Comme d’habitude, je suis la première éveillée. Je n’ose pas regarder par la fenêtre. J’ai tant rêvé de
Moab. Il ne peut pas faire gris, c’est pas possible, PAS POSSIBLE. Je crois deviner des rayons de soleil, mais est-ce mon imagination, mue par un fol espoir, qui me joue des tours ? Timidement, je soulève un petit peu le rideau. Il fait gris sur le parking et juste en face, ce sont les falaises rouges. Je dois soulever un plus haut pour voir le ciel... il est BLEU. Mais pas juste le bleu fadasse qu’on a souvent en
Belgique. Non, le bleu des pays où il fait vraiment beau. Bleu pétant. Tout le monde debout, et que ça saute !
Je fais expédier le petit-déj, j’ai trop envie d’être déjà à Dead Horse Point. On ne sait jamais que les nuages arrivent. J’ai hésité entre
Arches et
Canyonlands/DHP pour le programme d’aujourd’hui. Mais comme ce sont ces deux derniers, plus qu’
Arches, qui m’ont donné envie de venir jusqu’ici, j’ai décidé de mettre toutes les chances de notre côté, et d’y aller sous le soleil.
Nous voilà donc partis. J’exulte, je bous. La route me semble longue, mais très belle, jusque Dead Horse Point. Je sens que c’est une de ces journées dont on garde le souvenir toute sa vie. Une bonne journée. Une belle journée. Une journée où tout concorde pour vous rendre heureux.
Arrivés au Visitor Center, mon mari, qui sent mon émotion, me dit qu’il va chercher une carte (il n’y avait personne à la guérite de l’entrée, il faut payer au VC) et qu’il veut me laisser découvrir cela sans plus tarder, seule. Je prends néanmoins mon petit garçon par la main et nous avançons, lentement, vers le précipice. Lui ne peut s’empêcher de retenir un « woh », ce qui chez lui marque à la fois son étonnement et son admiration, et moi, moi, j’ai les larmes aux yeux. On y est. C’est beau, c’est tellement beau. Les larmes me reviennent rien qu’à écrire ces lignes.
Mon mari nous rejoint et n’en revient pas lui-même, stupéfait. « Ca vaut largement le
Grand Canyon ». Je suis bien d’accord. Oserais-je l’avouer, mais je trouve ça nettement plus beau et impressionnant.
Nous marchons tout le long de la falaise. Il fait chaud, mais qu’importe. Nous sommes sur le plus bel endroit de la terre, et il y a enfin du soleil. Nous poursuivons jusqu’à la pointe du parc. Là, c’est le point de vue classique, somptueux. Séance photo obligatoire, et incontournable grimpette sur les rochers. Un merveilleux moment.
Il faut partir, malheureusement, mais quand on sait que c’est pour se diriger vers la partie Island in the sky de
Canyonlands, tout de suite, ça passe mieux. De toutes façons, les paysages que nous venons de voir sont gravés à jamais dans notre mémoire.
À
Canyonlands, nous commençons par le point du vue sur le Shafer Canyon. Absolument superbe. Grimpette habituelle pour les hommes, et frousse habituelle pour moi. D’un air détaché, je montre à mon mari le « fameux » Shafer Trail, que des fous du forum descendent ou montent en voiture, voire en VTT (Le Spartiate, si tu me lis...). « Bah, ça n’a pas l’air si impressionnant ! ». Je sentais le coup fourré.
On poursuit avec Mesa Arch. On prend plaisir à faire la petite marche qui y mène et je me dis que, décidément, on loupe des trucs à ne pas faire de petites randos et à survoler les sites aussi vite. Ceci est donc mon mea culpa. Les personnes avisées qui disent de prendre son temps pour visiter les parcs ont bien raison, et je m’en rends compte amèrement sur place, car chaque départ est une déchirure.
À Mesa Arch, nous sommes accueillis par tout un groupe de « Junior Rangers », de petits Américains qui sont inscrits au programme d’éveil à la nature organisé par les parcs. Un couple d’amis américains y avaient inscrit leur fils, pendant leur tournée des grands parcs. Je me dis que là aussi, si nous avions plus temps, Nathan aurait pu y participer... mais bon, tout se fait en anglais, donc...
Au retour, et après la sempiternelle escalade sur tous les rochers qu’il a pu trouver, mon fils nous guide par un autre chemin pour retourner à la voiture. Il prend vraiment goût à notre journée, je suis ravie.
Nous enchaînons avec les points de vue suivants, tous plus beaux les uns que les autres. Quelle visibilité, quelle sensation d’infini. On se sent tout petit. Et on se sent triste de devoir partir. Mais la journée n’allait pas s’arrêter là. Que dis-je, elle allait à peine commencer.
Les hommes crient famine. Mon mari, qui perd toute patience quand il a faim et qui, quand il s’empare d’une carte, trouve toujours des raccourcis, n’a pas envie de se retaper tout le trajet jusque
Moab et s’aperçoit alors que le Shafer Trail est un « raccourci » vers
Moab. Tadaaam, coup de tonnerre. « Euh, j’avais l’intention de le faire en excursion demain avec les pros de Tag-A-Long ». « Bah, comme ça, ce sera fait ! Tu n’as rien réservé, on n’a rien payé ? Alors, c’est parti ! ». Pourquoi diable n’avais-je pas réservé cette excursion à l’avance, moi qui réserve toujours tout ?!
On fait quand même un petit crochet par le Visitor Center pour voir s’ils n’ont pas quelque chose à grignoter – un homme, ça a beau aimer l’aventure, ça n’oublie pas son estomac. Rien de chez rien. C’est plus l’Amérique ici ou quoi ? Dans un excès de prudence qui lui vaudra ma reconnaissance, mon mari se renseigne quand même auprès de la Ranger, blonde, sur ce fameux Shafer Trail. Elle lui demande ce que nous avons comme véhicule, vérifie qu’il n’y aura pas de tempête dans les deux heures – le ciel est d’un bleu limpide ! – et nous met en garde contre le plat de la piste et la Potash Road, plus difficiles que la descente elle-même. Moi, je suis rassurée, car au moins une personne sait qu’on se lance dans cette périlleuse aventure, pas comme hier et notre prise d’assaut improvisée de la Notom Road.
Allez hop, c’est reparti pour une piste ! Et quelle piste ! Comme je le disais, je sentais que la journée allait être bonne... Le Shafer Trail en sera l’apogée. Quel régal de descendre cette route somptueuse. Je n’ai même pas peur, toute à mon émerveillement. Puis après les lacets d’hier sur le Burr Trail, plus rien ne m’effraie ! Nathan est lui aussi bouche bée. On croirait rentrer dans un écran Imax. On est DEDANS. C’est tout bonnement hallucinant. Je pense que mon mari passe un sacré bon moment lui aussi. Il se marre, mais je le sens concentré. Je suis heureuse qu’il s’éclate car ce voyage, on le fait avant tout pour moi.
Arrivés en bas, « Et voilà, ça c’est fait ! », nous sommes conquis, sous le charme. Mais en fait, la partie la plus technique commence. Naïvement, comme nous ne sommes plus au bord d’un précipice, je suis archi-confiante. Je vois cependant mon mari se décomposer plus d’une fois, d’autant qu’il sent que son déjeuner, il ne l’aura pas de si tôt. La piste est très très cabossée et prend énormément de temps.
Mais les points de vue s’enchaînent, somptueux. Nous croisons des VTTistes, en sens inverse. Il est aux environs de 13 heures, il fait un soleil de plomb. Je vois 114° sur le tableau de bord. Ces gens sont fous. S’ils doivent monter tout ce qu’on vient de descendre, et a priori, ils sont bien partis pour, ils en tiennent une sacrée couche – à mes yeux de non-sportive invétérée.
Nous nous arrêtons plusieurs fois, notamment pour une séance d’escalade sur de gros rochers marrants. Le Rav4 a l’air minuscule à côté !
Nous devrions bientôt arriver sur Potash Road, mais celle-ci se fait désirer. Nous ne savons pas très bien où nous sommes, sur la carte. Déjà, l’embranchement pour le White Rim nous avait surpris « Quoi, nous ne sommes que là ?! ». Les bassins de potasse devraient bientôt surgir à l’horizon.
Les voici... nous pensons qu’ils signent la fin du parcours, mais non... Nous croisons un 4x4 de Tag-A-Long. Mon fils, qui est à nouveau au volant, j’ai oublié de le dire, salue, très à l’aise, le conducteur du 4x4, qui lui rend la pareille en rigolant. Je calcule : « Il est 14h00, l’excursion de Tag-A-Long partait à 13h30, donc on est à 30 minutes de
Moab. » 30 minutes ! Mon mari manque défaillir. Euh oui, à moins que l’excursion partait à 13h, je ne suis plus trop sûre.... Hum...
Pour moi, la faim, la fatigue, toutes ces contraintes purement physiques, s’effacent devant la grandeur des paysages, la beauté du moment. Je savoure, et je mitraille à tout-va.
Soudain, bardaf, c’est l’embardée : carte mémoire pleine ! Noooon ! Et évidemment, je n’en ai pas d’autres sous la main. Je commence rapidement à supprimer quelques photos, mais j’enrage. Combien de photos de 7 millions de pixels ai-je fait aujourd’hui pour remplir une carte-mémoire de 2 gigas ? Ca ferait un joli problème pour les écoliers ! Et c’est là que je me rends compte que les photos prises en mode panoramique sont plus « lourdes » que les autres. C’est toujours bon à savoir !
Je supprime donc des photos, et je passe en résolution plus basse. Néanmoins, je me calme sur le déclencheur, car ma marge de manœuvre n’est pas bien grande.
Nous dépassons les bassins de potasse, et nous nous attendons à tout moment à retomber sur une route asphaltée. Après plusieurs faux espoirs, nous y sommes enfin... mais cela nous prendra encore un bon 20 minutes avant de nous retrouver, enfin, sur la grand route. Signalons cependant que cette scenic road, la 279, est tout simplement magnifique. Elle me fait penser au Long Canyon, le
Colorado en plus. Tellement proche, il nous accompagne... C’est de là que partent les excusions en rafting, d’après mes renseignements. Cette route, si jolie, clôt en beauté cette superbe et inoubliable matinée. Et en plus, j’ai droit à un bus jaune devant des rochers rouges. Je suis aux anges.
Affamé, mon mari met directement le cap sur
Moab, sans même prendre le temps de passer par l’hôtel pour se rafraîchir. Mon fils et moi optons pour un resto italien. Nous avons envie de pâtes. Notre choix se porte sur une jolie terrasse sous les tonnelles. Rare aux
USA, on ne va pas se priver. Avec vue imprenable sur Main Street et son cortège de gros camions, de 4x4, de quads... Les plats sont excellents, le coca, rafraîchissant, et le moment, extrêmement plaisant. Quel bonheur, ces vacances !
Retour à l’hôtel, où nous piquons une tête dans la piscine. Nous avons décidé que vers 18h, nous reprendrons la voiture pour faire la route 128 et pousser jusqu’au Red Cliffs Lodge, histoire de voir ce qu’on avait raté.
On dit la 128 magnifique, et on a bien raison. Encore une route d’une incroyable beauté. Décidément,
Moab est un véritable joyau. Nous n’avions encore jamais vu de région aussi riche en paysages si typiques, que nous recherchons et aimons tant. Je ne me féliciterai jamais assez d’avoir découvert cette région sur le forum – à ma grande honte, je n’en avais jamais entendu parler – et surtout, je ne remercierai jamais assez la communauté de ce forum de m’avoir permis de la connaître. S’il y a un endroit où je recommande vivement d’aller, c’est à
Moab, véritable concentré de tous les formidables paysages de l’Ouest.
Cette route 128 serpente au gré du
Colorado. C’est le pendant de la 279, de l’autre côté du pont de
Moab, et sur l’autre rive du fleuve. On finit par s’habituer à ces somptueuses roches rouges, et je me dis que les gens d’ici seraient sans doute épatés par nos verdoyantes collines belges.
Nous arrivons au Red Cliffs Lodge. Il est encore plus éloigné que je ne le pensais. Finalement, je n’ai aucun regret, nous sommes très bien au Inca Inn. Ici, on doit y être très bien pour un long séjour. Nous visitons leur musée du cinéma, sympa, et faisons de jolis clichés, avec les couleurs qui vont bien sur les buttes qui vont bien. Si ce n’étaient pas nos photos, j’aurais peine à croire qu’il ne s’agit pas d’un décor. Tant de perfection (et je ne parle pas de nous) frise l’iréel.
Je découvre grâce à ce petit musée que nous sommes dans la région de Professor Valley et Castle Valley, et qu’un nombre impressionnant de films y ont été tournés. Il faut dire que le coin est particulièrement photogénique. Les buttes n’ont rien à envier à
Monument Valley, et me semblent d’ailleurs plus imposantes. Elles font cependant moins « cosy », moins accueillantes. Elles semblent nous regarder de haut, monumentales comme elles sont.
Poussés par l’euphorie du moment, nous décidons d’aller voir les Fisher Towers. Nous empruntons la piste qui y mène. Et une piste de plus ! Nous nous en approchons, nous nous en approchons... puis nous ne les voyons plus. Nous traversons de petits ruisseaux... nous circulons sur des chemins assez accidentés, très étroits, à l’ombre de grands pitons rocheux. Toujours pas de Fisher Towers. Nous roulons depuis 20 minutes, mais cela me semble une éternité. Je commence à paniquer : il commence à faire tard, personne ne sait que nous sommes ici, et ça n’a pas l’air bien fréquenté, comme route... Where the hell are we ?
N’y tenant plus, je dis à mon mari que je préfère qu’on en reste là, au diable les Fisher Towers. « Si tu veux, je fais demi-tour ! » Oui, je le veux ! Comme on est mariés pour le meilleur et pour le pire, et qu'aujourd'hui, on a déjà connu le meilleur, voilà le pire : le demi-tour sur cette route étroite en bord de (petite) falaise. Mais notre fidèle destrier ne nous lâche pas et nous ramène, sains et saufs, sur la grand route, non sans avoir retraversé les ruisseaux. Ah, elles vont en faire une tête les autres bagnoles d’Alamo à
Los Angeles en voyant revenir le RAV4 couvert de red dirt !
Nous rentrons à l’hôtel et je me précipite sur mon Photographing the Southwest... pour découvrir qu’en fait, nous avons fait la piste d’Onion Creek, et que nous avons loupé la bifurcation pour les Fisher Towers. On est des durs maintenant, après le Shafer Trail, Onion Creek ! What’s next ?
Bon, c’est pas tout ça, mais quand est-ce qu’on mange ? Ca y est, ils ont de nouveau faim. Nathan a la géniale idée d’un pic-nic... dans la chambre ! Après tout, pourquoi pas, ça évitera de manger à nouveau au resto. Direction le City Market, et provisions pour la soirée et le lendemain. Nous mangeons des sandwichs et des tomates cerise en regardant Twister à la télé. Mon fils est fasciné. En anglais ou pas, la télévision le captive, et il n’en loupe pas une miette. On ne peut pas en dire autant de la moquette.
Je m’endors, après le rêve éveillé qu’a été cette journée. Une journée qui, comme je le pressentais, s’est avérée résolument inoubliable.