Bonjour Thierry,
J'ai peut-être mal compris la réponse de André, mais quand il cite la partie de mon message où je dis que
"je suis convaincu que voyager, c'est rapprocher les peuples" et rétorque que
"ça, c'est ta vision du voyage", j'en déduis que dans sa vision, ça n'est pas le cas. Ce n'est pas ce que tu comprends ?
J'ai pris cet exemple parce que... eh bien ça s'est trouvé comme ça, les deux étudiants étaient à la table d'à côté alors que je répondais. L'un des étudiants parlait français et ça l'amusait de lire par dessus mon épaule. La traduction n'est pas de mon fait, à part un peu d'aide sur des mots de vocabulaire. Le vieux s'est joint après, une fois la discussion lancée à voix haute. Bref, c'est anecdotique.
J'aimerais revenir sur ces "faits indiscutables", que justement je trouve totalement discutables :
...Pour parler avec un turque, pas besoin d'aller en
Turquie...
Pris hors contexte, c'est indiscutable en effet. D'un autre côté, c'est fallacieux parce que ça suppose que parler à n'importe quel turc est équivalent. En réalité, sans aller en
Turquie, tu ne peux parler qu'à une petite frange des turcs : ceux qui ont la possibilité de voyager, en
France qui plus est. Ça correspond à une petite minorité de personnes disposant d'une éducation de haut niveau et d'une classe sociale élevée (et la plupart du temps kémaliste).
Je ne dis pas qu'il ne faut pas leur parler. Je dis qu'en le faisant tu n'auras pas une image représentative de la
Turquie ou de la société turque. Et plus l'écart économique entre le pays et la
France est grand, plus la sélection par l'argent est importante et plus cette frange sera une petite élite.
Ça marche à l'envers aussi : tu peux rencontrer des français en te limitant aux hôtels de luxe de
Dubaï. Pas sûr que ça te donne une image fidèle du pays...
internet permet de parler avec le monde entier...
Aux dernières statistiques, nous étions à 2,5 milliards de personnes disposant d'un accès à internet (accès via cybercafé compris), soit 35% de la population mondiale. Nous sommes donc encore très loin de parler avec le monde entier. Ce taux varie d'ailleurs fortement par région : au
Myanmar, 1,1% de la population dispose d'un accès à Internet.
(tu peux trouver ces stats sur le site de La Banque Mondiale)
Un fait correct aurait pu être "il existe dans tous les pays des personnes à qui internet permet de parler". C'est quand même très différent. Sauf, là encore, à considérer que peu importe à qui tu parles.
...Que chacun peut voyager comme il le souhaite...
C'est vrai. Enfin, c'est vrai d'une petite élite en tous cas. La grande majorité ne peut pas vraiment voyager.
...Si je veux parlais au gens, j'ai pas besoin d'aller à 10 000km...
Une fois encore, c'est vrai à la condition de considérer que peu importe à qui tu parles. Ça commence à vraiment me déranger. Quelle est l'idée sous-jacente : "après tout, ce sont tous les mêmes" ?
...Les voyages, c'est comme la nourriture, chacun ces goût. Aucun goût est mieux ou moins bien qu'un autre...
La comparaison est pour le moins étrange. Alors juste sur le fond : je ne veux pas me hasarder à juger tel ou tel voyage (déjà discuté plus haut). Cependant, certains voyages ont objectivement des conséquences meilleures (ou moins mauvaises) que d'autres, que ce soit en termes d'impact environnemental ou culturel, de création artistique ou d'image laissée aux personnes croisées.
Mais c'est secondaire. Ce qui me dérange vraiment, c'est cette idée récurrente que peu importe la personne, qui transpire de chacun de ces propos. Ça renie la richesse et la complexité des sociétés et, en leur sein, des individus qui la composent.