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La prière dans le monde, c'est
Lhassa.
Lhassa et ses centaines de pèlerins agglutinés devant le Jokhang. Des bus les déversent par dizaines qui, gosses accrochés sur le dos et lourds bagages sous le bras se ruent devant le temple pour y communier avec le divin. La prière d'abord, la piaule ensuite.
Om Pani Padme Hum ! Om Mani Padme Hum ! D'autres sont venus à pied. Ou face contre terre, les mains plaquées sur des cales en bois.
Prières, circumambulation... Circumambulation, prières... Ça n'en finit jamais.
Fascinés, des grappes d'Occidentaux les observent, les photographient. L'impression d'assister à un spectacle. Comment réagiraient les fidèles si un dimanche matin un car de Japonais armés de Nikon déboulait en pleine messe ? A méditer.
Sillonner le
Tibet à bord de bus bringuebalants vous conforte dans l'idée que ce pays où tout n'est que disproportion n'a pas été conçu pour l'Homme mais pour les Dieux. Altitudes, amplitudes thermiques, distances, force des éléments, lumière sont toujours extrêmes, vertigineuses. Alors on croit. Et on prie.
La prière dans le monde, c'est aussi
Jérusalem. Jéru et le Kotel, son Mur. Jéru et Al-Aqsa, sa mosquée très sainte. Jéru et son Dôme du Rocher de carte postale. Devant le mur, des hommes en noir, les cheveux en papillotes. Ils se balancent d'avant en arrière dans un mouvement quasi autistique.
Baroukh ata Adonaï Elohenou melekh ha‑olam...Je suis une mécréante mais je ne peux m’empêcher de glisser mon bout de papier entre les blocs calcaires. Un voeu parmi des milliers insérés absolument partout dans les fentes. Mon dossier a été traité. Mais je reste égoïstement impie.
Le vendredi en fin d'après-midi marque le début du Shabbat. Les Craignant-Dieu sont tous là. L'effervescence est à son comble. Dans la Yeshiva qui surplombe la place, des étudiants (plus très jeunes) chantent à tue-tête. Les drapeaux israéliens sont déployés. Et on danse. Sur l'esplanade des Mosquées quelques mètres au-dessus, le muezzin dans son minaret se prépare pour l'adhan.
ʾAllâhu ʾakbar ʾAllâhu ʾakbar Ceux qui ont eu la chance d'assister à ce moment inoubliable comprendront. Il arrive que les Chrétiens du coin se joignent à cette brève concorde et les cloches se mettent à sonner à toute volée.