
Oh Gayatri ! Vous êtes trop sévère, pour ne pas dire injuste, avec Monsieur Jean de La Fontaine (Tiens ! Je lui rends ses majuscules...

)
Chacun sait que le genre littéraire des "fables" est vieux comme le monde. Il avait déjà brillé en
Inde, c'est vrai, mais aussi dans l'antiquité gréco-latine... et le fait qu'on y trouve des thèmes communs montre que ces histoires se rattachent aux plus vieux fond culturel de l'humanité.
La Fontaine est honnête : il n'a jamais caché ses sources : dans son premier recueil de fables, il dit s'inspirer des fables du grec Esope (6ème siècle avant JC !) et du romain Phèdre (1er siècle après JC), et dans le second recueil des fables, il dit s'être inspiré des récits de l'indien Pilpay et de son "Livre des lumières"...
Mais encore mieux : il revendique cette inspiration (je cite :)
"afin de faire bénéfice de ces choses rares pour la sagesse du plus grand nombre"... Qui, en effet, aurait lu en
France à cette époque les textes indiens de Pilpay ?
Au delà de l'inspiration, il a fait aussi une extraordinaire oeuvre créatrice (je cite - préface des "Contes", 1666 :)
"Mon imitation n'est point un esclavage" et il revendique le droit, comme tous les "Classiques",
"d'y mettre du sien sans scrupule et sans crainte"...
Avant de répondre ici, je suis allé relire le conte de Pilpay
"Du chat et d'une perdrix", dont La Fontaine a tiré le célèbre
"Le corbeau et le renard"...
C'est intéressant : La Fontaine a transformé le texte en condensant certains développements inutiles au but poursuivi, mais surtout, il a donné aux personnages animaux leur caractère "humain", il a rendu le récit plus vif, plus incitatif à être lu jusqu'au bout, et il a renforcé la chute et... la leçon !
Sur le fond, il a fait oeuvre de vulgarisateur (dans le bon sens du terme), et d'adaptateur (à la culture de son continent et de son époque).
Mais c'est surtout sur la forme qu'on l'admire ! Quelle magie des mots et des images ! Quelle jolie musique qui coule d'elle même avec cette apparente simplicité et facilité...
Simplicité, facilité... (apparentes)... peut-être est-ce là ce qu'on peut faire de mieux dans bien des domaines de la culture, n'est ce pas ? (peinture, musique, danse...)
Bravo et merci Monsieur Jean de La Fontaine : sans vous, je n'aurais jamais lu Esope, ni Phèdre... et encore moins Pilpay !
Trois cents ans plus tard, un autre personnage a dit
"Je préfère amuser les gens en espérant qu'ils apprennent... plutôt que de leur apprendre quelque chose en espérant qu'ils s'amusent."
Ah... si tous les pédagogues en étaient convaincus... !
Au fait... c'était.... Walt Disney... mais ceci est une autre histoire !
Merci !
Chris.