Des rus dévalent la montagne comme des chamois, en cascades bondissantes, tandis que je déboucle lentement les lacets du
Sani Pass.
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J'aime pas les marcheurs ! Je suis au Royal Natal NP, en
Afrique du Sud, à la frontière avec le
Lesotho, c'est là, à une vingtaine de kilomètres à vol d'aigle de l'autre côté de la frontière, que le Senqu prend source et le Thandele Camp fait face à des sommets parmi les plus hauts du
Drakensberg. Les lieux sont dédiés à l'usage exclusif des marcheurs ; vous allez me demander ce que je fais là et je vous réponds que je suis un contemplatif, que de mon bocal avec terrasse j'ai une vue prenante. Enfin, je devrais avoir parce que le plafond nuageux doit être à 2500 mètres et qu'on ne voit pas les sommets qui culminent à plus de trois mille. Même le Mont Pudding est dans la chantilly. En réalité, je ne vois que la partie immergée des icebergs (en plus, j'aime pas l'eau non plus). Et bien sûr, alors qu'on ne voit que la moitié du spectacle le caissier me refuse une remise de 50%. Un couple de septuagénaires -la marche ça conserve- sort du plus petit modèle de Hyundai du marché pas moins de sept sacs et valises et deux bâtons de marche aussi hauts qu'eux. Une marcheuse au cheveu triste s'échauffe en allées et venues entre la boutique et son bocal, serrant bien fort son sac à main -gare aux babouins.
J'aime pas les marcheurs qui rentrent, la patte basse mais avec dans les yeux comme une transe, j'aime pas leurs poumons roses tandis que j'ahane mon havane. Les marcheurs qui, en short, cuisinent sur un braai en extérieur des T-bone de un kilo quand, en pantalons, j'ai allumé un feu à l'intérieur.
J'aime pas les marcheurs parce qu'ils voient des choses que je ne verrai jamais.
Sans compter que je me demande si la marche d'agrément ne serait pas un signe avancé de décadence de la civilisation alors que la moitié de l'humanité marche encore par nécessité -au demeurant, il n'y a ici que des visages pâles. Mais surtout, j'aime pas les marcheurs parce que je suis envieux du plaisir qu'ils y prennent et admiratif de leur courage.
.../... La durée des marches s'étage de ½ heure à neuf heures ; allez, demain matin j'attaque la Devil's Hoek (une heure) !
.../... Ce matin à six heures, le camp est dans un brouillard épais et le panorama a disparu. L'enfer n'a pas voulu de moi.
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Cette histoire du cantonnier (que j'assure de tout mon respect) dont on ne sait pas si c'est lui qui tient la pelle ou bien l'inverse est très actuelle en
Afrique du Sud. Des centaines de milliers de femmes sont employées pour faire on ne sait quoi le long des routes, mais elles y sont. Quelque chose comme des TIG en échange de mille rands par mois (80 euros).
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Ce salut, la main agitée en essuie-glace, lorsque la main est au bout d'un bras masculin et que ce bras appartient à un policier ou au conducteur d'un 38 tonnes, alors qu'ailleurs on lève martialement le bras,
si on le lève, ne laisse pas de m'émouvoir.
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Il manque quelque chose à la province du North-West, immensité de champs de maïs et de tournesol, des silos géants pour cathédrales. Il semble même manquer des lettres aux noms de lieux, Schweizer-Reneke, Christiana puis on arrive au lac de la petite Baberspan Reserve où l'on bivouaque avec des colonies d'oiseaux d'une diversité rarement observée.
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Deux fois dans la même journée on entend les notes d'Imagine (J.Lennon) ; d'abord au Big Hole de
Kimberley, plus grande excavation minière effectuée à main d'homme, en quête de diamants (et ces fouisseurs imaginaient bien un avenir meilleur) puis, dans un coffee shop de Griquatown, une interprétation à la trompette.
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Si j'évoque les Griquas, je ne parle ni d'un des Bogdanov au visage comme un masque, ni de ces hauts fonctionnaires de gauche qui avancent masqués, mais d'un peuple étrange portant le masque nouveau de métis, né il y a trois siècles des unions entre blancs et populations locales. Constitués en groupe distinct, se nommant Bastards, rejetés par les colons comme incarnation de leurs errements, ils n'en adoptent pas moins leur langue, leur culture et leur religion puis, plus tard, s'intègrent, assimilent et s'assimilent aux populations locales. Ils sont encore des dizaines de milliers parmi les métis qui forment la majorité des habitants du Northern Cape.
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Droit dans le soleil. Nous traversons le Northern Cape, la plus étendue des provinces d'
Afrique du Sud et la moins peuplée, mille kilomètres d'est en ouest avec pour objectif l'océan. Tous les pays de la région sont à la même heure toute l'année -à l'exception de la
Namibie qui observe le changement d'heure bisannuel- et, malgré les longs séjours, on ne se départit pas des montres. Il arrive alors qu'on fasse glisser la période d'éclairage sur les cadrans pour ne pas devoir dîner à six heures comme des hollandais. Notre plus belle course vers le soleil est sur la route de quatre-vingt dix kilomètres, plein ouest, qui mène à Port Nolloth ; il faut l'emprunter en fin d'après-midi dans le relief enflammé et arriver juste avant que le soleil, en quatre minutes chrono, aille voir ailleurs.
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Ni poissons, ni diamants. La mer se repose et y contraint les hommes qui l'épuisent. Elle a battu les récifs, pilé menu la côte, émulsionné l'écume et ce matin on est dans le cheesecake. Dans la maison d'Irene, cuisiner est ce qu'il y a de mieux à faire (émietter les spéculoos, battre le fromage frais...)
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La côte ici est si sauvage et vierge -et à ce que j'en connais c'est le plus souvent le cas sur mille kilomètres au nord et cinq cent au sud- qu'elle hésite à y marcher en maillot pour ne pas polluer. Eve a raison.