| Vos rencontres avec des populations "primitives"? Aloysius · 26 janvier 2010 à 20:54 · Une photo 23 messages · 13 participants · 3 825 affichages | | | | 26 janvier 2010 à 20:54 · Modifié le 26 jan. 2010 à 21:52 Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 1 de 23 · Page 1 de 2 · 3 034 affichages · Partager Bonjour,
J'ai 46 ans, suis artisan, et en arrêt de travail pour cause de lumbago. Je ne suis pas un voyageur du tout, pour des raisons diverses et multiples; Parfois je le regrette... Il m'arrive de venir sur le forum, pour lire vos témoignage dans les diverses catégories du forum, et en ce moment beaucoup plus qu'à l'ordinaire, étant coincé à la maison.
J'aimerais avoir des témoignages de personnes ayant rencontré des populations dites "primitives". Je mets de gros guillemets, car le mot n'est pour moi pas péjoratif, simplement je n'en trouve pas d'autre.
Pourquoi cet intérêt? Il y a quelque jours, au hasard de mes pérégrinations sur Google, je suis tombé sur un article concernant les Yanomami. J'ai cherché d'autres renseignements, des photos, et des interrogations me sont venues (je ne suis pas anthropologue et l'aridité des articles scientifiques me gêne souvent).
Comment ces gens vivent ils le passage parmi eux de voyageurs issus d'un autre type de civilisation? Quel est leur regard sur "notre monde"? Quelle idée se font ils de la planète et de la place de chaque peuple? Quel type de délinquance existe t il chez eux? (Je ne parle pas des agressions extérieures comme peuvent leur en faire subir les divers prospecteurs, par exemple) Quelles sont leurs loi, leurs sanctions? Comment règlent ils leurs problèmes intra et extra communautaires? Quelle est leur conception de la pudeur, de l'intimité? J'ai cru comprendre que certaines habitations étaient collectives... A quoi correspondent les marques et accessoires qu'ils portent? Dans le cas des Yanomami, notamment les petits morceaux de bois (je suppose) qui leur traverse la cloison nasale et les joues, par exemple. Comment fabriquent ils leur tissu? Comment les hommes viennent ils à bout de leur barbe? Ils s'épilent, se rasent? Avec quoi? Sont ils victimes de nos épidémies, type SIDA, grippe A, etc..?
Voilà quelques une des questions que je me pose. Je parle du peuple Yanomami car mes interrogations sont venues de là, mais mes questions concernent aussi les autres peuples reculés de tous continents.
Merci à tous ceux et toutes celles qui voudront bien apporter leur témoignage.
Philippe | | | À: Aloysius · 27 janvier 2010 à 0:48 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 2 de 23 · Page 1 de 2 · 2 998 affichages · Partager Humm... une bonne partie des réponses que tu demandes ne pourraient venir que d'eux même... les autres ne pourraient en faire que des interpretations à base de perceptions nourries de leur culture propre... Pas sûr que ce soit d'une vérité si criante alors...
Pour le reste, je te conseille surtout de lire sur les Yanomami puis un jour prendre un billet pour les rencontrer toi même...  c'est la meilleure impression que tu pourrais en avoir... | | | À: Aloysius · 27 janvier 2010 à 2:50 · Modifié le 27 jan. 2010 à 4:20 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 3 de 23 · Page 1 de 2 · 2 986 affichages · Partager Bonjour, Sur les Yanomami, je te conseille de lire un ouvrage des plus connu qui raconte la traversé de la Sierra Parima et un des premiers contacts avec les Yanomami: "Orénoque-Amazone 1948-1950" d'Alain Gheerbrant. Tu l'as en poche chez Gallimard. C'est un ouvrage magnifique devenu un livre phare de la littérature anthropologique. Il est tout à fait accessible au commun des mortels car empreint d'une grande humanité. On en a déjà parlé sur ce site.
Dans un autre style, je viens de terminer: "Help! ma croisière en Amazonie" de Redmond O'Hanlon, chez Payot. Rien que le titre laisse entrevoir l'entreprise! L'histoire est construite comme un roman mais le récit est authentique. O'Hanlon est un personnage ; naturaliste et savant anglais. Il raconte, dans cet ouvrage, son expédition chez les Yanomamis avec beaucoup d'humour, tout anglais. Le récit est trés drôle dans la première partie car Redmond part avec un ancien ami devenu, avec le temps, patron de discothèque à Londres ; voire à moitié souteneur. Ce duo hétéroclite plongé au cœur de l' Amazonie devra affronter les pires situations, dont un bon nombres de burlesques, devenant ainsi la source de toute une série de dialogues et de répliques assez jouissives. Je conseille fortement mais pas aux âmes prudes.
Il y a plusieurs autres ouvrages sur les Yanomami mais ils sont généralement moins accessibles pour les néophytes, tels ceux de Catherine Alès. Les deux précités racontent plutôt des expéditions tout en y insérant des élément d'anthropologie sociale et culturelle pouvant répondre à certaines de tes questions. Je sais que tes questionnements s'adressent plutôt à des personnes présentes sur ce forum et qui ont rencontré des peuples reculés tels les Yanomami mais, je ne suis pas sûr que ces derniers soient très nombreux sur ce site. C'est pour cela que je te renvoie sur ces ouvrages. Ceci dit, pour la barbe, il faut savoir que ces populations, généralement, n'en ont pas vraiment et quand ils veulent venir à bout des 4 poils qui se battent en duel, ils utilisent... des rasoirs. Le monde moderne les a atteint depuis quelques temps déjà. Pour les épidémies, celles-ci ont traversé les océans depuis les grandes découvertes aux 15ème-16ème siècle et le sida (entre autres) a aussi fait des ravages dans les 30 dernières années, au même titre que les évangélistes et autres témoins de Jéhovah qui eux sévissent depuis 40 ans. A+ | | | À: Zitoune · 27 janvier 2010 à 10:32 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 4 de 23 · Page 1 de 2 · 2 941 affichages · Partager Pour les épidémies, celles-ci ont traversé les océans depuis les grandes découvertes aux 15ème-16ème siècle et le sida (entre autres) a aussi fait des ravages dans les 30 dernières années, au même titre que les évangélistes et autres témoins de Jéhovah qui eux sévissent depuis 40 ans.
Bonjour, Surprenante comparaison...conversion, variole et SIDA, mêmes dangers?... | | | À: Aloysius · 27 janvier 2010 à 10:42 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 5 de 23 · Page 1 de 2 · 2 935 affichages · Partager Bonjour, il existe une abondante littérature (une grande partie est abordable sans connaissances ethnologiques ou sociologiques particulières) sur les peuples premiers, et des ONG qui les "défendent". Une recherche en tapant "peuples premiers" va vous octroyer de longues heures de lectures, ainsi que la fréquentation d'une bibliothèque locale dès que vous irez mieux. Les peuples premiers, leurs cultures, leurs évolutions et leurs difficultés présentent des similitudes sur tous les continents et à toutes les époques. Ayant un peu étudié ce sujet (il y a bien longtemps!), je vous suggère d'étendre le champ de vos investigations dans un 1er temps à l'ensemble du sous-continent sud-américain, puis d'agrandir le cercle...et pourquoi pas jusqu'à la Sibérie ou l' Indonésie! | | | À: Khunfred · 27 janvier 2010 à 16:43 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 6 de 23 · Page 1 de 2 · 2 902 affichages · Partager Bonjour, Je ne fais pas de comparaison, je répondais aux questions posées. Ceci dit, dans les 30 dernières années, sida et conversions sont liés. Les évangélistes et autres religieux prônent le non port du préservatif ce qui a souvent des conséquences désastreuses en Amérique du sud mais aussi en Afrique. Pour les épidémies, je pensais plutôt à la grippe qui a décimé une part importante de la population amérindienne. A+ | | | À: Aloysius · 28 janvier 2010 à 17:25 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 7 de 23 · Page 1 de 2 · 2 830 affichages · Partager  j'ai rencontré des Papous, en Guinée, mais ce n'étaient pas des hommes de la forêt, ceux de la ville de Rabaul, donc très civilisés. Vivant dans un village envahi sous la cendre des volcans, de l'artisanat, et du tourisme. Je pense que l'originalité se trouve dans la jungle, un reportage sur TV intéressant avait eu lieu il y a quelques mois. tu as aussi certains peuples de Polynésie, vivant sur les atolls qui ont leur propre culture Mahori, danses rituelles, artisanat, etc. La diversité des peuples ne manque pas dans ce monde. Quant à savoir s'ils nous prenent pour des animaux savants, je pense que celà doit être parfois le cas. Et dans certains pays pour des pompes à fric, ils s'imaginent que nous sommes super riches. | | | À: Travaway · 28 janvier 2010 à 18:37 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 8 de 23 · Page 1 de 2 · 2 816 affichages · Partager Bonjour,
Désolé de ne pas m'être manifesté plus tôt: compta, devis, calmer le banquier qui s'énerve, trouver des sous...
Mais j'ai lu avec attention tous vos messages, dont je vous remercie.
Y aller.... Ca ne me déplairait pas, mais ça n'est guère possible, hélas. Du moins à moyen terme. Je vais essayer de trouver ces lectures.
Je me méfie des livres, car ce sont à mon goût souvent d' arides ouvrages d'anthropologie ramenant les gens au rang d'insectes sous le microscope, ou bien alors une littérature teintée d'angélisme un peu agaçant. Genre "Bons Sauvages en danger de disparition"....
Moi, je les vois comme des gens qui vivent autrement, dans un milieu dont je n'ai pas idée. Ce sont des hommes avec leur bons et leurs mauvais côtés. Je suppose qu'il y a parmi eux des enfoirés grand format, comme chez nous... J'aimerais l'espace d'un instant voir le monde à travers leurs yeux, connaitre leurs joies et leurs peines.
Oui, je vais me pencher sur ces livres avec plus de sérieux et moins d'à priori.
Merci pour cette bibliographie et ces pistes.
Philippe | | | À: Aloysius · 20 février 2010 à 17:13 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 9 de 23 · Page 1 de 2 · 2 651 affichages · Partager Bonjour,
J'ai lu avec intérêt votre demande de renseignements et les réponses apportées. Un ouvrage à lire est Tristes Tropiques, de Claude Lévy-Strauss, qui apportera un éclairage à certaines de vos interrogations. Je vous rassure, c'est très lisible ! | | | À: Aloysius · 21 février 2010 à 1:46 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 10 de 23 · Page 1 de 2 · 2 628 affichages · Partager La majorité des ouvrages qui vous ont été conseillés, ne sont pas des essais d'anthropologie, mais des récits de voyage d'anthropologues ou non. Ils sont assez faciles à lire et au pire vous pouvez aisément sauter les quelques pages obscures trop scientifiques.
Je comprends tout à fait que vous n'ayez pas envie de vous farcir un traité d'anthropologie politique ou juridique ou un essai sur ce que doit ou ne doit pas être l'anthropologie, mais la majorité des anthropologues ont, à côté de leurs publications scientifiques, écrits des bouquin relatant simplement leurs expériences et leurs rencontres avec les populations qu'ils ont pu croiser.
Et pour continuer dans la lignée de la discussion, je vous conseille la lecture de Qui se souvient des hommes de Jean Raspail. Un excellent bouquin sur les rapport justement entre ces peuples, en l'occurence les alakalufs, et notre monde. C'est bien écrit, souvent poétique, parfois teinté d'angélisme, parfois teinté de paternalisme, mais le propre d'un récit de voyage ou d'un témoignage c'est de ne jamais être parfaitement objectif. Le tout est de ne pas prendre les choses au pied de la lettre comme une vérité absolue et de garder à l'esprit qu'il ne s'agit que d'une vision des choses. | | | À: Zitoune · 28 février 2010 à 21:42 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 11 de 23 · Page 1 de 2 · 2 470 affichages · Partager Bonsoir
J’ ai une faveur un peu spéciale à vous demander, je collectionne les pièces de monnaies étrangères comtemporaines depuis peu de temps.
Mon ambition est d’ avoir au moins une pièce de monnaies de tous les pays du monde mais cela n’ est pas facile.
Me manquant la pièce de 5 soles du Pérou, auriez vous la sympathie de m’ envoyer cette pièce qui complètera ma collection.Je serais très ravi de cet envoi.
C’ est pour moi la seule façon de voyager à travers le monde.
En vous remerciant par avance, je vous prie d’ agréer, Madame Monsieur, l’ expression de mes sentiments distingués.
Alain
Voici mon adresse :
Monsieur Alain Poulain
83 Allée du clos des Houssayes
76520 La Neuville Chant d’ Oisel
FRANCE | | | À: Zitoune · 18 avril 2010 à 2:38 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 12 de 23 · Page 1 de 2 · 2 329 affichages · Partager Bonsoir !
Il y a plusieurs autres ouvrages sur les Yanomami mais ils sont généralement moins accessibles pour les néophytes, tels ceux de Catherine Alès.
Cela me surprend un peu que tu ne fasses pas mention de " Yanomamo - The Fierce People" (1968) de Napoleon Chagnon. Cette ethnographie est, autant que je sache, la première et la plus complète du peuple Yanomami. Ni " Le Cercle des Feux : Faits et Dits des Indiens Yanomami" (1976) de Jacques Lizot, élève de Lévi-Strauss...
Par intention ?! A cause de ce scandale anthropologique autour de Chagnon & son équipe (avec Lizot) ?!
hgb | | | À: Aloysius · 18 avril 2010 à 3:05 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 13 de 23 · Page 1 de 2 · 2 323 affichages · Partager Bonsoir !
... des populations dites "primitives". Je mets de gros guillemets, car le mot n'est pour moi pas péjoratif, simplement je n'en trouve pas d'autre.
Dans ce contexte, "primitif" est péjoratif. Si vous le ressentez ainsi ou non. Pour vos raisons, on peut tout légitimer. Si vous qualifiez un Italien de "rital" (en all. Spaghettifresser), je ne crois pas qu'il accepte votre "le mot n'est pas pour moi péjoratif".
Vous n'avez jamais entendu parler de "peuple premier", de "peuple indigène" ou de "autochtones". A peine croyable...
hgb | | | À: Zitoune · 18 avril 2010 à 3:29 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 14 de 23 · Page 1 de 2 · 2 318 affichages · Partager Bonsoir !
Ceci dit, dans les 30 dernières années, sida et conversions sont liés. Les évangélistes et autres religieux prônent le non port du préservatif ce qui a souvent des conséquences désastreuses en Amérique du sud mais aussi en Afrique.
C’est donc un problème technique ?! Il faut distribuer des préservatifs et tout va bien. N'est-ce pas une façon de penser très européenne ?! La toute-puissance du préservatif, euh... qui y croit.
Il y a peu de temps, j'ai lu le suivant : l’année dernière, les services de santé à Washington D.C. ont donné l’alarme parce que 3% de la population de la capitale américaine se sont infectés avec VIH. Pendant la période de 2007 à 2009, le nombre des infectés a monté de 22%. Il faut mentionner que les préservatifs y sont distribués gratuitement depuis beaucoup d'années, accompagnés par des campagnes massives aux écoles et au public. Comment cela s’explique ?! Ça me dépasse... En Ouganda, le cas était pareil.
hgb | | | À: Hery · 18 avril 2010 à 3:37 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 15 de 23 · Page 1 de 2 · 2 316 affichages · Partager Bonsoir Hery, Non, en fait, j'ai juste voulu mentionner des travaux récents tels ceux de C. Alès. A bientôt | | | À: Bardak · 18 avril 2010 à 3:48 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 16 de 23 · Page 1 de 2 · 2 306 affichages · Partager Bonsoir Madame !
La majorité des ouvrages qui vous ont été conseillés, ne sont pas des essais d'anthropologie, mais des récits de voyage d'anthropologues ou non. Ils sont assez faciles à lire et au pire vous pouvez aisément sauter les quelques pages obscures trop scientifiques.
Vous en voulez dire que les "Tristes Tropiques" (Claude Lévi-Strauss) et, pour prendre un autre excellent exemple, "L’Afrique Fantôme. De Dakar à Djibouti 1931-1933" (Michel Leiris) sont des récits de voyage des anthropologues mais pas des essais d’anthropologie du tout ?! Vous avez lu ce Lévi-Strauss ?! Sinon, lisez-le, et je vous assure qu’après la lecture, vous ne ferez plus une distinction entre "essai" et "récit"... Je me demande vraiment si une telle distinction est évidente (dans l‘anthropologie).
Les "Tristes Tropiques" (lisibles tout à fait pour un non-anthropologue) sont un texte hétérogène, selon ma compréhension une sorte de collage qui comprend un récit de voyage ironique, une autobiographie intellectuelle, des miniatures poétiques, une description ethnographique et analyse ethnologique, une réflexion philosophique et critique culturelle pessimiste à la fois. Les "Tristes Tropiques" sont déterminés, dès la première jusqu’à la dernière page, par la prise en compte d’un sujet CLASSIQUE de l’anthropologie (et non pas un de la littérature de voyage !) : la confrontation avec une culture ÉTRANGÈRE et la réflexion sur ses relations de la PROPRE culture. Par cette réflexion s’accompagne aussi la grande et trop grossière, classique et bien problématique répartition de l’humanité en : the west and the rest, les "Civilisés" (nous) et les "Primitifs"* (les autres). Mais bon... En tout cas, cet ouvrage disperse toutes les catégories de genre courantes mais le qualifier simplement de "récit de voyage" ne l’apprécie pas à sa juste valeur. En aucune manière !
"L’Afrique Fantôme" est, à première vue, un journal écrit par Leiris lors d’une expédition à travers l’Afrique ( Dakar – Bamako – Tombouctou – Niamey – Kano – Garoua – Yaoundé – Juba – Khartoum – Asmara – Massaoua – Addis Abeba – Djibouti). Au sens des sciences académiques, un journal "scandaleux" qui a fâché et fait sursauter l’ensemble des spécialistes (dans le domaine anthropologique) ayant attendu une chronique sobre de cette expédition : les notes de Leiris mettent la recherche de terrain en doute, ses méthodes, ses objectifs, ses idéaux, ses valeurs morales. Leiris n’hésite pas à mettre sur le tapis juste ce dont les anthropologues savent mais n’écrivent pas : le construit dans toute description pour que "le tout soit à la bonne taille", les manques théorétiques et les trucs méthodologiques... Au-delà, cet ouvrage se lit comme une histoire des razzias ethnographiques ; Leiris (en commun avec Griaule et al.) prend part à ces razzias, décrit ses désirs obsessionnels, son avidité de la propriété des objets étrangers ; à une attitude colonialiste, entraînés dans la corruption et dans des mensonges, les anthropologues satisfont leur commande d’apporter des objets culturels, capturés par tous les moyens (nos musées ethnologiques en Europe en sont pleins !) et fournissent du matériel documentaire aux étudiants d’anthropologie chez nous. Selon Leiris, l’anthropologue n’est absolument pas mieux qu‘un grand industriel sordide... C’est un peu fort de café pour une discipline académique ! "L’Afrique Fantôme" n’a rien, absolument rien à voir avec un "récit de voyage" mais est un document indispensable d’une science et de son passé : il prouve l’origine colonialiste de l’anthropologie. A mon avis, cet ouvrage de Leiris devrait être lecture obligatoire pour tout futur étudiant d’anthropologie et surtout pour tous ceux et celles qui se penchent, quoi qu’il est soit, sur l’Afrique...
"L’Afrique Fantôme" est un document, écrit par envie et par désespoir, au cours d’une voyage d‘exploration, le chiffre d’une tentative pour vivre et survivre, pour vaincre l’ennui et pour retenir le magique. Et un document, je le dis encore, d’une science et son passé.
Je comprends tout à fait que vous n'ayez pas envie de vous farcir un traité d'anthropologie politique ou juridique ou un essai sur ce que doit ou ne doit pas être l'anthropologie
Moi, je ne saisis pas du tout que vous arriviez à comprendre l’ennui d’Aloysius de lire un traité anthropologique... Pourquoi ?! Pour moi, c’est assez paradoxe : ce Monsieur pose des questions particulières (et vraiment intéressantes !), questions qui ne poserait jamais un touriste, questions à qui ne peut que répondre un anthropologue qui se penche sur la culture des Yanomami. En outre, autant que je sache, il faut une autorisation spéciale pour accéder au Yanomamiland, c.à.d. il n’y a pas des tonnes de personnes ayant "visité" les Yanomami. Mais les trouve-t-on juste sur un forum comme VF ?! A la réflexion, VF est un forum surtout pour touristes qui cherchent dans les voyages un dérivatif du quotidien mais s’intéressent tout au plus marginalement aux cultures étrangères, moins que marginal. Il veut apprendre la culture des Yanomami mais refuse resp. n’a guère envie de lire la littérature correspondante, que ce soit N. Chagnon, J. Lizot, élève de Lévi-Strauss, les quelques classiques "amazoniens" du 19e siècle (Bates, von Humboldt, Wallace) ou n’importe qui... Vous le comprenez ?! Moi, non.
De plus, votre compassion se justifie comment ?! Elle soupçonne une forte illisibilité des textes anthropologiques ?! Si vous le croyez... Bien sûr, il y a des ouvrages difficiles à lire, je pense juste à Lévi-Strauss, son "Anthropologie structurale" (du moins pour moi) ou ses "Mythologiques" (cependant, n’est-il pas le problème de l’illisibilité de tels ouvrages plutôt un problème immanent du structuralisme en spécial que de l’anthropologie en général ?!) mais il y a bien d’autres qui sont bien à lire, et avec délectation. Pensez aux ouvrages divers obligés à l’anthropologie culturelle, moins chargée de théorie mais méthodologiquement plus proche à l‘objet, par son théorème de la soi-disant Thick Description : là, l’anthropologue n’est plus un observateur externe qui examine des règles d’une culture étrangère et qui leur attribue des fonctions mais est observateur participant. Les limites s’estompent, le chercheur devient objet et l’objet devient chercheur... Par conséquent, la "culture" décrite dépend continuellement de nouvelles interprétations et significations, est un concept transparent et flexible, n’est jamais objective et se montre au quotidien. A mon avis, ce changement de paradigmes dans l’anthropologie (moins abstrait mais plus concret) est un facteur décisif pour une plus haute lisibilité des "résultats" de l’anthropologie aujourd‘hui...
mais la majorité des anthropologues ont, à côté de leurs publications scientifiques, écrits des bouquin relatant simplement leurs expériences et leurs rencontres avec les populations qu'ils ont pu croiser.
" La majorité des anthropologues" ?! Désolé, je ne connais aucun anthropologue de cette espèce. En France ?! Madame, chaque fois que les anthropologues se rendent sur le "terrain", ils rencontrent les populations dont les vies familiale et sociale, les mœurs et coutumes, l’économie, la réligion et la musique, etc. etc. ils veulent étudier. Ce sont de telles rencontres qui font per definitionem un anthropologue, non ?!
Par ailleurs, les anthrophologues "jouissent" d’une mauvaise réputation comme voyageurs et même comme rechercheurs sur le terrain ; ce fait ne témoigne pas que Leiris dans "L’Afrique Fantôme" mais aussi Malinowski dans "Les Argonautes du Pacifique occidental". Et le dernier est un des "pères" de la recherche anthropolo-gique sur le terrain...
"Contre toute attente, juste les voyages ne sont pas le fort des anthropolo-gues" (J. Jamin, 1980)
Bon week-end, hgb
* je m’excuse pour avoir pris par intention ce terme détestable. | | | À: Zitoune · 18 avril 2010 à 3:50 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 17 de 23 · Page 1 de 2 · 2 304 affichages · Partager Hi,
o.k. d'accord... J'ai compris.
hgb | | | À: Hery · 18 avril 2010 à 4:05 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 18 de 23 · Page 1 de 2 · 2 301 affichages · Partager Re-bonsoir,
C’est donc un problème technique ?! Il faut distribuer des préservatifs et tout va bien. N'est-ce pas une façon de penser très européenne ?! La toute-puissance du préservatif, euh... qui y croit.
Non, ce n'est évidemment pas aussi simple mais la prévention joue quand même un rôle important pour éviter la transmission des mst et les missionnaires évangélistes n'ont pas vraiment œuvré dans ce sens. De même, il n'ont pas vraiment œuvré pour le bien être de ces populations. En revanche, j'ai eu vu des exemples de missionnaires catholiques qui ont vraiment réalisé un travail allant dans le sens du bien être (exemple chez les Huambisas- Pérou) et pas forcément dans le sens de leur paroisse : payer des études, leur donner les bases pour affronter le monde moderne qui s'ouvre à eux et éviter ainsi qu'ils ne disparaissent dans un affrontement perdu d'avance, les aider à préserver leur territoire, recueillir leurs traditions orales, élaborer des dictionnaires,... Ce qui se passe avec les distributions gratuites de préservatif, c'est quelles sont inutiles s'il n'y a pas un accompagnement en parallèle. Distribuer des préservatifs à des populations qui n'en n'ont jamais utilisé et qui ont vécu des décennies sous les sermons évangélistes ne sert à rien : on retrouve les préservatifs jetés par terre et non utilisés. C'est une image qui m'a frappé de nombreuses fois quand je me rendais dans des communautés natives. Les abords, en lisière de forêt, et les petits chemins étaient remplis de préservatifs distribués par les dispensaires d'état. Pour l'exemple que tu donnes de Washington, je ne sais que trop dire si ce n'est que malgré les campagnes de prévention, les gens ont parfois tendance à penser que le sida peut se soigner avec les tri et quintuple thérapies et, donc, deviennent plus négligents (ce peut être une explication...). | | | À: Hery · 18 avril 2010 à 18:07 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 19 de 23 · Page 1 de 2 · 2 262 affichages · Partager De ce que j'ai compris, Aloysius souhaite simplement se renseigner sur le mode de vie de certaines populations, à des années lumières des nôtres. Dans cette optique, ne pas vouloir lire des textes trop scientifiques ne me paraît pas complètement crétin. Aloysius ne prétend pas vouloir devenir spécialiste, il souhaite juste se renseigner.
Que vous ne puissiez pas comprendre qu'on peut parfois s'intéresser à des sujets, sans pour autant avoir envie de lire quarante ouvrages scientifiques, parfois compliqués, lorsqu'on ne détient pas toutes les clés pour les comprendre, et souvent assez arides (je reprends exprès son expression que je trouve tout à fait juste), c'est votre choix. Mais vous ne pouvez blamer ceux qui souhaitent avoir parfois des approches plus simples, plus légères, tout en étant sérieuses. Les ouvrages de vulgarisation n'ont pas moins d'intérêt que les traités scientifiques et on ne peut pas, sur chaque sujet qui nous intéresse, nous plonger dans tous les ouvrages spécialisés qui existent.
Par ailleurs, Aloysius parle d'un intérêt pour tous les peuples premiers. Certes, cette approche est délicate car elle supposerait une unité de comportement, de structures sociales, de rites, etc parmi ces populations. Néanmoins, ce que j'ai compris du message d'Aloysius, il s'agit là d'une première approche, une simple envie d'en savoir plus... c'est aussi simple que cela.
Quant à savoir si les anthropologues font ceci ou cela, je ne rentrerai pas avec vous dans le débat. Les arguments que vous avez avancé et la façon dont vous vous exprimez représentent exactement les raisons pour lesquelles j'ai préféré ne pas poursuivre mes études en anthropologie et ai coupé les ponts avec la majorité des sibérialistes que j'ai pu rencontrer. Le petit monde des scientifiques qui s'auto-complaisent dans ce qu'ils croient être de la supériorité par rapport aux pauvres béotiens que nous sommes m'agaçait déjà avant, ce n'est pas maintenant que je vais rentrer dans ce jeu là.
Enfin, juste pour préciser mon propos précédent. Je ne prétends pas, bien sûr, que les anthropologues se présentent tour à tour comme de simples voyageurs venant faire part de leurs récits de voyage, puis comme des scientifiques se lançant dans des traités d'anthropologie. Je ne faisais que souligner le fait que dans la littérature anthropologique, certains textes sont plus faciles à lire que d'autres, car leur trame de fond est celle d'un voyage. Le fait qu'il s'agisse d'un voyage scientifique n'y change rien. La base du récit est de raconter ce qu'ils ont vu, entendu, perçu, etc... que cela s'accompagne de digressions théoriques ou de précisions scientifiques n'y change rien. Si vous lisez Pierre Clastres, par exemple, Chronique des indiens Guayaki est bien plus facile d'accès pour un non-anthropologue que la Société contre l'Etat. Car dans le premier cas, vous pouvez vous intéresser uniquement au récit de son expérience, même si vous ne comprenez pas tout de certaines de ses explications ou digressions. Dans le second cas, l'absence de récit de voyage rend la lecture plus ardue, c'est aussi simple que cela. | | | À: Aloysius · 3 octobre 2010 à 22:28 Re: Vos rencontres avec des populations "primitives"? Message 20 de 23 · Page 1 de 2 · 2 010 affichages · Partager Je tombe un peu tardivement sur cette discutions, je voulais juste vous faire connaitre, à moins bien sûr que vous ne connaissiez déjà cette organisation mondiale qui soutient les peuples indigènes: httpsurvivalfrance.org
et qui grâce à une campagne internationale d'information et d'alerte, a permis la création de territoires réservés aux Yanomami par les gouvernements du Brésil et du Venezuela.
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