Bonjour Éric,
C’est vrai, c’est un sujet délicat. Si jamais je dis à ma femme qu’elle est plutôt Lao (en plaisantant), elle n’apprécie pas du tout. C’est pratiquement une insulte. Par contre, c’est elle-même qui déclare avec joie que le katoey de mon anecdote parle Lao comme elle. Si j’ai bien compris l’histoire de cette partie du monde (complexe comme nous le savons tous), la
Thailande a fait de gros efforts pour diminuer la dénomination « Lao » en Isaan, surtout à l’époque où le communisme faisait rage au
Laos. D’ailleurs, le terme Isaan n’est pas de très long usage. Il aurait été introduit par les Thais vers cette même époque, justement pour mieux démarquer cette province du
Laos. La propagande poursuivie à travers les medias, l’enseignement, l’encadrement politique (beaucoup d’ « expatriés » d’autres parties de la
Thailande envoyés comme administrateurs en Isaan), tout ca a réussi à rendre le terme « Lao » inacceptable par les gens de l’Isaan.
D’où vient cette affinité entre une grande partie de l’Isaan et le
Laos ? L’histoire est simple. Il y a eu beaucoup de déplacements de population, effectués par les Thais, à partir du
Laos vers l’Isaan, durant le 19-ème siècle. Pourquoi ? Parce que le
Laos, sous suzeraineté thaie, en fait a connu des mouvements séparatistes par rapport à la
Thailande. Les Thais ont déplacé ces populations pour les replacer plus près de la
Thailande Centrale pour avoir un meilleur contrôle sur elles.
Il semblerait que récemment pas mal de gens en Isaans réaffirment avec fierté leurs attaches avec le
Laos. On dit par exemple (je n’ai pas vérifié) que certains taxis à
Bangkok ont une pancarte à l’arrière disant « je suis tranquille, car je sais que le taxi derrière moi est probablement conduit par un autre Lao ». Ou qqc dans ce genre. Quand on pense au nombre d’Isaans qui font chauffeur de taxi à
Bangkok, on commence à comprendre ce que ca veut dire...
Il y aura bien sûr des gens qui diront que tout ca est de la foutaise, et qui citeront l’opinion de leurs femmes Isaans. Je répliquerai qu’elles ne savent souvent pas grand-chose elles-mêmes, résultat d’une éducation médiocre et de plus faussée par une vision « thai standard ».