
Mékong Lyon, France
6 novembre 2007 à 10:57
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de Lyon à Madras par la route :(Turquie)Mardin Diyarbakir Hasankeyf...au coeur du pays kurde
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Mardin Diyarbakir Hasankeyf...au coeur du pays kurde Sanli Urfa-Mardin-Diyarbakir-Batman-Hasankeyf-Diyarbakir du 02 nov au 05 nov Ce matin, départ pour Mardin. Je réveille Macha pour lui dire au revoir et lui souhaiter bon voyage. Elle continue sur Gaziantep pour l'obtention de son visa syrien. Dernier thé avec Mustapha. A la une du quotidien Zaman, manif de 15000 personnes à Hakkari, le slogan est clair: unité entre Kurdes et Turcs. Le message est significatif, Hakkari a toujours été un bastion de la rebellion, l'Irak est toute proche. Il y a une inquiétude parmi la population ici car ils ont peur d'être les boucs émissaires de la situation. Sur la route, non loin de Sanli Urfa, des villages au milieu de nulle part, un dénuement total . Juste de la terre aride et des cailloux. A Kirlik, checkpoint militaire. Ils prennent les papiers de tout le monde pour vérification. Agacements dans le bus. 15 mn plus tard, on repart. A la TV, apparaît la gueule de Miss Condoléances (Condo Rice) , les mâchoires se crispent. Les 2 stewards ont remarqué la photo sur mon passeport, ça les fait marrer . Barrière de la langue oblige, on communique par petits dessins. Ils me servent thé sur thé et partagent une pomme avec moi. Dehors le paysage a évolué. Ce sont des champs de blé et de coton sur des kms. Nous traversons Kiziltepe, des files de camions, des silos. Ici la vie s'est organisée autour de ces précieuses denrées. Je repense aux villages 100 kms plus bas. Nous quittons la plaine, la route s'élève. Mardin est perchée sur une montagne à 1325m d'altitude. Je pars explorer la ville à pied. Très plaisant de se balader au milieu de ces vieilles maisons en pierre taillée couleur miel, arpenter de petites rues étroites et de jouir d'un beau panorama sur la plaine avec au fond la Syrie qui s'annonce . Par contre, les hôtels sont chers. Je passerai la nuit à Diyarbakir. Dans une boulangerie, ça s'active, un gros tas de bois est entassé sur le toit...on me fait signe et m'invite à entrer. On m'offre une galette et du thé. Dans une joyeuse ambiance , 6 personnes bossent à un rythme soutenu et répêté : 2 préparent la pâte a l'étage, 2 autres en font des pides (galettes) et 2 les enfournent. Les passants tendent la main à la fenêtre pour acheter ce pain tout chaud. Personne ne comprend l'Anglais, pas grave on se parle à force de grands gestes et d'éclats de rires , je leur montre quelques photos de France et de Jérusalem, ils apprécient.
Enfants de Mardin La nuit tombe, je redescend vite pour attraper un dolmus pour Diyarbakir. Je loge à l'hôtel Aslan Palace. Diyarbakir est une grosse ville. 1,2 millions d'habitants. Il y la ville fortifiée, la nouvelle ville et les quartiers pauvres constitués de gens ayant fui leurs villages au plus fort de la répression de l'armée turque. Armée qui est toujours bien présente dans la ville. Une garnison stationne à l'extrémité de la ville. Les remparts de basalte noire qui entourent la vieille ville dateraient de l'époque byzantine et seraient une des plus grande enceinte du monde.
Marché à Diyarbakir Lorsque je reviens de dîner (certainement le meilleur restaurant de mon passage en Turquie, Safak avec un Firin Güvec délicieux : pour info c'est un mélange d'aubergines, de tomates, d'onions avec huile d'olive et mouton accompagné de riz blanc), le réceptionniste m'invite à rester dans le hall où sont disposés fauteuils, canapés et tv pour boire un thé. On fait connaissance. Il se prénomme Mehmet, Kurde, marié, des enfants. Il se révélera être durant mes 3 jours ici un interlocuteur chaleureux et prévenant . Chaque soir, c'est le même rituel, on s'installe devant un thé, on discute. pas facile, il a quelques mots d'anglais et moi quelques mots de turc. Frustrant car ça limite la conversation. L' endroit est convivial car il y a toujours d'autres pensionnaires de l'hôtel. Je suis l'un des rares touristes, ils ne viennent pas à Diyarbakir. La ville souffre de sa mauvaise réputation. En 2006, des émeutes ont éclaté. Des bandes de gamins des quartiers pauvres sont descendus et ont pillé des magasins du centre. Le chômage est important. A chaque coin de rue, on peut voir des gens devant des étals de fortune, essayant de gagner péniblement leur vie, des bandes d'enfants vont et viennent . Je fais le tour des remparts, entrecoupés par 7 portes. On peut monter et se balader sur le chemin de ronde. Tout le long, c'est aménagé en parcs et en jardins . Des gamins jouent au foot, les fillettes font de la balançoire, parfois quelques uns m'accostent par des "Hello" et aussi "Para". Quelle vitalité ! Mehmet m'apprend que la vieille ville compte 27 mosquées et 7 églises. Il aime sa ville, ça se sent et aimerait que je reste plus longtemps. Dimanche, je prends un dolmus pour me rendre a Hasankeyf, vraiment sympa les dolmus, ils vont partout et où que l'on soit, on tend le bras et ils s'arrêtent . Le temps est ensoleillé. On passe par Batman, autre grosse ville. Je remarque une raffinerie et des usines. Puis la route s'engouffre dans des gorges où coule sa Majesté le Tigre.
J'aperçois des maisons troglodytes. On arrive. L'endroit est magnifique, je suis agréablement surpris. Partout des maisons troglodytes, des escaliers taillés dans la roche, le tout surmonté d'une citadelle en ruine, en bas le nouveau village qui ne sera bientôt plus qu'un souvenir (a cause du projet de barrage) et le Tigre qui serpente.
Du haut de la citadelle, la vue est imprenable et je photographie le fleuve sous tous les angles . Quand je descend, je vois 2 chiens attachés devant une maison troglodyte, ils aboyent, je passe. Quelqu'un habiterait t-il encore ici ?
Retour à Diyarbakir et je retrouve Mehmet autour d"un thé pour lui raconter cette belle journée. Demain je pars très tôt pour Van, lever à 6h. Mehmet est un peu déçu que je parte mais je reviendrai à Diyarbakir. Je revois le regard des gens lorsque j'arpentais les quartiers pauvres, mélange d'étonnement et de curiosité à la vue de cet étranger qu'ils n'ont pas l'habitude de rencontrer par ici, je revois tous ces enfants, ce petit bout de fillette qui vendait des mouchoirs dans la rue, ces gamins jouant au foot sur des petits espaces.... Diyarbakir, la mal aimée, écorchée vive et si sensible qui m'a touché. Infos pratiques Bus Sanli Urfa-Mardin : 15 YTL Dolmus Mardin-Diyarbakir 5 YTL Ticket bus urbain Diyarbakir 0,75 YTL Dolmus Diyarbakir-Batman 5 YTL Dolmus Batman-Hasankeyf 3 YTL Hôtel Aslan Palace (simple avec sdb) 20 YTL
La vertu d'un voyage c'est de purger la vie avant de la garnir Nicolas Bouvier
(Ce message a été modifié par Mékong le 18 mars 2008 à 17:45.)
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