Le lendemain matin. Dernier jour du voyage. Ca y est, nous prenons le rythme et commençons à nous réveiller plus tard... Ca tombe bien, demain, ce sera décalage horaire en sens inverse ! Nathan dort encore à poings fermés. Pour ne pas faillir à la tradition, je me précipite vers la jolie baie vitrée aux stores vénitiens en bois pour découvrir enfin cette vue sur l’océan. Pas de bol : il fait gris. Déjà que je suis déprimée à l’idée qu’il faut rentrer en
Belgique, alors si, en plus, dans un super hôtel comme ça, avec une super vue comme ça, le soleil n’est pas de la partie, c’est juste... pas juste.
Nous descendons prendre le petit-déjeuner et laissons dormir Nathan. Nous nous rendrons compte au retour, alors qu’en parents attentionnés, nous lui ramenons des muffins et une banane, qu’en fait, il guettait notre départ pour regarder tranquillement la télé au lit en grignotant des cookies ! Ah, c’est qu’on s’y fait, à la vie à l’hôtel !
Les grandes manœuvres commencent : c’est en effet maintenant qu’il faut refaire les valises, répartir le poids équitablement entre elles, ranger les souvenirs... Finalement, ça se passe très bien, malgré les appréhensions d’Olivier. Tu vois chéri, finalement, je n’ai pas acheté assez, les valises ferment sans problème, c’est même pas marrant !
Ce qui est marrant, et là, je me dis que la vie est quand même bien faite, c’est que le ciel s’est dégagé... mais, étonnamment, cela ne semble être le cas qu’à
Santa Barbara ! En effet, quand nous quitterons la ville, non sans s’être imprégnés à jamais de la magnifique – c’est désormais confirmé ! - vue depuis la chambre, nous remarquerons que tout autour de la baie subsiste un voile gris, une espèce de fog pas engageant du tout. Par contre,
Santa Barbara est baignée de soleil, ce qui nous a bien arrangés pour notre petite visite. La ville est charmante, comme nous avions pu l’entrevoir hier soir. J’adore son style mexicain, sa mission et ses églises, ses petites rues, ses boutiques et ses restos. Il semble y faire bon vivre, et c’est un endroit où je reviendrais volontiers passer plus de temps pour profiter de cette douceur du quotidien.
Nous redescendons vers
Los Angeles en longeant la côte. Sous la grisaille donc. Difficile dès lors d’apprécier cette fameuse route côtière. L’océan est gris et la Mer du Nord n’a rien à lui envier. Il ne manque plus que les dunes. Olivier, toujours flegmatique, et qui n’est jamais fatigué de répéter la même chose à sa femme qui, décidément, n’enregistre rien : « Tu vas voir, le soleil va percer et les nuages vont se dissiper, il est trop tôt ! ». Je ne le crois qu’à moitié, car il est quand même déjà presque midi !
Mais comme de juste, peu à peu, des traînées bleues font leur apparition, et c’est sous le soleil que nous arrivons à
Malibu. Rien de bien spectaculaire en fait. Si le fameux feuilleton n’avait érigé en icônes les petites cabanes des sauveteurs, cette partie de la côte n’aurait vraiment aucune saveur.
Peu à peu, des maisons accolées se succèdent, et bouchent la vue. Nous sommes effarés par le nombre de fils électriques suspendus dans un désordre indescriptible. Cela fait vraiment amateur, pas net, pas moderne. Décevant.
Nous arrivons à
Santa Monica. Le Pier, de loin, constitue une ligne d’horizon nettement plus engageante. Là, ça nous parle ! Je suis impatiente de fouler enfin ses planches en bois et de voir le panneau « Here ends
Route 66 ».
À mesure que nous approchons, nous remarquons qu’en fait, la plage est recouverte aux ¾ d’un immense parking. Ce n’est pas beau, c’est même très moche, mais au moins, c’est pratique, pas besoin de tourner des heures pour se garer ! Le soleil est là et bien là et sur ce parking, il fait une chaleur d’enfer. Tournée générale de produit solaire ! Il faut cavaler derrière Nathan qui, comme hypnotisé, marche ou plutôt court vers les attractions de la jetée.
Nous n’y couperons donc pas, enfin, son père. Le petit s’éclate, il adore. Je suis contente. Une bien jolie manière pour lui de conclure des vacances qui, la plupart du temps, auront surtout été des vacances « pour les grands », et surtout pour maman. Il n’a jamais rechigné, s’est intéressé à tout et nous a étonnés sur bien des points. Fière de mon petit garçon.
Nous quittons la jetée et constatons qu’en fait, il n’y a aucun panneau indiquant la fin de la
route 66. Je suis sûre d’avoir vu une vieille carte postale avec cette mention pourtant ! Le panneau a-t-il été enlevé ? Mystère. Zut, ça aurait été sympa ! Nous nous dirigeons ensuite vers la 3rd Street Promenade, qui s’avère être plus loin que je ne le pensais. La « Plaza » que je cherchais est un parking en construction ou en démolition, pas trop sûre, ou alors on s’est complètement plantés, mais la 3rd Street est bien là. Très sympa et animée, piétonne... elle tient toutes ses promesses ! Pour notre dernier repas sur le territoire US, nous choisissons de manger... un hamburger, et pas n’importe où : au Johnny Rocket ! Je pense beaucoup à mon papa, qui adore cette déco style 60s et rêverait d’être ici, à notre place !
Pendant que les hommes sirotent leur coca et commandent une glace, je me mets en quête de derniers souvenirs pour la famille et fais un peu de lèche-vitrine. J’en suis à regarder un plan de quartier quand quelqu’un m’aborde pour me demander s’il peut m’aider. Interloquée, je me rends compte qu’il s’agit d’un « steward » qui est là pour aider les touristes ! Je lui dis que je voudrais trouver une librairie, mais pas pour acheter des magazines, je veux de beaux livres. Une « vraie » et grande librairie donc, pas un kiosque comme il y en a tous les 50 mètres. Ni une ni deux, le voici qui bafouille dans son talkie-walkie, et m’annonce, tout fier, « Barnes & Nobles, au carrefour suivant ! ». Well, that was easy !
Les hommes m’ont rejointe entretemps et, nos livres achetés dans cette « vraie » et effectivement très grande librairie, nous nous résignons à regagner la voiture en direction de l’aéroport, non sans un crochet par
Venice Beach.
Gros embouteillage sur ce parking surchauffé. Les Américains sont pragmatiques, mais alors qu’ils conduisent depuis « leur plus jeune âge », ils sont parfois assez empotés au volant, et créent des bouchons là où il ne devrait pas y en avoir. Exemple : la sortie de ce parking se fait sur la route principale, qui longe la côte, mais sur une bande de circulation spéciale, réservée. Eh bien toutes les voitures devant nous s’obstinaient à attendre que les deux bandes soient libres pour avancer, alors que personne ne venait sur la bande de droite et qu’elles auraient pu s’engager sans aucun problème. Grr...
Léger agacement, accentué par quelques cafouillages de la copilote, qui pensait naïvement suivre la route du bord de mer pour admirer le paysage mais, non, apparemment, à
Venice, on ne longe pas la mer en voiture (c’est quoi ce pays !?). Moralité : re-embouteillages à
Venice, on commence à saturer et de toute façon, le peu qu’on voit ne semble guère avenant. Tant pis pour le boardwalk, ce sera pour une prochaine fois. Comme nous sommes tout près des « canaux », nous y faisons un tour mais là aussi, sans doute blasés par ceux que nous avons déjà vus en
Floride ou plus au sud de
Los Angeles à Seal Beach et
Long beach, nous trouvons cela très moyen. Et toujours cette circulation incroyable. Ah, on était mieux à
Santa Barbara !
Il est environ 17h, notre avion décolle à 22h30. Avec cette circulation et vu l’attente que nous avions eue chez Alamo le premier jour, prudents, nous décidons de mettre le cap vers l’aéroport. Finalement, nous y serons très vite, même si, là aussi, il est plus loin que je ne le pensais. Sur une carte, il a l’air tout près, mais il y a quand même quelques échangeurs et autoroutes à s’enfiler. Tout se déroule comme sur des roulettes chez Alamo, le plus dur étant de vider la voiture et d’expliquer à Nathan que nous allons «abandonner » son réhausseur. Il en parle encore maintenant ! « Je me demande où se balade mon réhausseur ? Est-ce qu’il aura refait le Shafer Trail ? »
Il ne reste plus qu’à attendre l’avion. Un peu de lecture, un peu de boutiques, un peu d’Ipod. Un peu le moral en berne. Quand reviendrons-nous ? Il y aura un travail de pression à faire sur le papa, qui a cependant apprécié bien plus qu’il n’ose l’avouer ces deux semaines en famille dans ce pays qui a encore su l’étonner. C’est donc le cœur plein d’espoir que j’entre dans l’avion, le bras autour des épaules de mon meilleur atout, mon fils, dont je sais désormais qu’il a été définitivement conquis par les
USA.
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Epilogue
J'ai beaucoup tardé avant de terminer ce récit. Il ne restait pourtant qu'un jour à raconter ! Inconsciemment, peut-être n'avais-je pas envie de mettre un point final à ce voyage, que j'avais tant préparé, que j'avais tant attendu, et qui m'a tant plu ? Attendais-je un nouveau projet, une nouvelle motivation pour, en quelque sorte, le ranger au rayon des souvenirs (vivaces !) ?
Le petit coup de pouce m'a été donné le week-end dernier. Alors que, innocemment, je demandais à Nathan où il souhaiterait aller en vacances l'année prochaine, celui-ci nous a scotchés tous les deux en répondant : "Je veux retourner à
Las Vegas et à
Los Angeles ! Des attractions et des magasins de jouets, c'est le rêve !" (bon, à chaque âge ses priorités).
Son père en est resté bouche bée. Nous pensions que Nathan allait nous répondre "Plus de longs trajets en avion, on va dans un hôtel où il y a des toboggans et on ne visite rien !".
Moi, je n'ai évidemment pu réprimer un sourire de satisfaction, et je me voyais déjà une semaine à
Santa Barbara. Olivier s'est montré beaucoup moins frileux que je ne l'aurais cru, mais a mis pour seule condition de ne pas retourner là où on venait d'aller.
San Francisco ? Mouais, ça reste la
Californie. La
Floride ? Question attractions, ça se pose là !... Mouais, pourquoi pas ?!
Voilà donc où nous en sommes. Rien de décidé du tout pour l'instant, car de gros travaux prévus de ce côté-ci de l'Atlantique conditionneront le budget disponible. Mais un beau projet en filigrane, que je ferai mûrir en espérant qu'il voie le jour...