merci Jack
la suite du récit
Chine Province du Xinjiang
Tashkurgan-Kashgar
A peine franchi la Khunjerab Pass, nous stoppons de nouveau. Checkpost, non mieux que ça, la douane. Et moi qui croyais que nous allions directement à Tashkurgan pour les formalités. Tout le monde descend avec les bagages. Ismaël me dit que c'est une nouvelle équipe. Des jeunes tous frais moulus et motivés. Aïe ça tombe mal, ils vont vouloir se faire les dents sur notre équipage. Bis répétita, contrôle de tous les bagages, passage aux rayons x et ouverture pour la fouille. Peu importe que tout ait été minutieusement inspecté à Sost. Dehors, il fait très froid et ça commence à neiger. C'est le bouquet final pour couronner cette journée de galère. Si la neige recouvre la route, le bus ne bougera pas d'ici. Je suis affamé tout comme les étudiants chinois. Tout le monde commence à trouver le temps long. Rappel, nous sommes sur le quai depuis 9h et il est 20h30. Au bout de 2h, vient mon tour ; celui qui semble être le chef, est intéressé par mes livres. "ce sont des romans ?" "oui et il y a même un livre chinois "La
Chine et les Chinois de Lin Yutang". A côte, son collègue est après mon ordinateur et veut que je tape le mot de passe. Le voilà qui fouille dans le disque dur mais aucune idée de ce qu'il cherche. Ca ne dure que quelques secondes et satisfait il me le rend.
Après plus de trois heures, nous pouvons repartir. La neige s'est arrêtée de tomber plus vite que prévu. Nous sommes exténués. Il faut charger tous les bagages sur le toit et dans le bus. A 4800m, le moindre effort se paie cash et tout le monde est essoufflé. Il est presque minuit.
La descente sur Tashkurgan prend 1h sur une vraie route asphaltée. Nous allons enfin pouvoir nous reposer. Erreur, une fois arrivés, nous stoppons devant la douane officielle. Apparemment ils nous attendaient. Il est 1h du matin, 3h selon l’heure de
Beijing. Ismaël m’explique toutes les subtilités chinoises. Heureusement, les douaniers s’activent, pas de fouilles bagages, juste le passage aux rayons X, ils sont pressés d’aller dormir. D’ailleurs, ils ne sont pas les seuls. Sauf celui qui est chargé de tamponner mon visa qui fait durer le suspense. Je suis planté devant lui plusieurs minutes quand il me demande « première fois en
Chine » « non deuxième fois » il me regarde avec des yeux ahuris, il tourne mon passeport dans tous les sens « non le visa est sur l’ancien, je vais le chercher dans mon sac » Quelle erreur car muni du deuxième passeport, il a un nouvel os à ronger et ça s’éternise, je dors debout...... « Et pourquoi allez-vous à Kashgar ? »....... « Ok vous avez gagné, je dois rentrer en contact avec un groupe séparariste ouïghour et j’ai des documents importants à leur remettre »........temps mort.....Non je plaisante, fausse alerte. A côte, sa collègue a l’air de l’invectiver et lui suggère je l’espère de presser le pas. Soudain il appose son tampon en face de mon visa. Cette fois, c’en est fini. Presque 17h pour parcourir un peu plus de 200kms. J’attends Ismaël et ses potes encore à l’intérieur. Quand ils sortent, ils sont écoeurés. Au nom de la belle amitié entre la
Chine et le Pakistan disent-t-ils « quelle belle connerie ». A 1h45, notre petit groupe composé des deux Coréens, de l’Anglais avec sa bicyclette, d’Ismaël et sa bande et d’un Pakistanais rescapé (les autres sont partis avant nous) marche au milieu de la nuit, à la recherche d’un endroit pour dormir. Première touche, un hôtel tenu par un Tadjik, les yeux ébouriffés mais il n’a pas de place.
En ressortant, l’autre Chinois du bus (6 étudiants+1 indépendant+1 femme, vous vous souvenez) qui nous a aperçu du bâtiment adjacent, nous appelle. Il a des chambres à nous proposer. Apparemment il est en affaire ou en couple avec la matrone, chinoise comme lui, qui gère l’établissement. C’est spartiate mais pour 30 yuans ça ira, il n’y a pas de chambres pour tous et l’Anglais et le Pakistanais repartent. Ismaël revient avec des boites de nouilles minute que nous nous partageons. Il refuse que je paie et je dois insister puis il m’invite à manger avec eux. Dans quelques heures, ils prennent le bus pour Kashgar, puis
Urumqi la grosse ville du Xinjiang. En
Chine, tous les transports sont alignés sur l’heure de
Beijing. Beaucoup de route en perspective. Je les salue, les remerciant pour leur gentillesse et leur souhaitant un bon voyage avant de m’éclipser pour dormir quelques heures. Le matin, je décide de changer d’hôtel car il n’y a pas d’eau et les toilettes sont dans un état épouvantable.
Tashkurgan est une ville paisible, principalement peuplée de Tadjiks, au pied de la chaine du Pamir
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. De nouveau seul, sentiment bizarre après les émotions pakistanaises.
Bonne nouvelle, mon arrivée en
Chine coïncide avec le début de l’Euro de foot. Je vais pouvoir me rattraper après une diète de 3 mois. Sur le papier, quatre équipes se détachent : l’
Espagne maitre de son football, l’
Allemagne avec une génération de joueurs talentueux, les
Pays-Bas et son armada offensive impressionnante, l’
Italie l’outsider numéro un. La
France, je n’y crois pas et ça fait des lustres que je n’accroche pas au jeu de cette équipe surévaluée à mon sens. Etant fan du Barça, j’espère l’
Espagne.
Je reste une nuit supplémentaire avant de faire route sur Kashgar.
La Chine Le pays du Milieu ou plutôt du juste Milieu comme l’explique Lin Yutang dans son livre. Juste Milieu signifie bon sens et esprit de raison. Sur le plan international ça se confirme, la
Chine privilégie le dialogue et la négociation à la force ce qui a le don d’énerver au plus haut point les va-t-en-guerre américains en particulier la fanatique Hillary Clinton qui vient de tenir ces propos lourds de menaces « il y aura un prix à payer pour ceux qui soutiennent le gouvernement syrien ». Des propos de cowboys quoique des cowboys comme Billy the Kid ont toute ma sympathie. En parlant de ces grands démocrates américains donneurs de leçons, récemment, à Peshawar, la police pakistanaise a arrêté lors d’un contrôle de routine à un barrage, une voiture dont le coffre contenait 4 M4 Rifles, à son bord deux diplomates américains avec deux Afghans. Pris la main dans le sac mais évidemment ils ne jurent de rien. Pour info, le M4 Rifles est le fusil d’assaut utilisé par les Marines. Je ferme la parenthèse.
Malgré la barrière de la langue, la
Chine m’attire irrésistiblement. Mon premier séjour au Yunnan, en novembre 2009 m’avait enchanté. Devant une telle immensité, je m'incline. J'en suis au stade d'apprentissage.
L’ethnie majoritaire de la
Chine est celle composée des Han. Pour plus de clarté, je citerai chacune des ethnies chinoises. Durant mon voyage, je suis censé rencontrer, des Ouïghours (Xinjiang), des Tadjiks (Xinjiang), des Hui (Qinghai Sichuan Yunnan), des Tibétains (Qinghai Sichuan Yunnan), des Mongols (Qinghai), des Hani (Yunnan). Par exemple Ismaël et ses copains étudiants sont des Hui, des Musulmans chinois très proches morphologiquement des Han.
Le Xinjiang Nous sommes dans la région autonome du Xinjiang, à l’ouest de la
Chine qui en compte cinq. Terre montagneuse avec la chaine du Pamir et la cordillère du Kunlun, terre de désert avec le Taklamakan. Pays des Ouigours et région sensible, traversée régulièrement par des tensions. Parfois ça dégénère gravement lorsque des Han sont pris à partie et tués par des groupes de Ouïghours descendus dans la rue comme en juillet 2009 à
Urumqi. En face le gouvernement ne fait pas dans la dentelle. Certains parlent de sinisation du Xinjiang. Cela dit personne ne force les Han à se déplacer. Certes, le gouvernement offre des avantages fiscaux à ceux qui changent de région. Mais est-ce une stratégie d’uniformisation et d’étouffement ? Je n’ai pas de réponse. Cela dit, de tout temps, les Han ont toujours eu cette faculté de déplacement que ce soit dans leur pays ou à l’extérieur.
Dans le minibus, je vis mes dernières heures sur la Karakorum Highway en traversant le Pamir
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. Pincement au cœur.....Tiens voilà l'Anglais à bicyclette, lui aussi doit être soulagé après tous les tracas administratifs. Pas le temps de rêver, premier checkpost. Tout le monde descend du bus pour le contrôle des papiers.
Arrivée à
Kashgar la cité du jade. Carrefour des routes de la soie. La ville fait rêver beaucoup de voyageurs bercés par les récits des anciens explorateurs. Au premier contact, la ville ressemble à n’importe quelle ville chinoise
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mais en arrivant dans le quartier où je loge, changement de décor, nous sommes en plein dans la ville ouïghour. La place où trône la vieille mosquée Idkah est toujours animée
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, le marché de nuit où l’on peut goûter à la cuisine ouïghour, est en pleine effervescence tous les soirs
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. C’est bon, pas cher et ambiance garantie.
Il y a deux quartiers bien distincts : le quartier ouïghour et le quartier han qui composent les deux ethnies majoritaires de la ville plus quelques Hui et Tadjiks.
Je loge au Pamir-Youth-Hostel
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qui a ouvert il y a 9 mois, situé au 2ème étage d’un bâtiment en face de la mosquée. Ils sont trois à gérer l’endroit, deux hommes et une femme. Beaucoup d’espace grâce à la magnifique terrasse
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où se trouve une yourte pour la note décorative. Quant à la note animalière, elle est représentée par les deux chatons
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. La plupart des résidents sont des voyageurs chinois auquel s'ajoutent quelques étrangers.
C’est là que je rencontre Juri.
Juri est Italien
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. La mine déconfite qu’il a sur la photo s’explique parce que nous goûtons à des abats tirés de l’estomac du mouton et présentés sous forme de saucisses. L’essai n’est pas concluant
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. Il habite près de
Milan. Chaleureux et jovial, il voyage depuis quelques mois. Son projet : un tour du monde. Rien de surprenant jusque là me direz-vous à une époque où les tours du monde "clés en main" sont tendances mais Juri l’original ne veut pas prendre l’avion pour rallier les continents. No Stress comme l’indique le titre de son website « SLOWAY »
www.sloway.it/
et son tee-shirt. Un vrai challenge à commencer par l’archipel indonésien et l’
Australie. Depuis
Bali il va tenter d'embarquer sur un bateau de plaisance jusqu’à Darwin. Pour l’
Amérique du sud et l’Afrique, il va naviguer sur des cargos. Respect.
Nous parlons foot en regardant le match
Italie-
Croatie. On est entre connaisseurs. Il supporte l’Inter de
Milan mais il reconnait la classe de Pirlo et Nesta joueurs emblématiques du frère ennemi le
Milan AC. En
France il aime l’OM, ça tombe bien moi aussi. « et pourquoi donc ? » «
Marseille a battu deux fois le
Milan Ac de la grande époque en 1991 et 1993 » évidemment de la part d'un fan de l'Inter ! En cours de voyage, nous pourrions nous revoir sur l’archipel indonésien. Il part au Pakistan dans deux semaines et je lui donne des informations et des bonnes adresses pour loger.
Au bout de la troisième tentative, je visite la vieille mosquée. Les deux autres fois, j’ai été rattrapé par un sbire me demandant 20 yuans et j’ai rebroussé chemin. Elle n'a rien d’extraordinaire cette mosquée hormis les piliers en bois. Une grande partie est sous les échafaudages.
Quant à la vieille ville, elle est réduite à la portion congrue
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. Des pans entiers ont été rasés
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, et pour être objectif certains sont en cours de restauration. Une question demeure : où sont relogés les gens ? D’un autre côté, les résidents ne sont peut-être pas mécontents d’avoir quitté leurs anciens logements devenus vétustes au fil des années pour des appartements plus modernes et tout confort. Les mentalités évoluent. Aussi, il subsiste les quartiers autour de la vieille mosquée et je doute que les autorités y touchent à cause de l’attrait touristique qu’ils représentent.
Le marché aux animaux
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ou plutôt marché aux bestiaux a de nouveau déménagé ; il se trouve près de l’aéroport, accessible par des voies rapides mais éloigné de la ville. Certes, les puristes crieront au scandale mais le nouvel emplacement est pratique pour ceux qui viennent de loin car avec les années, Kashgar connait un essor économique important et une augmentation de véhicules qui va de pair, comme pour toutes les villes chinoises. Le marché aux bestiaux est le plus important d’
Asie Centrale et draine des centaines de véhicules avec leurs cargaisons. L’éloigner de la ville évite un afflux de pollution qui va dans le même sens qu’une autre mesure qui a été prise : tous les deux roues sont électriques.
Ce marché
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, l’un des fleurons de Kashgar s’avère décevant pour les touristes moyens que nous sommes. Un bus partant du Sunday Market fait la navette et après 30mn nous sommes sur place. Notre petit groupe de voyageurs s’est formé au Pamir-Youth-Hostel : Il y a Juri l’Italien, Sarah une jeune américaine du
Minnesota, Jimmy un Hollandais accompagné de Chrystel une Canadienne, tous deux arrivent du Pakistan et Karim le Pakistanais que j’avais rencontré à Sost. Nous nous sommes revus par hasard sur la place Ikdah quelques jours plus tôt.
Karim
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Pakistanais originaire de Hunza. Il est là en tourisme accompagnant quelques-uns de ses amis ici pour faire des affaires dans le commerce des pierres précieuses et semi-précieuses. Il loge à l’hôtel Sahar. C’est le point d’ancrage des Pakistanais et des Tadjiks à Kashgar. Il vit à
Wien en
Autriche depuis quelques années, parle l’Allemand et l’Anglais. Lui aussi travaille dans le secteur des pierres qu’il expose à la revente en Europe. Le Pakistan en regorge et de bonne qualité : Aquamarine, émeraude, tourmaline, lapiz-lazuli, topaze, rubis, améthyste, quartz, saphyr, pierre de lune etc.....Les affaires ne marchent pas trop mal mais c’est plus difficile depuis la crise en Europe et la vie de plus en plus chère. Il songe à partir pour tenter sa chance sous d'autres cieux, peut-être japonais.
Kashgar est la cité du jade : bijoux, pierres polies, brutes, les boutiques fleurissent à tous les coins de rue avec des prix très élevés. Karim me fait visiter le coin pakistanais des vendeurs de pierres, situé dans le bazar chinois sur Renmin Xi Lu en face de la poste.
Nous devenons vite des potes. Ses amis étant partis à
Urumqi, il passe chaque jour à l'auberge de jeunesse, socialise rapidement avec le staff et les autres voyageurs. Quant à l'euro, je continue ma cure de football au détriment d'une cure de sommeil. Veillée jusqu'à 2h30 du matin heure locale ou 4h30 heure de
Beijing. Quand une passion nous tient ! Un soir, c'est Jimmy le Hollandais qui s'y colle mais pour lui c'est la soupe à la grimace. Les
Pays-Bas sont le bide du tournoi.
La semaine passe et je décide de continuer mon voyage à l'est, Yarkland sur la route de la soie sud, le long du désert du Taklamakan. Au moment de partir, Kooki qui travaille au Pamir me confie une enveloppe contenant plusieurs dizaines de photos que je dois remettre à une Chinoise nommée Liu Yi Xia qui sera à Yarkland. J'apprécie cette marque de confiance. Je note son téléphone pour convenir d'un rendez vous avec elle lors de mon arrivée. Karim m'accompagne jusqu'à la gare routière. Ce fut un réel plaisir d'avoir sillonné la ville en sa compagnie durant toute la semaine. Demain, il rejoint ses amis à
Urumqi.
Route 315 the South Silk Road de Kashgar à Ruoqiang (photo)
C’est un autre voyage qui commence, plus incertain. C’est un itinéraire peu utilisé par les voyageurs. A savoir que le sud Xinjiang entre Hotan et Ruoqiang a longtemps été fermé aux visiteurs étrangers et avant 1996, la route 315 ne disposait pas de revêtement entre Niya et Ruoqiang. Sur cette partie, la route 315 longe le désert du Taklamakan
(photo)
jusqu’à Ruoqiang distante de 1278kms en passant par les villes oasis de Shache, Hotan, Yutian, Minfeng, Qiemo.
Pour corser l'affaire, je vais peut-être avoir besoin d’une autorisation pour voyager après Ruoqiang, appelée ATP Alien Travel Permit.
Shache/Yarkland route 315 (photo)
Shache, première étape, en ouïghour Yarkland. Je pose mes sacs à l’hôtel Subhi. Premier constat douloureux pour le portefeuille : c’est cher mais pas beaucoup de choix car la plupart des autres hôtels refusent les étrangers. Ce n’est pas leur propre décision mais celle du gouvernement chinois. De toute façon, il me faut un hôtel avec une TV pour continuer de suivre les matchs de l’Euro de foot.
Le temps de m’installer dans mes quartiers, Ashang avec j’étais en contact par SMS arrive. Elle m’attend dans le hall. Longs cheveux noirs, très énergique, elle parle très peu Anglais mais suffisamment pour que nous décidions d’aller manger ensemble à l’extérieur. Elle m’amène au marché de nuit, bien au-dessous de l’effervescence de celui de Kashgar. Elle est contente de récupérer ses photos et me remercie de les lui avoir apportées. Ce sont des photos qu’elle a prise à Shache concernant un groupe de Ouïghours dans leur vie de tous les jours dont en particulier un vieil homme à la barbe blanche qui apparait sur beaucoup d’entre elles. De passage à Kashgar, elle en a fait faire des copies pour leur offrir qu’elle a oublié de récupérer avant de partir. Cela aurait été dommage.
Ashang
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son nom chinois est Liu Yi Xia. Elle est originaire de la province de Shan-xi et habite à
Guangzhou. Pour communiquer, nous avons chacun stylos et feuilles de papier car elle est plus à l’aise en Anglais écrit ce qui donne des situations amusantes durant les deux soirées que nous passons au marché de nuit, comme deux étudiants studieux soignant leur copie, attirant la curiosité des autres. On en rigole par SMS « n’oublie pas ta feuille de papier » « ne t’inquiète pas, j’ai acheté deux stylos »
Je découvre une femme très intéressante dotée d’un grand coeur. Ashang est artiste. Elle dessine. Sur son portable, elle me montre des toiles qu’elle a réalisées concernant des nomades partant au mont Kalaish l’une des montagnes sacrées des Tibétains. Auparavant elle travaillait dans la mode. A travers ses dessins, elle aimerait sensibiliser les gens sur la pauvreté de certaines régions reculées de
Chine. Elle téléphone au vieil homme. Il nous rejoint. Regard fier, port altier. Quelle prestance. Il est magnifique. Il a l’air heureux en regardant les photos une à une. Ça n’a l’air de rien ce geste mais il est très touché par la démarche de Ashang. Le lendemain, elle ira l’aider dans son petit magasin de tapis en attendant que sa femme arrive.
Quant à la ville, elle me déçoit et deux jours suffisent amplement. J’ai déjà pris ma décision de partir à Hotan quand Ashang me propose de venir le lendemain matin voir ses amis ouïghours qui vont jouer de la musique dans un parc mais l’envie de reprendre la route est trop forte.
Hetian/Hotan route 315
Ville oasis à 1410m au-dessus du niveau de la mer, sur la route de la soie entre les deux rivières, la Yorungkash ou rivière du jade blanc et la Karakash ou rivière du jade noir.
Je n’accroche pas du tout. Je trouve une chambre au Trafic Hôtel à côté de la gare routière qui, une nouvelle fois martyrise mon portefeuille. Je dois revoir mon budget à la hausse, tout du moins pour cette partie de la
Chine. Il n’y a pas d’infrastructures hôtelières prévues pour les voyageurs petits budgets et si cela existe, elles ne sont pas autorisées pour les étrangers. L’accueil dans cet hôtel n’est pas aimable. La ville est salissante. Il pleut des particules de poussières. En effet tout le centre est en travaux. Je regrette déjà de ne pas être resté un jour de plus à Shache avec Ashang. Tant pis pour moi, je repars dès demain. Mais avant, je me rends le matin au PSB la police locale. Il a changé d’adresse. Sur place, je demande un ATP, un Alien Travel Permit car j’en ai besoin pour traverser des villes fermées « closed Towns » et il se trouve qu’il y en a une sur mon itinéraire Huatugou dans l’ouest du Qinghai. Etape avant d’atteindre Golmud. Muni de ce permis, je pourrai passer une ou deux nuits sur place. Sans ce permis, je risque d’être prié de déguerpir ou au pire d’essuyer un refus d’embarquer dans un minibus à Ruoqiang dans le Xinjiang. Le problème est qu’ils refusent de m’en établir un. « Allez à Kashgar ». Je leur explique que j’en viens mais ils ne veulent rien savoir. Tant pis je ferai sans. Les derniers voyageurs ayant emprunté ce tronçon n’en parlent pas ce qui me laisse un peu d’espoir. Qui vivra verra comme dit l’autre.
Minfeng/Niya (photo)
route 315
Minfeng de son nom ouïghour Niya est une ville oasis sur la route de la soie
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. J’arrive en début d’après-midi. L’endroit semble endormi. Le trafic hôtel à côté de la gare routière n’existe plus. Je remonte une grande avenue qui s’avère être la rue principale centre de toutes les activités de cette petite bourgade avec au bout un monument représentant Mao
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. Je stoppe au Bao Rui Hôtel, pas de surprise concernant le prix, c’est du même ordre que les précédentes villes sur la route de la soie. Je me suis fait une raison. Par contre, l’accueil est très bien. Les deux femmes, des Han, qui se succèdent à la réception sont aussi sympas que jolies. Difficile de communiquer car elles ne parlent pas un mot d’Anglais mais leurs larges sourires me comblent d’aise. J’aime rester dans le hall vautré dans les larges fauteuils, entre l’aquarium et les grosses pierres de jade. Cela dit, ce n’est pas avec mes mimiques que je les inviterai à boire un verre. Dans cette partie du Xinjiang, je mesure toute la difficulté à ne pas parler la langue du pays car personne ne parle Anglais. Depuis que la nouvelle voie rapide Hotan-Aksu a ouvert en octobre 2007, peu de touristes passent à Niya
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. Quelques touristes chinois et de très rares voyageurs étrangers empruntant cet axe pour rejoindre Golmud. En conséquence, le Trafic hôtel a fermé et il y a peu de bus. Avant, la ville bénéficiait de la Tarim Highway, seule voie d’accès traversant le désert pour rejoindre les villes importantes du nord Xinjiang. Pourtant Niya est attachante à plus d’un titre, à commencer par ses habitants
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et ses environs avec les dunes du Taklamakan
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au nord après la rivière
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, accessible en marchant. Je reste quatre jours, d’une part parce que je me plais ici et d’autre part j’ai toutes les peines du monde à trouver un bus pour aller à Qiemo ma prochaine étape. A la gare routière, aucun bus ne part de Niya pour Qiemo et le seul moyen est d’attraper le sleeping bus Hotan-Qiemo mais il est quasiment toujours plein. Après un jour où je suis resté à quai et un retour au Bao Rui pour une nuit (et je l’avoue, content de revoir les jolies sourires de mes deux hôtes), je reviens le lendemain matin et je réalise qu’il ne me reste qu’une seule option : le taxi partagé avec d’autres passagers qui reste malgré le fait qu’il soit partagé, bien plus cher que le bus. Finalement, nous partons à 14h heure locale, 16h heure de
Beijing en compagnie d’un Ouïghour et d’une Han qui passe son temps à crier au téléphone. En cours de route, nous changeons de taxi pour un autre plus confortable et nous récupérons un troisième passager Han après le checkpost.
Qiemo/Cherchen route 315 (photo)
Ville oasis sur la route de la soie, de son nom ouïghour Cherchen. Je loge au trafic hôtel adjacent à la gare routière et après négociations, je fais baisser légèrement le prix de la chambre. Je ne trouverai pas moins cher dans le coin d’autant que je suis bien installé pour les demies finales de l’euro. L’
Espagne après une promenade de santé contre la
France affronte un
Portugal difficile à jouer. L’
Allemagne facile vainqueur de la
Grèce affronte une
Italie joueuse. J’en profite pour visiter la ville, plus grande, plus animée que Niya. Il y a un bazar dont l’entrée ressemble à une mosquée
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et vendeurs de kebabs et poulets grillés le long de Aita lu
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. Les gens m’observent avec insistance mais sans hostilité, c’est tout le contraire. Les étrangers se font rares dans le coin. Après deux jours, je pars pour Ruoqiang, dernière étape de la route de la soie le long du désert. Il y a un bus quotidien qui relie la ville distante de 351 kms. Départ à 9h, heure de
beijing.
Ruoqiang/Charkilik route 315 (photo)
Ville oasis sur la route de la soie de son nom ouïghour Charkilik. C’est un carrefour important entre la route 218 qui va à Korla dans le nord du Xinjiang et la route 315 seul accès direct à la province du Qinghai. Le bus nous dépose devant la gare routière, facilement repérable au sigle mercedes
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. Il est 14h. Je vais enfin savoir à quoi m’en tenir. Si il y a des bus directs pour Golmud, c’est jouable. Dans le cas contraire, je tenterai un minibus demain matin pour Shimiankuang qui m’obligera à passer par Huatugou la ville fermée, auquel cas sans le permis, je m’exposerai à être refoulé. Je me présente au guichet «un ticket pour Golmud » en retenant mon souffle. Le type ne bronche pas et imprime un ticket. Soulagement
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. Par contre la note est salée car c’est un bus couchettes. Départ à 18h. La bonne nouvelle est que depuis que la route a été goudronnée, un service régulier entre Ruoqiang et Golmud a été mis en place. J'ai trois bonnes heures devant moi, le temps d'arpenter la ville. En chemin, je croise un Ouïghour et surprise, il parle un peu Anglais. "tu connais un café internet dans le coin" "oui suis moi" il se trouve dans une petite rue, à l'écart, seul je n'aurai jamais trouvé. Nous entrons dans une grande salle avec des rangées d'ordinateurs equipés de grands écrans plats. Mon compagnon ouïghour parle pour moi au type derrière un large bureau qui écarquille les yeux. Je sors mon passeport et le voilà qui prend le téléphone "je dois appeler la police pour avoir l'autorisation" je suis sidéré....Et le voilà qui discute et implique le ouïghour qui m'a accompagné. Je vois ce dernier se décomposer d'autant que la police veut lui parler. Il fait un signe de la main signifiant un non catégorique. Finalement il raccroche "tu as l'autorisation d'utiliser internet" mais je ne le sens pas rassuré lorsque je tapote sur le clavier. Je sens des regards pointés derrière moi, épiant mes faits et gestes. Voyons voir le moteur de recherche "facebook"........Je plaisante.....Je consulte les sites de sport. Je me dis que la paranoïa ambiante peut se retourner contre mon aide ouïghour. Eh bien quelle histoire pour une heure d'internet, peut-être lié au fait que les étrangers à Ruoqiang ne sont pas légion.
Retour à la gare routière. L'heure du départ approche. Avant de prendre possession de nos couchettes, prière de se déchausser. C'est très étroit. 18h heure de
Beijing 16h heure locale, nous quittons Ruoqiang. Pas mécontent de quitter le Xinjiang. Voyager seul sans avoir de réels contacts, commence à me peser.
Avant de tirer un trait, un mot sur la cuisine ouïghour que j'ai apprécié dont voici un panel :
Le Xinjiang est le pays de la viande
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et des nouilles.
avec des plats typiques comme le laghman
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et le suoman
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un plat populaire à base de riz, de lamelles de carottes et de mouton : le polo
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en guise d'amuse-gueule : les samsas, des petits pains chauds fourrés à la viande de mouton cuits dans un four
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Des plats de viande, pieds de boeufs, têtes de moutons
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Des fruits en quantité dont des pastèques et melons, des fruits secs
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Des desserts comme celui-ci : du riz gluant enroulé dans une feuille de bananier arrosé d'un liquide sucré pareil à du sirop d'érable. Excellent pour le goûter.
Et des glaces savoureuses comme les glaces aux amandes et aux noix.
En route pour le plateau tibétain du Qinghai