes pérégrinations m'ont ramené ŕ proximité du stade de la ville, non loin de l'Université déserte et de la vieille ville dont je n'aurais jamais soupçonné l'immédiate proximité si je n'avais vaguement en tęte l'orientation générale de Boukhara. Et soudain, une immense clameur s'éleva du stade, des centaines voire des milliers de voix semblant hurler de quelconques slogans en cadence. Puis un calme saisissant reprenait possession de la ville fantôme, pour faire place nette quelques minutes plus tard devant un nouveau tintamarre indescriptible. Tandis que je faisais le tour de l'imposant ouvrage, tentant de trouver une entrée ou, ŕ défaut, un angle de vision propice ŕ épier ce qui pouvait bien se passer ŕ l'intérieur, les phases de silence et de frénésie alternaient ŕ un rythme irrégulier. Les abords du stade étaient désespéremment vides, et tout ce qui ressemblait ŕ un accčs grillagé et cadenassé. Personne non plus ŕ qui demander ce qui pouvait bien se passer, ou du moins pour répondre dans une langue qui me soit intelligible. Il devait ętre écrit que ce fascinant phénomčne resterait un mystčre pour moi.
J'avais en fait ma petite idée sur la question, puisque nous étions le 8 mai, un jour célébré en France comme anniversaire de l'armistice de la Seconde Guerre Mondiale, et qui en ex-Union Soviétique est célébré un jour plus tard, pour d'obscures raisons historiques. Le lendemain 9 mai devait ętre un jour férié, et j'imaginais qu'une grande fęte était prévue dans le stade ŕ laquelle participerait toute la ville, et que nous en étions aux répétitions finales. Je brűlais de curiosité, me plaisant ŕ imaginer des mouvements d'ensemble dans le stade, comme on ne peut en voir que dans les pays idéologiquement tenus d'une main de fer. Hélas, le peu que j'ai pu voir de l'intérieur du stade ne révélait que des gradins vides et pas la moindre présence humaine ŕ l'intérieur. Le fruit de mon imagination fertile retomba comme un soufflet.
De retour ŕ mon hôtel, j'en profitais pour interroger le sympathique - et anglophone - patron et lui demander ce que tout cela lui évoquait. Ni lui ni son personnel n'étaient hélas au courant de rien, męme si on me confirma qu'il y aurait probablement des festivités le lendemain. Il me suggéra de tenter ma chance et de rester un jour de plus ŕ Boukhara, histoire de voir ce qui pourrait bien se passer. De fait, de nombreuses avenues étaient coupées, des drapeaux apparaissaient partout et la ville était trop calme pour que nous soyons dans autre chose que l'oeil d'un cyclone. Il devait se passer quelque chose le lendemain, c'était écrit quelque part, et je n'ai donc pas pu me résoudre ŕ passer toute la journée dans un taxi ŕ destination de Khiva et ŕ rater ce spectacle.
Le lendemain, je me suis donc levé tôt comme prévu, non pas pour aller ŕ la gare routičre, mais pour me présenter ŕ l'entrée du stade, certain que des foules se battraient pour obtenir les quelques places encore invendues. Le quartier était en fait encore plus mort que la veille dans l'aprčs-midi, et absolument rien ne laissait présager une quelconque célébration grandiose. Aprčs avoir vainement tenté d'interroger quelques personnes, dont un petit homme vert, en articulant des mots comme "cérémonie" et "parade" et en priant pour qu'ils se prononcent de la męme façon en russe, j'ai finalement accepté la réalité des faits: si quelque chose devait se passer quelque part, je n'avais aucun moyen de savoir quoi, oů et quand. Tant pis pour ces défilés d'anciens combattants ŕ la poitrine tapissée de médailles soviétiques que je voulais voir au moins une fois dans ma vie, il valait encore mieux que je parte ŕ Khiva oů aprčs tout, il se passerait peut ętre aussi quelque chose en fin d'aprčs-midi.
Et c'est sur le chemin de l'hôtel oů j'allais chercher ma valise que je l'ai vu. Ou plutôt que je l'ai d'abord entendu. Environ 80 ans, un costume et une allure trčs dignes, et surtout quatre ou cinq médailles que j'ai en parties reconnues, ŕ hauteur de sa poitrine. Ces précieuses récompenses tintaient en s'entrechoquant, au rythme du pas décidé de l'ancien combattant qui les portait, et s'engageait résolument vers une direction mystérieuse. Je me suis arręté pour le regarder passer. Nous étions seuls dans cette petite rue qui semblait déboucher sur un cul-de-sac. Que faisait-il donc seul ici? Etait-il ŕ lui tout seul la cérémonie de commémoration de l'armistice? Il est arrivé ŕ ma hauteur sans faire attention ŕ moi, le regard fixe et déterminé de celui qui sait oů il va, et empreint de fierté de celui qui sait qu'on ne l'arrętera pas. Je n'ai donc pas cherché ŕ importuner ce respectable patriarche, et c'est avec un certain soulagement que je suis arrivé ŕ mon hôtel: j'avais pu en voir un. | | | Exactement la meme chose nous est arrive en Inde a Udaipur. Sauf que quand ils ont commancer de payer le poulet 200 roupies pour le diner du lendemain, on leur a dit ciao! Non tu n'es pas radin! C'est une question de principe et de respect!
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