I want my money back (comme disait Madame Tatcher)
Dans la petite ville de Kang, dans le sud-ouest du
Kalahari, le seul ATM (distributeur de billets) à 250 kilomètres à la ronde est implanté dans l’un des deux petits supermarchés où l’on trouve plus facilement des sacs de 25 kg de riz qu’une boite de thé.
Le distributeur est exclusivement alimenté avec les billets des caisses du commerce : pas de ventes, pas de billets et pas de billets, pas de ventes. Une affiche vous incite expressément à dépenser sur place vos retraits si voulez avoir des billets ensuite.
A notre arrivée nous précèdent une monumentale noire moulée de rose suivie de deux jeunes hommes chemise-blanche-cravate-pastel et deux ou trois personnes plus effacées. Le gérant nous explique la situation : le magasin vient d’ouvrir ce matin et il attend une recette suffisante pour nourrir la machine.
Munis de nos pulas en coupures de cent (dix euros) la caissière en chef nous interpelle et nous demande de changer nos coupures contre des billets de deux cent pulas : la machine ne sait gérer que des coupures de cent et elle en a besoin. J’accepte contre une commission qu’elle me refuse en riant.
Sauvages
Quasi désert à notre arrivée le camp urbain est noir de blancs ce soir, une expédition de sud-africains, dix 4X4 suréquipés, vingt hommes surpondérés (deux tonnes de PTC), pas de femmes (ça doit leur faire des vacances). Après d’interminables et bruyantes libations le doux silence de la nuit sera empli de ronflements à tétaniser un lion.
Ajoutez les aboiements comme dans un chant à répons absurde, le braiement déchirant des mules –qui dira le désespoir de la mule mal-aimée ?-, le roucoulement obstiné des tourterelles avant l’aurore –ne savent-elles pas que la St Valentin c’est terminé ?- couvrant la mélodie d’oiseaux plus rares, et vous obtenez une deuxième nuit d’enfer.
Ce matin nous repartons dans le bush et ce midi je tendrai le hamac entre les acacias.
Into the wild
Nous passons du
Botswana au
Zimbabwe par le minuscule poste frontière de Pandamatenga par où ont transité dix-sept voitures ces trois dernières semaines. Juste après le poste et quarante-cinq minutes de formalités à quatre guichets côté
Zimbabwe, démarre une piste de terre située dans une réserve mitoyenne de
Hwange National Park que nous souhaitons atteindre sans repasser par la civilisation.
Après une petite heure une piste adjacente part au sud sans indication mais qui devrait mener dans
Hwange bien que rien sur la carte n’indique qu’il y ait là un point d’entrée. L’idée d’être un peu hors-la-loi au pays de S.A.S. Mugabe (1) n’est pas pour me déplaire.
On avance, on a assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens, et soudain se dresse au milieu de la piste une construction monumentale : une porte d’entrée officielle dans
Hwange. Un officier impeccable nous accueille et remplissant le registre j’observe que douze voitures sont entrées ou sorties par là depuis vingt jours. Nous voilà donc régularisés.
(1) S.A.S. : Son Autocrate Sénilissime. Robert Mugabe, octogénaire président régulièrement élu voilà trente ans et devenu depuis dictateur et démagogue.
Quel chantier !
A Robbins Camp dans
Hwange NP je révise les théories sur l’organisation du travail. L’équipe de base pour l’entretien du camping est composée d’une chef en uniforme brun impeccable, d’un pousseur de brouette, de deux porteurs de houe et d’un râtisseur.
Quand les porteurs de houe ont défriché un petit carré ils se reposent tandis que le râtisseur forme un tas d’herbes que le brouetteur ramasse à la main et s’en va déverser à l’autre bout du camp. La chef virevolte empruntant ça et là un outil orphelin pour une finition. Lorsqu’un emplacement est défriché, courbée sur un balai sans manche, un bras replié dans le dos comme soutenant les reins elle tourne et ondule dans le rond impeccable qui est sa scène, danseuse de ballet.
Ceux qui ne sont pas en action entretiennent une joyeuse partition et souvent ceux qui travaillent suspendent leur geste d’un même mouvement pour approuver ou contester avec ardeur et force gesticulations.
Les mangoustes trottent et creusent sans aucun respect du travail bien fait. Un vervet dignement assis sur la table en béton d’un emplacement semble surveiller les opérations, à moins qu’il ne s’interroge sur la façon d’améliorer la productivité.
Quarante-huit personnes travaillent dans ce camp de vingt chalets et autant d’emplacements de camping et vivent à proximité avec leurs familles (environ 250 personnes selon Kudsie la volubile réceptionniste). Depuis trois semaines douze clients ont séjourné ici pour une recette totale de trois cent soixante dollars américains.
Les lions de Kennedy
Kennedy campsite dans
Hwange NP (
Zimbabwe) est the place to be.
C’est un des plus joli et le mieux tenu de la dizaine de camps privatifs du parc ; vous y passez la nuit seuls en compagnie d’un gardien. Et ce soir c’est une accorte gardienne qui nous reçoit en service ici pour trente jours consécutifs (ce qui explique sans doute l’exceptionnelle propreté du camp).
Un grillage à poules dont la vocation semble être de retenir la végétation vous sépare du bush et nous rions avec notre protectrice lorsqu’elle vient fermer la barrière symbolique dont on se demande qui des branches ou du fil de fer soutient l’autre.
Tout à l’heure, alentour, vous avez approché des éléphants, des girafes, des zèbres et des koudous et maintenant de sourds rugissements couvrent les ronflements du feu.
La procédure ! Quelle procédure ?
Aujourd’hui sur la petite route qui mène de
Hwange au
lac Kariba (
Zimbabwe), une route si petite et dans un tel état que pas un conseiller général ne saurait la tolérer dans son canton en
France, nous n’avons pas croisé dix voitures en trois heures mais quatre barrages de police.
Au premier barrage, première prune de la saison pour non port de la ceinture ; sans demander aucun papier on vous dresse un reçu en bonne et due forme (5$)
Au deuxième on vous demande uniquement de présenter votre permis de conduire. Au troisième, rien d’autre que si vous n’auriez pas un peu d’eau fraîche. Au quatrième la seule chose qui compte est de savoir si vous pouvez présenter le certificat d’importation temporaire du véhicule.
Le lendemain, après le cul-de-sac de Binga, il vous faut repasser au point de contrôle numéro quatre : nouvelle équipe de policiers cette fois assistés de trois fonctionnaires de la Direction des Routes le premier recherche l’infraction, le second rédige la contravention pendant que le troisième, le chef, entreprend ma co-pilote. Vous n’avez pas sur votre pare-choc avant les réflecteurs blancs réglementaires : nouvelle amende de dix dollars cette fois.
Pendant les formalités passe un pick-up avec une dizaine de personnes hilares dans la benne, sans ceinture de sécurité !
Notez que ce pays, le seul du continent à ma connaissance, perçoit à l’entrée une taxe carbone de cinquante dollars preuve s’il en était besoin que le
Zimbabwe est un pays avancé.