"Empire du soleil", "Crash", on se souvient de ces films, adaptés des livres de J.G.Ballard. Gageons que "Que notre règne arrive" sera un jour porté à l'écran. Ce n'est pas un scénario, ni les écrits d'un folliculaire, mais le roman d'un grand écrivain, il suffit de lire les toutes premières lignes pour s'en convaincre :
Les banlieues rêvent de violence. Assoupies dans leurs pavillons somnelents, sous l'aile des centres commerciaux bienveillants, elles attendent patiemment les cauchemars qui les éveilleront à un monde de cauchemar....Le narrateur, un publicitaire à la dérive (et non pas un publiciste comme il est écrit sur la quatrième de couverture), va enquêter sur la mort de son père qui vivait dans une ville, non loin de
Londres.
Dans ce monde suburbain, surgit de part et d'autre de ces larges déchirures asphaltées que sont les voies rapides, trône "Métrro Centre", un immense centre commercial qui fonctionne comme un trou noir galactique : il aspire les énergies pour mieux les canaliser vers un consumérisme obsédant, et il offre aussi une idéologie nauséabonde, délétère, à une population qui s'ennuit :
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Ils jouissaient d'un éternel présent au détail, où les choix moraux les pllus importants concernaient l'achat d'un réfrigérateur ou d'une machine à laver...Oui, le "Métro Centre" se charge de tout, grâce à ses propres moyens de communication, donc de manipulation, montre le empêcheurs de consommer sans conscience, les éternels boucs émissaires des frustrations occidentales : les émigrés !
Le narrateur voit de partout des gens qui arborent des croix rouges de St George sur leurs chemises, et même sur des oriflammes qui flottent n'importe où, jusque dans les stades où se déroulent des compétions sportives incessantes. Les supporteurs sportifs utilisent les fins de match pour se défouler, incendier les petits magasins des asiatiques et des gens des pays de l'est.
Le narrateur découvrira cette vérité qui nous éffleure, nous les lecteurs : tout part du "métro centre", et tout finira dans le "métro centre"...
...Je ne reconnus qu'une seule victime, le directeur général du dôme, les yeux grands ouverts, l'air stupéfait de cette mort hors planification et hors audit. Malgré la balle qui lui avait traversé le cou, il n'avait presque pas saigné, peut être pour perdre la vie le plus discrètement possible.Consumérisme, forme nouvelle, soft, d'un fascisme, racisme.... on a l'impression bizarre de lire un roman de science fiction, et pourtant J.G.Ballard dessine devant nous une réalité en devenir, si elle n'est déjà là !
J.G.Ballard - "Que notre règne arrive" (Denoël&D'ailleurs)