"Vous ne savez répondre que par cette constitution, en ne tenant pas compte du peuple de
Catalogne."
Ce genre de propos est caractéristique : faire fi d'une Constitution en la tenant pour quantité négligeable en faisant valoir le "peuple". C'est typique du populisme.
Ok, je vais essayer de m'en tenir à cette remarque, qui me parait totalement au centre du vrai débat, de la divergence fondamentale sur cette question (mais que l'on pourrait aisément appliquer à d'autres conflits actuels*). Mais ce serait sympa d'essayer de ne pas décrier, de ne pas caricaturer la pensée contraire, qui a sa logique, hélas, opposée à celle de l'autre. Ne dit-on pas que l'on assiste à un "choc de deux trains", et que ces deux trains ont chacun leur charbon idéologique, chacun leurs "raisons" qui permettent d'obtenir un discours totalement cohérent chacun de son côté, et pourtant absolument contradictoire ?
Bref, chacun a ses raisons, parce que chacun part d'un príncipe différent.
La question catalane aujourd'hui n'est bien entendu pas "pour ou contre l'indépendance de la
Catalogne ?", mais bel et bien "pour ou contre le fait que les catalans puissent choisir d'être ou non indépendants".
Si on adopte un point de vue LÉGALISTE, ce qui prime, ce sont les textes fondateurs, le cadre légal: la constitution espagnole, en l'occurrence. Cette constitution espagnole affirme qu'on a le droit d'être indépendantiste, mais qu’obtenir cette indépendance est synonyme de « mssion impossible », même si 99% des catalans étaient pour, il faudrait aussi que les 2/3 du parlement espagnol accepte de modifier la constitution pour accepter l'idée d'un reférendum d'autodétermination que devrait aussi ratifier l'ensemble de la population espagnole. Bref, autant dire que c'est quelque chose d’impossible, surtout si l’
Espagne ne veut pas entendre parler de cette autodétermination.
Ce point de vue légaliste est parfaitement défendable, là où le bât blesse dans cette perspective, outre le fait qu’on va frustrer/réprimer tout un peuple (et pas simplement la partie Nationaliste-indépendantiste) et qu’à long terme c’est difficilement viable, c’est que pour appliquer la répression contre la sédition (l’article 155 qui supprime l’autogouvernement d’un région autonome), on abroge aussi des droits constitutionnels fondamentaux (reconnus dans l’article 1 de la constitution espagnole – regardez la seconde phrase, pas la première : « La
Constitution a pour fondement l'unité indissoluble de la Nation
espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. Elle reconnaît et garantit le droit à l'autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles »). Donc l’article 155 ne saurait être appliqué trop longtemps et il n’y a aucune raison de privilégier la lecture de l’unité de la nationalité espagnole sur la phrase numéro 2, le droit à l’autonomie et aux « nationalités » - celles qui sont reconnues en
Espagne sont les catalans, les basques, les galiciens tandis que les andalous sont une « réalité nationale ». Donc on voit que la lecture de la constitution par le PP est lacunaire et ne reconnait que ce qu’ils veulent bien lire.... (désolé si je fais des digressions trop longues).... L’autre contradiction du point de vue « légaliste » est que la lecture de la constitution espagnole entre en conflit le principe du « droit des peuples » à décider, reconnu par l’ONU...
Mais là n’est pas la question de principe, la question « philosophique » est la suivante: est-il ou non légitime de « forcer » un cadre légal qui n’accepte pas de poser une question pourtant reconnue par les droits de l’homme, existe-t-il un « droit à la rébellion » quand la loi ne permet pas un droit fondamental ? Quand un peuple donné décide majoritairement et démocratiquement d’être gouverné d’une certaine manière, au nom de quel intérêt supérieur, de quelle constitution votée par des générations antérieures, de quels accords économiques ou géopolitiques peut-on interdire cette libre volonté populaire ? Voilà la thèse POPULISTE / SOUVERAINISTE –dans le sens plein du terme-, ce qui prime est d’abord le respect des droits de l’homme, puis les grandes décisions que prend ce peuple démocratiquement, et enfin, le cadre légal et les accords économiques qui ne font qu’accompagner la démocratie.
Cette question, on le voit est essentielle aujourd’hui, et va bien au-delà de la problématique catalane, puisque la question est celle de la souveraineté populaire et l’indépendance des nations : si aujourd’hui un pays de l’UE décidait de se doter d’un nouveau type de régime socio-économique, de sortir de l’UE ou que sais-je, n’aurait-on pas aussitôt des dizaines d’institutions politico-financières pour vous dire que ce n’est pas possible, que vous ne pouvez pas décider cela parce que votre pays s’est engagé ad vitam eternam à respecter des centaines et des centaines de pactes et d’accords ?
Voilà excusez-moi pour ce long commentaire... Pour ma part, j’avoue que je penche, évidemment, pour la primauté du principe souverainiste (populiste, dans le sens sud-américain du terme, si ovus voulez), mais à la fois, je sais que nous sommes dans un monde globalisé, ce qui représente aussi des avantages, et que les voies unilattérales et autarciques sont à éviter absolument... Donc, à partir d’un principe souverainiste, je pense que le processus de résolution des conflits devrait s’effectuer par le biais légal. Pour la
Catalogne, une médiation internationale me paraîtrait intéressante, par exemple
(PS : évidemment, il y a un hic important dans le cas des indépendantistes catalans : ils ne représentaient que 48% des suffrages, donc ils n’étaient absolument pas légitimés pour proclamer la Republique indépedante, véritable fuite en avant qui frise l’autoritarisme)