J’avais prévu de longer en VTT le
Canal latéral à la Garonne en direction de
Bordeaux puis de profiter des pistes cyclables du
bassin d’Arcachon. Mais à la vue des prévisions météorologiques : vent de Nord-Ouest soutenu toute la semaine, j’ai décidé d’inverser la vapeur et de partir vers la Méditerranée.
Lundi 03/09/07 Valence d’Agen 08h00 Rangueuil 14h00 95 km
Pour cette première partie du parcours que j’ai déjà décrite reprendre Chapitre 1 (03/07).
Parvenu jusqu’à
Castelsarrasin sur une belle piste cyclable, je fus très surpris 6 mois plus tard de tomber de nouveau sur des travaux sur la portion
Castelsarrasin Montech. La piste cyclable a été crée mais des portions sont inachevées d’autres en cours comme-ci des problèmes techniques empêchaient la réalisation ou si l’ouvrage était fait à contrecœur. Par exemple quand on arrive sous un pont le bitume s’arrête parce que les engins ne passent pas dessous.
Je rencontre un camion déversant des gravillons et suit le chemin d’accès à une ancienne maison du canal. Son propriétaire m’accueille très mal finissant par reconnaître que mon erreur est due aux travaux en cours (j’avais déjà remarqué lors mes nombreux passages précédents que ce monsieur faisait tout pour dissuader les gens de passer devant sa maison en longeant la canal). Plus loin je dois suivre une déviation pour la réalisation d’un autopont qu’un marcheur m’indique spontanément allant par gentillesse jusqu’à me proposer de l’eau.
Ces petits désagréments ne m’empêchent pas de réaliser ma première étape en 6H (10h15 en Mars 2007). Il faut dire que j’ai le vent dans le dos et que j’ai réduit les poses au minimum.
Je devais être à 15 h à l’INSA de
Toulouse pour effectuer l’inscription de ma fille (celle-ci effectuant un stage chez AIRBUS).
Mardi 04/09 Rangueuil 08h45
Castelnaudary 16h00 73 Km
Une petite pluie matinale s’étant mise à tomber alors que je chargeais mon vélo.
Je décidai d’attendre un peu sous le porche d’accès à la résidence étudiante où ma fille a son studio. C’est là qu’il est utile d’avoir emporté un livre (Le
canal du Midi et les voies navigables de l’Atlantique à la Méditerranée Editions Ouest-
France) même s’il pèse 570 g. Ce qui n’est pas négligeable en vélo.
La pluie ayant cessé je retrouve la piste cyclable qui relie
Toulouse à Port Lauragais.
A peine ai-je effectué quelques kilomètres que je sens un flou dans le pédalier. C’est ma pédale gauche qui s’est desserrée. Je sors de ma trousse la clé multi têtes (6-15 mm) et la resserre. 20 km plus loin elle a de nouveau du jeu. Cette fois j’utilise mon tournevis pour faire bras de levier et serrer davantage. Cette petite clé très pratique et légère (aluminium) n’y résiste pas et je me retrouve avec 2 morceaux, heureusement la pédale est resserrée.
N’ayant plus de contrainte horaire j’effectue quelques excursions à proximité du canal.
Je vais admirer le clocher mur de l’église de Villenouvelle (l’un des plus beaux de la région toulousaine) et par chance je passe devant un petit magasin moto. Où j’emprunte une clé de 14 pour finir de resserrer le pédalier.
Je vais admirer le village de St
Rome qui est composé de maisons de différent style architectural. Mais n’en aurai qu’un aperçu par-dessus le mur d’enceinte, les visites n’étant pas autorisées. Je pousse alors jusqu’à Villefranche de Lauragais où pour 12 euros je déguste le menu du jour à l’auberge de la Pradelle.
Je rejoins le canal pour à nouveau m’en éloigner le temps de monter à pied à Montferrand dont il reste une belle porte fortifiée. De cette hauteur j’admire le panorama sur le Lauragais et la montagne Noire et découvre le phare aéronautique érigé en 1927 pour guider les pilotes de l’Aéropostale.
Ayant retrouvé le
canal du Midi à l’écluse de l’océan, je longe le bief de partage des eaux jusqu’à l’écluse de la Méditerranée sur le chemin de halage en terre qui se situe rive droite jusqu’à
Castelnaudary. (Il faudrait atteindre
Béziers pour revoir du bitume : piste cyclable jusqu’à Portiragnes).
Je choisis de dormir (chambre 45 euros) à l’hôtel restaurant la Maison du Cassoulet et bien sûr prend la demi-pension (60 euros). Je ne suis pas seul à venir placer mon vélo dans le petit réduit en bas de l’escalier. Je reconnais un couple de personnes âgées (j’en ferai bientôt partie) que j’ai doublé sur le canal et qui dormiront dans l’hôtel d’en face (50 euros la chambre) mais ce sont les mêmes propriétaires.
A 19h35 je descend dîner (début du service 19h30) et attend une ½ h pour me voir servir un cassoulet brûlant que je dois encore laisser refroidir (je ne dispose pas d’assiette).Tout le temps de ma présence, le garçon refuse des clients. Je ne suis pas le seul à vouloir dîner à la maison du Cassoulet à
Castelnaudary. Peut-être pas le meilleur plan ! Celui-ci ne laissera pas un excellent souvenir gastronomique même s’il ne m’indisposera pas comme celui de
Revel (Ch. 1). Pour la chambre aucun soucis elle a était refaite à neuf (rachat par ceux d’en face).
Pour la première fois, je mets les pieds dans un cybercafé. Cyber oui café ?
Il y a effectivement une cafetière (comme à la maison) et une armoire réfrigérée contenant des boissons sans alcool. Pour 3.80 euros je dispose d’une heure de connexion à Internet et pour 1.20 d’une cannette. Je peux ainsi consulter la météo qui annonce toujours un vent de Nord-Ouest d’environ 15 km/h. je poursuivrai donc avec un vent favorable. C’est ce vent qui m’a aidé que l’on peut identifier par la formation de rides lorsqu’il a la même direction que l’écoulement du canal (dans mon cas après le seuil de Naurouze) et par la formation de vaguelettes lorsqu’il est contraire (avant le seuil de Naurouze). Quand il commence à y avoir des vagues sur le canal là ce n’est pas bon du tout. Ne rigolez pas ! Au port de
Castelnaudary il y a le plus grand bassin réalisé sur le canal (pour alimenter l’écluse quadruple de St Roch). Il a été nécessaire de créer une île arborée pour casser les mini tempêtes qui projetaient les barques les plus légères sur le quai et coulaient les embarcations les plus chargées.
Mercredi 05/09
Castelnaudary 09h00 Capendu 17h00 73 km
Quittant le
centre ville je longe le bassin sur la rive gauche. Mais les maisons ont été construites tout au bord. Seul un passage de 30 ou 40 cm permet de circuler. Et des anglais s’apprêtant à faire le plein de leur bateau doivent me laisser passer avant d’accéder à la pompe de gasoil. Il est préférable en venant du seuil de Naurouze de rester rive droite. Il faut simplement faire un crochet pour contourner le hangar atelier de la société CROWN BLUE LINE qui communique par l’eau avec le bassin. Les bateaux de cette compagnie sont omniprésents sur le canal. On en retrouve beaucoup dans le « port » de la Tamarissière qu’ils ont créé sur le canal après Portiragnes. Là un grand nombre d’allemands, suisses... laissent leur voiture au parking fermé pour louer un bateau environ 2000 euros/semaine (95 euros pour faire convoyer sa voiture au lieu d’arrivée). Mais ce sont les anglais qui sont les plus nombreux sur le canal. Est-ce qu’ils viennent chercher le soleil? Disposent-ils d’un meilleur pouvoir d’achat où apprécient-ils plus notre patrimoine que nous-même ? Certainement les trois. C’est encore un anglais qui a écrit le premier ouvrage (Le Canal Entre Deux Mers L.T.C. Rolt EUROMAPPING) qui a provoqué mon engouement pour le canal.
Je décide de me rendre à St Papoul éloignée de 6 Km pour admirer l’ancienne cathédrale en suivant le GR7 qui longe le canal puis traverse ce village. J’effectue une partie du trajet à vélo puis décide de l’abandonner attaché à un arbre. Après 3 km de marche je peux admirer le cloître qui toute fois est moins joli que celui de
Moissac. L’avantage de se promener en cette saison c’est que l’on peut grappiller des mûres ou des figues et plus au sud quelques grains de raisin.
De retour sur le chemin de halage, je redouble les 3 mêmes cyclistes qu’après
Toulouse. Des femmes dont la plus jeune doit avoir la cinquantaine. Elles dégustent un café sorti d’un thermos. Elles ont laissé leur voiture à
Agde et ont gagné
Toulouse en Train.
Elles me confirment qu’elles ont fait ce choix en raison du vent.
Ayant « perdu » 2 h30 pour visiter St Papoul je crains d’arriver trop tard à la crêperie de L’écluse d’Herminis. J’y parviens à 14 h et suis heureux d’apprendre que l’on peut y manger à toute heure. J’opte pour une galette de sarrasin œuf, jambon, pipérade maison avec une bouteille de cidre. Qu’elle bonne idée d’avoir aménagée cette maison éclusière en crêperie.
On peut ici se restaurer en restant sous le charme du canal : soleil, arbres et verdure, eau calme. Je me régale d’en profiter d’autant que la semaine prochaine, l’établissement sera fermé me confie le serveuse après une saison où elle s’affaire de 6h à 23h tous les jours en utilisant des ingrédients frais. Je la félicite regrettant seulement qu’elle utilise du chocolat prêt à l’emploi (comme les autres crêperies) pour la crêpe chocolat banane que j’ai pris en dessert.
Mes tours de roue suivants me font traverser
Carcassonne et c’est un peu frustrant car depuis le canal on ne voit pas du tout les fortifications. Peut-être y ferai-je une étape au retour. En effet le canal passe dans la ville basse et il y a un petit passage un peu difficile encaissé entre 2 murs presque verticaux où il y a des flaques d’eau et de la boue. J’admire un homme pendu à un filin par son baudrier en train de passer le rotofil sur le talus en face presque à la verticale.
Arrivé à la gare SNCF, il faut prendre la rive droite pour continuer.
Plus loin alors que je me suis arrêté à l’ombre des platanes, je vois passer 4 jeunes garçons à vélo. Ils ne parlent pas français et je m’étonne de les voir seuls. Je les reverrai arriver avec 4 adultes au gîte ou je vais passer la nuit. Ils sont du
Venezuela mais je ne saurai pas dans quel cadre il effectue cette visite du canal. Le lendemain 2 de ces enfants semblent impatient de repartir et sortent leur vélo avec un adulte avant de déjeuner. Je m’étonne qu’aucun ne remarque qu’un des vélos est à plat pourtant c’est très net quand le jeune monte sur le VTT, le pneu est complètement écrasé. Peut-être n’ont-ils pas l’habitude d’utiliser des vélos ? Alors qu’ils prennent leur petit-déjeuner, je marche vers eux en portant le vélo. Les 2 garçons m’observent les yeux écarquillés. Avec mon maigre anglais je m’assure qu’ils ont de quoi réparer et regonfler avant de repartir.
Je remercie les cyclistes internautes qui mon fais connaître le Gîte
Le relais OCCITAN domaine de Beauvoir route de Capendu 11800 MARSEILLETTE 04 68 79 12 67
perso.orange.fr/relais.occitan/
17 € draps et petit déjeuner compris (pas en chambre d'hôte)
C’est le meilleur souvenir de mon voyage. J’ai pu dormir dans un foudre dans lequel a été créé une porte. On y accède par un petit escalier en bois et dispose de 2 lits une chaise et de l’éclairage.
Faute de
Bordeaux j’ai dormi bercé par d’anciens effluves de Corbières ou de Minervois. Le village De Capendu est à 2 km. Je m’y suis rendu à pied et en ai effectué le tour sans trouver de restaurant ouvert (j’aurai plus de chance au retour). Cela m’a permis de profiter des chaussées récemment refaites pour monter à l’église situer sur un petit piton rocheux qui apporte du charme. De retour après 6 ou 7 km je me contente de quelques biscuits et d’une petite gourde en compote (très pratique bien que produisant des déchets comme tous les emballages en portion). Bien que le propriétaire m’ait proposé de me dépanner d’une assiette de pâtes, je le remerciai rappelant que j’avais très bien déjeuné à la crêperie d’Herminis.
Jeudi 06/09 Capendu 09h00
Gruissan 17h00 86 km
C’est part un petit-déjeuner au soleil que je commence la journée. Je déguste la confiture de figues et ne peux m’empêcher de demander la recette au propriétaire du gîte :
Couper en deux 1 kg de figues à maturité.
Laisser macérer une nuit avec 600 g de sucre.
Cuire 40 min (plus pour une grande quantité) avec des amandes. Ecumer si nécessaire.
Je conseille de verser chaud dans des pots. De les fermer et de les retourner. En refroidissant le vide va se créer sans qu’il soit nécessaire d’utiliser de la paraffine pour assurer la conservation.
Il faut reprendre la rive gauche du chemin de halage à l’écluse de Marseillette.
Mon attention est retenue par un coffret électrique. Il s’agit d’une borne de chargement ELECTRA pour des bateaux de croisière électrique. Projet conduit par Réseau Aquitain Véhicules ELectriques et soutenu par l’Association Française Bateau Electrique.
J’ai alors une révélation. Je ne m’étais jamais imaginé faire le canal en pénichette.
Vitesse max autorisée 8 Km/H (en vélo on les double avec une facilité déconcertante)
Longue attente aux écluses. Contrainte horaire (elles sont fermées de 12 à 13h).
En fait le canal c’est l éloge de la lenteur. Il ne faut pas faire le canal mais le découvrir lui et ses alentours. Et j’envisage désormais de le parcourir à la retraite sur un bateau pourvu qu’il soit électrique...
Pour l’instant je pédale et je redouble 2 jeunes filles. L’une dotée d’une physionomie généreuse (elle remplit bien son cycliste) arbore un large sourire en me disant que finalement je ne vais pas plus vite qu’elles. En fait c’est le principe du lièvre et de la tortue et mes visites me font perdre le temps gagné. Elles souhaitent aller jusqu’à
Sète et je leur apprends qu’après
Agde le chemin est vraiment très mauvais (voir Ch.2 08/07)
Je traverse à l’écluse de l’Aiguille pour reprendre rive droite. Entre Argens et Paraza le chemin de halage et remplacé par une route départementale. Le
château de Ventenac Minervois attire mon regard et je décide de déjeuner au Grilladou qui propose pour 10 euros un coucous (tous les jeudi midi). Agréable endroit où bien que situé dans le village le restaurant dispose d’une très grande terrasse sous les muriers-platanes. J’opte pour le carafon de vin rouge (compris).
Ici tout à le goût du vin même l’eau servie dans un bouteille à vin, bue dans des verres ayant contenu du vin et presque la couleur surtout pour ma petite carafe ébréchée toute auréolée de minervois.
Et tout ceci se digère assez bien. Toutefois je vérifie rapidement que plus on mange moins on pédale et dois oublier le grand plateau pour les 15 km suivants sous la chaleur du zénith.
Ayant exploré la fin du
canal du midi cet été (Ch.2), au Point Kilomètrique 169 je bifurque à droite direction Sallèles d’
Aude pour longer le canal de jonction vers le
canal de la Robine.
Ici les écluses ont été automatisées et pour un temps les pins parasol ont remplacé les platanes sur le chemin de halage. Habitué à souffrir des sauts provoqués par les racines de ces derniers à chaque fois que l’on ne soulève pas les fesses pour utiliser les jambes comme amortisseur, je m’aperçois que les racines des pins sont pires parce que plus noueuses et plus difficiles à éviter.
J’effectue une dizaine de km avant que le canal de jonction ne se jette dans l’
Aude dans laquelle les bateaux effectuent un petit km avant de descendre dans le
canal de la Robine.
C’est là que je regrette de n’avoir pas mieux préparé mon itinéraire.
En effet j’avais acheté les cartes IGN du secteur
Agen Bordeaux Arcachon et avais du les abandonner me contentant de prendre quelques info sur le
canal du Midi (merci au site de Philippe Calas) et quelques conseils d’internautes pour les resto et les hébergements.
Mais n’ayant pas étudié le parcours du
canal de la Robine où tout est prévu pour les bateaux mais rien pour les piétons et les cyclistes, je me retrouvais dans les vignes et pour la première fois me suis senti en difficulté. A pied à travers les fourrés je parviens sur le lit de l’
Aude mais cela ne sert à rien, il me faut retrouver le chemin de halage du
canal de la Robine (antérieur au
canal du Midi). Je retourne à l’épanchoir de Gailhousty (très bel ouvrage) pour constater que la pointe où je vois virer les navires ne m’offre aucune possibilité de traverser à l’horizon. Seul un pont de chemin fer qui semble inaccessible surplombe l’
Aude d’une trentaine de mètres. Heureusement j’aperçois un parcours VTT balisé indiquant
Narbonne. Je le suis à travers les arbustes et monte aux niveaux de la voie ferrée. La fin du chemin est constituée par du ballast et je préfère finir à pied n’ayant que très peu d’aptitude au tout terrain surtout avec un vélo chargé. J’arrive à la voie ferrée luisante sous le soleil. Cela m’indique qu’elle n’est pas désaffectée. J’emprunte le pont sans traîner (c’est le cas de le dire). Parvenu sur l’autre rive après une centaine de mètres qui me paraissent assez long, j’ai le choix entre une rampe très vive ou un escalier bétonné. Je peux porté mon VTT dans un escalier mais lorsqu’il est chargé je ne m’en sens pas capable. Je décide de vider mes sacoches et procède en 2 étapes.
A l’imposant ouvrage suivant qui assure le liaison entre l’
Aude et le canal ce la Robine, je retrouve le chemin de halage qui rapidement est indiqué comme piste cyclable pour
Narbonne. Quel plaisir de découvrir cette belle ville et d’en traverser le centre le long du canal, évitant ainsi la circulation. Je m’arrête à l’
office du tourisme pour retirer un plan des pistes cyclables. Curieusement l’hôtesse oublie de me demander mon département (j’aurais pourtant été fier de dire que j’en arrivais à vélo). Bonne surprise en continuant mon trajet en direction de
Port la Nouvelle, le vais trouver la piste cyclable du littoral qui mène à
Narbonne Plage en passant à
Gruissan. C’est là que j’ai décidé de séjourner dans un village de vacances de mon comité d’entreprise. Ce parcours empreinte parfois un petit morceau de route et des chemins gravillonnés mais principalement une piste cyclable très agréable même si elle manque de poteaux indicateurs. Je croise un grand groupe d’adolescents en sortie avec leurs profs et ils ont tendance à croire que toute la piste leur est réservée.
Quel pied de pouvoir me baigner dans l’étang d’eau de mer de
Gruissan. J’apprécie d’autant plus de me rafraîchir que c’est au bout d’un périple de 327 km que j’ai rejoint la Méditerranée.
Vendredi 07 et Samedi 08
Gruissan 88 km
Je commence ces 2 jours de repos par une randonnée pédestre de 08 h à 12h dans le massif de la Clape suivie d’un bain.
L’après-midi je vais visiter le
Gruissan village puis le port où je peux consulter la météo à l’Argonaute (cybercafé qui tire son nom du voilier qui réalise des croisières sous les hautes latitudes) pour 1 euro les 10 min non dégressif (préférer connexion offerte à l’
office du tourisme où à la capitainerie).
Beau temps et vent de Nord-Ouest, il me faudrait attendre jeudi pour partir avec un vent favorable et risquer d’être rattrapé par la pluie.
J’ai confirmation de cette météo sur téléviseur situé au bar de village de vacances.
Je regarde les informations et les 4 premiers sujets traitent du rugby. Il faut dire que c’est le premier match de la coupe du monde pour la
France qui est donnée favori. L’animation a prévu de diffuser TF1 sur l’écran géant et un film sur la télé.
Ne me demandez pas si le match était bien, j’ai regardé le DVD acheté pour l’occasion : « Ne t’en fais pas, je vais bien » Très bon film sur l’amour d’un père pour ses enfants.
Ne croyez pas que j’aurais préféré un match de foot ou que je sois antisportif. Je suis pour le sport et contre la compétition. Pour moi la seule façon de jouer au foot c’est celle des africains : dés qu’un joueur marque un but, il passe dans l’équipe adverse.
Tout le cinéma autour de ces événements me fait penser au temps des romains où le peuple réclamait « du pain et des jeux ! » ou me fait croire que l’opium du peuple n’est plus la religion mais la compétition sportive.
Samedi je décide de retourner par la piste cyclable au
canal de la Robine pour aller jusqu’à son extrémité
Port la Nouvelle. Seul port de mer accessible par un marin d’eau douce.
Je vois quelques avirons (curieux tout de même de progresser en marche arrière).
Le vent souffle comme toujours dans la région et le contraste et grand entre les zones à l’ombre où l’on a froid et celles où le soleil nous chauffe avec puissance.
Le canal longe l’île Sainte Lucie réserve naturelle lieu de randonnées qui offre entre lagunes et étang, ciel bleu et senteur marines la découverte de sa faune.
Mais je décide de poursuivre vers
Sigean qui me permet quelques minutes de profiter d’une inversion de vent sur le secteur de
Perpignan et d’apercevoir des flamands roses.
Sur le chemin du retour, je croise un bateau filant à vive allure sur le canal. La femme assise à la barre et l’homme debout tous deux torse nu ne semblent pas connaître la raison de la limitation de vitesse à 8 km/h. C’est pour éviter le batillage (déferlement des vagues de sillage contre les berges) qui emporte peu à peu la terre retenue par les végétaux.
J’écris mes dernières cartes postales (même cela n’est pas facile avec le vent) et prépare ma monture.
Dimanche 09/09
Gruissan 08h45 Capendu 18h15 82 km
9h30 pour faire 82 km, ce n’est pas brillant. Alors que d’habitude ma vitesse de croisière varie entre 15 et 20 km/h en fonction de l’état du chemin de halage, je ne parviens pas à dépasser 10 avant de gagner le
canal de la Robine. Là je croise environ 200 cyclistes (j’ai vu le dossard 189) en sortie familiale. Les canaux et les grandes villes font toujours de bonnes associations. Ils doivent venir de
Narbonne. Une jeune fille sur un vélo de ville suivie certainement de sa mère et de son père arrive à ma rencontre. Etonnant l’homme porte dans une sorte de sac à dos un VTT certainement pour permettre à sa fille de changer de vélo. Apparemment il s’agit d’un 24 pouces et cela ne semble pas le déranger pour pédaler.
Plus loin je force un peu l’allure pour rattraper un coureur. Je lui annonce qu’il coure à 15 km/h. Il me dit que les tient sur un marathon. Tout de même avec ce vent de face il faut le faire.
Après avoir cueilli quelques figues sur un arbre providentiel, j’arrive à
Narbonne où j’avais repéré un point d’eau. Au-dessus du canal le marché semble animé et la passerelle piétonnière qui l’enjambe et couverte de monde. Je ne m’attarde pas davantage ayant réservé le foudre pour le soir m’arrêtant toutefois assez souvent pour manger mes biscuits et luxe en vélo une pêche que j’avais soigneusement emballée. Je retrouve le pont de chemin fer où j’effectue le même transbordement et le canal de jonction. J’arrive au
canal du midi toujours chargé d’embarcations. Cette fois je bénéficie du restaurant de Capendu où je déguste des moules servies bien chaudes (contrairement à celles que j’avais mangé à
Gruissan).
Lundi 10/09 Capendu 08h15 Rangueuil 19h15 128 km
Ce sera l’étape la plus longue et même si le vent n’est pas aussi fort qu’à
Narbonne ce sera aussi la plus difficile. Heureusement sur le canal règne toujours le calme et une ambiance sympathique. Ici tout le monde se dit bonjour. Ce n’est pas comme dans la vie courante (qualificatif bien adapté).
Ne voulant pas traverser
Carcassonne le long du canal je décide prématurément de passer rive gauche que j’aurais du prendre devant la gare. Je profite d’un pont me croyant arrivé à proximité de
Carcassonne mais après 2 ou 3 km je me retrouve bloqué par un cours d’eau alimenté par le canal et dois faire demi-tour (c’est le genre d’erreur dont il vaut mieux se prémunir sur un long parcours). Evitant la boue des berges je traverse
Carcassonne sur les boulevards. Je retrouve la circulation et ses affres. J’avais presque oublié que les gaz d’échappement des diesels sont si dégueulasses (cette odeur aigre) et peu de gens font quelques choses pour que cela cesse.
Je retrouve l’alpiniste se battant avec sa débrousailleuse à peine 200 m plus loin qu’à mon passage à l’aller.
Arrivé à la crêperie de l’écluse d’Herminis, je vois le patron qui dépose les guirlandes lumineuses. Je m’étonne qu’il démonte alors que le temps et si beau et que sur son site Internet la fermeture est fixée aux premières pluies de Septembre. Il me dit qu’il est trop fatigué pour continuer et qu’il a aussi le droit de profiter du beau temps. Je lui souhaite un bon repos.
Plus loin, je bénéficie de quelques instants de bonheur à la terrasse du restaurant du port de Bram. Je m’installe à la limite soleil ombre car ce petit vent venant du nord et tout de même frais. Et dans ce paradis de calme de clarté et de verdure je me régale d’une farandole de pâtes (blanches, orangées, vertes et noir) à la carbonara qui constitue le plat du jour. Certes 12 euros cela fait cher les lardons et la crème fraîche. Mais cela vaut aussi pour la présentation l’élégance des nappes et des couverts.
A l’occasion d’un méandre et d’une protection partielle du vent, je parviens à dépasser 15 km/h et même plus dans la déclivité suivant une écluse. Hélas je dois piller pour éviter de me jeter dans des cordages que j’aperçois au dernier moment en contre-jour. Des anglais laissant franchir l’écluse aux bateaux venant en contresens et n’ayant pu s’attacher aux bites d’amarrage déjà occupées avaient tendu des cordes entre les arbres et leur embarcation.
« sorry ! » Même ici il y a des embouteillages.
Pour la première fois je dépasse les 100 km et je dois marcher quelques fois avec le vélo à la main pour décontracter un peu les muscles et grignoter sans perdre de temps. Comment se motiver pour aller au bout. D’abord avoir une bonne motivation. Dans mon cas hébergement gratuit dans l’appart de ma fille (sauf que je paie le loyer) et trouver quelques occupations de l’esprit. Par exemple 4 couples décident d’appeler leur fille Sarah (M. et Mme Fermi, Lenti, Vigote) pas trouvé le 4ème. J’utilise les inscriptions peintes sur la piste cyclable entre Port Lauragais et
Toulouse pour vérifier la justesse de mon compteur kilométrique (à la fin du trajet je n’arrête pas de le regarder). Après divers recoupements (entre 2 écluses c’est pas toujours évident) je détermine que l’indication est donnée avec un excès de 2 % Ce n’est pas mal. Sur ma 406 il était de 6 et est de 1 % sur ma 407 (les constructeurs ont le droit d’indiquer la vitesse de leur véhicule par excès mais jamais par défaut).
Mardi 11/09 Rangueuil 08h45 Valence d’Agen 18h15 103 km
Avant de quitter
Toulouse je me rends à l’
office du Tourisme (tant pis pour les km supplémentaires) pour acheter du lait de Cocagne à offrir.
C’est un lait corporel à l’huile de pastel au doux parfum végétal (comme le lait de bébé)
Il est légèrement coloré en bleu pour rappeler que le pastel autrefois utilisé comme colorant après séchage des feuilles et mise en boule (cocagne) a fait la richesse du Lauragais
A peine ai-je quitté le
canal du Midi au niveau des ponts jumeaux pour rejoindre le
canal latéral à la Garonne que des nuages viennent masquer le bleu du ciel comme pour signifier mon passage à l’Ouest.
Avantage par rapport au
canal du Midi sur les 95 km je vais en faire plus de 60 sur une piste goudronnée. Cela permet de profiter pleinement du paysage sans devoir suivre la meilleure trace (ou la moins mauvaise) guettant sur chaque cm la pierre ou la racine à éviter.
Dommage que le canal latéral offre moins de variété de paysage et d’ouvrage d’art. Hormis la
pente d’eau de Montech et le pont canal de
Moissac qu’il ne faut surtout pas manquer c’est surtout le passage des trains qui offrent un peu de distraction. Mais pour l’heure ce sont les délicieuses mûres qui retiennent mon attention. Beaucoup plus nombreuses que sur le
canal du Midi, grâce à la pluviométrie mais surtout à la fréquentation moindre.
Retrouvant mon instinct de cueilleur, je repère les fruits rouges. C’est pour cette raison que nous avons été doté de la capacité de voir les couleurs. Pour très rapidement distinguer les fruits à maturité. Faculté que non pas les herbivores ou les carnivores comme les chiens qui voient en noir et blanc. Cette aptitude nous ne sommes pas prêts de la perdre tant dans notre société il est vital de ne pas confondre le vert et le rouge aux intersections. Et autant si je suis supporter de l’équipe en vert mes amis m’excuseront (ou me féliciteront) d’avoir tabassé un des supporters en rouge ou même l’arbitre (après tout il est en noir) autant il serait con que je frappe un vert (daltonien s’abstenir).
Ce n’est qu’une trentaine de km avant Montech que je retrouve le chemin de terre puis des gravillons à un passage ou les arbres encore trop jeunes pour me protéger du vent m’incitent à marcher à coté du vélo. C’est là que je retrouve la gentillesse des gens sur le canal. Un cycliste me demande si j’ai un problème. Je lui indique que cela fait 3 jours que je roule avec le vent contraire et il comprend que je souffle un peu.
Dés l’arrivée à Montech je trouve la voie verte que je ne vais plus quitter jusqu’à ma commune. Curieusement elle évite le port l’un des endroit les plus agréables du parcours en faisant emprunter 50 m de route aux cyclistes offrant tout de même l’occasion de s’y arrêter en passant devant le restaurant glacier qui à 15h n’est hélas pas ouvert. Ce sera pourtant quasiment le seul établissement devant lequel je passerai. Cela tranche vraiment avec le
canal du Midi où plaisanciers et cyclistes se côtoient en permanence avec une affluence telle que l’on risque des accidents.
Suivant le ruban d’asphalte je longe les écluses de Montech et me retrouve coincé sur une presqu’île. Je tente vainement de continuer sur la rive gauche (la mauvaise) pour tenter d’accéder à l’autopont encore en chantier. Aucun accès possible pour passer sur l’autre rive.
Je dois faire demi-tour. Bien qu’il y ait aucune indication il faut emprunter la route qui longe la pente d’eau pour retrouver la piste cyclable.
J’espère que des panneaux seront mis en place tant pour indiquer les directions, les distances et les commerces que pour inviter à découvrir les sites des environs.
Je vais écrire en ce sens au Conseil Général après les avoir félicité.
Il serait dommage que l’investissement réalisé :
Département 1 118 140 euros
Europe 525 000
Région 194430
Etat 194430
TOTAL 2 100 000 H T
Pour la section Lamagistère Brouzidou dans le
Tarn et Garonne ne soit pas suivi d’une mise en valeur et d’un entretien (il y a déjà des fissures dans le bitume à Valence d’Agen)
Arrivé à
Castelsarrasin au port Cousteau je vois les derniers travaux de liaison de la piste cyclable qui traverse la ville. Puis jusqu’à
Moissac beaucoup de promeneurs le long du canal comme d’habitude depuis cet aménagement.
Je termine les 313 km du retour en 3 jours beaucoup moins agréables qu’à l’aller mais toujours avec le beau temps.
Remarques : VTT (si vous voulez le voir je l’ai décrit sur le Forum VELOTAF car je m’en sers aussi pour aller travailler
www.velotaf.com/...5666&#entry25666
)
Poids 19 Kg sans les bagages, 24 avec.
Je ne comprends pas pourquoi un surpoids de 25 % du vélo change complètement les sensations. Avec 5 Kg de plus le VTT est moins maniable et semble beaucoup plus lourd. Il devient impossible de conserver l’élan dans les montées. Alors qu’avec moi dessus, le poids total roulant n’a augmenté que de 6 %
Peut-être quelqu’un pourra-t-il m’expliquer ?
En attendant je continuerai à préférer les chemins de halage qui sont quasiment plats.
J’aurai mis presque autant de temps à raconter mon voyage qu’à le faire.
Si certains passages ne vous ont pas intéressé, dites vous que cela a pu retenir l’attention de quelqu’un d’autre. Si d’autres non intéressé personne j’en suis désolé.
J’espère avoir donné envie à certains de se lancer dans cette petite aventure.
Concernant les frais d’hébergement que l’on peut trouver onéreux, il faut les comparer avec les frais occasionné par le même trajet en voiture.
D’après ViaMichelin Valence d’Agen
Gruissan 254 km en 2h30.
Carburant 23 euros (je suis d’accord avec eux je dépense 0.10 euro d’essence par km)
Péage 18 (çà ce n’est pas obligatoire)
Par contre ce qui est obligatoire et que Michelin semble oublier (comme la plupart des gens) c’est l’investissement l’usure, l’entretien et l’assurance.
Ma voiture me revient à 0.30 euro/Km (
www.velotaf.com/...1641&#entry31641
)
Soit 254 * 0.30 = 76 euros
Alors que j’ai dépensé hôtel 45 + gîte 17 = 62 euros
Sans compter la pollution (qui elle est hors de prix)...