Une journée ordinaire dans le Kunene
Après Palmwag, vers le nord, la piste est comme posée sur un ballast de pierres ferrugineuses et l’éléphant de 9H48 qui la bloque lève enfin la trompe, chef de gare autorisant le départ. Les zèbres attentifs dans leur seyante livrée contrôlent et les springboks, koudous et autres oryx sont les vaches qui nous regardent passer. Je conduis le train -un rêve d’enfant.
Après Sesfontein, dernier poste d’essence avant une petite semaine une piste sinueuse empruntant parfois le lit de rivières succède à la belle gravel road.
A 12H36, quatre girafes dans une ombre minuscule tricotent à seize fils et tentent un scoubidou de cous. Un jeune curieux tente une approche, sans plus.
Le camp communautaire de Purros est remarquablement placé sur la rive de l’Hoarusib et non moins remarquablement tenu. Une vénérable girafe (ou bien est-elle au régime sec ?) portant une peau devenue trop grande nous en signale l’entrée. Nous en serons les seuls occupants... presque.
Parce qu’au milieu de la nuit un barrissement retentissant, comme furieux et surpris est suivi d’une galopade sourde qui ressemble à un tonnerre qui s’éloigne. Vous réalisez que le filet d’oranges sentinelle que vous aviez installé (en prenant soin d’en évider une et de la fourrer de hot
chile –
don’t feed the animals !) a fonctionné.
Vous savez aussi qu’il ne faut rien laisser de comestible qu’un éléphant puisse voir ou sentir dans la tente où vous dormez mais vous êtes dans une voiture n’est-ce pas. Dans une voiture d’un nouveau genre dont la partie supérieure est une tente en toile qui communique directement avec le stock de victuailles embarquées pour une semaine.
A l’aube, Dux qui gardait le camp nous informe que six éléphants l’ont traversé cette nuit. Nous en reverrons dans la rivière en partant.
Le tambour rouge
Le point cartographié sous le nom de Rooidrom (
red drum) est matérialisé par un bidon... rouge. C’est tout ce qu’il y a à Rooidrom qui est une des clefs des vallées d’Hartmann et de Marienfluss dans l’extrême nord-ouest de la
Namibie
Alors que nous y faisons une pause sort du couvert de mopanes nains un himba élancé et sec qui porte avec précaution un petit carton ouvert contenant quelques pierres multicolores. Jackson est prospecteur indépendant : il arpente le désert en quête de pierres plus ou moins précieuses que des revendeurs d’
Opuwo, la « capitale » des himbas, lui achètent.
Il habite seul une hutte de terre à un kilomètre au nord de Rooidrom et il se repose de ses recherches à ce carrefour dans l’espoir d’un passage ; il assure que nous sommes les premières personnes qu’il voit passer là depuis cinq jours.
Quatre cailloux, aigues-marines et topazes feront notre bonheur et le sien pour 30 dollars (3 euros).
Il dit avoir faim et soif –comment ne pas le croire. J’essaie de lui vendre une tartine de pain beurrée comme pour moi, parole de breton (ici le beurre, mélangé à des herbes et de la terre rouge les femmes s’en enduisent le corps : je n’ai pas goûté), une pomme, du sucre et de l’eau pour 30 dollars service compris. Il refuse la transaction en riant mais pas le cadeau.
Nous le laissons là avec la promesse de repasser dans quelques jours.
La plus belle pour aller camper
La vallée d’Hartmann réputée désolée –mais de quoi ?- est couverte d’un duvet de graminées et de fleurs blanches, bleues, jaunes et mauves. On la suit vers le nord prenant ses aises entre deux chaines. Puis elle se ferme d’une muraille de montagnes et de dunes stupéfiante de beauté mais empêchant l’accès tant attendu aux berges verdoyantes de la Kunene, rivière frontière entre la
Namibie et l’Angola. Mille nuances de jaune de vert et de gris se mêlent et se succèdent à l’envi sans raison apparente en un harmonieux patchwork.
Il nous faudra trois heures dont un bel ensablement pour trouver le passage après avoir entrevu à plusieurs reprises l’eldorado.
On peut rejoindre la vallée parallèle de Marienfluss en traversant un massif peu élevée par des défilés dont certains sont en escalier. Comme toute vallée qui se respecte un cours d’eau l’occupe, enfin comme c’est la mode ici un cours d’eau asséché ou souterrain, donnant cependant vie à une large ligne continue d’arbres.
Alors que nous n’avons vu que quelques villages himbas dans Hartmann, ils sont ici bien plus nombreux et pour beaucoup désertés : leurs occupants sont à l’estive avec les troupeaux de chèvres et de vaches.
Tout au nord la vallée s’épanche doucement vers la Kunene sans défense et alors qu’il n’y a pas de camp ouvert aux voyageurs indépendants dans Hartmann, on trouve ici des camps communautaires et un lodge fermé.
Les deux vallées hébergent toute une collection d’antilopes, des zèbres dont celui de Hartmann et nous y avons vu pour la première fois des otocyons.
Alors, la plus belle pour aller camper ? Cela dépendra des caractères.
Himba way of life 1 : Sam’suffit ?
Une hutte himba, comme un nid d’oiseau retourné, est faite d’une armature de branches courbées calfeutrées d’un mélange de terre et d’herbes assemblé d’un mortier de bouses. D’un diamètre de 2 à 3 mètres, on tient debout en son centre près du pilier central.
On vit et remplit là toutes les fonctions, à plusieurs et toutes générations confondues.
Quelques ustensiles élémentaires, marmite et calebasse, des sacs rebondis de graines suspendus, voilà tout.
Les plus petits villages comptent trois ou quatre cases disposées autour d’un enclos de branches dressées ou d’épineux retenant le bétail. Parfois de plus grands villages sont eux-mêmes ceints, comme fortifiés, de bois debout.
Himba way of life 2: “met ton casque avant de monter sur ton tricycle”
Au couchant quatre enfants portant des bidons vides s’avancent en file sur une langue de galets au milieu de la Kunene. Le plus grand porte une machette et ouvre la marche en lançant avec précision des galets choisis vers les crocodiles paressant sur la grève qui ne demandent pas leur reste. Moi je les préférerais visibles à terre plutôt que serpentant sous l’eau mais je suppose qu’il s’agit d’inculquer à ces sauriens l’équation homme=danger.
Les petits vêtus d’un pagne remplissent les bidons dans des trous évitant soigneusement l’eau vive (un accident domestique est si vite arrivé) tandis que le grand ne relâche pas sa surveillance. L’ainée repartira avec un bidon de vingt litres sur la tête ondulant la progression pieds nus sur les galets fuyants, les plus petits avec des bidons de cinq litres qu’ils ont bien du mal à ne pas laisser traîner au sol, le plus grand fermant la marche armes au poing.