Pierre, je dois t'avouer deux petites choses :
- j'essaie d'écrire du mieux possible, dans un monde qui, à l'écrit, est de plus en plus médiocre. Médiocrité qui me blesse.. j'essaie surtout de me relire et de m'assurer de la clarté de mes propos. Parfois, une faiblesse, un grain de sable réussissent à passer et je le découvre trop tard; souvent, je reprends trois fois mon propos, afin de le corriger.. combien sommes nous ici à le faire, par souci de conformité au bon Français ?..
- j'essaie aussi de ne pas paraître trop rigoriste et justement, l'oubli souvent volontaire des majuscules est pour moi comme un signe d'appartenance au monde actuel, imparfait.. un geste de proximité envers tous ceux qui ici négligent bien plus que moi l'orthographe et la grammaire.
J'ai été critiqué pour trop bien m'exprimer.. je n'ai rien répondu (s'il fallait répondre à toutes les sottises qui passent ici, on y laisserait ses nuits..). de même pour le point qui termine une phrase.

- et puis, troisième raison : je sais que désormais je vieillis car spontanément, comme Catherine, mon premier jet comporte des fautes, qu'il y a seulement cinq ans, je n'aurais jamais commises !..
la relecture devient donc une nécessité... avant le risque brut de cécité..

combien de fois depuis plus de cinq ans ai-je hésité, puis renoncé à "corriger" X ou Y, surtout lorsque c'était "too much" et nuisait au sens. En fait, par égard pour l'auteur, inconscient, je me tais. Mon silence est comme un désaveu.. invisible.
J'ai, enfin, progressé en tolérance, un jour à 17ans, en classe de première, lorsque, voyant les nombreuses fautes d'orthographe que mon ami Alain produisait, sachant par ailleurs son excellence en maths et physique-chimie, appréciant son aimable initiation à plusieurs formes de jazz, découvrant ses capacités d'artiste-peintre, je me suis simplement dit "il est ton ami, oublie son Français truffé de fautes; as-tu sa sensibilité et son savoir ?" et Alain, parti outremer puis revenu à l'autre bout de la
France, est resté mon ami et la communication est restée confiante, heureuse.
Coluche faisait parler il y a trente ans un immigré maghrébin, qui répondait à un "correcteur-rapetisseur" "le Français je te le cause mieux que toi et je te merde !"..
bon WE, Pierre !