Suite et fin : J 13 : De la solitude de De-Na-Zin au chinoiseries de Bisti Badlands
La nuit précédente, notre bivouac à De-Na-Zin s’est merveilleusement bien passé. Nous nous réjouissons de renouveler l’expérience.
Les 4 voitures des Chinois sont toujours là... sur « notre » territoire ?


Qu’à cela ne tienne. Nous inspectons le sol : nos matelas auto-gonflants sont confortables mais pas très épais, mieux vaux choisir son emplacement et éviter le caillou bien pointu.
Tiens, et si on s’installait là, derrière la corde délimitant le parking ? Le sol est bien lisse, on pourrait croire que c’est du sable dur ! L’installation des tentes se fait sans difficulté majeure, le sol est bien meuble. On se félicite ! C’est le métier qui rentre, nous gagnons en efficacité.

L’humeur est joyeuse.
La cuisine se prépare tranquillement. Nous sortons nos fauteuils pliants, l’apéro est bien mérité... nous le savourons après cette belle journée.
Que de beaux paysages à Bisti
Badlands :
Nous avons vraiment l'impression d'être allés sur des terres lunaires, martiennes, que sais-je ?
Seuls, loin de toute civilisation, on se sent privilégiés.
On savoure chaque instant, conscients de la chance que nous avons d'être ici, ensemble.
Confortablement installés, nous observons l’horizon. Le ciel s’obscurcit... il y a de l’orage au loin...
Que l’on est bien ici, la température est tombée. On trinque !

Ah, le ciel noircit à vive allure...
Qu’ils sont beaux ces éclairs au loin... que l’on est bien ici, le repas est presque prêt.

Oh, il fait nuit noire... il tombe 2 gouttes... que cela fait du bien, il fait enfin frais.
Eh ! Il tombe des cordes, branle bas de combat... Nous nous réfugions dans la voiture, c’est un joyeux bazar, le mauvais temps va passer !

Un éclair... et là un autre... encore un : que c’est beau !
Oui, c’est beau... mais ça ne nourrit pas un adolescent de 16 ans que la faim tenaille !
Ni une, ni deux la casserole de riz bien chaud est introduite dans la voiture.

Tiens, au fait... les Chinois ?
Toujours pas rentrés !

La pluie est torrentielle, le ciel est zébré d’éclairs, nous sommes à 4 dans une voiture dont les vitres se couvrent de buée, avec des effluves de riz dans les narines, des affaires aux pieds, sur les genoux, en vrac... un vrai bazar !
Eclats de rire général... La situation est cocasse, pour le moins inhabituelle... Nous en rions franchement.


Tiens, au fait... les Chinois ?
Toujours pas rentrés !


Il pleut toujours, on ne voit rien (la buée of course), mais on entend bien les gouttes qui rebondissent sur la carrosserie. On se réjouit d’avoir planté les tentes, gonflé les matelas, déroulé les duvets avant l’orage.
Tiens, au fait... nos tentes ?

Est ce qu’elles tiennent le choc avec cette pluie ?
MonChéri se dévoue, sort,... revient aussi vite...
Notre emplacement, si bien choisi, au sol si mou, à l’espace si dégagé n’est autre qu’un wash... et qui dit wash sous la pluie dit boue.

Ahrr !

Erreur de débutants ! Eclats de rire général...

Nous en rions franchement.
Il pleut toujours à verses et rien ne semble indiquer que l’orage va cesser.
Nous ne pouvons plus attendre, si nous ne voulons pas que nos tentes flottent.
Vite nous rapatrions, duvets et matelas dans la voiture. Les enfants se chargent de les plier pendant que nous démontons les tentes en un temps record et les mettons en boule dans le coffre. Les bâches de protection bien boueuses, suivent le même traitement.
Quel bazar dans cette voiture ! Impossible de reprendre la route.
Tiens, au fait... les Chinois ?
Toujours pas rentrés !



Dans la voiture, l’humeur est toujours joyeuse. On n’encourt aucun danger, on trouvera bien une chambre d’hôtel à Farmington.
Oui, mais... les Chinois

Ils doivent être trempés jusqu’aux os, on ne peut tout de même pas partir.
Aller à leur rencontre ? On ne sait pas précisément où ils sont. On ne connaît pas bien le terrain. Il fait nuit noire.
MonChéri déplace la voiture face au trailhead et allume les grands phares. On scrute l’horizon, l’orage semble être passé mais il pleut toujours. Le sol est trempé, boueux. Il est un peu plus de 21h et il commence à faire froid.
Que faire ? On patiente encore un peu, on aperçoit au loin un faible faisceau lumineux qui clignote puis s’éteint.
Le temps s’écoule, il ne pleut plus mais l’air reste très humide. La nuit est noire, le silence est total. On guette et on s’inquiète.
J’appelle le 911 avec difficultés car le réseau passe mal. Nous patientons à nouveau, toujours plein phares, dans cette nuit noire. La première ville est à 50 km, les secours ne devraient plus tarder. J’espère que je ne me suis pas emmêlé les pinceaux entre Bisti Nord et Bisti Sud.
Les voilà ! La sirène du camion de pompiers se fait entendre de loin, les gyrophares éclairent la nuit.
Deux ambulances suivent, puis une voiture de pompiers indiens (nous sommes en territoire
Navajo) et enfin le shérif. Nos phares, concurrencés par toutes ces lumières, ne sont plus très utiles.
Les pompiers sortent leurs jumelles infra-rouges. Pensant avoir localisé les Chinois, deux d’entre eux partent avec un lourd chargement de premiers secours, dont des lampes torches. Nous patientons à nouveau. L’équipe sur place est prête à appeler des hélicoptères si besoin. Les talkies walkies grésillent : les pompiers partis à la rescousse sont dorénavant aux côtés des Chinois. Ouf ! Pour autant, le retour n’est pas si aisé car le wash s’est gorgé d’eau, la traversée est difficile. Deux autres pompiers partent rejoindre leurs collègues avec des cordes et avec une longue échelle. Celle-ci sera tendue au sol et permettra au groupe de traverser, à l’horizontale, en s’aidant d’une corde.
L’opération de secours s’achève, il est 21h40, les Chinois arrivent au parking.
Un, deux, trois,.... Ils sont vingt-trois de la fillette de 12/13 ans à la grand-mère.
On se sent mieux. Les femmes se jettent dans nos bras, nous remercient chaudement, qui en anglais, qui en chinois, pleurent pour certaines. Les hommes passent dignement, un sourire pincé, la tête haute... et pour certains le pantalon boueux jusqu’à la taille.
L’un d’eux, vient nous rechercher alors que nous discutions avec le shérif.... il veut faire une photo de groupe !!!
Le sheriff et les pompiers nous libèrent, nous saluons nos Chinois très préoccupés par leurs appareils photos et nous prenons la route pour Farmington en quête d’un hôtel pas trop cher. A l’entrée de la ville, le panneau lumineux d’un Motel est allumé : 53 $ la nuit. La chambre est vraiment quelconque, petite, vieillotte, mais pour une étape forcée, elle nous convient ; la fatigue nous gagne, nous nettoyons autant que possible les tentes et matelas, faisons sécher un maximum de choses. Demain est un autre jour !
Images attachées:
Photo postée par le membre
Alanay.
Photo postée par le membre
Alanay.