Hymne national du Mali (en bambara)
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HYMNE NATIONAL DU MALI (Mali fasa)

« Rép. du Mali : Un peuple - Un but - Une foi (Mali jamana : jama kelen - kuntilenna kelen - nganiya kelen) »

En l’honneur de mon professeur bambara hors pair, sa femme Mariam & les enfants (1)

A l’origine de l'hymne national du Mali, se trouve la loi n° 62-72 du 9 août 1962, dont l’unique article stipule qu’« il est crée un hymne national de la République du Mali dont le texte intitulé LE MALI (Mali jamana) est annexé à la présente loi ». Son auteur est le grand écrivain malien, le Docteur Seydou Badian Kouyaté.

Traditionnellement exécuté dans les cérémonies solennelles par la fanfare de la Garde Républicaine, l’hymne national (comportant 4 couplets et 1 refrain) a fait l’objet de quelques adaptations par des artistes maliens, tant traditionnels que modernes. C’est au Mouvement Pionnier du Mali que l’on doit la traduction de l’hymne national en langue nationale la plus parlée du pays, le bambara (bamanankan) ; jusqu’ici, la version bambara en pdf (2) ne se compose que du 1er couplet et du refrain.

Appel à la défense de la patrie (faso), au travail pour sa prospérité (nyètaa), témoignage de l’attachement à l’unité de l’Afrique entière (Farafinna kelenya), fierté d’un peuple ayant recouvré sa dignité (bonya) et proclamant son espérance (jigiya) et sa foi (nganiya) en un avenir radieux, dans un pays enfin libre et dans une Afrique « qui se lève enfin », pour marcher vers son unité (kelenya) et sa dignité, l’hymne national malien (Mali fasa) est un vibrant appel au peuple malien pour le « rendez-vous de l’honneur », celui de la construction nationale et de la libération de l’Afrique. Le texte a l’air un peu poussiéreux, et en fait, l’hymne est marqué par les toutes premières années de l’indépendance du Mali (Mali yèrèmahòrònya).

a. TEXTE ET TRADUCTION (sèbèn ani bamanankan bayèlèmali tubabukan na) :

Organisation générale : à chaque ligne en bambara (texte officiel) s’ajoutent 4 autres dont les fonctions sont : la 2e ligne est la ligne morphologique (lexèmes, morphèmes grammaticaux, etc.), la 3e ligne donne la traduction de tout mot resp. la fonction des morphèmes grammaticaux (dérivatifs nominaux et verbaux, marques prédicatives, pronoms, autres catégories grammaticales), la 4e ligne a pour but de livrer une traduction littérale la plus possible, en guillemets (par moi), et la ligne la plus basse présente le texte officiel de l’hymne national en français (à part le gros titre).

Mali fasa dònni n’a bonyali (3) Mali – fasa – dòn-ni – ni – a – bon-ya-li Mali – hymne – savoir-ACT – CONN – 3s – grand-ABST-ACT « La connaissance de l’hymne du Mali et rendre l’honneur à lui » Faire la connaissance de l’hymne national du Mali et son rendez-vous de l’honneur

(1 er couplet)

Mali man’a kan bò Mali – mana – a – kan – bò Mali – HYP – 3s – voix – faire_sortir « Si le Mali pousse sa voix » A ton appel Mali

Nyètaa kèlèba don nyè-taa – kèlè-ba – don devant-aller – combat-AUG – relever « pour relever le grand combat en faveur du progrès » Pour ta prospérité

An bèè b’an cèsiri an – bèè – bè – an – cè-siri 1p – tous – INAC – 1p – taille-attacher « nous nous mettons tous avec ardeur au travail » Fidèle à ton destin

Ka lahidu tiimè ka – lahidu – tiimè CONV – promesse – accomplir « pour accomplir la promesse : » Nous serons tous unis :

So, haju, nganiya kelen so – haju – nganiya – kelen maison – occupation – foi – un « un! peuple, un! but, une! foi! » Un Peuple un But une Foi

Farafinna kelenya fara-fin-na – kelen-ya peau-noir-LOC – unique-ABST « pour l’unité africaine. » Pour une Afrique Unie.

Jugu man’a kun bò jugu – mana – a – kun – bò ennemi – HYP – 3s – tête – faire_sortir « Si l’ennemi enlève sa tête » Si l’ennemi découvre son front

Kònòna o kènèma kònò-na – o – kènè-ma intérieur-LOC – CONN – surface-QLF « au dedans ou au dehors » Au dedans ou au dehors

Bèè ka wuli k’i jò bèè – ka – wuli – ka – i – jò tous – INJ – se_lever – CONV – 2s – bâtir « que tous se lèvent pour te (= le Mali) construire » Debout sur les remparts

Saya ka fisa malo ye sa-ya – ka – fisa – malo – ye mourir-ABST – DESC – meilleur – honte – PP « Mourir vaut mieux que la honte. » Nous sommes résolus de mourir.

(Refrain)

Farafinna n’an faso Mali fara-fin-na – ni – an – fa-so – Mali peau-noir-LOC – CONN – 1p – père-maison – Mali « L’Afrique et notre patrie, le Mali » Pour l’Afrique et pour toi Mali

Jònjòn in ko : hòrònya bèrè jònjòn – in – ko – hòròn-ya – bèrè drapeau – DEM – dire – homme_libre-ABST – beaucoup « Ce drapeau veut dire ‘grande liberté’ » Notre drapeau sera liberté

Farafinna n’an faso Mali fara-fin-na – ni – an – fa-so – Mali peau-noir-LOC – CONN – 1p – père-maison – Mali « L’Afrique et notre patrie, le Mali » Pour l’Afrique et pour toi Mali

Kèlè in ko : Kelenya kèlè kèlè – in – ko – kelen-ya – kèlè combat – DEM – dire – unique-ABST – combat « Ce combat veut dire ‘combat pour l’unité’. » Notre combat sera unité.

Un ! Mali tile bè bi un – Mali – tile – bè – bi INT – Mali – ère – SIT – aujourd’hui « O, l’ère du Mali est aujourd’hui » O Mali d’aujourd’hui

Un ! Mali tile bè sini un – Mali – tile – bè – sini INT – Mali – ère – SIT – demain « O, l’ère du Mali sera demain » O Mali de demain

Jigiya forow funtira kayira jigi-ya – foro-w – funti-ra – kayira espérer-ABST – champ-PL – s’épanouir-AC – paix « Les champs pleins d’espérance s’épanouissent en bonne harmonie » Les champs fleurissent d’espérance

Denw hakili latigèra pewu pewu ! den-w – hakili – la-tigè-ra – pewu – pewu enfant-PL – esprit – PREF-couper-AC – ID – ID « L’esprit des jeunes décide tout à fait. » Les cœurs vibrent de confiance.

b. VOCABULAIRE (kumadengafe) :

Le vocabulaire comprend tout « mot » dans ce texte, et même dans ce message. Tout. L’ordre des mots dans le vocabulaire est alphabétique. En ce qui concerne les caractères spéciaux, je les ai intégrés dans l’alphabet après leurs pendants ‘normaux’ ; ainsi, après la nasale alvéolaire /n/ figure la nasale vélaire, suivie de la nasale palatale. Quant à la représentation des caractères spéciaux, ils sont écrits selon l’ancienne orthographe bambara : le e semi-ouvert (antérieur) est écrit /è/ (au lieu d’un epsilon), le o semi-ouvert (postérieur) est écrit /ò/ (au lieu d’un c inversé), les nasales vélaire et palatale sont écrites /ng/ et /ny/. Tous ces phonèmes ne peuvent être réalisés sur ce forum selon l’actuelle orthographe bambara.

L’ordre alphabétique est donc : a, b, c, d, e, è, f, g, h, i, j, k, l, m, n, ng, ny, o, ò, p, r, s, t, u, w, y, z.

Les entrées bambara sont en gras, les significations principales sont soulignées. Entre parenthèses figure la composition d’un mot complexe séparée en ses morphèmes par un trait d’union, entre crochets figure l’origine du mot s’il n’est pas d’origine bambara. Toute entrée est indiquée par la catégorie de mot en forme abrégée (voir les abréviations), placée entre l’entrée bambara et son équivalent français resp. devant l’équivalent français :

– Abréviations …

1p = pronom personnel de la 1ère personne du pluriel 2s = pronom personnel de la 2e personne du singulier 3s = pronom personnel de la 3e personne du singulier ABST = suffixe d’abstraction, étant apte à s’agréger à une base nominale, verbale et adjectivale AC = marque de prédication de l’accompli ACT = suffixe verbal fournissant des noms d’action adj = adjectif adv = adverbe ar = (origine) arabe AUG = suffixe nominal à valeur augmentative CONN/conn = connectif entre nominaux CONV = connectif entre verbaux DEM/dém = démonstratif postposé DESC = marque de prédication non-verbale (descriptif) HYP = marque de prédication de l’hypothétique ID/id = idéophone INAC = marque de prédication de l’inaccompli INJ = marque de prédication de l’injonctif INT = interjection litt = littéralement LOC = suffixe nominal à valeur locative n = nom np = nom propre num = numéral PL = marque de pluriel PP/pp = postposition PREF = préfixe verbal (souvent à valeur factitive/causative) QLF = suffixe nominal à valeur qualificative SIT = marque de prédication non-verbale (situatif) syn = synonyme vd = verbe défectif vi = verbe intransitif vréf = verbe réfléchi vst = verbe statif (~ adjectif prédicatif) vt = verbe transitif

– Bambara - français (bamanankan - tubabukan) …

a : 3s an : 1p ani : conn. et bamanankan (< bamanan-kan) : n. langue bambara, le bambara – bamanan : n. 1. bambara (groupe ethnique) ; 2. fétichiste (au sens de : non-musulman, à l’époque) – kan : n. 1. cou, gorge ; 2. voix, parole ; 3. langue ; 4. son, bruit bayèlèmali (< ba-yèlèma-li) : n. traduction – ba : n. 1. mère ; 2. l’essentiel, importance – yèlèma : vt. 1. changer, tourner ; 2. transformer ; 3. traduire – -li (< -ni) : ACT bè : INAC bèè : n./adj. tous, tout, le tout ; chaque, chacun bèrè : n. 1. important, grand, vrai ; 2. beaucoup, assez ; adv. beaucoup bi : n. aujourd’hui bò : vt. 1. faire sortir ; 2. ôter, enlever bonyali (< bon-ya-li) : n. respect, déférence, action de rendre l’honneur – bon : vst. 1. gros ; 2. grand, puissant, important – -ya : ABST – bonya : n. 1. respect ; 2. dignité ; 3. honneur ; vt. 1. respecter ; 2. honorer – -li (< -ni) : voir bayèlèmali cèsiri (< cè-siri) : n. ardeur (au travail), ferveur ; vréf. se concentrer, se mettre avec ardeur au travail – cè : n. taille, ceinture, milieu du corps – siri : vt. attacher, lier, nouer den : n. 1. fruit ; 2. enfant ; 3. fructification ; 4. Filiation ; 5. le petit de – denw : n. fruits ; enfants don : vt. 1. faire entrer, enfiler, mettre ; 2. relever, s’occuper ; 3. fabriquer dònni (< dòn-ni < dòn-li) : n. 1. connaissance(s), savoir ; 2. science – dòn : vt. connaître, savoir – -ni : voir bayèlèmali Farafinna (< fara-fin-na < fara-fin-la) : n. Afrique (litt. : là où sont ceux à une peau noire) – fara : n. 1. peau, épiderme ; 2. écorce ; 3. écaille – fin : n. noirceur, obscurité ; vst. noir, sombre – -na (< -la) : LOC faransikan (< faransi-kan) : n. langue française, le français (syn. : tubabukan) – Faransi : n. France – kan : voir bamanankan fasa : n. 1. louange ; 2. hymne faso (< fa-so) : n. 1. patrie, lieu d’origine (litt. : maison de père) ; 2. Etat – fa : n. 1. père ; 2. oncle paternel – so : n. maison (voir aussi so en bas) fisa : vst. meilleur foro : n. champ – forow : n. champs funti : vi. sortir brusquement ; s’épanouir haju < ar. haadscha > : n. 1. affaires, choses nécessaires; 2. (pré)occupations hakili < ar. ’aql> : n. 1. esprit ; 2. conscience ; 3. intelligence ; 4. réflexion, idée ; 5. mémoire hèrè : n. paix, bonheur (syn. : kayira) hòrònya (< hòròn-ya) : n. 1. liberté ; 2. noblesse ; 3. honnêteté – hòròn : n. 1. homme libre ; 2. noble ; 3. personne honnête, polie, loyale – -ya : voir bonyali i : 2s in : dém. ce, cette jama < ar. dschamaa’a > : n. foule, peuple, population, public jamana : n. 1. pays, région ; 2. république jigiya (< jigi-ya) : n. espoir ; vt. donner de l’espoir – jigi : n. 1. espoir, espérance ; 2. personne sur laquelle on compte, ami ; vt. espérer – -ya : voir bonyali jò : vt. 1. bâtir, construire ; 2. mettre debout jònjòn : n. drapeau jugu : n. ennemi ka (1) : DESC ka (2) : CONV ka (3) : INJ kayira < ar. qayra > : n. paix, bonheur, prospérité (syn. : hèrè) kelenya (< kelen-ya) : n. 1. unité, unicité, union ; 2. solitude ; vt. laisser seul – kelen : num. un, un seul, unique ; même, pareil – -ya : voir bonyali kèlèba (< kèlè-ba) : n. grande bataille – kèlè : n. guerre, bataille, combat – -ba : AUG kènèma (< kènè-ma) : n. ?/adv. dehors, à l’extérieur – kènè : n. 1. aire, surface ; 2. clarté – -ma : QLF ko : vd. dire (prédication de parole, mot d’introduction) kònòna (< kònò-na) : n. 1. ventre ; 2. interieur, dedans ; 3. durée – kònò : n. 1. ventre ; 2. foetus ; . intérieur ; pp. dans, à l’intérieur de – -na : voir Farafinna kumadengafe (< kuma-den-gafe) : n. dictionnaire – kuma : n. parole, mot – den : voir den en haut – gafe : n. livre, livret kuntilenna (< kun-tilen-na) : n. 1. sens, direction ; 2. sens, signification ; 3. but, objectif – kun : n. 1. tête ; 2. bout, extrémité ; 3. raison, motif, objectif – tilen : vt. 1. diriger ; 2. mettre droit – -na : voir Farafinna lahidu < ar. wa’ada / ya’idu > : n. promesse, alliance, engagement latigè (< la-tigè) : vt. 1. faire passer ; 2. distinguer, préciser ; 3. décider – la- : PREF – tigè : vt. 1. couper ; 2. trancher ; 3. traverser Mali : n. Mali malo : n. 1. honte ; 2. modestie, timidité mana : HYP na (< la) : PP – bamanankan na : en bambara nansara < ar. nasa:ra: > : n. 1. Blanc, Européen ; 2. Français (syn. : tubabu) ni : conn. et nganiya : n. 1. volonté, foi ; 2. intention ; 3. décision ; 4. resolution nyètaa (< nyè-taa) : n. progrès (litt. : l’aller devant) ; ici : prospérité – nyè : n. 1. oeil ; 2. vue, regard ; 3. face, surface, devant ; pp. devant – taa : vi. aller o : conn. ou pewu : id. tout à fait, complètement – -ra : AC saya (< sa-ya) : n. mort – sa : vi. mourir – -ya : voir bonyali sèbèn : n. 1. écrit, texte, lettre ; 2. papier ; vt. écrire sini : n. 1. demain ; 2. avenir so : n. 1. maison ; 2. village (rare !) ; ici : le village « Mali » (au sens de : peuple) tiimè : vt. accomplir tile : n. 1. soleil ; 2. jour, journée ; 3. époque, ère tubabukan (< tubabu-kan) : n. langue française, le français (syn. : faransikan) – tubabu < ar. tabi:b > : n. 1. Blanc, Européen ; 2. Français (syn. : nansara) – kan : voir bamanankan un : INT -w : PL wuli : vi. 1. se lever, se réveiller ; 2. grandir ; 3. démarrer ; 4. s’envoler ye : PP yèrèmahòrònya (< yèrè-ma-hòròn-ya) : n. indépendance – yèrè : adj. même ; n. légitime – -ma : voir kènèma – hòrònya : voir hòrònya

VIVE LE MALI !!! VIVE LE BAMBARA !!!

Bonne lecture !

(1) Les photos ont été prises par moi lors de ma première visite chez Mohammed, mon professeur et Ségovien convaincu, et sa famille, à Bamako-Falajè, en 1995. (2) Sur demande, Gérard Dumestre (INALCO et LLACAN, Paris) me l’a confirmé par mail. Etat de fait, à peine croyable, mais vrai. Evidemment ! (3) Selon le papier en pdf (voir en haut), le nominal bonyani figure dans le gros titre. Avec une faute d’orthographe, incontestablement. Il faut écrire bonyali. La forme de base de ce suffixe est -li, qui se nasalise après une nasale et est écrit alors -ni (allomorphie due à la phonologie). Cependant, dans ce cas-ci, il ne s’agit pas d’une nasale qui précède le suffixe -li mais de l’approximante palatale /y/. Donc, pas de raison d’écrire bonyani. C’est bien bonyali. Voir aussi ce lexique (> entrée bon, page 23, à gauche : mwt bonyali 1 ka kè belebele ye. 2 ka kè mògòba ye) ! …
AN Anusara Regular ·
Bonjour, Vraiment je fais le tour de tout ce que vous avez posté concernant le Mali et le bambara en particulier, très intéressant. N'hésitez pas à continuer, merci encore :)

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