USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. YeahMax · 27 janvier 2014 à 21:07 · 307 photos 132 messages · 25 participants · 28 504 affichages | | | | À: Dolma · 23 février 2014 à 10:03 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 81 de 132 · Page 5 de 7 · 2 714 affichages · Partager Merci, Dolma. Moi non plus je n'ai jamais conçu le voyage sans l'écriture, même à deux pas de la maison. La route, le paysage, l'orage, un ciel de traîne, les bruits du marché, les gens tout autour, voilà des millions de sensations que j'aime transcrire en mots. Pas toujours bien choisis, pas toujours élégants, boiteux ou malmenés, ils sont là. Je viens de lire quelques uns de tes textes sur ton blog, c'est pile ce que j'adore !... Hop, épinglée en favorite la petite Vagabonde !... A bientôt... | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: YeahMax · 23 février 2014 à 15:05 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 82 de 132 · Page 5 de 7 · 2 672 affichages · Partager Hello Max,
Pour nous c'était en 2012 (sur les conseils de l'Ami Zitounet...) avec un long détour qui se mérite !
blogs.crespel.me/usa2012/2012/08/14/
Et le même arbre déplumé, son cousin, et un contorsionniste en PJ.
Bien impatient de te lire à propos du Yellowstone. Cordialement. Jean.
| | | À: YeahMax · 23 février 2014 à 15:24 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 83 de 132 · Page 5 de 7 · 2 660 affichages · Partager Hello,
Depuis tout à l'heure j'ai eu le temps de lire "ton" Yellowstone.... et c'est du même tonneau (normal... La Champagne !).
Quel chouette récit.
Dans un autre style, si tu as zappé mon bonus 2013 (murals), le voici:
blogs.crespel.me/...es-et-decors-muraux/
à + Jean. | | | À: PapJ59 · 23 février 2014 à 19:43 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 84 de 132 · Page 5 de 7 · 2 621 affichages · Partager Yeah Jean !
Merci pour les clichés complémentaires de Craters of the Moon. En ce qui concerne tes photos de murals, je les avais déjà regardées sur ton blog. J'aime beaucoup la façon de mettre en scène les musiciens sous ces couleurs tranchantes. Tu as compilé là une bien belle collection !... | | | À: YeahMax · 24 février 2014 à 10:20 · Modifié le 24 fév. 2014 à 15:40 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 85 de 132 · Page 5 de 7 · 2 567 affichages · Partager Mardi 13 et mercredi 14 août : la traversée des plaines du Washington, de Spokane à Wenatchee.
Tiens, le soleil brille encore : c’est notre copain câlin depuis trente-cinq jours mine de rien, si l’on excepte les deux heures de pluie reçue à Stanley dans les montagnes Sawtooth. On convient que visiter le Northwest dans ces conditions s’apparente à un coup de bol extraordinaire !... On en profite pour charger le Chevy par la fenêtre de la chambre, le coffre collé direct au pied des pistes. A neuf heures tapantes, on grimpe dans l’auto et je mets le contact. Puisque nous ne sommes pas pressés, nous avons choisi, pour rallier Wenatchee, de délaisser l’autoroute au profit de la vieille US 2. Bien sûr tu ne peux pas dépasser le 55 à l’heure sur ces nationales désuètes, mais au moins le terroir et les gens y sont à portée de main. Dès la sortie de Spokane, le paysage change : la plaine mamelonnée s’étale jusqu’à l’horizon, des parcelles, des parcelles gigantesques à perte de vue, dans toutes les directions, qui prennent parfois des faux-airs de notre Champagne céréalière. Cependant, à bien y regarder, certains signes ne trompent pas, comme cette carcasse de camionnette qui rouille en plein champ à une encablure de la tôle surchauffée des silos à grains.
Notre découverte du jour, c’est Davenport. Siège du Comté de Lincoln, à peine 2000 habitants en comptant les animaux domestiques, c’est la bourgade rêvée pour le chasseur de vide. On gare notre véhicule sur le parking poussiéreux du Cowboy Café : au premier abord, on croit être arrivé devant une machine à remonter le temps !...
Nous faisons le tour du bâtiment, garni comme un mémorial du Wild Wild West. Il y a des pièces de collection partout, devant, derrière, sur les côtés, des carrioles, de la vaisselle, des meubles, des outils du siècle d’avant, entassés pêle-mêle sous le patio de bois. Un antique modèle de Chevrolet lance un clin d’œil malicieux à notre Equinox tout droit sorti des chaînes de montage.
Nous entrons enfin dans le refuge des cowboys. L’intérieur nous ramène d’un bond à l’époque des pionniers, lorsque cette partie du Washington n’était encore qu’une lande informe couverte de boules de sauges et d’épineux hostiles. Nous sommes accueillis par Kimberly, propriétaire du lieu avec son mari. Souriante, volubile, elle nous montre un à un les objets plus ou moins rares qui envahissent les salles de leur établissement. C’est une collection exceptionnelle qui fait de ce bar une rotonde hybride, à mi-chemin entre le road café traditionnel et le musée régional. Bien installés au frais, tout en discutant avec Kim, nous sirotons une sucrerie et passons finalement deux bonnes heures à évoquer le passé de Davenport.
La conversation est ranimée sur le pas de la porte en compagnie des anciens de la ville. Ils ont connu les années de gloire de l’après-guerre, les crises du surendettement, le yoyo des prix du blé, le temps de la machine à bras et maintenant la mécanisation à outrance du travail de la terre. Une fois de plus, nous sommes pris au piège de la vraie vie. Nos interlocuteurs sont intrigués. « Vous devriez descendre plutôt à Grand Canyon, il n’y a rien à voir ici ! » Vous voulez rire !... Nous sommes obligés de leur dire qu’ils se trompent. On argumente, on explique d’où l’on vient. Ils nous montrent la rue, large comme un fleuve, les cubes de plastique dans lesquels ils vivent. Le soleil cogne comme un malade ce midi. Leur plaine devient un enfer, les couleurs nous fascinent, les mots se font plus tranchant, plus durs, plus profonds aussi. Pour conclure ils avouent leur fierté d’être de Davenport. Alors nous rions ensemble de tout et de rien.
Nous relançons le Chevy vers Wenatchee, au milieu des cultures de froment et de tournesol. La monotonie des platitudes nous gagne, têtue, obsédante, altérée seulement par les changements de teintes. Blond, vert, ocre, bleu. De place en place, on comprend que cet espace a parfois bousillé les hommes, même les plus valeureux. Un jour vivant, le lendemain tu es mort.
Ici, c’est un autre settlement abandonné qui attire notre regard sur le bas-côté de la nationale. Nous stoppons la voiture pour nous imprégner des odeurs d’autrefois. Oui, ça sent le labeur, l’espoir infini, la violence de l’échec, le départ. Pour toujours.
Au-dessus de nos têtes, le ciel apaise l’esprit. Les défricheurs du Farwest ont perdu la partie, mais les copeaux de leur rêve composent une toile impressionnante pour les visiteurs naïfs que nous sommes...
Il est tard, après-midi bien entamé, lorsque nous nous arrêtons à la marina de Coulee City pour pique-niquer. Tout à coup la plaine est derrière nous, l’eau sous nos yeux, tandis que le vent se lève et charrie des langues de poussière beige entre les arbres.
Dans la rue principale on découvre un autre beau mural sur le bâtiment attenant aux bureaux de la poste. Un vieil homme m’a aperçu en train de prendre la photo : il s’arrête à ma hauteur et me propose d’aller rencontrer le peintre qui a réalisé l’œuvre, il habite au coin du bloc. Cette fois, nous déclinons l’offre car on veut atteindre Wenatchee avant ce soir...
En chemin nous descendons au fond d’une vallée à sec, taillée dans une mesa grandiose.
Plus loin, il n’y a plus que du ciel. Quelques nuages perdus. La terre surchauffée. Comme dans un tableau surréaliste qui mettrait en scène un monde soulagé des humains.
Nous atteignons la vallée de la Columbia en fin d’après-midi. La température ne veut pas retomber, flirtant aujourd’hui avec les 35 degrés. Mon amoureuse et moi retrouvons en quelques secondes les sensations de notre jeunesse, lorsque nous parcourions cette route à vélo il y a tout juste dix-neuf ans. Les mêmes coloris intenses, la même odeur de foin et de sol calciné, âpre et douce à la fois, le même rideau de fraîcheur vaseuse remontant par moments des berges du fleuve.
Nous entrons dans Wenatchee un peu avant 18 heures. En franchissant la Columbia, les souvenirs jaillissent de toutes parts. Le pont articulé n’existe plus mais l’atmosphère de la ville n’a pas changé. Regardez, oui, regardez ce passage à l’ancienne et à bicyclette : c’est une photo d’archive prise en août 1994...
On choisit une chambre à l’ Econolodge installé Downtown, avec sa piscine frontale qui regarde le boulevard. On se promène dans les rues à l’aveuglette, reconnaissant ici un bâtiment, là-bas une placette. Toutefois dans le détail plus rien n’est pareil. Même ce coin perdu du Washington, autoproclamé « capitale mondiale de la pomme », s’en voudrait de ne pas prendre part à la grande fuite en avant de l’Amérique !...
Les alleys de Wenatchee me réservent de belles surprises. Les fils électriques tendent leur toile au tympan de la ruelle, abouchant les murs de briques à ce fond d’écran laiteux. Je me laisse porter par l’accord des tons et des formes.
Les berges de la Columbia sont désormais aménagées sur des miles et des miles, on peut s’y balader à pied ou à vélo sur des sentiers qui serpentent entre les saules et les fleurs. Le cours d’eau présente d’ailleurs une largeur respectable à l’aplomb de l’agglomération.
Nous nous couchons tôt ce soir. La route, la chaleur, l’émotion nostalgique et les rencontres du matin nous ont un peu retournés. A 23 heures, tout le monde dort déjà, c’est pour dire !...
Mercredi 14 août : nous avons consacré la journée à la (re)découverte du Lac Chelan, sous un ciel grisouille qui sentait l’orage. On a acheté des fruits sur les stands qui s’égrainent au bord des routes. On a visité le cœur de la petite station touristique, sur la rive sud de la nappe d’eau. On s’est promené sur les trails qui longent les plages, jusqu’aux pontons flottants.
On a fait la sieste sur les pelouses d’ Old Mill Park, encerclé par des mouchonnées de bécasses en goguette.
Puis nous sommes rentrés au motel pour régler les détails pratiques de nos deux derniers rendez-vous. En fait, ce fut un mercredi de glandouillette comme on les aime de temps en temps, une journée « ambiance » à prendre le pouls de la cité et de ses environs. Je suis passé au magasin dans lequel j’avais repéré la veille une poignée de disques pas chers, mais alors vraiment pas chers du tout ! Donc je n’ai eu aucune retenue...
Ce retour à Wenatchee nous a fait beaucoup de bien. Nous avons pu montrer à nos enfants des lieux auxquels nous sommes attachés depuis longtemps. D’anecdote en découverte, on a apprécié les rives de la Columbia à leur juste mesure : des paysages en demi-teinte, une authentique douceur de vivre, un mini-magma urbain sans prétention, des instants de repos à parler de la Boule telle qu’elle tourne avec les gens du pays.
Ici l’Amérique à l’écart, à vous les studios !...
... Demain, on franchira la Chaîne des Cascades pour rejoindre la banlieue nord de Seattle. En faisant les comptes, il ne nous reste plus qu’une semaine de voyage dans le Northwest... | | | À: YeahMax · 24 février 2014 à 11:30 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 86 de 132 · Page 5 de 7 · 2 530 affichages · Partager Hello Max...
Ce 13 août est encore une journée à garder !
bien sûr que pour une "première fois" il faut avoir vu les incontournables de l'Ouest, mais ensuite (pour ceux qui peuvent et veulent remettre le couvert...), cette plongée dans le fin fond de l'Amérique est un régal (bien loin de tous les clichés surfaits et les certitudes !).
Ton récit est un régal, un témoignage qui chavire...
à + Jean. | | | À: PapJ59 · 24 février 2014 à 19:05 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 87 de 132 · Page 5 de 7 · 2 461 affichages · Partager Alors là, Jean, je suis entièrement d'accord avec toi : pour une première fois, les "incontournables de l'Ouest" sont bien nommés. Grand Canyon, Monument Valley, Bryce, Death Valley & so on... Même si, de mon côté, j'avais pris contact avec les States par l'Etat du Washington, les berges de la Columbia et deux mois à sillonner la Côte Pacifique entre Seattle et Vancouver. D'où, sans doute, mon attachement viscéral au Northwest... | | | À: YeahMax · 25 février 2014 à 9:59 · Modifié le 26 fév. 2014 à 8:07 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 88 de 132 · Page 5 de 7 · 2 408 affichages · Partager Jeudi 15 et vendredi 16 août - une semaine à Mukilteo, part one : place au Blues !
C’est un jeudi qui naît en splendeur, dans un bouquet de rayons de soleil étincelants. Si la réception du motel est exiguë, on s’y délecte des gaufres au sirop d’érable, accompagnées de pommes croquantes, forcément, des céréales multicolores, des tranches de pain de mie tout droit sorties de l’épicerie de Gulliver. A 10 h 30, le Chevy ronronne sur le parking, prêt à faire fondre l’US 2 pour franchir la Chaînes de Cascades. On tape une pause à Leavenworth, un pastiche grossier de Tyrol et de Bavière au carrefour des vallées, agglutinat de mauvais goût comme seule l’Amérique peut nous en inventer !...
Quick, quick, fuir les germaniaiseries de pacotille pour escalader le Stevens Pass, où la grisaille du Northwest nous rattrape enfin !... Dans la descente, il se met même à pleuvoir pour la deuxième fois du séjour et la température chute de 15°C en 20 miles. On déjeune au Taco Bell de Monroe, souvenir, souvenir, nous étions déjà passés ici, sur Mainstreet, en 1994... Sous les gouttes froides, cette avenue sans âme ne nous dit rien qui vaille. On repart rapidement pour atteindre notre studio réservé depuis des mois à Mukilteo, dans la banlieue nord de Seattle. C’est un choix calculé : nous avons rendez-vous dimanche avec un couple qui habite juste à côté, et vendredi soir avec un guitariste qui donne un concert à une demi-heure de route. La résidence est propre, spacieuse, occupée presque exclusivement par des travailleurs, des cadres commerciaux qui s’affairent chez Boeing ou ses sous-traitants disséminés dans les environs. Le ciel fait un effort pour nous accueillir gentiment et le vent de mer souffle sur les nuages au moment où nous atteignons la plage. Merci les Dieux du Pacifique !
Les ferries sont lancés dans un ballet incessant qui nous rappelle de trop bons souvenirs. Pour le coup rien n’a changé à Mukilteo. Nous reconnaissons les moindres détails, jusqu’au muret de béton contre lequel nous avions adossé nous biclounes il y a presque vingt ans avant d’embarquer pour Whidbey Island, située juste en face des quais asphaltés.
J’adore l’ambiance de ce minuscule port de transit. Il fait doux désormais, alors des familles de bottes et de cirés vêtues vont et viennent sur la promenade qui longe la mer. Les pêcheurs ne sont pas en reste, accoudés aux rambardes, debout, attentifs, les pieds dans l’eau claire, tandis que les propriétaires des petits bateaux de plaisance font le tour des pontons.
Le port a son phare. La cabane du gardien exulte de blancheur immaculée, avec ses massifs fleuris de frais et son cube futuriste qui dort la tête à l’envers.
A la tombée de la nuit, la vue se dégage sur les monts d’ Olympic Peninsula, noyant la voûte sous une vague orangée. On se plante à la fenêtre de l’appartement pour observer les avions qui décollent en direction du Canada voisin.
C’est comme dans un rêve. Les grands sapins jouent à brandir leur ombre devant l’étoile qui s’éteint...
Flottent tout de même sur le studio des arômes de fin de vacances... On passe faire quelques courses chez Anderson’s, sans conviction, puis on achète des brownies à la station-service. J’aime faire des emplettes à la station-service, on y rencontre toujours quelqu’un prêt à discuter de l’air du temps. On grignote en regardant les étoiles s'allumer les unes après les autres. Tiens, on fait même tourner une machine à la laundry histoire d’avoir du linge qui sent la fraise et la banane. Quand les aiguilles de l’horloge se fondent en une seule, on ferme les yeux.
Vendredi 16 août. C’est la journée réservée à Snohomish, jusqu’à point d’heure. « Snohomish » ?... Oui, il s’agit d’une petite ville que nous aimons beaucoup, située au pied des montagnes, réputée pour ses antiquaires et son art de vivre aux flancs de l’histoire. Nous y avons rendez-vous ce soir avec Sammy Eubanks, un guitariste qui vit dans la corne nord de l’ Idaho, dont je suis le parcours artistique depuis longtemps. Lorsque j’ai découvert à l’automne dernier qu’il était programmé sur le festival « Taste of Music », je l’ai contacté sans tarder et nous avons mis au point cette rencontre. Avant lui joueront deux groupes que je ne connais pas du tout. Nous musardons ce matin, la tête dans les draps, avant de prendre la route un peu avant midi. Nous arrivons à Snohomish à l’heure du déjeuner. Il fait beau, chaud, l’ombre épaisse est bienvenue au bord de la rivière.
Nous passons la journée à déambuler dans les rues. Nous écumons les boutiques de vieilleries et les vend-tout qui regorgent de diableries inutiles. On mange une crêpe « à la Bretonne ». On s’assied sur un banc pour observer la vie qui zébulonne autour de nous. A 18 heures, nous franchissons l’enceinte aménagée sous les platanes pour accueillir la scène. Les organisateurs sont ponctuels et le show peut commencer avec le CD Woodbury band. Gros son, entre blues et jazz, technique et pointu, époustouflant.
La section rythmique est calée au millimètre sur les écarts du patron. Le public conquis s’entasse autour des tables. Il va me falloir le dernier disque de ces rudes gaillards !
Place ensuite à Kevin Selfe & The Tornadoes, un chanteur élégant, bourré d'humour, maniant avec fougue son harmonica et sa guitare. Je suis scotché par la maîtrise technique des garçons qui délivrent ce soir un blues percutant, novateur, avec de splendides soli qui décoiffent !...
Et puis je l’avoue, Kevin a sorti l’une de mes guitares préférées, la Gibson ES 335, finition Sunburst s’il vous plaît, un son velouté comme seules les demi-caisses électriques savent en produire...
Je profite de la pause pour aller féliciter les musiciens et je me procure de quoi travailler en rentrant au pays. De tels talents ont aussi le droit de bénéficier d’une ouverture sur le marché français, non mais sans blague !... Arrive mon ami Sammy Eubanks. Je le rejoins au pied de la scène, on se reconnaît et il m’attrape dans ses bras de bûcheron. Quel plaisir de rencontrer dans le vrai monde des gens que l’on côtoie depuis si longtemps via les ordinateurs !... Le show reprend, version plus rock’n’roll, avec des glissades vers le country-blues cher à mon cœur.
Entre deux morceaux, Sammy explique au public pourquoi quatre frenchies se retrouvent noyés dans la masse des rockers du Washington : nous voici devenus d’un coup les copains de Snohomish, et nous recevrons les sourires et les clins d’œil de tous jusqu’au bout de la soirée... Question musique, le groupe fait monter la pression en accélérant la cadence au fil des prises. On danse comme des dingues sur l’esplanade en ébullition.
Pour ceux d’entre vous qui aiment, j’ai compilé ci-dessous quelques photos de cette prestation de Sammy dans un diaporama de 3 minutes et 20 secondes, agrémenté d’une de ses compositions personnelles. A visionner en qualité HD 1080 points, et à écouter bien fort au casque par exemple...
Nous nous retrouvons après le show. Sammy nous présente ses amis, dont Oogie, le célèbre animateur d’une importante radio musicale de Seattle venu à Snohomish pour la circonstance. Depuis, on ne se lâche plus d’une semelle via internet et les téléphones cellulaires, vive le génie de l’homme !...
Les lumières s’éteignent sous les arbres. Des grappes de fans discutent ici et là en glougloutant des bières fraîches. Dernières accolades, derniers rires qui fusent dans le noir. On quitte la ville la tête pleine de bon blues, les poches emplies de CDs, en se promettant des retrouvailles de folie, à Paris ou dans le Northwest !...
... Demain, c’est samedi, on va aller ravauder les rues de Seattle. Je vous en toucherai deux mots dès que possible... | | | À: YeahMax · 25 février 2014 à 22:27 · Modifié le 26 fév. 2014 à 10:51 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 89 de 132 · Page 5 de 7 · 2 332 affichages · Partager Samedi 17 août - une semaine à Mukilteo, part two : Seattle à cœur ouvert !
Seattle était pour nous un souvenir vaporeux de l’été 1994. Nous avions à l’époque frôlé la pieuvre urbaine par sa banlieue nord, à vélo, en évitant soigneusement le centre-ville. Pas le temps, car il nous fallait gagner sans trop tarder l’ île de Vancouver avant de prendre un avion pour Paris. Cette fois, nous allons pouvoir sonder le ventre de la bête en toute quiétude, sans contrainte ni pression. Hier soir on s’est renseigné sur les horaires des trains qui partent de Mukilteo et desservent le Downtown en longeant la côte au plus près, mais l’affaire a été vite étouffée : ils ne circulent jamais le week-end. Nous irons donc en voiture, tant pis pour les tournicotons interminables avant de dégoter une place de parking... Enfin, c’est ce que les guides touristiques déplorent dans cette imposante capitale économique du Northwest, l’impossibilité de garer les véhicules...
Nous quittons notre studio sous un ciel gris. Toutefois le plafond est haut, pas de pluie en vue. On décide d’aborder la ville par les boulevards. J’ai repéré deux ou trois rues bien situées sur le plan général fourni gratuitement par notre motel. Le damier amerloc favorise grandement le repérage, et voilà qu’on coupe le contact du Chevrolet dans Ward Street, à l’angle de la 5ème Avenue, certes en pente vertigineuse mais la place de parking y est gratuite. Top moumoute et trop fastoche de circuler en bagnole dans Seattle !... C’est partiiiii pour une journée de bitume au milieu du dioxyde de carbone !...
On arrive en quelques minutes au pied de Space Needle, le symbole des symboles popularisé par Microsoft et son fond d’écran seattlïte en diable. Amusante soucoupe volante toisant le sol de ses 185 mètres d'altitude, la tour est ouverte au public. Hum, vingt minutes d’attente devant les ascenseurs et 80 $ pour quatre personnes, on va continuer la promenade, d’autant plus qu’on nous a vivement conseillé de choisir le panorama du Columbia Center, plus impressionnant et bien moins cher.
On plonge vers le cœur du cœur en suivant le monorail aérien. Les couleurs s’éclaircissent car le soleil commence à déchirer le manteau nuageux, illuminant par instants les devantures ajourées. Au premier abord, la ville n’offre pas un visage de rêve dans ce quartier mixte, même si les toits-terrasses s’amusent des correspondances entre les formes et les teintes...
Tout à coup, après Olive Way, les tours de bureaux du CBD nous encerclent. Du verre, du ciment, de l’acier, ainsi que des immeubles anciens, plus bas, ouvragés à la méthode de Chicago, voilà une grille qui a de la gueule, au fond de laquelle il fait bon déambuler sans but précis. Les rues s’animent, emplies des coups de klaxons et des hurlements des sirènes de la police. La ville américaine reprend ses droits, comme dans les films.
Nous tournons à droite pour atteindre le front de mer. Tout le monde nous a dit d’aller voir Pike Market Place. Le lieu est décrit dans la Bible du voyageur comme le marché à l’état pur, version XXL, incontournable « avec ses étals colorés de produits régionaux ou d’artisanat, la foule mouvante, les cris, les odeurs de marée, les bouquinistes et les brocanteurs »... On ne peut pas rater le panneau d’entrée, énorme, en lettres rouge sang qui se découpent sur la toile des altostratus. Il y a une poissonnerie devant laquelle attend une foule de touristes, il parait que les types font décoller les saumons d’un bout à l’autre du stand ; c’est vrai, j’ai vu des vidéos de la scène dans plusieurs carnets de voyage. On attend. Il ne se passe rien. Pourtant les gens ont l’air content de patienter là. On fait trois pas à droite, quatre pas à gauche, pour ne voir que des boutiques d’attrape-couillons sans aucun intérêt, bondées de surcroît. On essaie de repérer les deux niveaux extraordinaires dont parlent les spécialistes de la ville. En vain. On s’énerve, le ton monte, mon amoureuse et les enfants se moquent de moi. «Oh, le joli marché de papa avec ses poissons volants !...». Je demande mon chemin à un commerçant mi-américain mi-thaïlandais, sa réponse est incompréhensible. De rage, j’entraîne la famille dans un escalier en pente raide, nous voici arrivé sur le Waterfront... Merde alors, on n’a pas réussi à trouver Pike Market Place à Seattle, ça c’est du balaise !... Qu’importe. L’air est doux au bord du Puget Sound. On se détend sur les bancs publics en riant aux éclats de notre balourdise...
La grande roue projette son immense cercle de balancelles dans le ciel. Les deux Affreux iraient bien faire quelques tours de manivelle, puis se ravisent. Pas moi, je sais que je vomis direct dans ces machins là !
Nous avions décidé depuis plusieurs jours d’aller manger chez Ivars ce samedi midi. Ici c’est une institution, le temple du fish’n’chips. On réserve une table, l’hôtesse d’accueil annonce un petit quart d’heure d’attente et nous remet un bipeur électronique : cela permet au client de continuer à se promener dans les parages et, lorsque la place se libère, l’engin émet de la musique en clignotant tout bleu pour te dire que tu peux passer à table. Cool !... On nous installe dans de grosses banquettes rembourrées de moumoutine en cuir, le service est impeccable et le poisson d’une fraîcheur exceptionnelle. Là, pour le coup, on ne s’est pas fait avoir.
Lorsque nous sortons dans la rue, le soleil est de retour, fidèle compagnon de notre été américain. Cette partie de la ville est très animée, avec presque une centaine de quais aménagés pour la balade et le commerce. En revanche, l’autoroute construite le long d’Eliott bay est une monstruosité visuelle, quand bien même l’entrelacs des couleurs et des formes a tendance à me plaire.
Nous obliquons vers l’est pour entrer dans le nœud historique de la cité, autour de Pioneer Square. L’art du mélange atteint son paroxysme dans ce quartier. De vieux immeubles côtoient les buildings modernes et les tours de parking sans apparat.
Il y a beaucoup de monde ce midi dans les rues. L’ambiance est détendue, la guitare est partout à l’honneur, des groupes s’installent au pied des halls d’entrée pour entonner des airs pop-rock indémodables. Et comme il se met à faire franchement chaud, Seattle fait la fête aujourd’hui !
On s’installe à la terrasse d’un café italien. Le père et la fille assurent le service, sans un sourire, à la Sarde, mais leur expresso est d’une violence rare. Ah, cela nous change des baquets d’eau marron que les diners servent habituellement le long de la highway !... On reste longtemps vautrés dans les fauteuils en rotins, à regarder passer les gens. Face à nous, une façade centenaire attire mon regard. J’aperçois un gars, une fille derrière les vitres, ils ont l’air de bosser. Je trouve que les briques beiges et rosées de leur bâtiment sont du plus bel effet, avec ces fenêtres cintrées un peu du genre roman...
Oh, le curieux équipage !... La fille est superbe. Son sac à dos semble mille fois trop lourd pour elle. Un chaton juché sur le paquetage lui caresse la nuque avec sa queue. Elle s’arrête pile devant notre table pour vérifier son maquillage dans le reflet d’une portière de voiture. Jeune et libre, volontaire, rêveuse. Avec un sacré caractère, je l’ai compris au coup d’œil qu’elle m’a lancé en reprenant sa marche.
Le café des cousins nous a requinqués. On remonte l’avenue jusqu’à la Smith Tower. Très élégante d’ailleurs. Il s’agit du plus vieux gratte-ciel de Seattle, construit en 1914, et qui fut longtemps le plus haut bâtiment érigé à l’ouest du Mississippi, grâce à ses 42 étages.
Cherry Street grimpe en pente raide jusqu’au Frye Art Museum. Peu de gens viennent visiter ce petit musée situé à l’écart des circuits touristiques. L’entrée y est gratuite et les collections exposées offrent de vraies surprises, tant en art contemporain que dans le domaine de la peinture américaine « classique ». Comme il y fait frais et que l’accueil est super sympa, on reste longtemps dans cette jolie bâtisse, d’autant plus que d’intrigants montages temporaires envahissent les passages entre les salles.
Clou du spectacle dans le soleil légèrement déclinant : la montée au 73ème étage du Columbia Center, la plus grande tour de l’agglomération qui humilie Space Needle du haut de ses 285 mètres.
Par le jeu des ascenseurs express, on atteint la plate-forme d’observation en quelques secondes. Le vue sur Seattle est bouleversante. On regarde vers le sud.
On regarde vers l’ouest, à contre-jour. Un navire revient au port. Les montagnes d’ Olympic Peninsula barrent l’horizon de leur masse sombre.
Puis on regarde vers le nord, Downtown sous nos yeux, sous nos pieds même, comme si les hommes étaient réduits à l’état d’insectes inoffensifs... Ce qui n’est pas le cas...
Le truc génial aujourd’hui, c’est que nous sommes les seuls à prendre Seattle de haut. Personne d’autre dans l’immense espace du 73ème niveau, on peut profiter du panorama comme si nous étions les rois du monde !...
Après avoir bu un thé brûlant sur les canapés moelleux de la plate-forme climatisée, tout en admirant d’un coup d’œil le délire urbain, nous redescendons sur terre. Les lumignons ne vont pas tarder à éclairer les rues. J’adore la silhouette des gratte-ciel lorsque les ombres envahissent les façades.
Pour finir la journée en beauté, les filles se lancent dans un shopping battle infernal. Gus et moi leur emboîtons le pas aux rayons « homme » de chez Macy’s, magasin tentaculaire, presque à ne plus choper la sortie... Nous trouvons tout de même la force de remonter à pied la 5ème Avenue jusqu’à notre Chevy. Au passage, l'aiguille de l’espace vient d’allumer ses lanternes.
Sur les rotules nous sommes. Le conseil de famille tranche en dix secondes : on rentre dîner au studio. Programme sobre, deux tranches de cheddar dans du pain de mie, un yaourt, une Golden. OK. On emprunte l’Interstate 5 pour faire simple. A 22 heures, nous atteignons Mukilteo.
Au final, Seattle nous en a mis plein les mirettes. Active, oui. Charmante, pas partout. Mais l’atmosphère détendue, les parfums de liberté et d’innovation, le flonflon des rues, les contrastes des bâtiments, tout conduit à penser que nous ne laisserons pas l’affaire en plan. Il y a encore beaucoup à découvrir et à déguster ici. Oogie me le répète déjà au téléphone alors que je le connais depuis hier soir seulement... « Dis-moi, quand reviens-tu ? »... Je ne sais quoi lui répondre pour l’instant, mais les idées ne vont pas manquer de m’empoigner, ça c’est sûr !...
... Demain dimanche, c’est notre dernier rendez-vous : on doit rencontrer Sherry et Mike chez eux, à Mukilteo. Puis nous disposerons de trois jours entre les îles à explorer et les bagages à boucler. Je vous raconterai ces ultimes instants de voyage dès que possible... | | | À: YeahMax · 26 février 2014 à 9:07 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 90 de 132 · Page 5 de 7 · 2 292 affichages · Partager Merci pour cette visite en détail de Seattle, que je ne connaissais visiblement que trop peu à travers Grey's Anatomy !  La saison a l'air d'avoir son importance... Quelle chance d'avoir un soleil fidèle avec vous ! | | | À: Pong · 26 février 2014 à 10:16 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 91 de 132 · Page 5 de 7 · 2 267 affichages · Partager Oui Pierre, tu as raison, nous avons eu une chance incroyable pour cette visite du Northwest : quatre heures de pluie seulement en 45 jours de voyage, c'était inespéré. Les Kways et les vêtements chauds n'ont presque servi à rien, et personne n'a prévu de s'en plaindre !... Je pense d'ailleurs que sous le soleil ou dans la grisaille, Seattle mérite largement le détour. Ceci dit, je ne suis peut-être pas objectif quand je parle de la Cité d'Emeraude puisque c'est avec elle que j'ai commencé mon apprentissage de la ville américaine, il y a une vingtaine d'années...
Merci beaucoup pour ton message ! | | | À: YeahMax · 26 février 2014 à 10:43 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 92 de 132 · Page 5 de 7 · 2 258 affichages · Partager Merci pour cette escapade découverte dans Seattle. Moi j'avais atterri là en 2012, mais sans prendre la peine de visiter cette ville  , attiré par la Nature  , mais je n'avais que 3 semaines sur place.
@++ | | | À: YeahMax · 26 février 2014 à 18:21 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 93 de 132 · Page 5 de 7 · 2 216 affichages · Partager Du dimanche au mercredi 21 août - une semaine à Mukilteo, part three : cette fois, c’est la fin...
Ce dimanche est une journée très particulière pour moi : je vais enfin rencontrer Sherry, depuis tant et tant d’années qu’on s’écrit et qu’on échange via nos ordinateurs. Et puis ce qui s’est passé avec cette fille est un truc pas comme les autres. Elle est devenue il y a quatre ans, grâce à ses phrases et surtout grâce à une photo d’elle, l’un des personnages secondaires de mon premier roman. Là, dans une heure, la réalité rattrapera la fiction, le héros n’existera plus, l’héroïne choisira ses propres mots et l’on sait déjà que l’émotion nous froissera le ventre. C’est ainsi.
La voûte d’azur est si pure ce matin qu’on a l’impression de se réveiller sur les versants de notre Cap Corse chéri. Mais non, il s’agit bien du Northwest, USA, le royaume de l’habituelle grisaille qui ne veut pas nous montrer son vrai visage !... 10 heures. L’instant du rendez-vous approche, je suis un peu tendu au volant du Chevrolet. On arrive sur les lieux, je m’engage dans la rue mais je n’arrive plus à me souvenir du numéro de la maison. On tourne en rond. Je suis obligé d’appeler Sherry, qui nous guide par téléphone jusqu’à son jardin. Je l’aperçois. Bon sang, elle lève les bras au ciel. Moi aussi. Voici le genre d’instant qui marque une existence pour toujours. En un éclair, le courant passe : cette fille est le double, en mille fois plus poignante, de ma Sheryll de papier... On passe la fin de la matinée à discuter sous la tonnelle en attendant Mike, son compagnon, employé chez Boeing, derrière les arbres qui barrent la vue vers l’est. Ce-dernier arrive à 14h 30, alors que nous finissons de manger une délicieuse salade de pâtes et de haricots noirs. Accolades, sourires, grande chaleur dans les mots et les gestes. On part tous ensemble en voiture pour une destination inconnue : ils veulent nous montrer un petit coin magique qui se trouve à une heure de route de chez eux. On s’arrête en chemin dans un stand de fruits et légumes, les glaces y sont pantagruéliques et les produits de qualité supérieure. Mike fait les courses pour le repas du soir. Nous arrivons à La Conner, un minuscule port bordé de maisons anciennes, début XXème siècle pour la plupart, qui s’étirent sur les rives de la Skagit River juste avant qu’elle ne se jette dans les eaux salées du Puget Sound.
Nos hôtes ont raison, le lieu est envoûtant. Une douce atmosphère règne sur les quais de bois dépoli. De nombreux artistes sont installés dans les boutiques de la rue principale. L’un d’entre eux, Aleksandr Kargopoltsev, nous accueille à bras ouverts : russe, passionné de culture française, il fonce dans sa réserve chercher un Cd de Patricia (Kaas, cela va sans dire !) qu’il fait tourner sur sa platine pendant qu’on parle de ses inspirations kaléidoscopiques entre la Mère Patrie et le Nouveau Monde. Gé-nial ! Mais le temps roule à la vitesse de l’éclair... Le jour perd des couleurs, il nous faut rentrer à Mukilteo. Lorsqu’on arrive, il fait presque nuit. Sherry s’active dans sa « cuisine américaine », comme on dit en France...
Dehors, on prépare le saumon avec Mike. On dresse la table dans le jardin, on allume le feu, on n’oublie pas de huiler les grilles du barbecue. Repas simple, copieux, magnifié par le bien-être de se trouver là. J’ai l’impression de connaître ces deux-là depuis toujours, un peu comme si l’on était des amis d’enfance qui se rejoignent après des années de silence. Puisque le froid commence à nous chairdepouler la peau sur la terrasse, on termine le dîner à l’intérieur autour d’une bouteille de Piper Heidsieck Tradition que j’ai achetée à Seattle pour l’occasion. « King of Wines, Wine for Kings », importé depuis chez nous... On ne pouvait faire moins tout de même !
La nuit est étoilée. Il faut maintenant quitter Sherry et Mike. Nous avons beaucoup de mal à mettre le moteur en marche. On trouve encore une chose à dire, une autre encore, puis d’autres encore... Retour au studio. Les paupières se ferment enfin, il est lundi matin bien entamé, mais les émotions fortes de la journée m’empêchent de trouver le sommeil. So flies the heart over the rainbows...
Lundi 19 août, on a décidé de s’offrir un nostalgia trip sur Whidbey Island. Nous avons découvert cette île du Puget Sound en 1994 lors de ce fameux voyage de deux mois à vélo dont je vous ai déjà parlé, et nous voulons voir ce qu’il reste des sensations de l’époque. On arrive à choper le ferry de midi. Il fait désespérément beau. Gus rêvasse en plongeant tout cru dans les gerbes d’écume qui giclent des flancs du navire.
Whidbey Island n’a pas pris une ride en deux décennies. Langley a même retrouvé sa tranquillité : quand nous étions venus ici, la préparation du rodéo et des logging shows battait son plein. Aujourd’hui, les totems fixent de leurs yeux blancs les maisonnettes dans un silence olympien.
On mange sur la plage. Repas troublé seulement par un couple de mouettes et le passage de quelques habitants. L’eau clapote doucement à nos pieds. Je note des tas de trucs sur mon cahier d’idées. Oh, comme il doit faire bon être écrivain ici, entre le ciel, le souffle du vent et la mer !...
Une poignée de miles plus au nord, les baraques sur pilotis donnent un charme désuet à la bourgade de Coupeville. On constate avec satisfaction que l’endroit est resté à l’écart des flux touristiques.
Un bar et une boutique vend-tout animent l’extrémité du ponton. La brise de mer nous caresse le visage et le soleil nous chauffe le carafon. Quelle quiétude une fois de plus !...
Nous quittons l’île par le nord-est en franchissant le pont métallique de Deception Pass. Là, le vent se lève et les gargouillis de l’eau, si loin plus bas, donnent le vertige.
Mais en levant la tête, le regard s’évase sur les autres îles du détroit. Au fond, Olympic Peninsula, le Pacifique et, beaucoup plus loin, si tu as le courage de ramer, la Chine et ses mystères...
Sur le chemin du retour, nous faisons un crochet pour revoir La Conner. Mon amoureuse a repéré hier soir un joli Tshirt dans un magasin qui venait de fermer ses portes. On arpente à nouveau la grand’rue sous un soleil de plomb et j’en profite pour examiner les façades en détail. Comme toujours, le graphisme des coins d’immeubles me plaît. A mort.
On rentre au studio assez tard. Un dernier passage à la laundry nous permettra d’avoir du linge propre pour le retour en France. ’Tain, le retour en France... On commence à décompter les heures en regardant bêtement la télé, grignoti-grignota, hamburgers et puis s’en va !
Mardi 20 août. On peut appeler ça le dernier jour. Lever 7h. Breakfast en chœur, sans musarder. Chargement du Chevrolet. Départ pour le Boeing Tour réservé la veille sur internet. Alors là, sans déconner, c’est une belle visite. Des bus nous emmènent jusqu’aux ateliers qui se trouvent dans le bâtiment industriel le plus volumineux du monde. La guide nous conduit dans des tunnels interminables, des ascenseurs géants nous hissent sur des plates-formes qui surplombent les chaînes de montages du 787 Dreamliner. Je trépigne comme un gamin devant les grosnavions !... On fait ensuite un tour complet du site, rasant les hangars de peinture, empruntant l’unique pont routier du monde qui supporte le poids des Jumbo Jets.
On traîne dans le magasin de souvenirs et le petit musée Boeing, le temps pour les parents de dégoter quelques sweatshirts, pour les enfants de faire semblant dans la cabine de pilotage du mythique 727.
Incapables de quitter Mukilteo, nous profitons du soleil radieux une dernière fois. On pique-nique sur les pelouses qui bordent le phare, Fish’n’ships et Chicken’n’ships achetés dans l’annexe Ivars installée sur le port. Vers 15 heures, on ne peut plus reculer : en avant pour la traversée de Seattle, objectif Sleep Inn Seatac où nous allons passer notre ultime nuit américaine. Plus un mot dans l’habitacle du Chevy. Seulement la voix suave de Shawn Colvin qui nous entraîne dans les méandres de ce voyage hors des cadres...
On s’installe au motel. La pression monte. Gus commence à colmater les brèches dans le barda pendant que nous allons chercher trois babioles au Walmart, faire le plein de regular et laver le véhicule à l’Eléphant Bleu. 20h – 23h, préparation des valises. Aie aie aie, l’affaire est dans le sac...
Mercredi 21 août : clap de fin.
Rien à faire, ça remue les tripes de devoir quitter un lieu qu’on aime tant après un mois et demi de liberté. Et c’est encore plus dur avec les messages qui tombent en cascade sur le portable. Tour à tour Debbie, Dwayne, Bobbi & John, Sammy, Oogie, Sherry & Mike nous souhaitent un bon retour vers le Vieux Monde. Les gorges se serrent un peu, beaucoup, passionnément. On charge le Chevrolet Equinox qui brille sous les coups de langue du soleil de Seattle. Puis le rythme s’accélère. Retour rapide du véhicule chez Alamo, un jet de Shuttle jusqu’au Terminal Sud, enregistrement des bagages, avec une inévitable surtaxe pour poids excessif : il faut dire que nous rentrons au pays avec une cargaison inimaginable de jeans, de Tshirts, de gilets, de livres, de disques, de quoi emplir une valoche entière, et pas des plus menues avec ça !... On enjambe les portiques de sécurité. Voilà. Il n’y a plus qu’à patienter en regardant la java des zincs par la verrière.
Sur notre gauche bruisse le Boeing 767 qui va nous ramener en ligne directe à l’aéroport Charles De Gaulle. Derrière le hall d’entretien scintillent les lambeaux de glaciers du Mont Rainier.
L’embarquement débute pile à l’heure prévue. On marche lentement dans l’entonnoir articulé qui sent le kérosène. Les ailes des avions font la fête, nous les saluons à travers l’encadrement du hublot.
Timing respecté, décollage parfait, montée en puissance vers la frontière canadienne. Trente mille pieds sous nos semelles, il y a les Rocheuses presque débarrassées de leur neige d’été.
Cette fois, ça y est. Dans la carlingue l’air chuinte doucement. Très vite, la nuit s’abat sur l’appareil qui se rue vers l’Europe. Mon amoureuse et les enfants dorment déjà. Je ferme les yeux sur notre fabuleux voyage. Seattle- Seattle via Yellowstone, la grande boucle. J’attends que le rêve me rattrape, jusqu’à ce que Tout Devienne Souvenir.
... Eh bien voilà, notre tour dans le Northwest est terminé. Il ne reste plus qu’à tirer un petit bilan de tout ça. Les plus, les moins, les regrets, les réussites. Je m’y collerai dès que possible... | | | À: YeahMax · 26 février 2014 à 19:07 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 94 de 132 · Page 5 de 7 · 2 196 affichages · Partager Quelle chance de rencontrer des locaux !  Ils connaissent toujours des coins qui sortent des sentiers battus, et les découvrir avec eux c'est encore mieux !  Merci pour ce partage et ce beau ciel d'azur qui fait rêver... Avant le bilan final, je crois que je vais recommencer le carnet depuis le début... | | | À: YeahMax · 26 février 2014 à 23:51 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 95 de 132 · Page 5 de 7 · 2 161 affichages · Partager Cela se lit toujours comme un roman et c'est superbement illustré. Merci pour ces moments de voyage avec vous, cela donne vraiment envie de découvrir le Northwest, mais il est certain que vous avez eu beaucoup de chance avec le temps. Ça joue aussi | | | À: Pong · 27 février 2014 à 9:34 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 96 de 132 · Page 5 de 7 · 2 129 affichages · Partager Une fois de plus je suis d'accord avec toi, Pierre. Rencontrer les gens sur place a toujours été et restera l'objectif principal de nos voyages. Bien sûr il y a la beauté du monde, les paysages, les lieux étonnants, mais rien ne transcende autant les émotions que l'échange avec les humains. Sortir des sentiers battus, comme tu le dis, c'est avant tout prendre le temps de vivre un instant, même un tout petit instant de rien, au milieu des autres... | | | À: Peggy16 · 27 février 2014 à 9:44 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 97 de 132 · Page 5 de 7 · 2 120 affichages · Partager Merci, Peggy ! Et si cela peut faire naître quelque envie de découverte, tu me vois content pour le Northwest et ses habitants. En revanche, je suis bien conscient de la chance qui nous a accompagnés tout au long de ce voyage : soleil, soleil, soleil, parfois des nuages, mais seulement quatre heures de pluie, c'est loin d'être toujours le cas dans ce carré tout en haut à gauche des Etats-Unis !.... | | | À: YeahMax · 27 février 2014 à 9:45 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 98 de 132 · Page 5 de 7 · 2 118 affichages · Partager Bonjour,
Un p'tit mot puisque c'est la fin du voyage...
Voilà bien les vagabondages qui me plaisent tant ! Entre les musiques, entre les rencontres, entre les images et puis et plus encore entre les mots, tu te promènes et nous emmènes au milieu de nulle part ou bien aux coins des rues d'une ville ou d'un village avec un tel plaisir gourmand ! C'est un régal, c'est un enchantement. Vraiment !
Je suis fan. Définitivement...
Dolma | | | À: Dolma · 27 février 2014 à 9:59 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 99 de 132 · Page 5 de 7 · 2 104 affichages · Partager Merci beaucoup, Dolma !
Mais tu sais, mes photos et mes phrases sont peu de chose au regard de toutes les occasions de rêver que nous offre Voyageforum, inépuisable source d'évasion... Je dois aussi convenir que notre périple familial au Northwest 2013 nous a beaucoup marqués tous les quatre, surtout en raison des rencontres faites sur place, quand bien même nous les avions programmées longtemps à l'avance...
Dernier coup de pouce de ce carnet : il m'a permis de découvrir les mots sucrés-salés, les songes d'ailleurs, les clichés de la petite Vagabonde, et c'est pas rien, ça !... | | | À: YeahMax · 27 février 2014 à 10:46 · Modifié le 27 fév. 2014 à 11:01 Re: USA Northwest: Un mois et demi de découverte en famille, durant l'été 2013. Message 100 de 132 · Page 5 de 7 · 2 087 affichages · Partager NORTHWEST TOUR 2013 : LE P’TIT BILAN GENERAL.
Chaque voyage est un monde en soi. Celui-ci laissera des traces profondes en nos mémoires. D’abord parce qu’étant donné l’âge de nos deux Affreux, 18 et 15, et leurs projets personnels à moyen terme, il risque d’être le dernier grand tour familial américain de notre vie. Nous avons pu en profiter à fond les ballons pendant un mois et demi, sous un ciel éclatant d’azur presque tous les jours : amazing !Deuxio, le périple s’est déroulé sans un accroc, pas l’ombre d’un ennui technique, pas le moindre bobo de vacance ni la plus petite erreur dans les réservations, ce qui ne s’était jamais produit jusque là. Troisio, nous avons pu honorer tous les rendez-vous pris depuis la France, un pari qui ne semblait pas gagné d’avance... Voilà déjà de quoi être comblé.
Northwest a rimé cette année avec variété optimale.Nous avons parcouru un peu plus de 5000 miles, soit 8200 kilomètres, entre les rives de l’Océan Pacifique, le désert gris de l’ Oregon, les volcans enneigés des Cascades, les geysers et les animaux des Montagnes Rocheuses, les plaines à blé du Washington, les îles du Puget Sound, les gratte-ciel de Portland et de Seattle, les trous perdus de l’Ouest, les lignes droites infinies, la poussière beige des pistes. Nous avons vu tant de paysages différents qu’au bout d’un moment, l’impression d’avoir effectué plusieurs voyages en un seul a réussi à nous envahir, l’idée que la ville d’avant, c’était une autre année, il y a longtemps, longtemps... Dans la majorité des cas, nous étions les seuls étrangers sur les lieux, avec une fréquentation quasi-nulle et des espaces ouverts à tous les vents. Calme absolu, méditation, sourire, volupté. Fidèles à notre habitude, nous n’avions pas réservé beaucoup de nuits de motel ni de camping, excepté celles qu’imposaient nos rendez-vous et la visite de Yellowstone, évidemment. Il en est ressorti une liberté totale d’organisation, et surtout la possibilité d’étirer les journées sur les sites qui nous ont charmés. C’est ainsi qu’on se laisse le loisir de déguster les States pour de vrai.
Northwest a rimé cette année avec aventure humaine.Nous avons pu vivre en direct des instants de grâce au contact de femmes et d’hommes qui partagent nos passions. Les concerts auxquels nous avons assisté et les échanges qui ont suivi, jusqu’à l’instant où j’écris ces mots, nous ont vraiment bouleversés. Et le fait d’être accueillis chez les gens, cowboys de l’ Oregon, urbains de Boise, artistes de Mukilteo, a encore renforcé cette sensation de découverte en profondeur, avec des émotions très fortes et non feintes des deux côtés des vagues. Des liens se sont tissés entre la Champagne et le Nouveau monde. A ce propos, il faut rendre hommage à la technique d’aujourd’hui : longue vie à internet ! Car sans les mails, sans les sites, sans les blogs, sans les téléphones portables, impossible de mettre au point de telles rencontres.
Northwest a rimé cette année avec désir de retour.Je l’ai déjà évoqué en introduction de ces quelques pages, le choix de visiter cette partie des Etats-Unis n’était pas innocent : il s’agissait de montrer à nos enfants des lieux que nous avions adorés presque vingt ans en arrière. Si les paysages ont parfois changé, le parfum et l’ambiance sont restés les mêmes. On a retrouvé, avec une puissance inouïe, la douceur de vivre des campagnes, la surexcitation des villes, les outrances et les contradictions de l’Amérique. Nous avions un peu peur d’être déçus, il n’en a rien été, bien au contraire !... Evidemment, dans le détail, certaines parties du voyage laissent une impression de semi-raté, ou un goût de bof-bof. Par exemple il n’aurait pas fallu aller à Canon Beach. Portland n’a peut-être pas l’âme que tous s’accordent à lui prêter. L’hyper-fréquentation de Yellowstone écorne la magie des visites. Nous aurions dû camper plus souvent au lieu de nous vautrer dans les lits Queen Size de certains motels...
Northwest a rimé cette année avec carnet de voyage.Pour la première fois, avec beaucoup de plaisir, j’ai essayé de retranscrire fidèlement et de partager ce qui nous a touchés au fil de ces quarante-cinq jours, dans un coin des States qui ne fait pas franchement recette auprès des touristes. Au final, ce carnet est bien peu de chose : cinq pages sur le Forum, contre les deux cents écrites sur place dans mes cahiers, 302 photos mises en lignes, contre les 3500 prises là-bas... Mais si cela peut donner des idées d’escapades à certains d’entre vous, eh bien tant mieux ! Si d’autres veulent obtenir de plus amples renseignements sur tel ou tel truc, qu’ils le fassent sans hésitation ni chichi, je suis là pour les aider, dans la mesure de mes (petits) moyens.
Oui, vous pouvez tenter l’aventure au Northwest : inoubliable, à coup sûr. Vous y verrez la Terre dans sa beauté originelle, les cowboys, les Indiens, les miséreux, les vainqueurs, les croqueurs de rêve, toutes celles et ceux qui font l’or de l’Amérique qu’on aime !... | Carnets similaires sur les États-Unis: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 25 728 visiteurs en ligne depuis une heure! |