Pakistan
Retour sur la Karakorum Highway/ Hunza Vallée
Un crochet par Mastuj au Tourist Inn. Jaffar nous attendait. Nous lui offrons une bouteille d’eau de vie, le tord-boyaux des Kalash. Il lui fait gravement honneur au cours de la soirée qu’il passe en notre compagnie. Autant Chitral était stressant, autant Mastuj est reposant, pas de flics à nos basques, une région entourée des cimes de l’Hindu-Kush, en deux mots : magnifique et accueillante. Je reviendrai dans ce coin la prochaine fois.
Arrivée à Gilgit le lendemain à 17h. Direction le Madina Inn. Après avoir posé nos sacs, grande lessive car je n’ai plus rien à me mettre de propre d’autant que demain matin nous devons aller au bureau d’extension des visas. Pour Barbara, c’est le dernier jour, quant à moi, il ne m’en reste qu’un. A la guesthouse, toujours peu de voyageurs, juste une Coréenne résidant à
San Francisco qui vient dans la région pour dispenser des cours dans une école proche de Gilgit, une école pour filles. La région manque cruellement d’institutrices.
Au bureau des passeports, tout se déroule bien sauf qu'ils essayent bien de nous extorquer de l’argent en nous parlant de taxes, manque de chance j’ai déjà obtenu une extension à Islamabad gratuitement et en découvrant le joli tampon je les sens gênés aux entournures. Aussi, le chef est plus intéressé par le profil de Barbara que par le mien. Les questions fusent sur son parcours...et ses cheveux etc. Petits sourires. Si vous voulez, je peux m’éclipser. « Revenez dans 4 jours pour récupérer votre passeport » à Barbara « Pour vous, revenez demain matin ». Le plus important est d’avoir obtenu une prolongation. Le processus est facile, il suffit de présenter un justificatif de l’hôtel, une copie de passeport et du visa. En terme d’extensions, ça peut aller jusqu’à 3 mois. Barbara obtient un mois supplémentaire, quant à moi 16 jours au lieu des 3 semaines souhaitées malgré mon insistance mais il ne veut rien savoir.
Une semaine s’écoule à Gilgit et l’accueil en ville est toujours aussi extra. J’en profite pour visiter le cimetière chinois (dont je parle dans un chapitre précédent) situé au village de Dain Yor à la croisée des deux rivières la Gilgit et la Hunza. Nasir passe tous les jours au Madina Inn. D’autres voyageurs arrivent, léger frémissement. Certains viennent de Sost le point frontière de la Khunjerab Pass mais aucun d’entre eux n’a obtenu le visa à la frontière. Le processus du VOA (visa on arrival) est toujours suspendu.
Des nouvelles de Steve : le Bozkachi qu’il devait organiser à Chitral a été annulé à cause de la mort d’un enfant près du terrain de polo. Du coup il est parti à Islamabad pour demander une extension de son visa qui arrive à échéance. Pour les citoyens américains, pas d'autres alternatives que la capitale pour les extensions.
A la guesthouse, nous faisons la connaissance de Zoheib, un Pakistanais, mi vagabond, mi saltimbanque avec son baluchon et sa guitare. Il a vécu plusieurs années au Usa, de retour au pays il est en froid avec sa famille originaire de Karachi, il a une sœur vivant à Lahore. Sa passion c'est la musique. Il chante en Urdu. Il a quelques morceaux en Anglais dans son répertoire dont « Save Tonight » de Eagle Eye Cherry (le frère de Neneh Cherry). Un type attachant. Il est arrivé au Madina Inn sur la pointe des pieds. Le staff a fait des difficultés pour l’accepter car ils ne prennent pas de touristes pakistanais. J’ai du mal à comprendre les raisons qui motivent leur choix. Peut-être considèrent ils que les locaux risquent de détrousser les étrangers. Personnellement, depuis que je voyage, j’ai appris à me méfier davantage des autres voyageurs étrangers.
La vallée de l'Hunza (photo)
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Depuis le temps que j'en entends parler en des termes si élogieux. Jade fut la première à m'en parler. Elle m'avait montré quelques photos mais à l'époque ma route passait par l'
Inde (premiers fragments de 2007-2008). Je l'ai toujours gardé au fond de ma mémoire me promettant de revenir au Pakistan. Voilà j'y suis. En pensée avec elle qui apprend l'Arabe à Damas depuis quelques années.
Hunza est la nom de la rivière
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formée par ses deux affluents en amont, la Kilik qui prend sa source près de la Kilik-Pass (
Chine) et la Khunjerab qui prend sa source dans le parc national du même nom. La région de l’hunza est divisée en trois parties : La haute Hunza ou Gojal, central Hunza et basse Hunza.
Le nom des habitants sont les Hunzakuts, la plupart sont ismaélites dont le chef religieux est le prince Aga Khan.
Ils parlent le Brushiski en plus de l’Urdu et l’Anglais. Longtemps isolée du reste du Pakistan jusqu’à l’ouverture de la KKH, la Hunza est demeuré un royaume avec pour capitale Karimabad avec un roi s’appelant le Mir. La contruction de la Karakorum Highway a aussi permis le désenclavement de la région d’un point de vue économique et touristique.
Le pays des abricots
C’est la star des fruits de Hunza. La référence mondiale en terme de qualité. Les Hunzakuts ont compris les bénéfices qu’ils pouvaient tirer de ce fruit. Il se décline en fruit sec, huile pour la peau, savons etc....Dans les boutiques, on trouve des gros abricots secs mélangés à des noix, c'est délicieux et très énergétique, bénéfique pour marcher en haute montagne. Une astuce qu’utilisent les montagnards est de mélanger des petits abricots secs à de l’eau durant 24h, puis ensuite les retirer pour les manger et conserver le mélange d’eau et de fibres qui a des vertus très curatives en particulier contre le mal des montagnes mais d’après eux c’est bénéfique pour tout l’organisme. Pour info, les habitants de la Hunza détiennent des records de longévité de vie.
Karimabad
Je fais la route avec Barbara, compagne de choc. Direction Karimabad où nous allons retrouver Raquel et Zoheib. Le minibus progresse péniblement car la KKH n’a pas de revêtement particulièrement entre Ghulmit et Aliabad. Sur cette portion de route, des ouvriers pakistanais et chinois sont à l’œuvre
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. A Ghulmit, La vue est imprenable sur le Rakaposhi et l’un de ses glaciers
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. Les gorges de la Hunza sont de plus en plus profondes. De l’autre côté, c’est le Nagar. Tout le long, les Hunzakuts ont construit des champs en terrasse. Un homme averti en vaut deux mais j’écarquille les yeux de surprise et d’émotions. Le toit du monde, la chaine du Karakoram et ses sommets culminant entre 6000et 8000m. Le soir au Old Hunza Inn, la vue sur la terrasse du petit hôtel est juste grandiose. En face la masse imposante du Rakaposhi 7708m
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et du Diran 7300m
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, derrière le Ultar 7388m et Lady Finger 6000m
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pfffttt ! je reste un long moment, assis en sirotant le thé de bienvenue à savourer ce spectacle vivifié par l’air frais des montagnes. C’est pour ces moments privilégiés que je voyage.
Le Old Hunza Inn se trouve juste avant d’entrer dans le village dans un quartier nommé « zero point » où se regroupent d’autres petits hôtels accueillants tel le Karimabad Inn et le Haider Inn. La plupart des voyageurs descendent ici. Le propriétaire des lieux est un homme cheveux et barbe blanche taillée et une présence qui impose le respect. Le soir, au diner, il veille à ce qu'il ne manque rien sur la table et dirige ses employés avec discrétion et classe. Un grand homme. Et autour de la grande table, il y a souvent du monde car des voyageurs venant des autres hôtels prennent leur repas ici. Cette guesthouse est très conviviale. Zoheib et Raquel sont là et je note........le retour de cette bonne lampe à gaz et des bougies car l’électricité est absente. Je pensais avoir tout vu avec Lahore mais Karimabad décroche le pompon. Pas d’électricité durant plusieurs jours et ça dure, parfois la lumière jaillit entre 20h et 22h. Le même problème se pose entre ceux qui ont un générateur d’appoint et les autres, encore que pour le café Kado internet par exemple, cela dépend de l’affluence pour qu’il le mette en marche. A ce titre, Abas le gérant fait le tour des hôtels de zéro point tous les matins pour juger du nombre de clients potentiels.
Aux dernières nouvelles, la centrale hydro-électrique est en panne.....depuis 20 jours. La région s’est dotée d’usines hydro-électriques de poche financée par la fondation Aga Khan et des programmes d’aide de la Banque Mondiale. Des programmes humanitaires, Il y en a beaucoup ici, des panneaux fleurissent pour dire les bienfaits de cette institution. Au café de Hunza à Karimabad je feuillette une revue en papier glacé annonçant des projets en cours. Dire que le gouvernement pakistanais ne remplit pas ses obligations ici est un euphémisme, l'autre exemple frappant étant l’état de la KKH démontrant l’inaction de ce gouvernement. Là où le bât blesse est que par le biais de ces structures d’aides venant de l’étranger surtout si cette aide provient de fonds de la Banque Mondiale, il y a des contre-parties qui se transforment en leviers de pression et foulent du pied la souveraineté du pays.
Je vais prendre deux exemples concrets qui illustrent mes propos. La guerre des drones. Le parlement pakistanais a demandé unanimement la fin de ces attaques meurtrières pour autoriser l'Otan à reprendre ses approvisionnements depuis Karachi. Les Usa clament haut et fort qu'elles ne cesseront pas et menacent de couper toutes les aides en cours. Voilà comment l'action du parlement est limitée. Le second exemple est l'affaire Raymond Davis où Zardari s'est couché devant les pressions US pour extrader leur agent malgré la colère de la rue pakistanaise qui réclamait justice.
Je ne dis pas que tout doit disparaitre mais chaque aide apportée dans des secteurs clés devrait être minutieusement contrôlée pour ne pas créer de déséquilibres et d'ingérence. Et je ne suis pas anti-américain ayant traversé deux fois ce magnifique pays d'ouest en est et du nord au sud. J'en garde de grands souvenirs et l'image d'une population serviable et accueillante mais tous leurs gouvernements successifs sont à dénoncer pour leur capacité de nuisance. Les pakistanais peuvent en témoigner.
Voilà c'est dit. La suite.
Un paradis pour les balades en montagne (photo)
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Désolé mais je n'aime pas utiliser mot trekking et ses dérivés.
Autour de Karimabad, elles sont nombreuses et offrent des panoramas magnifiques et mériteraient un chapitre entier. Je pars seul randonner car Barbara ne pourra pas me suivre dans des ascensions longues et difficiles.
En hors d'oeuvre, je m'offre le camp de base de l'Ultar
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au dessus de Karimabad
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. Une ascension qui dure 3 bonnes heures. Je débute par un chemin très étroit le long d'un précipice vertigineux
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, l'expression "raser les murs" prend ici tout son sens. Ensuite je suis le sentier utilisé par les chèvres en repérant le gros tuyau noir. Arrivé au camp de base
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, je prolonge l'ascension jusqu'au pied du glacier
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et des cascades
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. Il fait à peine froid malgré l'altitude et les couches de neige.
Le lendemain, je monte à Eagle Nest par la route en passant par les villages ismaélites de Altit et Malishkar
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, accompagné par des enfants rentrant de l'école
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. A 7h30, six jours sur sept, ils empruntent cette route pour se rendre à Altit dans la vallée, à pied. La pente est raide mais ils marchent à un rythme élevé, y compris les fillettes. ça leur fait un bon exercice quotidien d'autant que les parents ont d'autres priorités plus importantes que de leur donner de l'argent pour le minibus. C'est pareil pour les deux enfants d'Atiq et d'Asha qui logent au Old Hunza Inn. Ils ont pris quelques semaines de vacances, ont quitté Islamabad pour venir profiter de la région
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. Sadiq et Aqxa continuent leur scolarité à Ganish dans la vallée et chaque jour, ils font l'aller-retour jusqu'au village en bas
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. A méditer pour les petits français qui se plaignent au moindre effort. Arrivé à Eagle Nest, le panorama du Golden Peak (7027m) au nord-est est grandiose
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La vie au Old Hunza Inn est douce. Un couple de bikers australiens est arrivé, l'une des deux motos a un problème mécanique et ils doivent se résoudre à attendre une pièce neuve de Gilgit. Quant à Atiq et Asha, la famille pakistanaise, nous sommes devenus proches. Ils travaillent tous les deux dans le secteur des visas à Islamabad. Les deux enfants Sadiq et Aqxa débordent d'énergie.
Maintenant il est temps d'aller à Minapin et monter à Tagaphary le camp de base du Rakaposhi. Je piaffais d'impatience. La météo est instable ces derniers jours et j'attendais scrutant le ciel. Tous les voyants sont au vert et d'après les habitants, demain le temps sera idéal pour grimper. Je quitte Karimabad pour deux jours. Direction Minapin, Osho Thang c'est là que je vais loger à l'entrée du village. C'est Christophe un habitué du site Voyage-Forum qui m'a donné l'information.
Minapin-OshoThang-Tagaphary (photo)
Le bus pour Gilgit me laisse au bord de la Karakorum Highway. Minapin se situe de l'autre coté de la rivière dans la région appelée Nagar qui regroupe aussi la vallée de l'Hopar. Je marche 3kms sous un soleil de plomb. Minapin est un village paisible au pied du Rakaposhi. A Osho Thang je suis accueilli par Israr le propriétaire des lieux
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. Un homme d'une gentillesse hors norme. La guesthouse est un havre de paix avec son grand jardin
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, ses arbres fruitiers, et les animaux dont la chèvre qui broute tranquillement. Non seulement Israr est précieux pour sa connaissance de la région, mais il s'avère être un excellent cuisinier. Depuis que je suis au Pakistan, je n'avais jamais mangé aussi bien. La cuisine de Osho Thang est immense. Durant les deux jours, je me régale. Tout est délicieux et servi en quantité
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. Et le thé à la rose qu'il me sert gracieusement, a un arôme incomparable. Fabrication maison par sa maman. Il me montre le pot en verre qui contient une pâte dégageant une forte odeur. C’est le résultat de pétales qu’elle écrase minutieusement. Je me lève aux aurores à 4h30, Israr est debout pour me préparer un petit déjeuner avant que je parte en direction du Rakaposhi
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Et à cette heure matinale, je ne suis pas seul sur le chemin ; des bandes de gamins se pressent et avalent la côte avec une facilité déconcertante
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. Il y a un ancien accompagné d’un âne marchant sur un bon tempo sur lequel je me cale. Après Hapakun
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, je me retrouve seul et je suis le glacier Minapin
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. Au bout de 4h30 de marche, j’atteins Tagaphary
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....sous la neige, c'est exceptionnel à cette époque où habituellement des gens viennent camper sur le site sec
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. Il neigeait encore il y a 4 jours. J’assiste à une avalanche, protégé par la butte
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. Quant au panorama, les photos se passent de commentaires. Des instants privilégiés qui ne s’oublient pas.
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Retour à Karimabad en tracteur pour rejoindre la KKH et en stop jusqu'à Aliabad la poussiéreuse. Au Old Hunza Inn, les Australiens ont pu réparer la moto avec l'apport de la pièce neuve. Ils partent à Islamabad pour demander une autorisation qui leur permettra de circuler jusqu'au Baloutchistan car ils vont en
Iran. Atiq passe des coups de téléphones pour leur faciliter toutes les démarches et les invite à dormir dans sa maison, son frère leur donnera les clés. L'hospitalité pakistanaise.
Au café de Hunza, nous rencontrons deux Français. Eric et Olivier sont de Chamonix et parapentistes. Venus avec leur matériel, ils espèrent voler demain ou après demain.....et ils connaissent le groupe que nous avions croisé à Chitral. Les parapentistes sont comme les surfeurs, ils forment une petite communauté. Aux dernières nouvelles Youri et sa bande ont obtenu les autorisations. Leurs escortes se chargeant de les attendre sagement aux points d'envol et d'atterrissage.
Mon séjour en Hunza touche à sa fin et je veux passer quelques jours en Gojal avant la
Chine. J'ai eu de bons échos. Barbara hésite puis se décide à m'accompagner.Atiq propose de nous emmener jusqu’au lac.
Le lac Attabad ou lac du désespoir
qui a coupé depuis janvier 2010 la Karakorum Highway en deux à hauteur de Gulmit. A l’origine, tout un pan de montagne s’est détaché, provoquant un immense éboulement. Bilan : un village enseveli et une vingtaine de victimes. Les tonnes de roches et de sable ont bouché la rivière Hunza créant un immense lac d’une longueur de 24kms (en bordure de Passu) et d’une profondeur de 100m
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, inondant au passage des centaines de maisons en amont dont une partie de Gulmit et la Karakorum Highway. Les tonnes d’eau stockées dans le lac font peser une menace constante sur les habitants de la vallée en aval si le barrage naturel venait à se disloquer à cause de l’afflux d’eau créé par la fonte des glaciers, très importants dans la région. Par exemple, le glacier Batura mesure 56 kms. Un déversoir a été construit en prévision en direction de la rivière Gilgit pour éviter un débordement.
Au bout de 20 jours, le premier ministre Gilani vient constater les dégâts et promet à la population que des travaux vont commencer. Des paroles en l'air car à ce jour, rien n’a évolué. Dans un 1er temps, le Pakistan refuse l’aide de la
Chine puis devant la tâche colossale à accomplir, se rétracte.
La gratuité promise pour les passages en bateau est un vague souvenir au grand dam d’une population qui manifeste sa colère. Construire une route qui contourne le lac est impossible car les deux rives sont trop escarpées. Aux dernières nouvelles, les Chinois projettent de creuser un tunnel pour passer de l’autre côté et rejoindre Gulmit. En attendant, des bateaux font la navette pour transporter les gens. Des camions, il n’en est pas question. Il faudrait des bacs qui pèsent plusieurs tonnes pour les transporter, techniquement impossible à acheminer car ce transport demanderait un convoi exceptionnel et au minimum une route goudronnée sans parler du dénivellement depuis Islamabad. Une catastrophe écologique, humaine et économique.
Lorsque nous arrivons aux abords du lac, nous apercevons un nuage de poussière
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. La Toyota brinquebalante de Atiq a les vitres avant qui ne ferment plus. Nous voilà tous couverts de poussière. Sur place, pour accéder à l’embarcadère, il nous faut parlementer avec l’officier en faction car il ne veut pas nous autoriser à prendre le bateau sans un document tamponné fourni par la police de Karimabad pour tout étranger. ça couvre les accidents....si le bateau venait à couler. La présence d’Atiq est précieuse. Il connait les rouages des administrations car il travaille avec eux à Islamabad. Au bout de quelques palabres, l’homme fléchit et nous donne le feu vert. C’est le Pakistan, il y a toujours possibilité de s’arranger d’autant qu’il s’avère être très sympathique. Merci Atiq, jusqu’au bout son dévouement et sa générosité aura fait merveille. Avec Aqxa, la petite princesse
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, Ils repartent retrouver le reste de cette petite famille attachante. Bon vent et merci pour tout.
Le voyage dure 3 heures. Nous devons payer 300 roupies. Les locaux payent beaucoup moins mais sur une année comme ils doivent se déplacer pour leur travail et leur approvisionnement, on atteint une somme conséquente. Leur colère est légitime. Tout récemment, des gens ont manifesté à Gulmit et ça a dégénéré en bataille rangée avec la police.
Passu (photo)
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Au débarcadère, le comité d’accueil attend les passagers. Voici le tableau, pour rejoindre la route en direction de Passu, il faut marcher 500m le long de la rivière Hunza, escalader une butte entre des rochers, descendre de l’autre côté, franchir un torrent en posant les pieds sur des pierres, passer sur l’autre rive et suivre un semblant de chemin de terre pour arriver sur la route.
Ce comité d’accueil, je devrais dire mafia locale est composé de porteurs et chauffeurs de taxis sur l’autre rive du torrent. Première phase, nous évitons les porteurs, j’encourage Barbara en lui disant que ce n’est pas long. La butte se profile et le torrent gronde derrière, ça se complique et c'est dangereux car sa valise est volumineuse. Je lui conseille de m’attendre que je revienne. Arrivé sur la route, il y a des taxis et je remarque un minibus vide. Je tâte le terrain « ce minibus va à Passu » « non il ne va nulle part » ok « et le trajet en taxi coûte combien ? » « c’est 1000 roupies » Bien sûr pour faire 10 kms....Quand je parle de mafia locale, je ne me trompe pas. Je repars pour aider Barbara mais celle-ci m’a devancé quand je la vois apparaitre au sommet de la butte aidée par un jeune garçon portant son sac. Ils franchissent les écueils et elle arrive excédée. L’histoire : la voyant attendre, l’un des porteurs, flairant le bon coup, lui a demandé 150 roupies pour l’aider, il est mal tombé le lascar et se prend un vent. Et c’est là que le jeune garçon se propose de l’aider moyennant quelques roupies malgré les menaces de l’autre. « et ici ils demandent 1000 roupies pour aller à Passu ». Imaginez la seule femme dans les environs qui se met à crier après tous les hommes présents pour blâmer leur mauvaise attitude. D’ailleurs, certains ne sont pas à l’aise. Et elle continue à les haranguer tout en marchant provoquant la curiosité des autres. La scène est cocasse et amusante. «Il y une cabane, on prend un thé et on avise». Furtivement elle me glisse à l’oreille «t’inquiètes pas, on va trouver un véhicule» Je ne me suis jamais inquiété et je m'amuse de la scène. Quel personnage ! Et ça ne loupe pas, au bout de 10mn, un préposé de la poste nous invite à monter dans sa voiture et par chance il va à Passu. Ni une, ni deux, nous voilà embarquant avec bagages. A destination, l’hôtel que j’ai noté sur un bout de papier est fermé. L’endroit parait désert. Nous nous rabattons sur le seul hôtel disponible, le Passu Inn, à côté de ce qui ressemble au centre du village. Nous sommes les seuls voyageurs. La région est magnifique
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mais souffre de la désaffection des touristes depuis deux ans à cause du lac. Les seuls passages sont ceux des camions à bennes qui font la navette jusqu'à Gulmit
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. Le restaurant Breeze Glacier à l'entrée de Passu est vide. C'est dommage car il conserve une cuisine de qualité et moins cher que l'autre du Passu Inn qui fait payer le prix fort pour une assiette de riz et de lentilles. Barbara s'ennuie et ne sent pas bien dans cet hôtel. Nous allons marcher le long du glacier Passu derrière le restaurant
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. Les gens du village sont accueillants. Mais après deux nuits, il est temps de changer d'air. C'est là que nos routes se séparent. Elle repart à Karimabad, pour moi c'est la
Chine. Depuis Lahore, nous avons partagé de grands moments d'émotion et de complicité. Barbara, la reine de la tchatche avec des qualités humaines exceptionnelles. Je saute dans un camion chargé de bois qui file à Sost. C'est le temps des embrassades. Bon vent à toi ma pote. A la revoyure comme on dit par chez nous
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