En passant par le Zululand
Le fier zoulou a troqué sa lance pour un manche de pioche qu’il plante rageusement dans la berme.
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Ce zoulou qui insiste fièrement pour m’indiquer mon chemin dans sa langue, au point de rater son bus.
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La petite ville de Mtubatuba, malgré son insistance, ne sera jamais la capitale mondiale du snorkeling : elle a oublié de se poser au bord de la mer.
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Au Kwa Zulu Natal où tout le monde s’est battu contre tout le monde, anglais, boers, zoulous, les champs de bataille sont devenus des champs de canne à sucre, ménageant ici ou là l’emplacement d’un mémorial.
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Pour
eShowe la fête est finie. Le berceau des rois zoulous n’est plus qu’un grouillement de commerces et je déjeune d’un
fish & chips au pub de The
George Hotel.
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Mais la nation zoulou a donné un nouveau chef au pays, son actuel président, qui comme le grand roi Shaka, terreur des anglais, est polygame et l’assume au nom des traditions zouloues. Admettons, mais n’est-il pas le président de la nation arc-en-ciel ? Et lorsqu’il prétend, dans un pays sévèrement touché, ne pas sortir couvert et qu’il suffit, après la femme, de prendre une douche pour ne pas être contaminé par le virus du sida, que dire ?
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En anglais le même mot désigne jeu et gibier :
game. Depuis deux mois le second sens s’imposait mais à ce que je lis dans les revues, la South Coast de
Durban rend au premier tout son sens.
DisUnited colors of
Je vois bien que j’en fais une obsession, vous voudrez bien m’en excuser et pouvez tout à fait sauter ce paragraphe.
Dans ce pub historique de Mooi River, noirs et blancs sont mélangés. Enfin, pas complètement : les noirs sont massés d’un côté du comptoir, les blancs occupent l’autre alors même que les membres au sein de chaque communauté ne se connaissent pas forcément et sont là par groupes de deux ou trois. A l’opposé de la salle, près de la cheminée, à l’unique table mixte, le blanc a un look messianique, barbe et longs cheveux libres.
Le lendemain, le pub du centenaire Himeville Arms Hotel est composé d’une grande salle coupée en son milieu par un mur percé d’arcades. Cette distribution relève des contraintes architecturales et non d’une quelconque politique puisqu’il y a moins de vingt ans seuls les blancs avaient accès au pub. Au centre d’un long comptoir circulaire passant d’une pièce à l’autre voltigent les serveurs –deux noirs, une blanche- alors que d’un côté du mur trois groupes de noirs boivent des bières et de l’autre, une douzaine de blancs... boivent des bières.
Je m’installe avec les noirs : me voilà progressiste à bon compte et surtout, touriste pathétique et ridicule.
Sani Pass, porte du Lesotho
Pour accéder au paradis, chacun sait qu’il faut traverser les nuages, Mais s’ils épaississent et s’assombrissent à mesure que vous montez, êtes-vous sur la bonne voie alors que vous aviez entendu parler de lumière céleste ?
Et lorsqu’une pluie froide et insistante s'en mêle, ne faut-il pas rebrousser chemin ?
Et au sommet, tous ces noirs en haillons sont-ils des angelots déchus ? Et ces couvertures en lambeaux ce qu’il reste de leurs ailes ?
Le
Sani Pass (Sani Top) se pousse du col, se prétendant le plus haut d’
Afrique Australe, en tutoyant le pic le plus élevé et hébergeant le pub le plus haut du continent (2874m). En juin 2012 il y faisait -21° et en 2013 la première neige de l’année est tombée en plein été, le 11 février. Au demeurant la décoration n’y est pas de trophées mais de skis. Et en montant j’ai croisé une voiture de police, une roue à l’horizontale –vilaine fracture- et une autre, transmission avant cassée.
Pour tenter de répondre à une question récurrente sur le nombre de roues motrices requises pour le passer, et bien qu’en disposant de quatre, blocables dans tous les sens, j’ai tenté de le monter en deux roues motrices. Et c’est passé, la difficulté étant plus de garder le souffle de la première sans passer en vitesses courtes, mais de manière inconfortable et trépidante. Ceci dit, un panneau indique au pied du col que l’accès aux deux roues motrices est interdit, sauf accord préalable de la police qui, effectivement, un peu plus loin, vérifie le type des véhicules.
Attablé au pub, j’observe, dévalant la montagne, une boule de bruyère anormale, énorme et chaussée de bottes blanches (de celles qu’on porte dans l’agro-alimentaire). La boule s’arrête brusquement dans la pente et un homme en sort : ils arrachent les pieds, les assemblent puis se glissent dessous pour les porter jusqu’au foyer. Il n’y a pas ou plus d’arbres dans ces montagnes.
Sur la route
Des moutons minuscules que, sous l’artifice de la laine, on devine chétifs.
Des chevaux paissant, sellés et harnachés, en l’attente d’un cavalier invisible.
Un chinois, tête nue, assisté de sothos coiffés de leur traditionnel chapeau pointu, effectue des relevés topographiques manquerait plus qu’ils goudronnent la piste qui culmine ici à 3230 mètres.
Comme une chèvre mauritanienne –ici ses moutons n’ont même pas ces friandises à se mettre sous la dent-, un berger mâchouille un morceau de plastique. Provient-il d’un sac recyclable à base de maïs ? Je lui offre du pain, il me terrasse d’un sourire, me voilà grassement payé.
Dans la montagne il arrive que des femmes vous arrêtent et vous montrent qu’elles ont faim. Même si, ici, personne n'est en surpoids, je me demande s’il ne s’agit pas surtout de curiosité et de gourmandise de ce qui peut sortir de cette épicerie ambulante qu’est une voiture de blanc.
On moissonne un maigre seigle à la main qu’on porte en gerbes jusqu’à un entablement rocheux qui fait office d’aire à battre. La paille est entreposée sur place en gerbes coniques qui font une multitude de petits chapeaux dans la montagne et les mules dociles portent le grain au moulin qui ne chôme pas.
Pas de tire-au-flanc dans la montagne, tout le monde, jusqu’aux animaux, la travaille au corps.
La nouvelle gérante du Ramabanta, jeune femme d’ici, est d’abord étonnée que je fasse un petit feu un soir d’été. Je lui réponds par des mouvements circulaires des mains autour de la tête. Inspirée, et d’un air entendu, elle glisse
« Oh ! It is for your mind »
Email diamant
Dans les lacets en contrebas je le vois courir avec ses bottes en plastique sans me sentir concerné. Je grimpe, il court toujours. Serais-je l’objet de la poursuite ? Veut-il que je l’emmène ? Je ne suis pas emballé, souhaitant avancer à mon rythme. Il court toujours et, lorsque je jette un œil à la fenêtre, me fait signe. Je suis fait. Je stoppe et sors de la voiture, il termine au pas, essoufflé.
Il ouvre avec précaution un morceau de plastique enroulé serré, en papillon, autour d’une forme ronde. Va-t-il m’offrir un bonbon ? Non, il sort une pierre, puis d’autres pareillement emballées, brutes ou polies, dont un diamant, oui monsieur.
Devant le peu d’intérêt que je porte à son offre il rit d’une bouche à déprimer un dentifrice. Je lui offre une bière qu’il garde pour plus tard.
A la soupe !
Dans cette école catholique c’est la pause de midi. Trois cent élèves en uniforme bleu s’égaillent sur la colline avant de former une file patiente qui serpente jusqu’à la cantine, casemate de parpaings de dix mètres carrés, chacun muni d’une gamelle en plastique.
Menu unique, plat unique, hier, aujourd’hui et demain : une livre de porridge qu’une cantinière assise sur un tabouret, l’énorme gamelle entre les jambes, leur sert en deux coups de louche avant qu’ils s’avancent à un deuxième poste où on sauce le porridge d’un verre de lait (ça aidera !). Compte-tenu de la hauteur du service les enfants s’inclinent (se prosternent ?) pour recevoir leur repas.
Les enseignantes me proposent de partager mais, malheureusement, j’ai oublié ma gamelle.
Executive
Le crépuscule, le froid et la fatigue me rabattent sur une guest house de Thaba Tseka, au centre du
Lesotho annoncée dix kilomètres plus tôt par un engageant MotherLand GH.
Construite récemment pour les clients locaux, séminaires gouvernementaux et personnel des ONG, antithèse de l’adresse de charme, tout y est aseptisé et parfumé. Une décoration inspirée de la Renaissance italienne passée par une pizzeria, enrichie par des xhosas qui raffolent des pastels et nappée de sauce américaine.
On me propose une chambre standard pour 500 malotis (environ 45€) ou, avec gourmandise, une
executive room pour six cent. Va pour l’
executive, j’ai toujours eu un faible. Drap de satin synthétique, couverture polaire moumoutée, plaid damassé dans un matériau non identifié, fauteuils en simili noir, voilier et phare en bois sur l’armoire, de ceux qu’on vend sur nos côtes, voilà le camp du jour.
La gent féminine, de la réceptionniste à la barmaid et jusqu’à la manageure, sapée
executive, s’inquiètent de ma solitude. Et votre femme ? Elle est rentrée en
France. Ah! Mais vous êtes toujours ensemble? Toutes auraient inspiré Fernando Botero. Oui, bien sûr, nous sommes toujours ensemble.
Un sourire renversant
Avertissement : la lecture de ce paragraphe est susceptible de provoquer des palpitations, voire des bouffées de haine, chez les sujets dont la tolérance à l’idée même d’un 4X4 dans la nature est faible.
A l’ouest de Thaba Tseka une piste, annoncée carrossable, relie un chapelet de villages d’altitude et devrait mener à Semonkong. Le genre de raccourci trois fois plus court mais trois fois plus long. La piste devient de moins en moins carrossable jusqu’à n’être plus qu’un chemin muletier, une unique trace restant visible.
Comme il y a une ligne de partage des eaux, souvent, la piste s’étant rétrécie, desservant un dernier village, s’élargit à nouveau au suivant, délimitant les zones d’influence des plus gros villages où l’on se ravitaille. Mais là, point.
J’ai dépassé la section classée
dangerous road par Tracks4Africa (et quand eux utilisent ce terme ce n’est pas en vertu du principe de précaution), il reste un large gué de gros galets roulants, l’eau à l’essieu et, après Chief Village, la piste part tout droit dans le versant opposé. Au village, personne ne parle anglais mais on me fait comprendre que c’est passable en rebouchant les ravines au fur et à mesure.
Oubliée la position horizontale, ce ne sont plus qu’acrobaties et contorsions, marches de pierre doublées de devers. Deux gamins m’ont suivi et nous voilà trois cantonniers. La voiture peine, je sue et palpite. Je reconnais l’amont à pied : tous les vingt mètres il faudra empierrer pour ne pas toucher ou verser. Il est presque dix-sept heures lorsque je renonce je vais dormir au village et demain je rebrousserai chemin.
Mes aides redescendent à pied, restant à mon niveau et savourant du chocolat je les regarde, quand ils sourient on ne voit plus leurs dents, et la voiture se retrouve en bascule, châssis posé sur une arête, plus aucune roue n’adhérant suffisamment. (Tu le sais bien pourtant qu’un sourire est dangereux et qu’une seconde d’inattention peut être fatale.)
La technologie nipponne est impuissante. Je soulève la voiture et glisse des pierres sous les roues puis demande aux enfants et à deux femmes chenues qui descendaient de la montagne et depuis se livrent à force commentaires de pousser en soulevant l’arrière de la voiture. Craignant la ruade, elles refusent tout net et s’en vont, emmenant les enfants.
Je transmets doucement la puissance aux roues, les pierres chassent, la voiture n’a pas bougé si ce n’est, légèrement, autour de l’axe d’appui. Ce serait une bonne idée qu’elle me fasse la soucoupe volante.
Je soulève plus haut, attentif à ce que la voiture ne file pas sans moi dans la pente, et place sous les roues de plus grosses pierres, bloquées entre elles. Il est plus de dix-huit heures, si je dois passer la nuit dans une pente de 30°, cela ne va pas être de tout confort.
J’entends des voix qui montent et décide d’attendre. Trois hommes du village viennent m’aider, alertés par les femmes. Et un, et deux, et trois ! Gloups, ça plonge ! Je stoppe après 50cm, dégagé. Il nous reste à paver quelques mètres pour ne pas laisser l’arrière sur l’arête.
Mes sauveteurs m’escortent au village où l’un d’eux me propose de dormir près de sa case. Palabres de signes, bières, gâteaux, paie. Arrive une vieille femme qui me suggère (m’ordonne ?) de m’installer près de la rivière, cent mètres plus bas, ce qui me convient très bien.
Dès six heures, une première écolière en uniforme traverse la passerelle qui enjambe la rivière quatre suivront, un à un. Où est l’école ? Mon paquet de biscuits n’y résistera pas.
Bilan ce matin : une bavette et une conduite d’eau douce arrachées, un pneu déchiré. Rien donc ! Mais si un organe vital lâchait ici, ça pourrait prendre un moment avant d’être dépanné. Je m’engage, si je sors de là sans autre casse, à arrêter les bêtises... pour la semaine.
Par moment, il n’y a plus que le ciel devant le capot et si la piste n’était pas signalée par une ligne de pierre intermittente, on la perdrait. Ce doit être coton de passer là dans le brouillard.
Première heure, 3 kilomètres, deuxième, 5, troisième, 7 et quatrième 12. Il suffira d’une demi-heure pour parcourir les treize derniers kilomètres.