J9 Samedi 30/9 : Ha Giang > Hanoi
Partie 1 : Retour à Hanoï
Ha Giang-
Hanoi, c'est une route comme il en existe des milliers, du macadam, des voitures, des camions, des villages qui se transforment peu à peu en villes et qui se ressemblent tous. Rien de bien folichon. Six heures de route environ et pas grand chose à se mettre sous l'objectif.
On s'arrêtera dans une propriété qui cultive le thé à grande échelle. Invités par les propriétaires à boire le thé, on mesurera la prospérité de cette famille qui contraste violemment avec le mode de vie des ethnies du nord.
Lors de notre arrivée à
Hanoi, une semaine plus tôt, on s'était senti dépaysés. Aujourd'hui, en s'approchant de la capitale, on a l'impression de retrouver un monde connu plus proche du nôtre tant le fossé qui nous sépare de l'extrême nord
Vietnam était vertigineux.
Une dernière gargote, les derniers kilomètres et nous retrouvons notre hôtel du vieux quartier dans l'après-midi, un peu sonné par le contraste.
Partie 2 : le pont Long Bien
Le pont Long Bien anciennement pont Paul Doumer, plus d'un siècle au compteur et un kilomètre et demi de béton et d'acier qui enjambe le fleuve Rouge. Un monument, mais un monument marqué comme un vieux baroudeur par les cicatrices du temps et de l'histoire. Les français (entre autres) l'ont construit, les américains bombardés, aujourd'hui, les motos et les trains vietnamiens l'empruntent encore
Ça, c'est pour la partie historique (sommaire c'est vrai

mais on trouvera aisément sur la toile de quoi étoffer ce rapide résumé)
Pourquoi avoir voulu à tout prix mettre au programme une visite de ce vieux pont, lointain cousin de la tour Eiffel et témoignage d'un petit morceau de l'histoire franco-vietnamienne alors qu'il y a tant à voir à
Hanoi que nous ne connaissons pas encore ?
C'est une histoire de feeling, une rencontre sur le net lors de la préparation de ce voyage. Avant même de poser un pied en Asie, ce vieux monsieur de fer m'avait séduite par son côté romantique et désuet. Consciente d'une potentielle désillusion face à la réalité, j'ai cependant décidé de lui donner sa chance et d'y conduire mon homme en fin de journée pour une balade un peu en dehors des sentiers battus (quoique...

)
Situé à un plus d'un kilomètre des vieux quartiers et du
lac Hoan Kiem, il est aisément accessible à pied, le tout étant de trouver l'endroit où on peut y grimper, c'est à dire, la gare, ce qui semble être une évidence mais qui ne l'était pas pour nous ce jour là. Heureusement à
Hanoï, on trouve aisément quelques anglophones qui nous ont très gentiment remis sur le droit chemin.
Ce qui frappe de prime abord, c'est cette accumulation de poutres métalliques rivetées, soudées, rouillées qui se croisent et se rejoignent, partant à l'assaut du ciel au mépris des lois de la pesanteur. Loin du gris froid de l'acier, elles sont teintées par la corrosion et se parent de longues traînées irrégulières couleur brique qui s'enflamment sous le soleil couchant. On les dirait presque vivantes. D'ailleurs elles vibrent et ronronnent sous le flot continu des deux roues qui défilent de chaque côté dans un vrombissement entêtant.
Au sol, les plaques cimentées disjointes se soulèvent et se chevauchent dans une stabilité toute relative, laissant apparaître, parfois, une faille où l'on entrevoit l'éclat du fleuve. Et le long des rails qui soulignent les lignes abstraites d'une perspective parfaite, des câbles se mêlent, s'emmêlent, rampant sur le sol, partant à l'assaut d'une grille qui s'élève en protection dérisoire. Ce pont vit, gémit, tremble sous le poids de son histoire, dans un présent qui file à toute vitesse vers l'avenir.
En avançant droit devant sur l'étroite bande réservée aux piétons, on prend de la hauteur, on sort de la ville, vision privilégiée qui entraîne un étrange sentiment, comme si on était soudain en dehors du temps et de cette vie grouillante qui fait toute l'âme d'
Hanoï.
Derrière, qui s'éloigne déjà, il y a la ville, grise et serrée,
Hanoï aujourd'hui, quelques bâtiments qui s'élèvent, des grues qui en promettent d'autres,
Hanoï demain. Dessous, une autre cité se cache entre les gros piliers de béton, dans une végétation qui prolifère et fanfaronne, faite de tôles, de cartons et de vieilles bâches délavées. Une sorte de cour des miracles où hommes et animaux se retrouvent au milieu d'un amas de détritus, où l'on respire la précarité, où l'on vit en catimini.
Hanoï aujourd'hui, toujours,
Hanoï qui se cache.
La ligne toute d'acier et ciment nous emmène, nous emporte, on avance encore, un peu étourdi par le mouvement incessant des motos qui nous frôlent. Le fleuve Rouge se dessine plus précisément, sauvage et indompté, rongé par une végétation prolifique. Il s'étale, prend ses aises, grignote les berges au hasard d'une courbe. Des pêcheurs sur des barques à fond plat s'y déplacent sans un bruit. Un autre monde encore.
Et l'île des bananes apparaît, luxuriante, multipliant les nuances de vert. Une jungle née des entrailles de la ville à moins que ce ne soit le contraire... On peut y descendre. C'est ici que nous ferons demi-tour, au milieu du pont.
Marcher à la queue leu leu, pas d'autres possibilités, sur cette étroite bande irrégulière et vibrante, dans le brouhaha des moteurs et la légère brise du soir qui tombe, sous l'ombre démesurée des grands piliers d'acier, c'est un voyage en soi, un lien à travers les temps, un morceau de poésie. Pas sûr qu'il résistera encore longtemps, ce pont, au temps qui se presse et qui pèse toujours plus. Pas sûr qu'il racontera toujours, aux visiteurs réceptifs, ces histoires d'hommes et de femmes en route vers l'histoire.
Partie 3 : et encore la vieille ville
Retour dans la
vieille ville, dans un quartier qui se conjugue au présent, dans le bruit qui remplit le moindre espace, dans la foule mouvante et compacte, dans la lumière éblouissante.
La nuit est tombée. Dans cette trêve toute relative dans le combat inégal des hommes et de la fournaise diurne, la ville s'éveille si tant est qu'elle ait dormi un jour. Et ça grouille, et ça se presse, et ça s'agite comme dans une fourmilière ébranlée par un coup de pied malencontreux.
Samedi soir, les voitures sont interdites dans les vieux quartiers. Barricades, policiers en uniforme, mais ici tout se discute, tout se négocie. Les barrières glissent, un véhicule s'engage dans la marée humaine qui avance et se croise, presque corps à corps.
Samedi soir, les marchands sont partout, vendent de tout, à boire, à manger, à porter et emporter, n'importe quoi, à n'importe qui. On se faufile, on se glisse, on se coule entre deux étals colorés, entre les petits tabourets occupés, parmi des vélos surchargés qui peinent à trouver un passage.
Samedi soir, les touristes en profitent, les marchands les attendent, sourire aux lèvres, mains tendues et charabia multilingue. Ils sont à pied ou en cyclo, en short et tee shirt au logo agressif, l'appareil photo accroché au cou comme une amulette qu'ils ne quittent jamais, souvent trop grands, parfois trop corpulents pour se fondre dans la masse.
Samedi soir sur les rives du
lac Hoan Kiem, impossible de faire un pas. La foule est partout. Musique, jongleurs, cracheurs de feu, c'est une coulée humaine qui glisse lentement et vous emporte, vous entraîne sans le moindre choix possible, brûlante et vibrante.
Après plusieurs heures de marche dans cette jungle de bras et de jambes mêlés, on rend les armes, on regagne notre hôtel, hagards et épuisés. On avait oublié, perdus dans les montagnes aux confins de la
Chine, l'effervescence des villes d'Asie et leur mouvance tentaculaire.
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