| Afric'anchor, encore. Voyajou · 21 février 2015 à 16:21 · 37 photos 209 messages · 21 participants · 17 195 affichages | | | | À: Voyajou · 26 mars 2015 à 19:44 Re: Afric'anchor, encore. Message 81 de 209 · Page 5 de 11 · 1 259 affichages · Partager Il est vrai que, contrairement à ces dames, je ne fais pas la lippe sur ces questions là. 
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Oui et bien, vu la tronche des mégères, c'est décidé : je replonge dans l'alcoolisme le plus sordide...Bukowski, un singe en hiver et l'assommoir tous réunis en un seul pochtron : moi !  (c'est mes ancêtres qui vont être contents : enfin une expression franche et massive de mon atavisme armoricain...) | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Voyajou · 28 mars 2015 à 17:14 · Modifié le 11 avr. 2015 à 16:46 Re: Afric'anchor, encore. Message 82 de 209 · Page 5 de 11 · 1 205 affichages · Partager Nous aimons cette route bien qu'elle n'ait que des inconvénients -ou bien est-ce pour cela?-, moins rapide, plus dangereuse et poussiéreuse que la B1 à l'est, moins belle que les pistes qui longent le Namib. Nous sommes en Little Germany à Helmeringhausen et Maltahöhe. La première est une ferme qui a réussi (à moins que ce ne soit l'inverse?) au point de devenir un village. Une unique rue, un restaurant/coffee shop/beer garden, un hôtel, un camping, ces cinq fonctions rassemblées sous des arbres vifs parmi des pelouses que broute un springbok collant, des hangars de matériel agricole et des enclos de pierres pour le bétail. De l'autre côté, des pompes à essence, des cases postales pour les fermes des environs et un general store à l'assortiment étudié. Une telle offre est unique à quatre-vingt kilomètres à la ronde. Et comme si exister ne suffisait pas, tout est parfait, jusqu'au dîner aux chandelles sous les palmiers centenaires. A l'occasion, la maison fait même ambulance pour conduire un motard mal en point jusqu'à l'hôpital éloigné de cent quarante kilomètres : ça c'est du désert médical ! Dans la seconde, le Maltahöhe Hotel est un bon endroit pour un déjeuner, moins pour un light lunch; les murs cultivent l'histoire des lieux même si quelques travaux les ont un peu abîmés. De la terrasse, on domine un trou d'eau où viennent s'abreuver les Farm5 (mouton, chèvre, vache, âne, cheval). Ce midi, se déroule ici un nouvel épisode de la confrontation entre la Grèce et l' Allemagne (lutte gréco-germaine) : elle choisit une greek salad, il opte pour oryx sauerbraten, une assiette de french fries molles en arbitre. Deux heures plus tard, la Grèce pilote, l' Allemagne digère. * Au couchant, je marche dans la savane brique du Kalahari, le sol est truffé d'entrées de galeries – comme un plan du métro parisien- mais personne n'a pensé à consolider avec du béton et parfois le pied s'enfonce dans l'autre monde. Sous un acacia parfait, une termitière forme comme une stèle. Demeurer là. La nuit tombée, des éclairs légers marquent la profondeur de champ et, au point du jour, du ciel gris perlent quelques gouttes : c'est la bénédiction bretonne. * Happy Birthday Namibia ! Nous sommes à Windhoek ce vingt-et-un mars pour les célébrations du vingt-cinquième anniversaire de l'indépendance de la Namibie. Non que nous ayons été invités par la présidence, comme le sont d'autres personnalités, mais parce que nous y accueillons à l'aéroport des invités pour quinze jours. La veille, peu de signes dans les rues, un barnum ici, des danseurs aux couleurs de la marque dans une station Shell, le personnel d'un supermarché habillé de T-shirt imprimés pour l'occasion. Pas de manifestations spontanées. Sur la route de l'aéroport des guirlandes de limousines, escortées de voitures hurlantes et clignotantes, contraignent les pékins à de longues stations. C'est aussi la prise de fonction du nouveau président de la république, le troisième élu depuis l'indépendance, qui fait de la lutte contre la pauvreté sa priorité; il serait temps pour un gouvernement pétri d'idéaux communistes. Enfin, et cela confirme les qualités de communicante de sa fondatrice et directrice, le Cheetah Conservation Fund fêtera également ses vingt cinq ans cette année et a les honneurs de la presse le même jour ! * C'est un lieu que nous aimions. Lui breloque de métal et d'os au lobe, lames à la hanche et pistolet glissé au creux des reins dans la ceinture, elle, vêtue de rien, silhouette de guépard, la peau brûlée éclairée de deux améthystes. Nous aimions y camper -nous n'y avons jamais vu d'autres clients- mais ce soir, faute de tente, nous devons louer des hébergements et Heidi a bien du mal a en trouver deux à peu près présentables; dans l'un, les oiseaux ont élu domicile et pris leurs aises, dans un autre les lits sont recouverts de bâches noires retenues par des pierres et conservant des flaques d'eau. Pourtant Heidi a passé l'après-midi a confectionner pour un chalet des balustrades de fils de fer, de graines et de bois mort, de cornes et de pierres, préférant la décoration à l'intendance. Après deux décennies passées ici, la ferme est à vendre et ils ne peuvent l'acquérir. Les zèbres à l'abreuvoir sont dérangés par le guépard qui s'est installé là le mois dernier. Une étoile se prend pour le soleil et disparaît à l'horizon en passant à l'orange. C'est un lieu que nous aimons * Au point du jour, les nuages noirs forment un champ de lave aérien qui soudain entre en fusion : l'huile bouillante des cieux. * Comme des galets, on roule dans la rivière et parfois elle nous roule. | | | À: Voyajou · 28 mars 2015 à 17:54 Re: Afric'anchor, encore. Message 83 de 209 · Page 5 de 11 · 1 189 affichages · Partager où viennent s'abreuver les Farm5 (mouton, chèvre, vache, âne, cheval).
Au point du jour, les nuages noirs forment un champ de lave aérien qui soudain entre en fusion : l'huile bouillante des cieux.
Oh ! me gusta muchissimo ! lindissimo !! | | | À: Voyajou · 28 mars 2015 à 19:45 Re: Afric'anchor, encore. Message 84 de 209 · Page 5 de 11 · 1 164 affichages · Partager oryx sauerbraten
Qu'avait fait cet oryx de si vilain pour finir de telle manière ? | | | À: Atila · 28 mars 2015 à 19:53 Re: Afric'anchor, encore. Message 85 de 209 · Page 5 de 11 · 1 157 affichages · Partager Je ne sais pas ce qu'il avait fait, mais il s'est rendu dur à digérer... | | | À: Voyajou · 30 mars 2015 à 16:58 Re: Afric'anchor, encore. Message 86 de 209 · Page 5 de 11 · 1 089 affichages · Partager Une étoile se prend pour le soleil et disparaît à l'horizon en passant à l'orange.
Pendant ce temps, chez nous, le soleil avait rendez-vous avec la lune. | | | À: Fmaej · 7 avril 2015 à 18:01 Re: Afric'anchor, encore. Message 87 de 209 · Page 5 de 11 · 1 010 affichages · Partager Muchas gracias! | | | À: Atila · 7 avril 2015 à 18:02 Re: Afric'anchor, encore. Message 88 de 209 · Page 5 de 11 · 1 009 affichages · Partager Il n'y a pas que les vilains qui passent à la casserole, au contraire... | | | À: Lacalo · 7 avril 2015 à 18:02 Re: Afric'anchor, encore. Message 89 de 209 · Page 5 de 11 · 1 008 affichages · Partager Il était, en effet, insuffisamment mijoté. | | | À: Emma78 · 7 avril 2015 à 18:03 Re: Afric'anchor, encore. Message 90 de 209 · Page 5 de 11 · 1 007 affichages · Partager Et à l'heure qu'il est la girafe a rendez-vous avec le sable? | | | À: Voyajou · 7 avril 2015 à 18:05 · Modifié le 11 avr. 2015 à 16:54 Re: Afric'anchor, encore. Message 91 de 209 · Page 5 de 11 · 1 005 affichages · Partager Le camp introuvable. Nous sommes un dimanche et, à Sesfontein, les bureaux de la Conservancy sont fermés (encore un méfait de la colonisation) mais une belle brochure consacrée aux camps communautaires en recense un au bord d'une rivière courante. En suivant les indications, il apparaît rapidement qu'une rivière, même asséchée sera introuvable là où on nous dirige. Nous croisons enfin des locaux dans un antique pick-up, deux hommes dans la cabine, trois femmes herero en tenue traditionnelle dans la benne : il y avait bien un camp un peu plus loin, mais nulle rivière le camp est fermé, faute d'eau pour les commodités. Nous repérons le camp à flanc de montagne grâce à la photo... illustrant un autre camp dans la brochure ! Il n'y a plus ni signalisation, ni installations hors des tuyaux éparpillés et une cuvette de toilettes scellée dans le béton. Le site est somptueux, entre la carrière d'Obélix après une tempête de suroît, une champignonnière minérale et une réunion de gastéropodes transgéniques. Qu'on soit à l'entrée d'un escargot ou à l'abri d'un champignon, on y tient avec âme et bagage, de telle sorte qu'on est invisible y compris d'en haut. Mille tonnes de grès nous contentent et font une climatisation parfaite, la masse chaude aspirant le jour un courant d'air bienfaisant et restituant la nuit sa chaleur. * La veille, nous avons passé la journée en quête d'éléphants dans le lit de la rivière Hoanib, exceptionnellement en eau, et la voiture n'est plus qu'une masse boueuse. Pas d'eau, puis de l'eau mais, peu après, plus d'électricité à la station de lavage d' Opuwo, comme une coupure d'eau alors qu'on est savonné sous la douche. Devant un barber shop en tôle, international hair cut, deux hommes au look de l'emploi attendent le chaland, un chien peigné affalé à leurs pieds. Une jeune fille attentionnée guide une Himba âgée et aveugle jusqu'à la toile au sol qui lui tient lieu d'échoppe. Dans le dos de sa mère, un bébé est empêché dans sa sieste, le nez agacé par le crêpage rescapé des longues mèches enduites de terre et de graisse. Un homme élancé passe comme un prince, pagne sur bottes de brousse et chaussettes de foot. Une jeune Himba accommode les traditions avec une classe folle, la jupe de peau a laissé place à une jupe de nylon rose, poitrine nue sous une ombrelle assortie et son amie, sans doute édifiée par une campagne de sensibilisation, porte un soutien gorge violet sur une jupe en tartan, voilà la nouvelle tendance du street wear à Opuwo. Un riche Herero, tunique bleu nuit brodée de fil d'or, palabre avec d'autres anciens sur une piste de la station-service Puma, tous sont assis sur des pliants et tiennent un bâton. Deux femmes Herero en grande tenue victorienne sont assises en retrait, à même le béton gras, étole de laine sur les épaules et bracelets d'or. De jeunes gens se livrent à une partie de football acharnée : s'entraînent-ils pour le Quatar ? Les bazars sont tenus par des asiatiques et les mobiles sont dans toutes les mains. Il fait sans doute quarante degrés entre les fumées et l'ombre, la poussière et les flaques douteuses. Lorsque je reviens à la station de lavage, les choses sont en l'état et, en attendant, on bricole un très vieux pick-up Ford F250, six cylindres en ligne. * Le massacre d'Olifantsrus. Il y a trente ans, la sécheresse fut telle dans le nord de la Namibie que les éléphants, déjà en surnombre, menaçaient la survie des autres espèces au point qu'il fut décidé d'un abattage massif. On construisit dans le parc d'Etosha, dans la partie à l'époque inaccessible au public, un abattoir de brousse dont il reste une potence d'acier géante et une charpente métallique. Plus de cinq cent colosses assassinés y furent suspendus, dépecés, équarris, un flot de sang coulait jusqu'à la rivière proche. La viande fut envoyée dans des usines, on conserva les défenses et les pieds dont on fait de seyants tabourets quand ce ne sont pas des porte-parapluies. Un chemin de dalles rouges symbolise, à son emplacement même, l'ancien ru sanglant et une passerelle géante mène à un observatoire au point d'eau et plus précisément dans le point d'eau, une sorte de donjon vitré entouré de douves. J'ignore si les éléphants apprécient de trouver des animalcules dans leur verre mais l'ensemble suinte le mauvais goût, tant esthétique que moral. Qui a imaginé d'ouvrir récemment un camping à l'emplacement du carnage? Pas une des trois personnes m'accompagnant n'aurait envisagé d'y passer la nuit. *
Dans un angle de la vaste piscine, une quinzaine de noirs de cinq à cent cinquante kilos s'ébattent bruyamment tandis qu'autant, en blanc, font de même à l'angle opposé. Le déjeuner consiste en deux buffets, l'un cher, l'autre moins, où les hôtes se servent non obstant la couleur mais selon l'appétit. Au buffet salades, je prends un des œufs disposés dans des ramequins mais, arrivé à table, il se révèle cru: c'était juste pour la décoration. Les enfants des employés du camp en utilisent les allées pour des courses de vélo effrénées tandis que, des quartiers de leurs parents, s'élève une soupe internationale amplifiée. Plus tard, c'est un fermier namibien descendant des vikings qu'il faudra contraindre à baisser sa sono. La réceptionniste a manqué sa vocation d'adjudant dans la pléthorique police namibienne. Tous les emplacements sont sur-occupés, on est venu en famille ou en grappes d'amis et on a déployé pour trois jours des installations dignes d'une lady du dix-neuvième siècle en safari au Kenya. Dans un camp déjà plein comme un œuf, deux cars dégorgent deux douzaines de touristes et une de tentes, on déplace ou replace les voitures, moteur ronflant. C'est Vendredi Saint à Halali ( Etosha) et c'est le mien. Même les animaux sont excédés et le point d'eau est désert à l'exception notable de deux rhinocéros. * Cet homme d'affaires, né dans une famille de fermiers ovambos, gardien de chèvres puis enseignant, a bâti sa fortune comme commerçant sous l'apartheid. Parmi ses possessions et en souvenir de ses origines, figure une ferme immense sur laquelle il a édifié un lodge et, plus récemment, un petit campement sur la montagne. Au milieu de l'après-midi nous déployons les tentes mais, moins d'une heure plus tard, une tornade et un déluge manquent d'emporter le tout. Nous replions en hâte et, transis, descendons au lodge où on nous attendait avec inquiétude. Le lodge est complet mais on nous offre des chambres réservées aux guides et la soirée se termine en beauté au restaurant où tout est parfait. On est loin de l'accueil des camps publics. * Vers le Kalahari, la piste de gravier est comme une tôle ondulée et caracole à saute-dunes (les dunes formant comme la tôle ondulée d'une voiture géante) mais, lorsqu'elle oblique pour filer entre deux dunes où se sont formés des lacs, comme par mimétisme, elle devient lisse. | | | À: Voyajou · 7 avril 2015 à 18:06 Re: Afric'anchor, encore. Message 92 de 209 · Page 5 de 11 · 1 004 affichages · Partager Toujours heureux de lire ta prose... justement je me disais que cela faisait quelque temps que nous n'avions plus de nouvelles et connaissant la fiabilité de ton carrosse... | | | À: Max68 · 7 avril 2015 à 18:10 Re: Afric'anchor, encore. Message 93 de 209 · Page 5 de 11 · 1 002 affichages · Partager Merci Maxou! Pour les aléas mécaniques, je n'ose même plus en parler: fin mars Land Rover Windhoek m'a prêté un... Toyota Hilux pendant deux jours; on ne peut pas aller plus mal. Depuis et jusqu'à demain, tout va bien! | | | À: Voyajou · 7 avril 2015 à 18:21 · Modifié le 7 avr. 2015 à 19:51 Re: Afric'anchor, encore. Message 94 de 209 · Page 5 de 11 · 991 affichages · Partager Bonjour,
Merci pour ces belles bulles d'impressions et de vécus | | | À: Voyajou · 7 avril 2015 à 19:47 Re: Afric'anchor, encore. Message 95 de 209 · Page 5 de 11 · 975 affichages · Partager fin mars Land Rover Windhoek m'a prêté un... Toyota Hilux pendant deux jours; on ne peut pas aller plus mal. Depuis et jusqu'à demain, tout va bien! 
Ce n'est plus ce que c'était le Land 
Mais merci encore de nous faire voyager avec des mots | | | À: Rjulie95 · 7 avril 2015 à 20:54 Re: Afric'anchor, encore. Message 96 de 209 · Page 5 de 11 · 961 affichages · Partager Ce n'est plus ce que c'était le Land
Ben si, justement... | | | À: Pierre77N · 7 avril 2015 à 21:50 Re: Afric'anchor, encore. Message 97 de 209 · Page 5 de 11 · 954 affichages · Partager Ce n'est plus ce que c'était le Land
Ben si, justement... 
   | | | À: Voyajou · 16 avril 2015 à 15:03 Re: Afric'anchor, encore. Message 98 de 209 · Page 5 de 11 · 867 affichages · Partager Kalahari tempest camp. Gharagab est un camp permanent de tentes de toile et de tôle sur plate-forme de bois, implanté tout au nord du Kgalagadi NP, sur une boucle à sens unique de soixante kilomètres. Nous y espérons deux jours de calme et de charme mais cela commence mal : les quatre tentes sont assez communes et très rapprochées, les moustiquaires sont déchirées par endroit, de même que la toile et la balustrade de la terrasse est brisée. Eric, en charge du camp pour la quinzaine, semble surpris par notre déception je lui fais observer qu'habituellement nous campons mais qu'ici nous dépensons, pour deux nuits, l'équivalent de son salaire mensuel et que, peut-être, ses employeurs pourraient consacrer une partie des recettes à l'entretien. Il n'a aucun outil de bricolage et pas même deux clous rouillés : je répare la balustrade avec une attelle. Eric le doux nous autorise une promenade à pied autour du camp, il entend dans l'enceinte du camp, je comprends autour de l'enceinte et comme il n'y a pas d'enceinte... J'emmène un Opinel et Blandine, qui tient les lions en respect, bientôt armée d'une demi-corne qu'un oryx aura perdu au combat. Au retour, l'impression d'être à bord d'un bateau, sans pouvoir en sortir, est accentuée par la forme allongée de la tente, la proue chevauchant la crête de la dune, prête à couler dans le creux suivant. Au milieu de l'après-midi, le ciel s'assombrit rapidement et, subitement, il pleut des cornes et des éclairs effrayants zèbrent le ciel de haut en bas. Le sable devient rouge de gris, le vert amande et le braai d'Eric est noyé. De part et d'autre de l'esquif, des ruisseaux se forment et enflent, nous allons bientôt flotter. Les toiles distendues claquent, les velcros lâchent, la salle d'eau à la poupe porte bien son nom. Dans le crépuscule des lieux, de la dunette on y voit goutte. On se réfugie dans le carré, vite inondé à son tour; pour être au sec, restent les bannettes. Les lézards noirs qui seraient d'un bel effet en maroquinerie, les piafs pillards et insolents, les mulots qui cueillaient et emportaient des fleurs jaunes dans leur nid: les Small3 qui ont animé l'après-midi ont disparu. Je lis Fleur de Tonnerre (Jean Teulé) jusqu'au moment où l'installation électrique solaire disjoncte, j'hésite à utiliser la lampe frontale par crainte d'un court-circuit neuronal. Les croyances de Basse- Bretagne n'étaient pas si éloignées de celles des San et les poisons d'Hélène Jegado auraient trouvé leur place à la pointe des flèches des chasseurs. L'orage nomade s'éloigne, la lumière revient, on ne voit plus la nuit. Le soleil tente un fugitif contre-feu au couchant. * Mosquito killer. Il se vend toutes sortes de produits, à l'efficacité variable, pour tenir à distance les moustiques ou les supprimer s'ils n'ont pas compris. Personnellement, j'ai embarqué une tueuse. Un moustique qui aurait l'inconscience et le malheur de se retrouver dans l'espace nuptial est un moustique mort. La danse commence, livre en main elle bondit, le manque, se redresse, s'écrase contre la toile, reprend appui, lance des noms d'oiseaux (qui eux feraient le boulot d'un coup de bec), se relance. Elle aura le dessus tandis que, Frédéric à l'abri, je me réjouis du spectacle. * Dans ce lodge réputé du Northern Cape c'est week-end. Les blancs, avec leur progéniture centrale, se détendent. Les métis servent. Et livrent : un fourgon arrive au crépuscule et s'ensuit une procession, l'un portant des sacs de viandes, l'autre des balles de papier toilette, le suivant, des colis incertains et, fermant la marche, un enfant fièrement chargé de jus. Aussi silencieux et discrets qu'ils sont arrivés, ils repartent dans la nuit, la fête continue. * Regard ardent dans un visage de pomme qui aurait passé deux hivers au grenier, elle tente d'exercer son métier de gardien de voiture. Elle contracte à gauche avec la passagère tandis que le conducteur deale à droite avec un colosse métis. Au centre, une voiture, à ses angles quatre personnes, qui fait quoi, qui a dit quoi ? Les possédants s'en vont posséder plus encore, remettant à plus tard d'être Alexandre ou Ponce-Pilate ? A leur retour, le colosse fait le signe de l'égorgement à la chétive San, on est mal. J'honore mon contrat du minimum syndical à la brute, la passagère offre un demi pain à sa partie qui le refuse, offusquée. Ô la tristesse de ce peuple, premier occupant du continent, chasseurs cueilleurs chassés de partout et mal accueillis ailleurs. * Un bateau tsé-tsé vrombissant remonte l'Orange à la nuit tombée, ses occupants bruyamment attablés. Du machin, des phares éclairent les berges, dont ma terrasse privée, me fondant en statue mais, marmoréen, je n'en fais pas une scène. * Les larges avenues d' Upington, tracées pour qu'un chariot attelé de quatre paires de bœufs puisse y effectuer un demi-tour, le sont tout juste assez pour celui du Defender, cet animal du siècle passé. * On ne quitte pas l'Orange, amer dans le désert. * Lorsqu'on revient du Kalahari en direction du Karoo c'est comme un retour à une civilisation. On sait qu'on va trouver de l'agneau et du vin et tant d'autres délices. Au cœur de l'improbable Britstown, le Transkaroo Country Lodge est au-delà des espérances : patio provençal, comme un retranchement, la meilleure musique depuis longtemps, d'élégants salons, une boutique de produits fermiers élaborés, une sélection de vins fine et un buffet de spécialités à y rester. C'est aussi l'occasion de rencontrer une ethnie locale, les Afrikaners. Une famille incompréhensible une autre plus lisible dont une des belles femmes du voyage un couple, elle en polo à rayures horizontales accentuant ce qui pourrait ne pas l'être un autre, lui monumental et taciturne, elle tentant de l'animer trois amies quadragénaires qui rient de voir la première bouteille épuisée et en commandent un seconde un jeune couple très beau, chacun d'une beauté différente, elle urbaine, lui rurale un triste sire, à la salade et à l'eau, qui en refuse un verre au motif qu'il ne serait pas net. * Dans certains parcs nationaux, on découvre parfois les vestiges de l'occupation agricole des lieux avant leur sanctuarisation. Ce peut être des bâtiments, des enclos ou de minuscules cimetières, avec stèles ou de modestes cairns, mais c'est toujours émouvant. A cette époque, on n'avait pas encore complètement exterminé ou déplacé les empêcheurs de pâturer tranquille, on vivait avec. * Le Karoo NP protège 90 000 hectares (soixante fois l'Île de Groix !) mais on a regroupé les trente emplacements destinés aux campeurs sur une surface grande comme mon champ. Le voortrekker a l'esprit grégaire (ou bien est-ce par mortification?). La majeure partie du parc n'est accessible qu'en 4X4 où nous nous consolerons d'une nuit confinée, seuls pendant des heures à l'exclusion de belles bandes d'élands du Cap, d'élégants zèbres des montagnes et d'un aigle noir (Verreau's eagle). * Un froid mordant s'est abattu soudainement sur les hauteurs du Karoo, dans quelques jours il sera temps de changer d'hémisphère mais le droit restera un peu ici... | | | À: Muriel18 · 16 avril 2015 à 15:48 Re: Afric'anchor, encore. Message 99 de 209 · Page 5 de 11 · 853 affichages · Partager Ça va, ils n'ont pas l'air trop traumatisés par le piquet....
bien bonne celle la !  maintenant ils vont au coin ! | | | À: Voyajou · 16 avril 2015 à 20:39 Re: Afric'anchor, encore. Message 100 de 209 · Page 5 de 11 · 812 affichages · Partager d'une demi-corne qu'un oryx aura perdu au combat.
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