Sympathique de voir qu’ une petite discussion privée s’ est développée sur le fond de mon récit

. Mais pour en revenir à nos moutons, voici le dernier volet de cette petite tranche de vie que j’ avais voulu fournir sur le forum comme témoignage sur quelques unes des multiples facettes d’ une région qui visiblement ne cessera jamais de fasciner. J’ en étais arrivé au moment où je prenais le bus avec Y pour quitter le district de Baan Phai et retourner à
Bangkok.....
BangkokPremière soiréeArrivés en début de soirée, nous n’ avons pas le temps de beaucoup nous reposer. Le week-end approche et il nous reste quelques jours de libres avant d’ avoir à retourner au travail. Nous sommes rejoints par F (une autre F!), une cousine de Y, et nous allons dans un cabaret populaire Isaan quelque part au-delà de On Nut. Nous y avions déjà été et j’ en avais gardé un excellent souvenir. Nous y avions vu un spectacle de prestidigitation de premier ordre, à table à quelques mètres de la scène, dans une grande salle où il devait bien avoir 300 ou 400 personnes, dont peut-être 1 ou 2 farangs au plus. Puis ça avait enchaîné sur musique et danse, avec un groupe de danseurs et danseuses empanachés de costumes baroques et rutilants, les filles parfois, au fil des changements de costumes, en petites tenues aguichantes. Certaines de ces filles, en fait, étaient des katoei ou « lady-boys ». « Elles » étaient un peu plus grandes que la moyenne, ce qui donnait la puce à l’ oreille quant à leur véritable nature! Les Thais ont vraiment un bon sens de l’ humour!


Tout ça sur une musique de « molam » joyeuse et bien rhytmée, absolument intoxiquante, qui forçait les gens à se lever et danser de plus en plus frénétiquement entre les tables.
Eh bien ce soir, ça remet la gomme ! Nous sommes rejoints par K, une nièce de Y, et par son frère (comment s’ appelle-t-il ?!!!). Sur la table, une grande bouteille de whisky (ou d’ une autre liqueur locale, j’ avoue ne pas avoir trop fait attention), un bac à glaçons, et nous arrosons bien ça de coca ou de soda ! Nous commandons un poisson cuit au jus de citron (« pla nam man nao »), du riz bien sûr (« khao suey », « joli riz », c.à.d. du riz blanc), et une superbe salade du genre à embaumer le palais tout en y allumant un petit feu de brousse à cause des piments ! Nourriture excellente, pas de surprise.... Quant au spectacle, une chanteuse bien connue (Jakatchan Wanwisa) a été annoncée et Y est toute excitée. Elle me précise qu’ elle est d’
Udon Thani, comme Tai Orathai (l’ une de mes chanteuses préférées). Ma petite femme se faufile au devant de la scène pour prendre des photos. La chanteuse fait une jolie révérence à la foule. Il n’ y a rien de plus gracieux qu’ une Thaie dans ce geste: fléchie sur un genou, en accompagnant d’ un « wai » modeste. Elle commence par deux ou trois chansons assez douces, d’ une voix que je trouve assez plate et je me demande bien quelle est la raison pour l’ enthousiasme de la foule. Mais peu à peu, le rythme s’ accélère, et s’ accélère, et s’ accélère ! Et cette voix un peu plate maintenant s’ est réchauffée, avec l’ orchestre derrière qui dégage sérieux! Certaines chansons commencent par des petits préambules légèrement accompagnés par quelques bribes de musique improvisées, un peu dans le genre des préambules du flamenco gitan, avant que la musique se déchaîne. Les morceaux s’ enchaînent les uns sur les autres sans le moindre répit. La foule danse, et nous nous y mettons aussi bien sûr ! Personnellement, cette musique me fait toujours le même effet et je ne peux pas résister à l’ envie de danser moi-aussi. Sur les visages autour de nous, les expressions varient entre calme impassible et joie touchant au bonheur. L’ extase n’ est peut-être pas très loin. Plusieurs gens dansent dans un frénétisme total et d’ une façon qui ferait palir d’ envie même les meilleurs danseurs africains ! Y est une excellente danseuse, parfois même spectaculaire, et un véritable régal à voir danser.

En dansant avec moi, il lui est arrivé de me surprendre en se jetant carrément dans mes bras, elle ferait bien de ne pas trop me faire confiance, surtout après avoir bu quelques verres ! Légère, souple et vive, Y est donc bien lancée et F est dans le coup, elle aussi. Les gens me décochent des sourires, ça leur fait plaisir de me voir participer à l’ euphorie générale. Les visages sont impayables, des hommes ont des traits aiguisés au couteau, les yeux effilés et brillants comme des lames d’ acier tirées dans la nuit, certains pourraient être des pirates pour autant que je sache ! Y me montre un farang qui doit avoir 60 ans bien passés, au-devant de la scène. Bien qu’ un peu décrépi, il n’ est pas complètement écroulé et il a conservé une silhouette svelte. Il ne danse pas mais tangue avec la musique et semble particulièrement apprécier ce qui se passe. Elle me dit affectueusement « tu seras comme ça plus tard, quand tu seras plus vieux ».
Nous avons vidé la bouteille de gnôle jusqu’ au culot. K et son frère ont disparu entretemps, pour aller accueillir A, le « Faen » de K qui revient de
Hawaii. Y et F commandent une grande bouteille de bière. Après cette dernière consommation, nous sautons dans un taxi. Les deux cousines sont bien éméchées. Elles engagent le conducteur à mettre quelques bonnes chansons sur sa stéréo, et chantent à qui mieux-mieux. Les chauffeurs de taxi de
Bangkok ont de sacrées expériences avec leurs clients ! Les gens entament souvent de bonnes discussions sympathiques avec eux. Mais deux jeunes femmes Isaan déchaînées, ça doit être juste un peu trop pour eux, hahaha ! Avec Y, une fois de plus, l’ effet « Docteur Jekyll et Mr Hyde » a frappé ! Et F n’ est pas en reste !
Il est 1 heure du matin mais Y et F veulent encore aller dans une discothèque. Je suis fatigué et je les laisse y aller toutes seules. Plus tard, endormi, j’ ai vaguement conscience qu’ elles sont revenues. Elles ont apporté de la bière, sont installées dans le salon devant la télévision et continuent à chanter et à rire. Elles ont fini par s’ écrouler sur le divan....
Deuxième JourLe matin, les deux cousines sont toutes fraîches, « mai na cheua ! », incroyable! Nous allons au MBK pour faire quelques emplettes. Pendant que les femmes flânent entre les échoppes, je vais me faire faire un bon massage pour 200 baht. Super ! Je ne me rappelle plus trop ce que nous avons fait du reste de la journée. Mes batteries personnelles étaient un peu à plat, surprise, surprise ! Le soir, nous retrouvons K et son « faen » A, un type très sympathique. Nous mangeons un morceau puis nous allons jouer au « pool ». Rien de trop brutal ce soir, mais à vrai dire un peu de calme me convient pour cette fois. En bavardant avec A, je lui dis que Y est un sacré phénomène quand elle s’ y met. Il me rétorque que « si elle est comme K, ça doit être remarquable ! ». Comme quoi......

Soirée décontractée, pas trop tardive. Une bonne nuit pour récupérer un peu. Puis le lendemain, je vais à l’ aéroport avec Y, qui m’ accompagne jusqu’ au poste d’ immigration. « Song samii », « j’ accompagne mon mari à son départ». Nous devons l’ un comme l’ autre retourner à la réalité du travail, des responsabilités et des obligations. Mais pour sûr, je n’ ai qu’ une hâte, c’ est celle de revoir ma mignonne petite femme le plus vite possible !