Sans être fleur, ni poussin, au petit matin faire l'expérience de l'éclosion dans le Richtersveld.
*
Dans le Richtersveld NP, ce ne sont pas les animaux sauvages qui ont la priorité sur les pistes mais les
earthmoving machines, qui ici portent bien leur nom à littéralement déplacer les montagnes.
*
J'ai beau assurer au douanier namibien que, hélas, je ne transporte pas de diamants, il procède à une fouille approfondie de la voiture.
*
Rosh Pinah a été construite au carré par la compagnie minière et recèle tout ce dont ses employés pourraient avoir besoin. A la périphérie, l'ébauche d'un township, sans doute pour les employés des employés et, face à la station de carburants, un petit marché africain en tôle fait concurrence au supermarché.
*
Notre première et dernière visite au
Fish River Canyon, dans le grand sud namibien, remontait à 2007 et ce n'est pas faute d'être depuis passé par là, tant par l'ouest que par l'est. A l'époque, rive gauche, Ai-Ais était à l'abandon et Main View ne nous avait pas emballés (peut-être parce que l'année passée nous avions visité le Grand Canyon?). Il était temps de donner une seconde chance au deuxième canyon du monde par sa longueur.
Nous choisissons d'arriver par l'ouest pour, après cent quarante kilomètres de piste, accéder au seul lodge de la rive droite, le Fish River Lodge édifié sur le rebord du canyon et protégé par une réserve privée assez vaste pour capter soixante quinze kilomètres de la Fish River, dont nous savons qu'il est récent, beau et cher. Il est possible qu'on ne nous laisse même pas accéder à la réserve mais rien que la piste pour y arriver justifie le voyage. Il n'y a pas de gardien à l'entrée de la réserve et, arrivés au lodge, nous demandons à camper sachant que cette possibilité n'existe pas. Ce n'est pas grave, nous aurons vu un panorama inespéré qui débute aux pieds du lodge : on a une vue en enfilade dans l'axe du canyon sur plusieurs dizaines de kilomètres de méandres !
Mais c'est compter sans les africains qui acceptent finalement de nous laisser camper près des pavillons réservés aux guides dont nous utiliserons les commodités. J'approche la voiture de l'à-pic, de la chambre la vue est imprenable et vertigineuse. Las, la manager (qui déménage) arrive et dit que ce n'est pas possible, que ce pavillon est indigne d'un client, qu'il n'aurait pas du nous être proposé ; je lui assure que c'est parfait et que, de plus, je ne suis pas un touriste mais un -mauvais- guide, qu'il est trop tard pour repartir et que je n'ai pas les sous pour le lodge; elle rit et laisse tomber.
De longues risées font clapoter et déborder la piscine implantée à l'aplomb de la falaise, précipitant vers le canyon un peu d'eau dont on voit, à la vitesse où elle se carapate qu'elle n'en est pas mécontente (eau de piscine, c'est pas une vie) mais pas une goutte n'atteindra la Fish River, cinq cent mètres en contrebas. Les T-shirts noirs du personnel sont siglés
On the edge of eternity. Alors qu'on murmure des félicitations à la rivière, le vent se lève comme pour rappeler que, lui aussi, fait sa part du travail.
Au petit matin, on poursuit sur le plateau un sentier tout au bord du gouffre, je ne connais pas les termes géologiques, ici ils disent
lip, mais, par analogie, en anatomie on pourrait dire qu'on est sur la grande lèvre, trois ou quatre cent mètres au dessus de petites lèvres de cent à deux cent mètres de haut au fond desquelles coule la rivière.
*
Robert est un chasseur français. Il vient de passer cinq jours dans une réserve de chasse vers Omaruru et il a obtenu cinq trophées. Il commence à me raconter une histoire de chasse, sa femme rit sous cape sachant qu'il y en a pour des plombes. Il faut rester si longtemps à l'affût, un œil vissé au viseur et l'autre fermé qu'il en a des crampes de paupière mais il a trouvé la solution qu'il me livre ainsi « on se met un machin comme Le Pen sur l'oeil »... et terminé la torture des crampes. Ils vont passer trois jours au Fish River Lodge et participeront à toutes les activités. En
Namibie, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses.
*
Dans la rue, un touriste donne à un balayeur ce qui, de la terrasse où je me sustente, semble être un blister de
german salami. Le travailleur prend, impassible, regarde le paquet (lit-il la DLUO ? Sait-il lire?), l'ouvre avec une lame et en dépose le contenu sur le goudron au profit d'un chien jaune qui n'en croit pas ses yeux chassieux mais l'avale tout rond. Va-t-il s'effondrer ? Pour en avoir l'esprit net, je quitte la terrasse du restaurant au péril des remarques de la tenancière pas commode (l'est pas frais mon poisson?) et sous le regard incrédule des convives pour récupérer l'emballage dans la poubelle où l'a jeté le balayeur (ces gars-là savent qu'il ne faut pas jeter par terre) : la DLUO est le deux mai, dans un mois et demi.
*
La
Namibie est un pays étrange, quelque chose comme un trapèze à l'envers (normal pour l'hémisphère sud) avec trois côtés donnant sur des déserts et un sur l'océan. De cette façade maritime, la plus grande partie est inaccessible, soit strictement, soit très difficilement. A
Lüderitz l'industrieuse, une des trois villes du littoral, on reconstruit en bord de mer une usine désaffectée, dix mètres de haut, cent de long, avec le soin qu'on apporterait à un monument historique, là où ailleurs on construirait un immeuble d'habitation.
*
Lüderitz n'était pas au programme de ce voyage mais nous apprenons en chemin qu'un des lieux où nous aimons déjeuner, un lieu unique en
Namibie, va fermer prochainement. L'Oyster Bar est situé dans les locaux de la Shearwater Oyster Farm, sur le port, et on y déguste les meilleures huîtres du monde, parole de breton. Elles sont musclées et fermes car élevées dans le courant froid du Benguela et frappées en permanence par les vaguelettes de la baie (c'est pas les glandeuses de la Ria d'Etel). Le patron nous rassure, il ferme provisoirement pour des raisons de qualité (des travaux dans la baie altèrent l'environnement mais seront terminés cette année) parce que son principal débouché est
Hong Kong et qu'on y est exigeant. Le bar rouvrira sans doute ailleurs pour éviter les risques de contamination par les visiteurs. Pour fêter ça, sous l'oeil réprobateur de ma Co, j'essaye la nouveauté de la carte, un sacrilège, le
oyster burger accompagné de frites, une exclusivité mondiale. C'est excellent !