En direct de Maun, au milieu de la diagonale, pour le ravitaillement et... le restaurant d'Audi Camp (parce qu'à force de voir du gibier on a envie d'en faire profiter d'autres sens
).
Décroissance
A peine entré au
Botswana en provenance de
Namibie vous abandonnez le Trans
Kalahari Highway pour une route de gravier qui file plein sud. Après le premier village, cent kilomètres plus loin, la route devient une large saignée de traces multiples dans le sable profond du bush. Quelques villages de huttes encore, où on échange des saluts enthousiastes et le dernier bochiman vous indique la trace qui à travers la savane devrait vous amener à Kaa, la porte du Kgalagadi botswanais.
Tout à l’heure la piste jouait à saute-dune et fut soudain encombrée du plus grand rassemblement de springboks que vous ayez jamais rencontré occupant la piste à perte de vue. Ils sont bien mille (cinq cent selon la police) qui s’écartent avec élégance, bondissant au dernier moment (c’est plus facile à disperser qu’une manif d’éléphants !).
A mesure que l’empreinte de l’homme diminue l’espace semble s’élargir et la pupille aussi. De petits pans assoiffés invitent à la pause.
Cette nuit ni les chiens ni les camions ne troubleront votre sommeil.
Eau !
Dans l’aube bleu pénible vous vous êtes dit que vous ne reverriez sans doute pas d’eau avant d’atteindre la Boteti River ou le Zambèze mais dans la matinée le ciel s’est lourdement couvert.
En cette fin d’après-midi vous cherchez l’endroit où vous poser mais le camp indiqué par votre carte, pourtant la meilleure pour la région (Tracks4Africa), est inconnu des villageois.
Vous repartez donc en quête d’une piste qui s’enfoncerait dans le bush pour déboucher sur une jolie clairière bordée d’ombre lorsque vous avisez un pan qui semble miroiter ; l’effet de la fatigue sans doute.
Une piste a tout l’air de s’en approcher que vous empruntez n’y croyant guère mais confiant et vous débouchez sur un pan en eau, un large lac au beau milieu du
désert du Kalahari.
Au matin il n’y a plus d’eau, le sable a tout bu dans la nuit –quelle imprévoyance. Hier soir vous avez dû contourner un lac pour gagner le bivouac idéal face au couchant et maintenant vous regagnez le village en traversant un pan dans les traces révélées du bétail.
On dit qu’il ne faut pas donner du poisson aux africains mais leur apprendre à pêcher : d’accord mais comment procéder avec des lacs éphémères ?
Ah tu voulais du sable !
Même le meilleur guide traitant du pays (Bradt éd. 2007) ne parle pas du sud du
Central Kalahari Game Reserve, le parc le plus étendu au monde : il fallait donc y aller !
Vous entrez par Khutse, seule possibilité au sud et êtes rapidement sur une piste de sable profond mais néanmoins à fond dur et bosselé, enfermé dans un bush dense et rapproché qui raye la voiture et empêche toute visibilité. Vous pensez que c’est un mauvais passage, que cela ne va pas durer, que le
Kalahari ne peut pas vous faire ça.
De la matinée vous ne verrez au seul point d’eau près d’un village de bochimans récalcitrants au programme de relocalisation hors du parc que chèvres et mules. Heureusement de nombreux volatiles sauvent la mise : rapaces variés, vautours du
Cap, oiseaux marchands de couleurs et cet étonnant oiseau-hélicoptère qui décolle à la verticale et émet en vol surplace un bruit de rotor de fabrication chinoise. Plus une tortue-léopard.
Sur cette unique piste est proposé un camp rudimentaire –en réalité un emplacement autorisé avec pour tout équipement un cercle pour le feu- toutes les quatre heures (80 kilomètres) et celui que vous atteignez à midi n’invite pas à y passer le reste de la journée. Vous prenez votre courage comme il convient et ayant bloqué le différentiel avec votre co-pilote (vous avez de concert estimé que rouler au diapason serait de circonstance) vous repartez pour quatre heures qui en seront cinq.
L’après-midi sera comme la matinée, sablonneuse, bondissante, griffante et aveugle. Vous embarquerez par les fenêtres assez de sauterelles pour les brochettes du soir et assez de petit bois pour les griller avec en prime une estafilade au visage, vengeance d’une branche dérangée (comme ça tu auras l’air d’un aventurier !).
Bribes du voyage
Selon le patron de Camp Gecko, sur une voiture, ce qu’il n’y a pas ne tombe pas en panne.
Les sons émis par la colonie d’otaries de
Cape Cross : chevrotements, bêlements, démarrage de Harley Davidson, rugissements de lion enroué, corne de brume, cancanage. Et une odeur qui ferait passer celle d’une porcherie pour une création de parfumeur.
Dans le
Kaokoland remonter une rivière asséchée à contre-courant n’est pas chose si aisée.
Un rêve d’architecture intégrée : dans Hartmann Valley, ce village himba de cases noires établi sur le sable dans le prolongement d’un affleurement de basalte.
Le comble de l’hygiène namibienne : dans des toilettes ouvertes à tout vent un aérosol de purificateur d’air parfumé
strawberries and cream avec une illustration de fraises-chantilly (Johnson).
Sous la clôture le phacochère fouit et fuit.
La différence entre
Paris et le Central
Kalahari c’est qu’on peut s’y faire manger mais pas dévaliser.
Cette femme bochiman à qui nous achetons du bois au bord de la piste et qui se jette dans nos bras lorsque nous lui offrons un coca.
Sur la route principale, accrochés à des poteaux pour signaler les pistes qui mènent aux villages : pneus, jantes, ailes et portières de voitures, une calandre, des éclats de seaux et des bidons éclatant éclatés, une parabole satellite, toutes choses dont ils n’ont l’usage qu’au stade de rebut.