L’esprit du lieu
Depuis que nous avons quitté
Harare la capitale du
Zimbabwe nous n’avons vu aucun camp lorsque nous nous engageons par une voie secondaire dans les Eastern
Highlands. A plus de 1600 mètres le paysage change, la dense végétation laisse place à la roche et nous avisons un chaos qui, contourné offre une esplanade idéale pour le bivouac.
Il reste des traces de divers feux que nous prenons pour ceux de voyageurs nous ayant précédés. La nuit de pleine lune tombe sur un feu humide.
Des voix puis un point rouge se déplacent en lisière du plateau et subitement s’orientent vers nous. Un homme très doux accompagné d’un enfant habillé d’une cape blanche approche du feu, nous devisons un moment et il nous assure que nous pouvons rester là, que nous ne dérangeons pas. Le point rouge qu’il porte est un brandon avec lequel il s’en va allumer son propre feu cinquante mètres plus loin ; ils y passeront la nuit.
Des voix féminines et des rires fusent dans la direction opposée et le brandon revient leur allumer un maigre feu. Nous rendons une visite de courtoisie à ce nouveau bivouac, porteurs d’un paquet de gâteaux : trois femmes et trois enfants en blanc de pied en cape vont aussi passer la nuit ici pour prier. Pourquoi prier ici ? Parce que c’est ici précisément qu’il faut prier ! Nous nous sentons tout à coup sacrilèges mais elles nous confirment que nous pouvons rester. La nuit sera pleine de chuchotements, incantations ou psalmodies?
A 5H30 des voix toutes proches nous alertent : les femmes et les enfants sont là, transis sous la pluie, à tenter de rallumer notre feu noyé. Lorsque je sors ils disent avoir faim : nos stocks de secours qui n’ont pas trouvé usage dans le désert trouveront ce matin leur raison d’être.
Quand tous se sont restaurés comme jamais la maman commence la toilette des trois enfants qui troquent leurs fripes contre des uniformes scolaires bouchonnés dans un sac et s’en vont à pied vers l’école située à une petite heure de marche, une tablette de chocolat dans la poche.
J’ignore ce qu’ils attendaient de leurs prières et s’ils considèrent qu’elles ont été un petit peu exaucées mais nous, misérables mécréants, qui avions bien perçu l’esprit des lieux le remercions de ce don du ciel.
Help !
A Hivu Guest Farm dans les Bvumba Mountains qui surplombent à 1700 m Mutare, deuxième ville du
Zimbabwe, nous pensons avoir trouvé le Graal : un camping lilliputien en contrebas du parking des chambres d’hôtes mais surplombant une pépinière en terrasses cascadant jusqu’à un petit lac et offrant une vue dégagée sur les montagnes du
Mozambique, le tout pour le meilleur prix du pays, seize dollars.
Arrivent un puis deux, puis quatre Toyota blancs dernier cri hérissés d’antennes radios et frappés du sigle de l’UNFPA (Organisation des Nations Unies) dont descendent une douzaine de zimbabwéens en bonne santé et costume-cravate. Certains nous saluent, d’autres nous ignorent. A eux tous ils remplissent le lodge.
Au crépuscule, alors qu’auprès d’un feu laborieux luttant contre la brume nous grignotons des restes à la lueur d’une bougie vacillante, un des zimbabwéens revient vers sa voiture et nous jette un œil.
Un moment je me demande s’il ne va pas nous proposer son aide.
Economie Nationale
La Nationale 1 traverse, irrigue le sud du
Mozambique sur plus de mille kilomètres. Dans sa partie nord elle traverse des forêts denses ne laissant d’autre visibilité que celle de ce tunnel vert. Sauf dans les quelques gros villages traversés il n’y a aucune route adjacente, pas même une piste de sable, seulement des sentiers, intoyotables.
On devine ce qui se passe dans le couvert à ce qui est présenté sur le bord de la route –route qui parfois ressemble à un poulailler tant les nids sont nombreux.
Au début c’est la filière bois qui domine l’activité : fagots de branches plus ou moins grosses, troncs débités à la hache, charbon de bois en sacs plastique coiffés et fermés d’herbes tressées, ébénistes.
Puis les minerais prennent le relais en petits tas de graviers, de pierres de différents tailles et de galets polis.
Plus tard des gamins audacieux se plantent au milieu de la route pour vous contraindre à acheter leurs ananas tandis que d’autres agitent à bout de bras des poulets vivants.
Régulièrement des revendeurs d’essence ont dressé leur pittoresque station de bidons et de bouteilles.
Note sur les Poids et Mesures : ici pas question de kilos ou de mètres-cube on vend les biens qui s’y prêtent en pyramides (tomates, cailloux) ou en tours savantes mais précaires (patates, briques).
On peut hésiter entre une petite pyramide de grosses tomates ou une grosse pyramide de petites.
D'autres bribes du voyage
Sur une route nationale du
Botswana, sous la pluie, ces trois cyclistes blancs chargés comme des baudets slaloment entre les nids de poule et toréent les vaches et les mules en riant.
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En Occident on enferme les animaux dans des clôtures pour protéger les cultures ; ici ce sont les cultures qui sont clôturées les animaux, de la chèvre à l’éléphant restant libres d’aller et venir.
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Au moment où le soleil plonge dans le Zambèze l’hippopotame en sort, traverse luisant notre camp et s’en va brouter sans autre formalité.
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Dans
Mana Pools NP j’ai fixé le hamac entre deux arbres surplombant le Zambèze. Un hippopotame ronchonne sur un haut fond à vingt mètres et lorsqu’il baille, mâchoire ouverte à 180°, j’évalue que les pieds calés sur ses canines inférieures je pourrais m’adosser à ses incisives supérieures. Mais mon guide est formel : ces bestiaux-là sont herbivores. J’envisage de remonter le hamac plus haut dans les arbres (mon guide là encore est formel : les hippos ne grimpent pas aux arbres). Je ne dors pas.
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Vous campez dans cette jolie crique du
lac Kariba (
Zimbabwe) qui dans la douceur du matin pourrait être en pays niçois les contreforts de la
Zambie étant l’
Italie. Soudain, bondissant et braillant, un hippopotame rompt le charme. Vous renoncez à piquer une tête.
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Dans
Harare la frénétique les limousines allemandes rutilantes disputent l’avenue aux minibus japonais effondrés.
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Dans ce grand hôtel de l’est du
Zimbabwe trente zimbabwéens appartenant à une ONG réputée sont en congrès (animé par trois blancs) pour quatre jours. Ils se livrent à des sortes de jeux de rôles sur la pelouse. La nuit ici coûte 160 dollars.