Un éclair dans la nuit
Souviens-toi, o ami, du récit d'un long voyage que tant d'hommes endormis ont depuis longtemps oublié.
Un voyage qui ne se fait ni sur terre, ni dans le ciel, ni dans les océans,
Un voyage dont la distance est l'illusion, qui dure de nombreuses années mais qui ne se fait qu'en un instant.
Ce voyage, o ami, si tu t'en souvenais, est celui de cette vie. Seul manque le voyageur.
Beaucoup sont partis. Certains sont revenus et d'autres échappent à nos horizons.
Rappelle-toi, o ami, qu'en certains moments d'éclaircie tu pensais toi-même partir.
Mais rappelle-toi aussi que trés vite ton esprit s'est laissé emporter par la torpeur du monde, ses vacarnes, ses fureurs.
Tu dois pourtant te souvenir de ces reves diaphanes poindre une lumiére.
Tu dois te souvenir de ces moments de l'enfance ou le vent semblait te dire que la vie était ailleurs.
Souviens-toi de ces larmes sans raison, de cette tristesse indéfinie. Sans doute ne le savais tu pas, mais ton ame aspirait déjà à son image originelle.
Qui donc, o ami, derrière tant de voiles t'appelle ? Tes yeux sont distraits, tes oreilles n'entendent plus et ton coeur se refuse à comprendre.
Au fond de toi habite la crainte que tout cela ne soit qu'un leurre. Tant d'hommes, te dis-tu, ont abandonné famille et patrie, ont rompu le lien de ce monde, pour de vaines chiméres.
"Aprés tout personne aprés la mort n'est revenu pour témoigner du monde mystère !"
La mort o ami, n'est pas seulement la fille de cette vie, elle en est aussi la mère.
Soit donc ton propre témoin, car c'est en chaque instant que tu vis et en chaque instant que tu meurs.
Bien que prisonnier de tes reves et de tes pensées tu fais partie du grand voyage. Chacun de tes souffles te rapproche ou t'éloigne de ta propre vérité. Ecoute la parole de l'instant qui passe : "En ce moment meme de ce long voyage en quel lieu te trouves tu ?"
"comment le saurais je moi dont les yeux ne savent pas encore voir la lumiére"
Je suis comme le voyageur abandonné au milieu d'une route qu'il ne connait pas. Il ne sait, dans sa perplexité, s'il avance ou s'il recule. Il a tellement hésité, il s'est tellement perdu qu'il ne sait meme plus quel est le but de sa recherche.
Il n'est plus qu'un vagabond mais il sait au fond de lui meme qu'il fut un temps ou il était voyageur.
comment pourrais-je faire entrer tant de sentiments contraire dans la fiole de l'amitié
quand pourrais je voir se défroncer les sourcils, se dilater le coeur et entendre enfin des paroles de bienvenue ?
mon ame désséchée aspire au baume du zéphir.
o ami, d'ou vient donc ce désir ?
d'un réve oublié ? d'une image sans traces ? d'une parole perdue que mon coeur prétemp avoir entendue ?
puisse-je me perdre moi meme afin de la retrouver.
Ce chemin, o ami, tu t'y est perdu parcequ'il n'est pas le tien. Tu as emprumpté les allées et les avenues des autres voyageurs parcequ'elles étaient fréquentées et que tu croyais les connaitre.
Ce chemin o ami tu t'en es détourné parcequ'il te fait peur. C'est un chemin sur lequel tu es l'unique voyageur.
Tu as peur qu'en le prenant, ton nom ne soit éffacé des mémoires et que pour toi-meme comme pour les autres, tu ne sois plus qu'un étranger.
Il n'a ni traces ni contours, ni forme ni couleur. Il a cependant une saveur qu toi seul sauras reconnaitre. C'est là, o ami la seule conquete qui, pour toi, puisse compter.
Souviens-toi que les paumes, que l'homme de Dieu tourne vers le ciel, sont plus tranchantes que le fil de l'éppée. Arme-toi, ô ami, de courage et sois sans crainte. La mort sur ce chemin vaut mieux que milles vies !
poéme souffi.