Bonjour à tous,
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Qu'est-ce qui fait que certains vols attendent et d'autres pas ?
Qu'est-ce qui fait que sur des correspondances extrèmement courtes certains passagers se voient pris en charge pour pouvoir avoir leur second vol et d'autres pas ?
Existe-t-il des différences en fonction de la compagnie ? de l'aéroport ?
Bonjour,
voilà des questions extrêmement intéressantes, auxquelles je vais tacher de donner des éléments de réponse au regard de ce que je sais. Bien évidemment, ce que je vais dire ne concerne que la Cie pour laquelle je travaille, à
CDG uniquement.
Deux rappels (ou infos) avant de disséquer les différents cas :
Un passager doit voyager avec son bagage. Si ce n'est pas pssible, le passager part, son bagage sera réacheminé
a posteriori une fois que l'escale d'arrivée en fait la demande. Le bagage ne part pas AVANT le passager pour des raisons de sûreté que je ne développerai pas.
Un passager en correspondance passe la sécurité (les PIF) dans tous les cas. Fini le temps où il était pris à l'arrivée de l'avion et acheminé par voiture à la porte de l'autre avion, sans passer par la sécurité.
Qu'est-ce qui fait que certains vols attendent et d'autres pas ?Il n'y a pas de règle d'or, mais un ensemble d'éléments purement conjoncturels liés au vol, aux passagers manquants et leurs bagages, à la situation de l'aéroport et de son environnement au jour J, la possibilité de réacheminement, qu'il va falloir prendre en compte pour décider si "on attend" ou "on attend pas".
1/ Le vol : Il est plus facile de retarder un LC q'un MC ou un CC : quelques minutes de retard, même plus, peuvent se rattraper en vol. Sur un MC/CC, c'est plus difficile, et ces minutes de retard peuvent avoir des conséquences dramatiques pour la rotation de l'appareil : créneaux imposés qui par effet boule de neige peuvent entrainer son annulation. Certains vols MC ont des temps de correspondance dans leur escale de destination assez importants pour se permettre de prendre quelques minutes de retard. Nous en tenons compte. En revanche certains vols ont un temps tellement court qu'il est impensable de les retarder sans qu'il y ait des conséquences sur l'exploitation. Je pense (pour le hall F1) au vol AF7640 pour LYS, qui n'a que 35 min à LYS pour repartir.
2/ Les autres passagers : non pas ceux qui sont manquants, mais ceux qui sont présents dans l'avion. Doit-on retarder un vol MC avec 135 passagers à bord pour attendre une ou deux personnes, sachant qu'à bord de cet avion, sur les 135 passagers, 100 ont une correspondance au départ de leur escale de destination ? La réponse va être négative. Ainsi, sur les vols pour AMS la ponctualité est une priorité absolue. Plus des 3/4 des passagers pour AMS ont une correspondance LC après AMS, environ 25% ont cette correspondance à 45min/1h. Retarder le vol pour une personne, c'est compromettre ces correspondances.
3/ Les passagers toujours, mais cette fois-ci, ceux qui sont dans le vol retour : Doit-on retarder un vol pour attendre un passager en retard, sachant que le vol a un temps de correspondance court à destination et qu'il revient rempli de passagers aussi en correspondance ? non plus. Ainsi, notre vol AF7640 et ses 35min de rotation à LYS revient en AF7653 (si ma mémoire est bonne) rempli à majorité de passagers ayant une correspondance LC à
CDG. Idem le vol AF1204
FCO. Donc, on ne va pas pénaliser durement plusieurs dixaines de passagers en correspondance LC pour un ou deux retardataires. Sans compter que l'impact de ces retards peut se ressentir sur plusieurs rotations de l'appareil au long de la journée
et pénaliser ainsi plusieurs centaines de passagers en correspondance LC.
[NB: quand je parle de passager en retard, ce n'est pas péjoratif : la raison de leur retard n'est ici pas prise en compte. Ce n'est bien souvent pas de leur faute et c'est plutôt leur avion qui est retard. Par commodité, je continuerai à les désigner sous l'appelation de "passagers en retard")
4/ Les passagers encore, mais cette fois-ci, ceux qui sont manquants : au regard de ce qui a été écrit précedemment, va-t-on les attendre ?
Grosso-modo, la question va être "attend-on un passager en retard ou quarante passagers en retard ?" la décision qui va s'imposer découle largement de la réponse à cette question, encore qu'il y ait des exceptions. L'autre question est : les bagages sont-ils déjà chargés dans l'avion ? si oui, il faut alors prendre la décision qui fera prendre le moins de retard : si localiser et décharger les bagages fait prendre plus de retard à l'avion qu'attendre les passagers concernés, autant les attendre.
La localisation des passagers (on verra plus tard le cas des accueils et des accompagnements)
5/ Les conditions de réacheminement: A-t-on des solutions pour ces passagers en retard qui vont rater leur avion ? dans le cas des MC/CC, on a souvent des vols tout au long de la journée. C'est pourquoi, s'il manque 40 passagers sur un vol et que le vol suivant ou l'ensemble des vols suivants dans la journée permettent le réacheminement, la décision va être prise de ne pas attendre. Encore une fois, il vaut mieux assurer la ponctualité de la rotation en satisfaisant directement 150 passagers (et indirectement tous les passgers de la rotation future) au détriment des passgers en retard que satisfaire un petit groupe de passgers en retard au détriment d'une immense majorité. SUrtout quand on a une slution de secours pour ces personnes. Entre deux maux, choisir le moindre.
6/ Paramètres liés à l'aéroport/ la situation du jour / la conjoncture. Ces paramètres arrivent en dernier, car ils vont jouer le rôle de facilitateur/destructeur de correspondance. Nous les subissons, nous n'avons aucun prise dessus, nous devons composer avec.
La saturation des filtres de sécurité (PIF), des postes de douane (PAF): problème récurrent à
CDG, qui fonctionne en hub avec des plages d'arrivées/départs : entre 06h et 08h, c'est noir de monde au PIF et l'effet entonnoir a pour conséquence de retarder des passagers qui ont un temps théorique de correspondance acceptable. Il n'est pas rare que des clients disposant de plus d'une heure de temps de correspondance ratent celle-ci.
Un bagage abandonné : en zone d'enregistrement, c'est une catastrophe : suivant sa localisation, il peut entrainer la fermeture des PIF. Comme l'intervention de l'équipe de déminage peut être longue, il y a fort à parier que les avions partent à l'heure sans les passagers coincés derrière le PIF.
En revanche, le même bagage abandonné en porte d'embarquement risque de retarder l'avion.
La météo : Si elle est exécrable et que priorité est donnée aux arrivées, ça facilite le temps de correspondance, on va avoir plus de marge pour attendre
Le contrôle aérien : il peut imposer un créneau de décollage : dans ce cas, l'embarquement a lieu à l'heure avec attente à bord pour être prêt à partir en cas d'amélioration de ce créneau : ça laisse un peu de temps aux passagers en retard pour avoir leur vol.
Il y a encore des facteurs liés à la rotation de l'équipage, à la gestion de l'ensemble de la flotte aérienne, à des éléments de contrôle aérien... qui nous échappent et qui peuvent faire que tel vol sera retardé et pas tel autre, ayant pour conséquence d'attendre un ou plusieurs passagers en retard.
Qu'est-ce qui fait que sur des correspondances extrèmement courtes certains passagers se voient pris en charge pour pouvoir avoir leur second vol et d'autres pas ?
SItuation crispante : vous arrivez d'un vol, l'avion est en retard, vous regardez votre montre, vous avez 28 minutes pour faire votre correspondance. Les portes s'ouvrent, vous vous ruez dehors et là, vous tombez nez à nez avec un agent brandissant un panneau FRA, un autre un panneau BCN, un autre un panneau
NYC et... rien pour vous, qui alliez à NTE.... fou de rage, vous courez jusqu'à votre hall de départ, vous êtes en sueur, les agents du PIF vous demandent de retirer votre ceinture, vos chaussures, vous repassez trois fois sous le portique, vous avez chaud, vous avez envie de les étrangler, finalement ça passe, vous récupérez vos affaires sous le bras et courez en chaussettes vers la porte d'embarquement où vous voyez votre avion, les feux anti-collision allumés, la passerelle retirée, prêt à partir, et vous voyez votre bagage de soute sur la piste qu'un manutentionnaire est en train de charger dans une petite voiturette. Vous demandez à l'agent "NTE, c'est encore bon ?" elle vous répond avec un grand sourire "Désolé Mr, je vous invite à vous rendre au comptoir de correspondance." Là, vous avez envie de pousser un cri primaire. Souvent, vous le faites et l'agent d'embarquement subit l'expression de votre désespoir. "Mais pourquoi vous ne m'avez pas attendu ???" (la réponse est au chapitre précédent) Variante "Mais pourquoi personne ne m'a attendu au pied de l'avion pour m'aider à avoir ma correspondance ? Ha ça, pour
NYC, BCN, y a du monde, mais NTE, ça intéresse personne, c'est une honte, on ne compte pas pour vous, c'est un scandale, etc. etc."
Pourquoi y a-t-il eu des agents pour attendre d'autres passagers en correspondance et pas ce Mr ? Car avec un temps de correspondance inférieur à 30min, à
CDG, on estime la correspondance ratée. De fait, elle l'est dans 95% des cas. Même en mettant un agent au pied de l'avion pour guider ce Mr dans les dédales de
CDG et faciliter sa correspondance (le
bord à salle : on intercepte le passager à
bord de l'avion pour l'accompagner en
salle d'embarquement), il l'aurait manquée. Il est alors préférable d'affecter cet agent à un autre passager ou groupe de passager qui disposera de plus de temps (
NYC avait peut-être 44min, BCN 37...) et sans lequel ils vont rater leur correspondance. Parfois, un agent est affecté pour guider un groupe qui dispose d'un temps normal de correspondance. Afin d'être sur qu'ils l'auront, on les accompagne.
Parfois, nous faisons "l'inverse" : nous affectons une personne à l'arrivée de l'avion, non pas pour faciliter la correspondance, mais pour accueillir certains passgers qui ont de toute façon raté leur correspondance, afin de les canaliser et de faciliter le traitement commercial et assurer leur vol de réacheminement.
Existe-t-il des différences en fonction de la compagnie ? de l'aéroport ?
Sûrement !
Voilà, j'espère que ce petit topo non exhaustif vous donnera des informations utiles et vous aideront à comprendre certaines situations.
Je reste disponible pour fournir plus d'explications, bien évidemment.