- Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter - Devos
Au village des Eduens.
Pondix revenant en char plus tôt d’ Alesia (les auberges étaient closes) découvre avec stupéfaction un épais rouleau de papyrus où les calames avaient tracé des mots mécontents. Le rouleau était jeté au seuil de sa hutte en torchis.
Comment ? La voilà devenue stupide, inconsciente. Ne sait-elle pas encore que César, son esclave affranchi Philipus et leurs légionnaires ne veulent que le bien des éduens ?
Coronavirus a envahi la Gaule.
De Lutèce à Lugdunum en passant par Massilia et même en Gaule cisalpine, c’est la même panique.
Les druides sont sur l’affaire. Acidenitrix, le conseiller du chef Ségrégationnix a pactisé avec César depuis fort longtemps.
Les éduens ne pardonnent pas la trahison et le mensonge et s’informent auprès de Diagnostic, le chevelu de Massilia, ami de Panoramix. Chercher, comprendre, réfléchir, le ciel peut tomber sur la tête !
Les légions ont ordre d’envoyer leurs catapultes de paroles sur les fortifications du village éduen. Il faut brocarder sur le champ les néfastes subversions.
Au village, les amis se rassemblent autour du bassin en forme d’oeil, l’oppidum gardera quoiqu’il coutât, sa liberté de penser et d’agir et, au sommet du Mont Beuvray, l’air est vif et depuis l’esplanade herbeuse la vue porte loin.
Nul n’accepte le prêt à penser et les guerriers éduens, les bituriges proches et les carnutes sur leurs chars légers transmettent vite les nouvelles. Qu’il soit dit que la messagerie gauloise ne fonctionne pas sur la propagation des rumeurs.
Pondix caresse distraitement la tête soyeuse d’Utopix, son vieux chat. Elle sait que Sousentendus et Caius Soutienmordicus, chef de la police secrète espèrent sa chute.
Et quand elle reçoit des soutiens inattendus, elle soupire d’aise.
Elle défait son sayon trop chaud maintenant qu’elle n’est plus sur son char, rajuste à la cheville la lanière de ses braies, refixe la fibule de bronze offerte par Soutienlogistix.
Son casque à tête de loup est rangé. Il est, sur ordre, devenu obligatoire. Il tient chaud mais permet de passer inaperçue quand on sort de l’oppidum.
Elle sait que beaucoup de gaulois vont se conformer aux ordres de César, par peur ou pour ne pas payer l'aurum coroniarum.
César non content d’imposer de nombreux vectigalia semble songer à un nouveau quarantième car trop de sesterces sont promis et cette distribution mettra à mal cette Gaule si difficilement conquise.
Le peuple acceptera sans broncher.
Rome depuis des lustres a laissé agir ses cohortes de propagandi.
Chargées de montrer les bienfaits d’une jeunesse parfaite saine bien nourrie, cachant les tordus de la tête et du corps dans les grabatoria, chaque propagandus a si bien œuvré que la mort n’existe plus, ne se voit plus, ne se vit plus.
Dès lors que l’on montre les défunts le peuple panique, tremble, chevrote et se plie.
Et quand, à Lutèce, il est dit que ce qui va nous rapprocher, c’est la distance, chacun acquiesce, applaudit hors quelques irréductibles gaulois incultes, égoïstes, qui aiment tant se taper sur l’épaule et s’étreindre.
Pondix sourit, délace ses brogues, agitant ses orteils dans l’herbe tendre.
Sur la table l’attend l’oenochoé emplit de ce vin léger venu depuis peu de la Gaule cisalpine et changeant si agréablement de la cervoise habituelle.