C’est toujours la même histoire
Vous arrivez du centre du pays et roulez vers l’ouest, le plus souvent au départ de
Windhoek, ou de Mariental pour nous cette fois-ci, la route est encore goudronnée. De la croupe d’une éminence vous apercevez pour une nouvelle première fois l’horizon barré d’un relief continu et régulier qui est le contrefort du
Namib. Plus loin, le bitume renonce, les graviers claquent contre la tôle, la voiture chaloupe, le cœur s’emballe.
Vous êtes maintenant dans le relief sur une piste qui grimpe imperceptiblement à 1600m ce qui pour un breton habitué à vivre au niveau de la mer est une altitude. Est-ce la cause du vertige qui vous gagne ?
Vous traversez des fermes assez vastes pour contenir une montagne et au débouché d’un col s’étend une dépression à en pleurer parce qu’elle est la quintessence de la nature africaine, celle qu’évoquent les films et les livres.
Vous avez obliqué sur une piste de sable qui s’enfonce dans le veld, des oryx et des springboks partagent les maigres pâtures des vaches et des moutons, les premiers font la course avec la voiture, les seconds vous regardent placidement.
Tout à coup, le soleil est si bas qu’il vous aveugle ; alors il faut s’arrêter, allumer un feu, y griller une pièce d’agneau puis des pensées et enfin, dormir là.
Et au petit matin, pris à revers par le soleil, capituler.
Vous quitterez le Koimasis Ranch par une savane cernée de montagnes (mon
Ngorongoro à moi, faute de connaître l'original) à regret. C’est sans aucun doute dans des lieux comme celui la que le mot beauté a été inventé.
Il voyage en Solitaire
Au passage du désormais mythique Solitaire ce que je devine à l’entrée du camping, à demi-masqué par le mur et les arbres me laisse pantois : un très ancien Land Rover 110 reconnaissable entre tous tant il est personnalisé est stationné là. Je m’approche, un hamac est tendu entre la galerie et un arbre et dans le hamac, Peter bulle.
C’est exactement la même scène que lors de notre dernier passage en mars 2011 !
Peter, la cinquantaine longiligne, affutée, est responsable logistique à l’Unicef au
Kenya et passe ses vacances en
Namibie pour «se reposer du monde». Hollandais, il vit en Afrique depuis 25 ans. Son Land Rover 200Tdi âgé de 30 ans (il l’avait acheté neuf en Europe et n’imagine pas s’en séparer) totalise 1,2 millions de kms et en est à son troisième moteur. Ensemble, ils couvrent les 4500 kms séparant
Nairobi de
Windhoek en 7 jours ! Cette fois, traversant la
Tanzanie, il a été attaqué de nuit par des coupeurs de route armés de bâtons et de pierres et la voiture en porte encore les stigmates. Il pense devoir son salut au phare de travail monté à l’arrière de la galerie qui lui a permis de se dégager en reculant à toute vitesse.
Il dit sans ambages que le moteur
straight six de notre Toyota est
the best engine in the world !
Solitaire est en travaux : un nouveau restaurant est sorti du sable, couvert de chaume et bien ventilé il est plus agréable que l’ancien que quatre hommes démontent pierre à pierre à la masse et à la barre à mine. Le nouveau restaurant abrite toujours la meilleure pâtisserie du désert et nous emportons quelques muffins pour la route.
Un ferme astronomique
Hakos Farm, près de Gamsberg Pass est située à 183 500 cm d’altitude et dispose d’un observatoire astronomique. Hélas le couvert nous prive d’observation et même du
stars walk qui vous emmène dans la nuit, télescope en bandoulière à la chasse aux étoiles.
En lot de consolation un panneau signale sans autre indication de distance une fall (cascade, chute d’eau) et j’aime bien les petites falls.
Nous voilà sur le sentier qui descend régulièrement, plongeant parfois dans l’escarpement, mais de chute, point ! Des zèbres s’enfuient, une forte colonie de babouins aussi, les mâles assurant les arrières.
Nous les atteindrons après 3000 secondes-lumière pour découvrir qu’elles atteignent la hauteur vertigineuse de 1200 cm et un débit impressionnant de 0,000 m3/seconde : elles sont à sec alors que, confiants, nous n’avons pas emporté d’eau. Il ne reste plus qu’à remonter une Tour Eiffel de dénivelé positif et ce ne sera pas à la vitesse d’une fusée ! Mais au camp nous attend une cascade de
sparkling water embouteillée tout près d’ici dans le Naukluft.
Ah ! J’oubliais le prix du camping, 200 dollars namibiens (17€) qui sans être stratosphérique est un des plus élevés à ce jour.
On quitte sans regret cette ferme par une piste enlacée à la montagne qui plonge rapidement de 500m dans un paysage qui au début rappelle le
Lesotho jusqu’à un cavalier noir poussant un troupeau dans l’alpage. Mais au
Lesotho les chutes ne tarissent, ne trahissent, jamais.