Bonsoir François merci et je suis content si mes explications t'ont apporté un éclairage. La littérature albanaise regorge de joyaux, outre Kadaré deux livres qui donnent une bonne idée de l’époque communiste Yllet Aliçka Les slogans de pierre et Jusuf Vrioni
Mondes effacés souvenirs d’un Européen.
J’avais fait un texte sur l’
Albanie il y a maintenant longtemps, le pays a changé, j’y suis retourné plusieurs fois depuis, mais les gens eux sont restés les mêmes ou presque. Parmi les voyageurs à vélo, l’
Albanie est réputée pour être le plus accueillant pays d’Europe, et je ne fais que répéter ce que les voyageurs à vélo disent.
Le lien du texte :
voyageforum.com/...ost=1370708;#1370708
Concernant ta remarque sur la pédophilie, non nous ne sommes pas en désaccord je pense exactement comme toi, et si je savais que j’avais à faire à un prêtre pédophile je le dénoncerais, et il ne serait pas question que j’assiste à ses messes. Non je ne suis pas du tout la hiérarchie catholique dans sa démarche passée par rapport à ces prêtres pédophiles. Mais il en est des prêtres comme des automobilistes que nous sommes tous, il n’y a pas que des ivrognes qui écrasent les enfants sur le chemin de l’école. Et beaucoup de prêtres sont révulsés comme toi et moi par cette attitude coupable de la hiérarchie.
La foi cela ne s’explique pas, et elle s’affranchit de la faiblesse et des fautes graves des hommes même s’ils sont prêtres. Comme je l’ai dit précédemment il y a une idée d’absolu dans un monde imparfait. On pourrait discuter longuement, mais sans ambiguïté les hommes d’église devant le code pénal redeviennent des citoyens comme les autres, et ils méritent d’autant moins d’indulgence qu’ils devraient être des exemples.
J’ai commencé à lire ton voyage en
Pologne je vais le reprendre plus attentivement. C’est un pays que j’ai traversé à vélo, puis j’y suis revenu en voiture avec mon épouse. Ta remarque sur Auschwitz et le tourisme je me l’étais faite. Donc je n’avais pas été vraiment impressionné cela faisait spot touristique, horrible mais voilà. Mais par contre en continuant mon voyage à vélo je suis tombé par hasard sur Majdanek, un dimanche après-midi par temps pluvieux, sans personne, et le choc m’a balayé au point que j’avais du mal à respirer. Treblinka a aussi été un choc fort. J’en parle dans le CR que j’ai mis sur VF de ma traversée de la
Pologne, et j’ai fait un texte particulier mais qui n’a pas été publié dans la revue de vélo à laquelle je le destinais, il a été jugé trop sombre, le voilà :
Traversée de la
Pologne
1200 km et 20 jours, il y a tant de choses à dire. Au cours d’une traversée de l’Europe ce pays m’a fortement marqué. Je vais vous relater quelques souvenirs marquants.
Arrivant de
Slovaquie, après une traversée des Tatras nous passâmes une première nuit à Zakopane, le
Chamonix polonais. Bien que le site soit magnifique, nous avons vite fui ce haut lieu de villégiature, et rapidement la
Pologne profonde s’est ouverte à nous.
Premier arrêt prolongé dans la petite ville de Makow, point de départ de différentes visites. Auschwitz et Birkenau, impression étrange, comme si le tourisme de masse nous rassurait et nous cachait la réalité de l’horreur absolue qui a régné en ce lieu. Nous avons visité
Cracovie, magnifique ville, avec son imposant château de Wawel. Il fut le lieu de résidence du gauleiter Frank, l’un des plus inhumains serviteurs de Hitler. Sur la place centrale, le guetteur automate sonne toutes les heures en souvenir de la ville conquise par surprise dans le passé, la vigie s’étant endormie.
Après 3 jours de visite et une belle cueillette de champignons dans les bois voisins, nous repartîmes à l’assaut des grands espaces. Les contreforts des Tatras nous opposèrent quelques belles côtes sur de petites routes désertes au milieu de forêts immenses. De fortes montées entraînent souvent de fortes descentes. Et là je m’en suis donné à cœur joie, des pointes à 75km/h sur des routes tortueuses avec 20 kg de bagages. L’adrénaline assurée, surtout que de temps en temps un nid de poule se dévoilait au dernier moment, waooh ça décoiffe !
Une fois les dernières ondulations montagnardes dépassées, la grande plaine polonaise s’étale sur des centaines de kilomètres. La circulation était parfois dense et dangereuse. J’ai dû me jeter dans le fossé pour céder la place à une grosse Mercedes qui doublait sans m’avoir vu.
De nombreux points particuliers se révélèrent au cours de notre progression. Nous n’avions rien planifié, les découvertes nous sautaient à la figure au fil de la route, des villes comme Sandomiers ou
Lublin, la région de Masurie au charme fou, la Vistule. Cette dernière me rappelle le Niémen, qui s’écoule à proximité en
Biélorussie et
Lituanie. Il est cher au cœur des aviateurs français, car sur ordre du général de Gaulle des pilotes rallièrent les Soviétiques pour combattre le nazisme sur ce fleuve. Depuis un escadron de l’armée de l’air française porte le nom de
Normandie-Niémen.
Sur notre route, nous avons croisé Majdanek, le plus vaste camp de concentration. Le choc fut à la hauteur du spectacle. Par un dimanche après-midi pluvieux, sous un ciel bas uniformément sombre, au détour de la banlieue de
Lublin, sans transition au sortir d’un bois, cet immense espace s’est ouvert un peu en contre-bas dans une large dépression. D’un regard nous avons englobé dans sa totalité ce gigantesque paysage de mort. Un champ clos presque infini ceint de barbelés, piqueté de miradors. A l’intérieur se blottissent des baraquements, le tout de teinte noire donnée par le ruissellement de la pluie.
Le côté presque artisanal de cet ensemble, il fallait construire vite, l’holocauste battait son plein, ainsi que l’absence de tout tourisme accentuent la notion de malaise face au caractère inquiétant et lugubre du lieu.
Cette vision me choqua à tel point que ma gorge se serra et mon rythme cardiaque se modifia. Je respirais comme pris dans un étau. Cette réaction me surprit, me faucha littéralement. Ce choc je ne m’y attendais pas, car après Auschwitz je pensais m’être un peu blindé face à l’indicible. Eh bien non ! Comme médusé j’avançais vers le monument commémoratif. Gigantesque, massif, très sombre et de forme tarabiscotée, il exhale un terrible effroi et une tristesse infinie. N’étais-je pas aux portes de l’enfer ? Lentement, tout au trouble qui me gagnait toujours plus, j’entrepris à vélo le tour du réseau de barbelés.
Cette visite a été l’une des plus bouleversantes de mon existence, et elle m’est tombé dessus alors que je ne m’y attendais pas, m’étant trouvé en ce lieu de barbarie et d’apocalypse par hasard, après quelques jours d’une magnifique chevauchée de plaisir où nous abattions plus de 100 km par jour dans l’euphorie de l’effort physique.
Treblinka, autre lieu témoignant de la folie des hommes m’a laissé un sentiment quelque peu différent. Des infrastructures concentrationnaires il ne reste rien. Seule une clairière, hérissée de pierres levées témoigne de ce qui s’est passé ici. Chaque pierre en fonction de sa taille symbolise une rafle dans une ville d’Europe, et il y en a des milliers. Le premier nom qui me vint à l’esprit, Martin Gray, célèbre par son livre « au nom de tous les miens ». Je me remémorai aussi l’incroyable ouvrage « Treblinka », qui relate la révolte du camp, qui conduisit à sa destruction par les SS. La prise de contrôle échoua de peu, il s’en était fallu d’une ligne téléphonique non coupée, qui permit à une unité allemande d’intervenir.
En quittant ce lieu, nous tombâmes sur un gigantesque chantier routier, qui nous obligea à un détour de 30 km. Cet immense travail sur fonds européens représentait tout un symbole. Nous longeâmes une voie ferrée renversée qui allait disparaître à jamais. Il s’agissait des rails qui supportaient les trains qui acheminaient les déportés au camp. Impression étrange, et tout à ma réflexion, un bruit que je connais bien, qui m’a bercé 30 ans se fit entendre. Le vrombissement d’un réacteur d’avion. Un F16 polonais très haut au-dessus de ce lieu au passé si lourd s’entraînait. Là aussi le symbole était fort, l’armée de l’air polonaise entretenait la souveraineté retrouvée de l’état polonais.
Autre lieu ayant trait à cette période sinistre, le repère du loup en Masurie, le PC d’Hitler caché au fond de la forêt pas très loin de l’enclave de
Kaliningrad nous procura un moment de grande émotion. Il y séjourna 3 ans durant la guerre avec ses principaux collaborateurs. Le lieu est austère, l’ambiance environnant le bunker personnel du führer laisse percer toute la monstruosité et la folie de ce dernier. Très impressionnant de se déplacer dans les ruines de la salle dans laquelle l’attentat du mois de juillet 1944 contre le tyran échoua. Il en ressortit de façon incroyable seulement légèrement blessé.
Mais notre voyage à travers la
Pologne ne se résuma pas au seul pèlerinage inopiné à travers les lieux de mémoire de le Seconde Guerre mondiale. Au cours des 3 semaines de notre périple, la chance nous gratifia généralement d’un temps particulièrement clément. Dans cette campagne polonaise profonde, qui par certains côtés pouvait rappeler la
France des années 60, nous avons reçu en permanence un accueil des plus chaleureux. Lorsque nous nous arrêtions dans le moindre petit village pour faire le point sur notre carte, nous n’attendions pas une minute sans qu’un villageois ne s’approche pour proposer son aide.
Dans les petites épiceries des coins les plus reculés, nous trouvions l’essentiel, mais souvent étions un peu frustrés, lorsque nous n’avions pas de langue commune. Par contre dans les villes les jeunes parlaient anglais et les plus de 40 ans souvent allemand, deux langues que je maîtrise bien. Nous avions fait l’effort d’apprendre quelques mots de base comme dans chaque pays que nous traversons, mais cela ne permet pas d’avoir de vrais échanges. Je m’étais promis d’apprendre le russe, mais je crois que je n’ai pas tenu ma promesse. Voilà pourquoi j’adore l’
Amérique du Sud, car à part le
Brésil « todos hablan castillano », et dans les recoins plus que perdus des Andes les Indiens vous parlent et on les comprend.
Le voyage c’est de pouvoir dialoguer avec les gens et pour cela il faut une langue commune, et ces peuples d’
Europe de l’est ont tellement de choses à nous raconter sur leur histoire récente. Mais, si bien souvent nous ne pouvions nous comprendre que par gestes, les Polonais nous ont toujours gratifiés de larges sourires dans nos tentatives de prononcer quelques mots, et ils n’en sont pas avares.
De cette expérience à travers la
Pologne, j’en garde la nostalgie d’une belle aventure à vélo, ponctuée de surprises grandes ou petites. Par exemple, au fond d’un chemin de terre en dehors de tout passage, un bac improbable nous a fait traverser la Vistule. Nous étions les seuls sur cette embarcation qui peut-être datait de la deuxième guerre mondiale, abandonnée par les Russes ?
En longeant l’enclave de
Kaliningrad un matin la frontière se présenta. Par une piste déserte la
Pologne nous laissa pénétrer en
Lituanie. Au milieu d’un bois nous abordâmes ce nouveau pays, qui quelques années auparavant appartenait à l’URSS. Bien évidemment pas de douaniers, nous sommes dans l’UE. Mais des restes délabrés de barrières et de réseaux électrifiés, comme quoi l’Union Soviétique se méfiait de ses alliés du pacte de
Varsovie. Et dire qu’actuellement nous allons de
Gibraltar à
Tallinn et même au-delà sans aucun contrôle. L’Europe c’est pas mal !
Bonne soirée François et je te ferai un petit commentaire sur ton texte
PologneLuc