Tu as raison Françoise!!!!
J'ai zappé le récit de
Robben island à
Cape town. C'est parce qu'avec le musée de l'apartheid, c'est l'endroit qui m'a le plus remué les trippes et créé un mal être qui a duré 3 jours.
Je vais tacher de vous le raconter. Lors de notre séjour à
Cape town, notre dernière matinée fut consacrée à la visite de
Robben island l'île où Mandela et plusieurs prisonniers politiques ont été retenu prisonniers et torturés. Le tour commence à 9h par un tour en bateau d'une demi-heure. C'est le même que nous prendrons pour rentrer.
Il pleuvait lors de notre traversée, nous n'avons donc pas fait de photos sur le pont du bateau.
Inutile de dire que le bateau était rempli. Puis une fois sur l'île, les passagers sont répartis dans 3 bus, chacun avec un chauffeur et un guide.
La visite guidée dans le bus donne le ton en nous faisant faire un tour de l'île et en nous montrant les différents lieux où les prisonniers faisaient des travaux forcés comme le quarry.
Le quarry était une carrière dans laquelle ils devaient casser des pierres, lieu le plus froid en hiver et le plus chaud en été. Les prisonniers étaient vêtus de haillons, et devaient rester 8h dans cette carrière, sans aucun endroit pour pouvoir s'abriter ni du froid ni de la fournaise en été. Avec le temps, ils avaient creusé un trou dans la paroi rocheuse pour pouvoir y faire leurs besoins, et aussi y trouver refuge à tour de rôle. S'ils essayaient de sortir de la carrière, ordre était donné aux gardiens de tirer pour tuer!!!
Nous passons devant des bâtisses qui ont été des prisons autrefois.
Puis nous arrivons à la prison dans laquelle a été détenue Mandela. C'est la partie qui vous prend le plus au tripes, car elle est menée par un ancien prisonnier qui a connu Madiba la-bas, et a subi des sévices insupportables.
Les barbelés sont encore là pour bien matérialiser la privation totale de liberté.
Un panneau nous rappelle que parmi ces hommes, même si nombre d'entre eux y ont laissé leur vies, lors de l'abolition de l'apartheid, d'autres en sont sortis vivants et libres. L'espoir est donc de mise dans cette visite, malgré les horreurs qui y ont été faites.
Nous entrons dans des couloir froids dont on peut ressentir le vide absolu d'humanité.
Puis le guide nous montre un dortoir de prisonnier. Et il nous explique qu'au tout début, ils dormaient à même le sol sur des couvertures, et c'est grâce à une grève de la faim qu'ils ont obtenu les lits.
Vous imaginez: dormir à même le sol glacé en plein hiver!!!!!
Puis il nous montre des pancartes explicatives. Celle ci-dessous nous montre la réplique d'une fiche de prisonnier, avec le crime commis, son nom, et le temps d'emprisonnement prévu.
Une autre nous révèle que tous les prisonniers n'étaient pas traités de la même façon au niveau alimentaire. Les bantous avaient des portions congrues par rapport aux asiatiques et aux coloured.
Les prisonniers politiques étaient soumis au traitement inhumain des gardiens qui avaient reçu comme consigne de les rabaisser, en exigeant par exemple d'eux qu'ils se mettent tout nus devant les autres. Notre guide nous a raconté qu'il eu l'occasion de refuser, et qu'il s'est donc retrouvé avec 3 mois de cachot, il ne sortait à l'air libre que 2 fois, le matin et le soir, pour aller faire ses besoins et passer un peu d'eau pour enlever la saleté. Ils avaient un seau comme Wc qu'ils allaient vider 2 fois par jour.
Il nous explique l'éducation politique qui était transmise aux prisonniers par les plus lettrés, les punitions et les coups de batôns qu'ils recevaient.
Il nous explique qu'il y avait 3 types de tortures dont il n'arrivait pas à gérer la douleur:
- les chocs électriques
- les serviettes humides autour du visage pour vous étouffer
- les coups répétés sur les testicules.
Il nous montre les cachots dont les murs portent encore les traces des photos de ceux qui les ont occupé et qui sont le plus souvent morts la-bas.
Et il y en a beaucoup!
Nous visitons ces cachots d'isolement dans lesquels les prisonniers n'avaient pas le droit de se parler entre eux, ni aux gardiens. Ils y subissaient des privations de nourriture encore plus sévère. Tout était fait pour les détruire.
Différentes affichettes nous fournissent des explications sur certains occupants.
Nous allons d'un cachot à un autre pendant un certain laps de temps prenant moult photos et nous imprégnant de l'histoire de ces murs. C'est oppressant.
Puis nous empruntons un long corridor pour rejoindre la cour intérieure dans laquelle des photos de journalistes soigneusement choisis par le gouvernement blanc raciste sont affichées.
Ces photos ont été montrées au monde entier dans les journaux pour faire croire que les prisonniers politique étaient mieux traités que ceux de droit commun.
Comme par hasard, le jour des photos, les leader noirs ont reçu des vêtements neufs et des manteaux pour être au chaud, et sur la photo, ils sont juste assis à l'arrière plan sans travaux forcés à accomplir!!!! Evidement, la réalité était toute autre, le guide l'a souligné, mais nous, nous en doutions.
Puis nous quittons la prison, et évidement l'une des questions qui lui a été posé a été "Comment avez-vous fait pour accepter de revenir sur les lieux où vous avez été torturer pour servir de guide?"
Il nous explique qu'au début, quand l'ANC a pris le pouvoir, ils ont voulu faire de
Robben island un lieu de mémoire et qu'ils ont voulu que seuls les anciens prisonniers soient choisis comme guide à l'intérieur de la prison. Lui au début, a évidement refusé de retourner dans cet endroit où il avait tant souffert. Puis ne trouvant pas de travail à sa sortie, acculé, il a fini par céder. Mais il nous explique à quel point la première année a été ultra dure pour lui, car il revivait son cauchemar encore et encore.
Puis, il s'est rendu compte que des gens du monde entier venaient pour connaitre la vérité sur cette prison et sur ce régime raciste. Alors, devant tous ces gens qui cherchaient à connaître la vérité, il a fini par prendre plaisir à jouer son rôle de mémoire des lieux.
Et j'ajouterais que les pourboires conséquents qu'il obtient à la fin ont du aider à faire passer la pilule. Nous étions environ 50 par bus et par groupe de visite, et les plus petits billets que chacun lui a donné étaient de 20 rands. La visite à l'intérieur de la prison dure environ 1h.
En proie à une très forte émotion, nous repartons et admirons les fresques qui ont été peintes sur les murs.
Photos de ces hommes qui ont marqué l'histoire des noirs sud africains et qui par leur action et celle de nombreux intellectuels et artistes ont renversé le gouvernement de l'apartheid.
Ils avaient droit à 1 visite tous les 6 mois; et leurs familles devaient parcourir des distances très importantes pour arriver jusqu'à eux. Mais c'était très important pour eux, car ces femmes qui venaient rendre visite donnaient aussi des nouvelles sur ce qui se passait hors des murs. Elles leur donnaient la force de continuer à se battre et à résister.
Il est 12h30 quand nous foulons le quai au port de
Cape town.
Je suis contente d'avoir vécu cette visite et d'avoir eu la chance d'être guidé par quelqu'un qui a été co-détenu de Madiba. J'ai eu le blues pendant les jours qui ont suivi mais tant pis: c'était l'une des raisons principales de mon voyage et je suis contente de l'avoir faite.
A+