envers lui, cet jeune homme (en tous cas plus jeune que moi). Biensur j'avais mes raisons, biensur j'étais en droit d'être un peu égoïste et protéger mes forces et mes plans. N'empêche que je n'ai pas été grand, n'empêche que je l'ai quitté dans de telle condition, n'empêche que je n'avais pas pu l'emmener là où les mousses rougeatres scintillaient sous le soleil, là où le bleu du ciel n'a d'égale que le noir des cimes. Là où j'ai apprécié la beauté seul, avec la satisfaction d'être un '' vrai '' baroudeur.
Nous avions partagé des nouilles, une demie tente ouverte, un froid glacial, des kilomètres de routes montantes, des dizaines de kilogrammes de matos, et aussi la victoire d'être arrivés.
Je n'ai pas partagé son retour, seul et malade. Je n'avais même pas bronché quand je le voyais s'essouffler. Il était grand et majeur. Nous n'avions aucun lien, même pas amical car le temps était trop court pour se faire une amitié, logiquement il fallait que je lui laissais rentrer, pour son bien, et pour mon plan, mais quand même...
Il s'appelait David, maladroit et inexprimenté, sans doute comme moi à mes débuts. Il ne savait pas et ne saurait jamais que j'avais un peu honte de moi.
Peut être que j'ai tort d'avoir honte, je suis paradoxal aussi et je revendique le droit de l'être
Est ce qu'il vous arrive d'avoir honte parce que vous avez fait quelque chose qui ne se fait pas, parce que vous n'avez pas été très fair-play ou à un moindre degré pas très généreux (se) envers un être rencontré en voyage, un compagnon de voyage, un passant malheureux, ou même un animal ?