| Ce matin...... ma mère.... Alan · 16 septembre 2005 à 20:45 32 messages · 18 participants · 7 624 affichages | | | | 16 septembre 2005 à 20:45 Ce matin...... ma mère.... Message 1 de 32 · Page 1 de 2 · 5 340 affichages · Partager Ce matin, comme presque tous les matins, je fais le tour de notre " chez nous "...... rien que la vue sur les îles de Lérins et la baie de Cannes, délicatement écrasée par une brume annonçant quelque chaleur, est féérique et ne peut laisser que des soupirs de bonheur s'échapper de mon corps......
Je regarde toutes ces fleurs qui poussent dans le jardin, cueille ici une rose pour le pdj de ma bien aimée, et au hasard d'un escalier je hume le délicat parfum de cette guirlande de fleurs...... les volutes bleues de celles ci se mélangent dans les branches des mimosas et offrent de saisissants contrastes, les rosiers affichent encore une forme du tonerre et n'en finissent pas de monter et de nous offrir leurs plus belles couleurs.......
Charly, Bouly, Lola et Milou n'en finissent pas de cavaler sur les terrasses et arrivée en bas, à la vue de l'eau si bleu de la piscine face à ce bleu de la mer, mon corps est irrésisteblement attiré par un plongeon....... les geais piquent des vols d'arbre en arbre en sifflotant aprés les pies, et les tarantes commencent à sortir de leur trou de la nuit pour réchauffer leur long corps au soleil, en surfant sur leurs pattes graciles......
Ma mère me dit bonjour du haut de la terrasse de sa chambre et je lui lance..... " c'est vraiment le paradis cet endroit "........
Ma mère : " Tu dis ça, et quel besoin as tu de toujours partir voir ailleurs... ? "
C'est vrai que dans un mois, nous repartons pour l' Indonésie........
Comment lui expliquer ce que le voyage apporte de différent..... comment lui communiquer cette irrésistible envie que l'on a d'être ne serait ce que sur la route..... de pouvoir rencontrer d'autres personnes issues d'endroits si différents des nôtres et s'enrichir ainsi de nos discussions, comment lui expliquer le trouble que l'on a lorsque l'on est accueilli au fond de nulle part dans un petit village ou les gens vous sourient et vous offrent un thé, et cette impression de bonheur qui vous envahit alors..... comment lui dire que les parfums issus de notre nourriture sont si différents de chez nous..... comment lui expliquer simplement ce bonheur tout simple à échanger notre vie d'occidental pour ne serait ce que quelques jours, et avoir l'impression de découvrir d'autres mondes et d'être les premiers......
Ma mère : " Oui je sais ce que c'est, ton père et moi partions souvent au Club méditerrannée, tu n'as rien inventé avec tes voyages sac au dos..... "
J'ai finalement renoncé à lui expliquer...... elle sait simplement au fond d'elle même que ces voyages m'apportent du bonheur, et l'envie de poursuivre mon chemin, et sans doute pour elle est ce le plus important......
Et ce matin...... vos mères..... ? | | | À: Alan · 16 septembre 2005 à 21:31 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 2 de 32 · Page 1 de 2 · 5 315 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre CHRISTIAN06 le 16 septembre 2005 à 23:22.)
| | | À: Christian06 · 16 septembre 2005 à 21:40 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 3 de 32 · Page 1 de 2 · 5 308 affichages · Partager ...... surtout, tu me bousilles mon post...... 
Mais bon, sans rancune...... on verra bien, | | | À: Alan · 16 septembre 2005 à 21:45 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 4 de 32 · Page 1 de 2 · 5 305 affichages · Partager Les meres sont ainsi faites..........toujours elles sont heureuses de voir partir leurs enfants (ça leur prouve qu'elles ont bien fait leur "boulot"!!) mais toujours ça leur déchire le coeur............ (Nathalie:maman de deux p'tits monstres que j'espere un jour "voyageurs!"mais qui me feront surement pleurer le coeur aussi..........) | | | À: Alan · 16 septembre 2005 à 22:36 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 5 de 32 · Page 1 de 2 · 5 298 affichages · Partager Ce matin, comme tous les matins, mon fils Pierre, 2 ans, me réveille de ses cris de petit animal blessé. Le cadran fluorescent de ma montre transperce l'obscurité et m'indique qu'il est 6h30. Un coup de coude à ma femme pour lui signifier qu'il est bientôt l'heure lui arrache un soupir résigné. Puis je me lève enfin, pas le temps de m'étirer, le petit monstre va réveiller ses soeurs. Et si toute la marmaille se réveille en même temps la situation risque de se corser. Je me dirige donc rapidement vers la salle de bain, la lumière trop blanche me ferme les yeux. Dans le miroir les paupières gonflées sont les stigmates d'une nuit trop courte. J'enfile un peignoir et je me précipite dans la chambre du petit homme. Son air bougon s'éclaire un instant à ma vue. Puis il exige :"manman manman"Maman va arriver Pierre, maman se réveilleman veillé man veillé" approuve-t-il gravement. Je l'amène dans la cuisine et l'installe sur sa chaise haute.
Par la fenêtre j'observe des carrés lumineux qui parsèment la façade de l'immeuble en face, "au moins je ne suis pas le seul à être debout", me dis-je, comme pour me rassurer. Dans le même temps, j'entends un bruit qui précède quelques vibrations mais l'enfant m'a devancé :"RRain, rrain, hurle-t-il ravi en observant le monstre de fer qui écrase les rails et traverse la nuit, repu des premiers travailleurs qui filent vers Paris.
Une douche et deux tranches de pain plus tard, me voici et à l'arret de bus. Je dois être le seul type qui habite sur des rails et qui, néanmoins, est contraint de prendre le bus. A l'arrêt je reconnais quelques têtes, le gars en costard qui porte une casquette, la "belle vieille", toujours en mini-jupe, quelquesoit la saison. Je l'aime bien celle-là, elle m'excite un peu avec ses longues jambes. Mais je ne le lui ai jamais dit. D'ailleurs, je ne lui ai jamais parlé. Personne ne s'adresse la parole parle sous l'abribus. C'est comme çà. Celà ne fait pas partie des usages et ce serait sans doute malvenu d'y déroger aux habitudes. Quand le bus arrive, déjà presque rempli, un frémissement parcours ceux qui attendent sur le trottoir, sournoisement on bouscule un peu l'autre pour essayer de passer devant et quérir les dernières places assises. Ce matin, je me suis mal débrouillé. C'est donc debout que je voyagerai, finissant le dernier "Amélie Nothomb". Très bien comme bouquin, je l'ai lu en deux jours de transport alors qu'il m'avait fallu 2 mois pour lire "Voyage au bout de la nuit". Le bus nous lâche au bord des lèvres de la bouche du RER qui nous engloutit. J'attrape un journal gratuit, tendu par une main qui fait surement partie d'un corps dont je ne vois pas le visage. Dans la rame, je choisis consciensement ma place. Le voyage dure 40 mn, il ne s'agit pas de se tromper. En général, je me mets à un endroit isolé, laissant au destin le choix de la personne qui viendra se mettre à côté de moi. Si le train est déjà bien rempli, je repère une femme au physique agréable et m'installe à proximité. Non pas par concupiscence, mais c'est que levant les yeux de mon livre, j'aime bien croiser un visage aux contours réguliers. J'évite aussi les personnes dont le parfum, trop fort, agresse les sens. RER puis métro, me voici au travail. Je bosse dans une administration. Après avoir saluer mes collègues j'ouvre ma messagerie. Ce matin un mail de ma mère, elle est en voyage en Corse et prévoit de partir en Indonésie. A 60 ans, elle n'avait jamais voyagé mais depuis qu'elle est à la retraite elle écume le monde. Oh bien sur, elle est davantage "hotel" que "sac à dos", mais qu'importe...c'est sans importance...Certains lecteurs ici, dirait, avec une moue dédaigneuse que c'est une "touriste".....mais elle, elle s'en fou...je vous l'assure...Et quand elle évoque ces voyages, dans ces yeux, aux couleurs délavées par le temps, on aperçoit comme une étincelle...comme seuls en ont les enfants qui voient un train passer aux fenêtres... | | | À: Vincent120 · 16 septembre 2005 à 22:54 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 6 de 32 · Page 1 de 2 · 5 287 affichages · Partager Super et merci..... j'ai eu peur un moment que tu m'enmènes sur un autre terrain, mais non....... voilà, c'est pour celà que j'aime écrire des posts, pour avoir de vrais témoignages comme celui là.....
J'en redemande....... je ne te connais pas, mais touché en plein........ | | | À: Alan · 16 septembre 2005 à 23:11 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 7 de 32 · Page 1 de 2 · 5 276 affichages · Partager Moi ma mère... ou l'ancienne mère, car la nouvelle a bien changé, était:
Petitsoleil a commencé jeune, trop jeune selon sa chère maman, à s'intéresser aux voyages... Quand à 16 ans elle lui annonce qu'elle part sac à dos au Mexique, sa chère maman lui dit: "Tant que tu n'as pas 18 ans, c'est trop risqué"... 2 ans à attendre  ... Vu que c'est plus sécuritaire, et comme elle est impatiente, petitsoleil se résigne sur des tout-inclus où elle passera pratiquement tout son temps dans les ruelles des villages à parler aux habitants plutôt que de se faire dorer sur les plages... Elle adore!
Maman lui dit: "Tu verras, ca va te passer. C'était comment la plage? Est-ce que l'hôtel était propre? As-tu bien mangé?"
Décidément, elle n'a rien compris... 
À 20 ans, alors qu'elle débute sa carrière dans une grosse boîte bien connue, petitsoleil se fait offrir un stage au Kosovo. "Es-tu folle", qu'elle lui répond sa maman. "Tu vas te faire tuer pour voir une ville détruite par les bombes et perdre ton job? Tu es bien mieux de garder ton emploi ici, monter dans la compagnie, faire un bon salaire et voyager agréablement ensuite"...
Décidément, elle n'a toujours rien compris... 
Finalement, tannée d'attendre un signe du ciel, petitsoleil laisse tout tomber... L'emploi parfait, le salaire parfait et fait son sac à dos pour réaliser son rêve... pour le Pérou! 2 semaines plus tard, elle part seule. Sa pauvre maman n'en dors pas pendant des nuits avant le départ (et probablement très peu durant son voyage de 1 mois). Tous les jours, grâce à la technologie du net, maman demande: "Es-tu bien? Tu sais que si tu n'aimes pas ca, tu peux revenir! On va t'aider à payer ton billet si tu trouves que c'est trop dangereux"...
Décidément, elle ne comprend pas... 
Suite à ce voyage, rien ne sera plus pareil pour petitsoleil qui a le voyage dans le sang. Comment lui faire comprendre? Sa pauvre mère n'a jamais été plus loin que la Floride... Quand elle parle de voyager, ce qu'elle voit, c'est un gros hôtel, des palmiers et du sable blanc.
"Tu sais maman, pour moi un voyage, c'est pas la mer... C'est de la musique, c'est des saveurs nouvelles, c'est une culture et des gens". "Mais oui, mais oui... Tu vas attraper la tourista, tu vas danser et tu vas rencontrer des géos dans les formules tout-inclus et tu n'as pas besoin de t'inquiéter d'où tu dormiras"!!!
Alors là, j'abandonne... 
Comme Alan, je me dis qu'elle ne peut comprendre, mais que c'est bien ainsi... Elle me laisse partir, elle accepte ma passion, pourquoi essayer de la lui transmettre?
Petitsoleil part vivre un autre rêve... 6 mois en Amérique latine, Equateur. Maman n'ose plus rien dire. Elle se contente de: "Si c'est ce que tu veux... mais si tu n'es pas heureuse, tu reviens!"
Et puis, coup de théâtre! Maman, récemment divorcée, décide contre toute attente d'affronter ses peurs, car elle s'ennuie de sa fille. Sur un coup de tête, elle se prend un billet d'avion destination Quito. 1er voyage, sans parler espagnol, comme une grande elle prend l'avion et atterri à Quito. Petitsoleil n'ose même pas imaginer le choc culturel de maman! Mais non!
Maman s'exclame "Que c'est beau!" à chaque coin de rue. Maman salue les habitants "Hola senor" au hasard dans la rue. Maman choisi l'itinéraire, négocie les autobus et les taxis mieux que les habitants du pays. Maman se met à danser la salsa, à parler l'espagnol et à manger du seco de pollo avec plaisir!
De retour d' Équateur, maman lui écrira un beau email qui se résume ainsi: "Maintenant je comprends. Vis ta vie, fonce. La chaleur humaine de ces gens vaut plus que beaucoup. Je comprends ton besoin de partir et je le partage".
Maman depuis ce jour regarde les nouvelles d' Amérique du Sud, danse la salsa, pratique son espagnol, refuse d'aller dans les tout-inclus et économiser pour son prochain voyage sac à dos.
| | | À: Alan · 17 septembre 2005 à 1:05 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 8 de 32 · Page 1 de 2 · 5 256 affichages · Partager Je pense (et je le fais), que chaque année, le jour de notre anniversaire, nous devons téléphoner à notre mère pour lui souhaiter un merveilleux anniversaire, en lui rappelant que c'est elle qui nous a fait faire, ce jour là, notre premier et plus beau voyage. | | | À: Petitsoleil · 17 septembre 2005 à 8:46 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 9 de 32 · Page 1 de 2 · 5 240 affichages · Partager  ...... que j'ai bien fait d'ouvrir ce post et quelles belles tranches de vie on a là..... Merci Petitsoleil de nous montrer que parfois aussi les mères savent se mettre au diapason de leurs enfants et revivre de par le départ de ce que nous voyageurs appelons l'ailleurs, et qu'ainsi mère et fille puissent enfin communier dans un même élan.....
CHRISTIAN06........ bien rattrapé......et tellement vrai...... | | | À: Alan · 17 septembre 2005 à 12:58 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 10 de 32 · Page 1 de 2 · 5 216 affichages · Partager Avril 2005
Isabelle et Haitham au Rajasthan, et leur mère
Cela fait deux mois qu’Isabelle et Haitham se sont perdus dans l’ Inde, et que l’ Inde s’est perdue en eux, quand Danielle (la mère) et José leur annonce au téléphone qu’ils vont venir les rejoindre. Isabelle : « Mes parents en Inde, c’est extraordinaire »
Danielle à déjà une idée de son itinéraire : voir le Taj mahal, monter en éléphant a Jaidpur, voir Jodpur la ville bleue, le fort d’Amber, Bikaner, Udaipur, faire du chameau à Jaisalmer, aller a Pushkar. En 14 jours a peine.
Aéroport de Delhi
José : « Je ne sais pas pourquoi en Inde on se sent tout de suite plus libre » Isabelle : «Libre de roter, de péter, de se décrotter le nez... » Danielle : « Je trouve tous cela surtout crado, j’ai bien fait d’emmener mes chaussures hautes de randonné c’est tellement dégelasse par terre » Isabelle : « Merci maman pour les sandwich au roblechon j’en rêvais »
Delhi, ses forts, ses mosquées, ses palais moghols, ses merveilleux bazars, ses vaches, ses quartiers modernes, ses quartiers millenaires, ses rabatteurs, ses parcs, ses rickshaws, sa foule qui peut à tout moment vous écraser, ses nouveaux riches, ses éternelles pauvres, son romantique ciel couleur pollution, ses Champs Elysés, et ses boutiques.
Danielle : « je voudrais une nappe comme ci, des écharpes comme ça, des cartes de visites comme les votre, des tee-shirts, des sacs » Haitham : « Do you have some... » “Yes, sir” coupe le vendeur. José : « A force de ce perdre dans les magasins, on va louper l’essentiel » Isabelle : « je suis bien d’accord avec toi » Danielle : « mais, moi, je n’ai pas six mois de vacances ». Ca y est le mot est laché. Isabelle, essayant de se contenir : « je ne me sens pas en vacances, j’ai galérer pour réaliser un rêve, c’était pas évident » Danielle n’en peu plus de Delhi : « vivement le Taj Mahal »
Le Taj Mahal
Mister Yato, le chauffeur nous conduit au Taj Mahal. Il a plus d'une heure de retard ce matin. Isabelle et Haitham crie sur Mr Yato. Danielle et José sont choqués des voir leurs enfants si pacifiques crié comme cela sur le pauvre Mister Yato.
Haitham oublie le temps et part à la recherche d’une photo qui ne soit pas un cliché. José et Danielle sont émouvants à se prendre en photo devant la merveille. Isabelle laisse ses pensées vagabonder. « De qui se mausolée éblouissant reflète-t-il l’amour ? L’amour de l’empereur pour son épouse morte en couche ou l’amour de l’architecte pour sa fiancée assassinée par l’empereur en vue de la réalisation de cette ode à l’amour ? »
Les photos prises, Danielle et José veulent partir. Isabelle et Haitham commençait seulement à prendre leur marque. «On n’a pas six mois de vacances, nous ».
Mister Yato : « vous pouvez mangé là ou là, mais moi je connais les restos ou l’huile n’est pas bonne, aussi je vous conseil de manger ici » Mister Yato emmène la famille dans un resto plus dégueullase que ceux ou les indiens mangent pour 20 roupies. Il n’y a que des touristes, et des chauffeurs qui attendent à l’extérieur. Isabelle : « Je suis sure qu’il a pris une commission, franchement c’était pas bon » José : « Au contraire, il a du nous obtenir un tarif réduit, et s’il te dit qu’ailleurs l’huile n’est pas bonne nous on lui fait confiance, vous vous n’êtes jamais allé dans cette ville. » José et Danielle ont peur de l’ Inde et mister Yato le sait.
Fathepur Sikri
Danielle et José sont horrifiés par cette petite ville typiquement indienne et ses hôtels sans plus. « Vivement le Rajasthan, les 1000 et 1 nuits » A la mosqué il y a des kawalistes. Isabelle « Quelle chance qu’on a, vient maman, assis toi cinq minutes » Danielle : « c’est un peu crade »
6h du matin, Nando, le patron de l’hôtel préparent de délicieux pancakes. Danielle n’oublie pas qu’il n’y avait pas d’eau ce matin sous la douche. Elle veut quitter au plus vite ce trou minable. Isabelle, Haitham et mister Yato l’ont convaincu de jeter un œil à la ville parfaite réalisée par Akbar, le sage empereur Moghol, lors d’un coup de folie.
Dans la cour de la belle mosqué rouge, la lumière et la fraîcheur matinale rendent l’instant parfait. Isabelle sympathise avec un gosse tout sourire qui lui propose de la guider. « Achetons son amitié maman, et savourons ce moment de paix » « non, partons au plus vite, si nous voulons arriver suffisamment tôt pour trouver un bel hôtel a Jaidpur qui ne soit pas complet, je ne pourrais pas repasser une nuit dans un hôtel pourri comme celui-là » « ah, oui, c’est vrai, j’allais oublié que tu n’as pas six mois de vacances »
Jaidpur. Une balade en éléphant.
Une fille de touristes attend pour monter au fort à dos d’éléphant. Isabelle et Haitham : « on vous rejoins en haut, à pied ça le fait bien, et on pourra vous prendre en photo » En attendant José et Danielle, Isabelle et Haitham, discutent avec des indiens, des touristes. L’ Inde est tellement sociale. Une heure passe, l’éléphant n’est toujours pas là. Isabelle : « dis moi, Krishna, maintenant que tu as compris que je n’achèterai pas tes éléphants en bois hors de prix, tu crois qu’ils sont heureux ces éléphants » Krishna : « c’est horrible la vie de ces éléphants. Et tout ça c’est un peu de la faute aux touristes qui sont prêt à payer 400 roupies pour une balade » Assud se joint a nous. Krishna continu : « les éléphants font leur première balade en 10 minutes, ensuite il leur faut ½ heure. Comme ils n’ont pas de griffe, ils n’arrivent pas à descendre la route du fort et se font très mal. Pour ne pas qu’ils se rebellent on leur fille des médicaments. Les éléphants n’appartiennent pas à ceux qui les conduisent, eux ne sont que des chauffeurs. Ils appartiennent à une compagnie...tu vois le gros male là-bas, il s’est révolté parcequ’il avait besoin de sexe. Le lac ou les éléphants se baignent n’est pas assez profond pour que la chose ai lieu. Du coup, le gros male, il a foncé sur les gens. On lui à mis des chaînes cloutés au pieds pour ne pas que cela se reproduise. Regarde comme il souffre... » Un bébé éléphant s’écroule sur ses pattes avant, Isabelle pleure alors Krishna arrête de parler. Isabelle : « non, Krishna, continue je t’en prie, je veux savoir ». José et Danielle arrivent. Informés, ils regrettent d’être monté à éléphant. « Pourquoi ils l’ont pas dit ça dans le guide du routard ». Le fort d’Ambert est tout pourri, sans la balade, y aurait personne par ici.
Jaidpur, Jodpur, Jaisalmer...tout va de pire en pire. Une mère, sa fille et la confrontation de deux manières de vivre le monde, deux manières de voyager.
José et Danielle en partant : « allez, ne soyez pas triste, au moins grâce à nous vous aurez vu l’ Inde des touristes » Une Inde faites sur mesure pour le voyageur pressé, une Inde fausse, une blague, une arnaque, un monde étrange mis en scéne par des chauffeurs, des rabatteurs, des busnissmans, des mendiants...
6h du matin, aéroport de Delhi. Danielle et José laisse des sous à leurs enfants, leur ramène les achats accumulés ces deux derniers mois. Isabelle est triste, elle trouve qu’elle a été dure avec sa maman. En plus elle est malade, à force de manger dans les restos de Mister Yato. Isabelle et Haitham marchent dans Delhi une heure, peut être plus. Sans parler. L’instant est magique. Dans le silence, ils écoutent battrent le cœur de l’ Inde.
Mais subitement c’est le Pakistan qui les appellent. José et Danielle ont, malgré eux, réveiller leur rêve d’extraordinaire, d’ailleurs, d’aventure, d’idéaux. | | | À: Alan · 17 septembre 2005 à 12:59 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 11 de 32 · Page 1 de 2 · 5 139 affichages · Partager Merci à toi, Alan, qui a eu le mérite de lancer ce post par un très beau message aux saveurs poétiques, qui a suscité l'inspiration de certains. | | | À: Izanora · 17 septembre 2005 à 21:28 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 12 de 32 · Page 1 de 2 · 5 112 affichages · Partager Je n'attendais pas la suite des tribulations d'Iza et d'Haitham ici, mais le post d'Alan dédié aux mères était une inspiration pour ce Dehli de suite  | | | À: Vilcanota · 17 septembre 2005 à 22:05 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 13 de 32 · Page 1 de 2 · 5 106 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre CHRISTIAN06 le 17 septembre 2005 à 23:31.)
| | | À: Alan · 18 septembre 2005 à 5:03 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 14 de 32 · Page 1 de 2 · 5 070 affichages · Partager Ce matin, ou plutôt cette nuit, le téléphone réveil toute la famille. Il est 2heure environ, peut-être plus, peut-être moins. Nous étions tous endormis, près les uns des autres, dans le sous-sol si chaleureux de ma grand-mère, tous encore un peu grisé des festivités de noel. Le téléphone sonne et c'est ma mère qui répond. À l'autre bout du fil, le seul membre de la famille qui ne soit pas avec nous : ma soeur qui est à l'autre bout du monde. C'est la deuxième fois qu'elle appel en 24heures, elle qui d'habitude, ne donne jamais de nouvelles. Le premier téléphone c'était durant le repas de Noel. Il y avait eu un un tremblement de terre, un vrai, un gros et elle était terrifiée. Et ma mère lui avait dit de ne pas s'en faire, que c'était fini et que tout allait allé mieux maintenant. " Ne t'en fait pas ma belle, c'est passé maintenant. Fait comme tu fait tout les jours et va à la mer, oublie-tout ça et profite de la chance que tu as d'être dans un endroit si magnifique..." Alors ma soeur a fait comme tout les matins et elle a fait une heure de bus pour aller jusqu'à la plage.
Et maintenant elle rappel. Elle pleure, elle est paniquée, encore plus. "maman, maman, il y a eu une vague, une énorme vague, elle arrivait sur moi et j'étais figée....et à....enfin je suis en sécurité....c'est horrible...on m'a jeté quelquepart près de la route...je m'en vais d'ici..."
ALors ma mère raccroche et elle ne sait trop quoi penser. Elle nous parle de la vague et mon père lui dit de revenir se coucher, qu'il n'y a rien de grave. Mais l'instinct maternel étant ce qu'il est, ma mère se lève et va voir les nouvelles et on la suit tous, sauf mon père. À 4 h du mat, au bas de l'écran, on lit une petite ligne qui parle d'un tsunami et de quelques morts dans le sud de la thailande.
Ce n'est que le lendemain qu'on réalise tous l'empleur de l'événement, qu'on réalise que ma soeur a eue une sacré chance que ce garcon la jette dans le coffre d'une voiture pour la sauver de la vague. Qu'ell a vu la mort de près.
Alors ma mère réalise qu'il est temps qu'elle aille retrouver sa fille. Ma mère qui n'a jamais voyagée, autrement que dans les 5 étoiles tout inclus avec mon père. Mais l'amour l'emportant sur toutes les autres choses, et bien avec mon père, elle part sac au dos en thailande, retrouver sa fille.
Un mois qu'ils partent. Un mois d'émotions, de découvertes, la découverte d'un pays, d'un peuple, d'un drame mais aussi d'une autre façon de vivre, d'une autre façon de voir la vie, cette vie si fragile. Et ils réaprennent à ma soeur à aimer la mer, tranquillement, elle fait face à nouveau à cet océan immense qui peut donner et tout prendre.
Et mes parents reviennent de ce voyage avec cette impression nouvelle d'avoir vraiment vécu quelquechose, d'avoir vraiment découvert un pays, une autre partie de l'humanité. Ils parlent quelques mots thai, ils font de la cusine thai et jurent de ne plus jamais voyager dans les gros hotels. Et malgré les risques et devant l'évidente fragilité de la vie, ils décident de vivre encore plus à fond, de voyager encore, et le plus vite possible, pour le temps qui reste.
Et ma mère me comprend maintenant, quand je lui dit qu'il vaut mieux mourir à l'autre bout du monde, que de ne pas avoir vu le monde... | | | À: Elsie · 18 septembre 2005 à 7:00 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 15 de 32 · Page 1 de 2 · 5 068 affichages · Partager  ..... Petitsoleil, Izanora et maintenant ta maman à toi et tout ce torrent d'émotion là qui se déverse.... trop fort celui là, je l'ai beaucoup aimé et j'espère que de nombreux forumistes le liront, car il y a tellement d'amour maternel dans celui ci, face au cours du destin qu'une mère accepte de changer face au danger de perdre son enfant chéri......
Mille mercis à tous, vous me faîtes pleurer...... et c'est bon..... | | | À: Alan · 10 décembre 2005 à 23:25 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 16 de 32 · Page 1 de 2 · 4 676 affichages · Partager Ce matin, ma mère... n'a nulle envie de voyager. Vraiment, nulle envie, et ce n'est pas la peine d'insister ! Pas plus qu'hier, pas plus que depuis toujours. Elle déteste les voyages.
Elle a eu 80 ans cette année. Dans toute sa vie, des voyages, elle n'en a fait qu'un, il y a très longtemps. Ce fut le premier et le dernier. Elle avait 11 ans. Un grand voyage, un vrai voyage de routarde (comme on dit sur VF !). Plus de 1000 km entièrement à pied. Un voyage sans réservations, sans guide ni carte, un voyage sans argent, sans sac à dos, juste son petit baluchon de petite fille.
Rassurez-vous, la petite fille du grand voyage n'était pas seule. Son papa n'était pas là, mais elle voyageait avec sa maman, veuve depuis peu, et avec son frère et sa soeur à peine plus âgés qu'elle.
Comment le voyage avait-il commencé ?
Et bien voyez-vous, au départ, cette petite famille monoparentale (comme on dirait aujourd'hui...) vivait dans un hameau perdu des montagnes d' Andalousie. Quelque part dans la Sierra de Ronda. Un hameau sans route, sans électricité, où la vie s'écoulait lentement, rythmée par les va-et-vient des ânes et par les travaux des champs. Les questions cruciales étaient de savoir si les pois-chiches seraient bien cette année, si la maladie n'allait pas frapper au hasard et prendre cet hiver un ou deux anciens, ou peut-être des enfants...
Un jour des cavaliers sont passés, en sueur et couverts de poussière. Aux champs, ils ont hurlé aux hommes qu'il fallait vite fuir, quitter le village en quelques minutes, car les franquistes arrivaient ! Au lavoir, ils ont crié la même chose aux femmes, mais en ajoutant qu'avec les troupes franquistes arrivaient aussi « los moros », des fantassins du sahara espagnol enrôlés dans l'armée fasciste. Dans l'imaginaire des gens simples de là-bas, les « maures », c'était l'horreur absolue. L'inconscient collectif perpétuait depuis des temps immémoriaux et sans se poser de questions, les images de guerriers sanguinaires, pillant tout sur leur passage, violant bien entendu les femmes et les jeunes filles à qui ils ouvraient ensuite le ventre en riant... Fracassant contre les murs les nouveaux-nés baptisés, donc « infidèles », en les tenant par les pieds...
Alors vous comprenez, dans ce contexte, quand vous êtes quelqu'un de simple et qu'on vous dit « Los moros estan llegando con los de Franco ! » (les maures arrivent avec les franquistes !), et bien vous ne vous le faites pas dire deux fois !
Ils ont fui.
Ils ont fui en quelques minutes, ils ont tout laissé car ils n'avaient pas le temps, et de toute façon, ils n'allaient qu'à la ville d'à côté, à une vingtaine de kilomètres, pour se mettre à l'abri, et ils pensaient revenir bientôt, dès demain peut-être. Dans ces montagnes les gens qui savaient lire étaient rares. Dans sa grande majorité, la population ne savait même pas qu'une guerre civile avait commencé quelques mois plus tôt. Il y avait bien eu quelques rumeurs colportées par des commerçants de passage, mais la vie s'écoulait si calme et si immuable dans la Sierra que ces informations étaient restées très théoriques.
Ils ont fui, à pied, par dizaines sur les chemins. La petite fille ne lâchait pas la main de sa mère. Elle seule en avait le droit, car c'était la plus petite des « trois poussins » ( « mis tres pollitos », disait la veuve). A chaque croisée de chemins, leur petit groupe se trouvait grossi des gens des hameaux voisins qui, eux aussi, allaient se réfugier à la ville. Ils étaient une centaine lorsqu'ils entrèrent dans Ronda, après cinq ou six heures de marche. On les plaça sous la protection de la garnison, mais la ville était en émoi car les troupes franquistes avaient conquis les campagnes environnantes et menaçaient à présent de prendre la ville. La garnison décrocha, et de nouveau ce fut le signal de la fuite. La fuite vers le Sud, vers la côte, puis vers Malaga qui était encore libre.
Parmi les villageois, il y en eut plusieurs pour dire qu'ils ne voulaient pas fuir. Qu'ils n'avaient rien fait... qu'ils n'avaient jamais pris parti pour qui que ce soit dans cette affaire... que de toutes façons ils n'y comprenaient rien... que les gens de Franco n'auraient aucune raison de leur en vouloir... qu'ils n'étaient que de pauvres paysans illettrés... et qu'ils voulaient revenir au village !
Ne faites pas ça !!!... leur dirent les gradés de la garnison et les édiles de Ronda. Maintenant que vous avez fui votre village, vous êtes des « Républicains », que vous le vouliez ou non. Sinon vous n’auriez pas fui ! Maintenant, vous vous êtes « marqués » politiquement ! Vous avez choisi votre camp ! Les franquistes vous tueront s'ils vous prennent !
Des « Républicains » ??? La plupart de ces gens ne savaient pas ce que voulait dire « Républicain », pas plus que « franquiste », d'ailleurs. Illettrés pour la plupart, ils n'avaient même pas idée de ce que pouvait être ni la politique, ni un parti, ni même le gouvernement de l' Espagne ! Ni même l’ Espagne, d’ailleurs !
Alors avec sa maman, son frère et sa sœur, la petite fille a fui à nouveau. A pied, sur les chemins, puis sur les routes, abordant des provinces dont ils n'avaient même pas idée quelques jours avant et qui n'étaient pourtant qu'à 200 km de leurs montagnes... Ils ont grossi les interminables cohortes de fuyards sur les routes de la côte, en s'organisant en petits groupes qui reconstituaient plus ou moins le hameau originel, sous la conduite d'un ou deux hommes parmi les plus costauds et les plus valeureux. Ils marchaient le jour quand c'était calme, ou bien la nuit lorsque la menace « ennemie » leur était signalée comme proche. Ils vivaient de rapines et d'un minimum de solidarité des habitants, eux aussi apeurés et tentés tout naturellement par le « chacun pour soi » qui a vite fait de prévaloir dans les situations critiques.
C’est sur les routes en corniche de la région de Malaga que la petite fille a senti pour la première fois son ventre se tordre sous la peur. C’est là qu’ils ont subi les premières pertes. Depuis la mer, les canonnières de la marine franquiste bombardaient la falaise pour couper la route. Les éboulements, les éclats de roche et d'obus emportèrent quelques malheureux. La petite troupe continua sa progression à pied en laissant derrière elle des tombes de fortune.
Bien qu'on lui épargnât la vue des scènes les plus horribles, la petite fille de 11 ans était gravement traumatisée. Ses mâchoires continuellement crispées déformaient les traits de son visage et elle ne pouvait plus dire un mot. Ils abordèrent les grandes plaines de la région d'Almeria puis de Jaen. Pour se nourrir, ils avaient appris à mâcher les cannes à sucre dont les champs leur fournissaient aussi un abri pour se cacher des avions. Des avions vert-de-gris qui sillonnaient le ciel à basse altitude pour les repérer et voir si ces colonnes de pauvres gens ne cachaient pas en fait des troupes déguisées...
Des troupes il y en eut, en effet, qui se joignirent à eux à certains moments. Des éléments défaits de l'armée Républicaine et des volontaires patriotes en déroute devant la progression du rouleau compresseur franquiste. Alors les avions changèrent d'attitude, ils se mirent à mitrailler les convois et les pertes furent énormes. C'est par miracle que la petite fille de 11 ans eut la vie sauve. C'est par un quadruple miracle que sa maman et « les trois poussins » furent épargnés.
Lorsque les avions surgissaient, les fuyards se précipitaient dans les champs de hautes cannes à sucre et s’aplatissaient entre les rangées. En deux ou trois passages, la mitraille hachait les cannes et fauchait des vies. Lorsque le bruit des avions s’éloignait, des 50 personnes qui étaient entrées dans le champ, seulement 40 en ressortaient. L’horreur était le quotidien. On ne faisait plus de tombes.
Ils avançaient malgré tout, au fil des semaines. Les disparus étaient remplacés par d’autres fuyards issus de rencontres improbables, maigres comme des loups, les yeux hagards remplis de tous les traumatismes vécus. Des enfants aussi parfois, muets et farouches, comme la petite fille, mais ceux-là n’avaient plus de parents.
Une nuit sans lune, harassés de fatigue, ils arrivèrent près d’un col où de nombreuses personnes dormaient. Ils se couchèrent auprès de ceux qu’ils pensaient être des compagnons d’infortune. Au lever du jour, l’horreur était au rendez-vous : ce n’étaient pas des dormeurs qu’ils côtoyaient mais seulement des cadavres, un groupe de fuyards comme eux qui avait été mitraillé dans ce passage. Le temps de mettre un foulard sur les yeux de la petite fille et on repartait, vite...
Leur fuite se poursuivit ainsi pendant des mois. Toujours à pied, le long des routes et des chemins, parfois à travers champs et bois quand on leur signalait des troupes. Ils traversaient des régions inconnues où les paysages, les cultures, les arbres même, étaient différents de ceux qu’ils avaient toujours vus dans leur sierra du Sud profond de l’ Andalousie. Même les gens ne parlaient pas comme eux... Ils étaient en Catalogne maintenant, au Nord de Valence. On y parlait le Catalan. La petite fille ne savait pas ce qu’était une langue étrangère. Elle se demandait « pourquoi ces gens aboyaient comme des chiens au lieu de parler ».
Parfois ils restaient quelques jours au même endroit, parfois plusieurs semaines même, lorsque la menace franquiste s’éloignait et que les villageois du coin les toléraient en leur donnant un peu à manger pour qu’ils ne soient pas obligés de voler.
Et puis il fallait repartir... Les troupes fascistes gagnaient province après province, ville après ville. Partis du fin fond de l’ Andalousie, ils se retrouvèrent tout au Nord-Est de la Catalogne, à mille kilomètres de chez eux, sur une terre qui était toujours l' Espagne mais où tout leur était étranger. C’était à quelques kilomètres de la frontière française, dans l'arrière-pays de Rosas.
On les installa avec des centaines d’autres « réfugiés » (c’est comme ça qu’on les appelait à présent) dans des écoles désaffectées, des hangars, des granges... Dans cette dernière poche de résistance Républicaine, la solidarité s’était un peu organisée. Des céréales et des rations alimentaires étaient distribuées chaque semaine aux chefs de famille, du lait en poudre pour les enfants. Quelques « partisans » français apportaient aussi, à dos d’homme à travers la montagne, de précieuses calories. Parmi ces réfugiés, quelques hommes et femmes valides auraient pu apporter leur aide dans les fermes. Mais dans ces montagnes méditerranéennes où l’on vivait de quelques chèvres et de maigres oliviers en terrasses, personne n’avait besoin de bras. Peut-être aussi qu’on s’en méfiait car après tout, bien que dans leur propre pays, ils étaient « des étrangers ».
Une vie entre parenthèses, en somme, qui dura quelques mois. Parmi les réfugiés, un « lettré » s’était improvisé maître d’école pour apprendre à lire aux enfants. C’est ici que la petite fille apprit à lire. Elle n’était jamais allée à l’école avant, et ne devait plus jamais y aller par la suite.
Quelques mois artificiels mais quelques mois de répit pour la petite communauté venue à pied des montagnes andalouses, traquée depuis des mois, décimée, traumatisée, meurtrie. Quelques mois encore, jusqu’à ce que la machine de guerre franquiste, aidée par les nazis allemands et par le gouvernement fasciste de Mussolini, balaye les dernières résistances héroïques et place sous son joug sanglant toute l’ Espagne, y compris ce petit coin des Pyrénées méditerranéennes.
Llegan los de Franco ! Ils arrivent... !
Alors ce fut la dernière marche... Quelques heures seulement, à travers les sentiers de chèvres, qui amenèrent la petite fille de l’autre côté de la frontière, en France. Après trois ans de guerre civile en Espagne, une France où les bruits de bottes s’amplifiaient, une France qui n’allait pas tarder à son tour à connaître la guerre. On était en 1939.
La petite fille se retrouva dans un camp de réfugiés (on disait « camp de concentration », oui, ça s’appelait déjà comme ça, en France, en 1939), dans les Pyrénées-Orientales. Les conditions y étaient très dures mais elle était en vie. Sa maman qui avait vécu tant d’horreurs se disait qu’elle avait sauvé par miracle son bien le plus précieux... « sus tres pollitos »... ses trois petits poulets, selon son expression de toujours.
Quelques semaines plus tard, la petite famille était dirigée par la Croix Rouge vers une ville du Sud-Ouest de la France où elle était assignée à résidence, avec d'autres réfugiés, venus d'autres camps. Séparation avec les compagnons d’infortune, dont quelques uns du village natal qui avaient suivi jusqu’ici, vivants sans savoir pourquoi.
Au bout du voyage, au bout de l’enfer, la petite fille découvrait la France. Un autre monde, des gens bizarres qui parlaient une langue incompréhensible. Elle regardait tout avec des yeux ronds, elle se demandait comment faisaient les femmes pour marcher avec leurs drôles de chaussures, elle n’en revenait pas de voir qu’il y avait « une fontaine » à l’intérieur même de chaque maison ou appartement. Quelques mois plus tard elle travaillait, à douze ans et demi. « Placée » dans une famille riche, douze heures par jour, pour faire la petite lessive, le ménage et s’occuper de deux bébés. Dans sa poche un crayon et un petit carnet où elle notait phonétiquement des dizaines de mots dont elle se débrouillait ensuite pour connaître le sens...
Elle a grandi comme ça, enchaînant après son grand voyage, comme une continuité maudite, les cinq ans de la 2ème guerre mondiale en France avec son cortège de peurs, de privations et de nuit, mais heureusement loin des combats.
Elle en est sortie adolescente. Une adolescente à la peau mate et aux cheveux noirs et ondulés qui a vite appris à ses dépens ce qu’est le racisme primaire (« ma mère ne veut pas que je sois ta copine parce que tu es une gitane »). Mais surtout, elle a gardé en elle, comme une plaie ouverte, le traumatisme du voyage, de son grand et unique voyage. Bien des années plus tard, même loin des champs de canne à sucre, un bruit d’avion d’aéroclub suffisait à la terrifier.
Elle a épousé un français, un garçon d’une famille peut-être un peu moins bête que la moyenne, une famille où on ne l’a pas traitée de « gitane » à cause de sa peau brune et de ses cheveux noirs et ondulés. Elle a travaillé dur pendant 50 ans, et puis elle a pris « la retraite », comme on dit... Cette ville du Sud-Ouest où elle avait été assignée à résidence en 1939, la petite fille y vit encore aujourd’hui, à 80 ans...
A 80 ans, elle est en assez bonne forme pour son âge. Elle habite à la limite de la campagne, elle cultive son jardin, et ce n’est que parce qu’on le lui interdit qu’elle ne « descend » plus en ville à vélo.
Mais les voyages, il ne faut pas lui en proposer ! C’est une affaire pliée, emballée, réglée ! Elle déteste l’idée même de voyage. Rien que d’y penser, ça la rend malade. Au sens physique du terme.
Elle habite à 500 km de chez nous, et deux ou trois fois par an - quand même - elle vient nous voir. On lui prend son billet de train sur internet et elle le reçoit par la poste, longtemps à l’avance. Trois jours avant de partir, inévitablement elle a – selon son expression – « une crise de foie »... Et la veille du départ, elle s’offre en général une splendide allergie cutanée. Une fois arrivée sur place, tout va bien. Mais quand le retour se profile, c’est le même scénario. L’idée même du voyage lui verdit le teint et lui sort par les pores !
Alors pour lui éviter le train, maintenant je vais la chercher en voiture. Mille bornes aller-retour d’un coup, heureusement que j’aime conduire ! Pour le trajet aller, je prépare ma musique, Liszt, Tchaïkowski, Elton John, Sting, Aznavour, Vaya-Con-Dios m’accompagnent. Pour le retour ce n'est pas la peine, le lecteur de CD reste éteint : elle parle... elle parle... elle parle... je l’écoute... je l’écoute... je l’écoute... Cinq cents kilomètres à l’écouter parler à débit continu, avec ce petit accent qui a traversé intact trois quarts de siècle et qui rappelle les montagnes andalouses d’où un jour, la petite fille qu’elle était est partie en voyage.
Elle hait les voyages !
Chris. | | | À: Chris51 · 11 décembre 2005 à 0:32 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 17 de 32 · Page 1 de 2 · 4 668 affichages · Partager Et bien voilà Chris, j'ai les larmes aux yeux d'émotion. C'est magnifique ! | | | À: Chris51 · 11 décembre 2005 à 0:59 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 18 de 32 · Page 1 de 2 · 4 664 affichages · Partager Un jour de Mai 2004 je suis parti au Cambodge pour y apprendre ce que je croyais être une détresse aussi profonde que nulle part ailleurs je ne pourrais la retrouver...... je me disais qu'il fallait aller vraiment loin pour savoir ce que l'école de la vie pouvait faire endurer à la nature humaine..... je me disais que nos contemporains, ici en Occident les pauvres.... ! ne connaisaient vraiment rien à la misère humaine.......
J'avais raison, car le peuple khmer a souffert plus que de raison......
Mais par contre, ce soir il est 1H du matin, et là je me rends compte à quel point ma culture est profondément mitée par mon égoisme pro occidental......
Je ne savais pas pourquoi il fallait que je rallume l'ordi ce soir....... je sais maintenant qu'il existe des personnes qui savent raconter simplement toute une existence basée sur l'horreur et la peur, et qui l'ont retransmise à leurs enfants qui en souffrent eux mêmes......
Je n'aurais même pas du répondre à ce post tant il se suffit à lui même..... mais sans doute l'alcool aidant un peu, je me sens d'un seul coup tout petit, et souffrant moi même d'une profonde détresse, je suis tout simplement ébahie devant autant de simplicité et d'émotion racontée......
Je t'embrasse tout simplement....... | | | À: Chris51 · 11 décembre 2005 à 3:42 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 19 de 32 · Page 1 de 2 · 4 651 affichages · Partager Que d'émotions tu nous a transmis dans ce magnifique récit d'une tranche de vie si lointaine et si proche à la fois !
La lecture en fut de plus en plus difficile, car l'écran se troublait petit à petit au travers des larmes que tu m'as fait verser. Merci Chris. | | | À: Alan · 11 décembre 2005 à 18:20 Re: Ce matin...... ma mère.... Message 20 de 32 · Page 1 de 2 · 4 591 affichages · Partager  On a tous des cicatrices, quelque part... Celles qui marquent la peau ne sont pas les pires...
Merci à toi, Alan, pour avoir ouvert ce post qui est tout simplement à la mesure de ton grand cœur... Catherine-la-sage, ta citation de « l’usage du monde » de Nicolas Bouvier est de circonstance... Christian06, quand la vie nous lacère, il reste la Force de la Vie... Tu le sais, et c'est pour ça que tu dis : « Ne pas rire, c’est pas sérieux ! »... Tu as raison.
Merci à tous du partage.
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