VENDREDI 26 AOUT : Départ pour
Varanasi
Le temps passe vite et il est déjà temps de partir pour
Varanasi. Mais avant, j’ai trouvé une idée pour changer des temples : les Raneh Falls, ce sont des chutes à 19 kms de Khaujuraho. Nous y arrivons à 9h. L’entrée est exorbitante : 425 rps en tout (entrées+voiture), ça calme !.... et à cette époque de l’année, on ne voit que les chutes et pas le parc complet qui est fermé (période de reproduction). Les chutes sont grandioses. En juillet, après les fortes pluies, elles faisaient 10 mètres de plus, d’ailleurs le site a été fermé un moment du coup. Nous nous baladons avec un homme qui travaille ici, c’est très sympa.
Nous faisons un tour dans la forêt genre « tropicale » avec vaches.... trou de cobra (au secours !!), de renard et autres curiosités...Puis nous nous posons un moment à l’ombre d’un arbre sur une pierre avec vue sur les chutes. C’est calme et reposant et nous nous laissons bercer.....ça fait du bien !
11h 15 : il est temps de partir pour l’aéroport. Dans l’aéroport, c’est le souk. Il est tout petit, et il n’est même pas possible de boire un verre. On est fouillés plusieurs fois, un douanier demande à Yvan ses cigarettes. Par contre, à aucun moment, on ne me demande mon passeport, comme quoi.....
Arrivés à
Varanasi, une voiture de l’hôtel nous attend, heureusement que j’avais demandé un pickup, gratuit en plus. Nous montons dans une voiture toute déglinguée, à moitié sur des ressorts, aux amortisseurs pourris..... on se demande comment elle roule encore. Bref, après un long moment où nous pensions qu’elle ne démarrera jamais, nous voilà partis pour presque une heure de route,...
Sur la route, nous croisons une vache morte au milieu de la rue, un chien mort qui se fait dévorer par plein d’oiseaux, écoeurant mais classique in fine. La cohue du centre paraît plus oppressante qu’ailleurs. Il nous dépose dans une avenue et nous finissons à pied : 10 minutes dans les ruelles étroites avec nos bagages, en évitant les vaches, leurs bouses partout bien sûr, les ordures, l’urine et que sais-je encore.
Enfin, nous arrivons à notre hôtel, l’hôtel Alka sur les ghâts. Au pied de l’hôtel, des buffles se baignent à quelques mètres des enfants qui se baignent....
Il est 16h, je suis fatiguée et je suis soudain submergée par un ras-le-bol que je n’explique pas : le manque de sommeil, d’alimentation, la chaleur.... ? Nous allons boire un verre puis décidons de prendre une douche. Surprise (en
Inde, peut-on parler de surprise ?) : pas d’eau chaude.
Varanasi, je voulais absolument y venir pour voir le Gange, les gens, les crémations, etc....Nous laissons donc sciemment de côté les autres curiosités de la ville, telles que les temples. L’essentiel pour moi est de traîner au bord du Gange et m’imprégner de l’atmosphère.....C’est quand même le plus sacré des fleuves de l’
Inde.
Je lis dans le routard que le nom de
Varanasi provient de la rencontre de deux rivières : au nord la Varuna et au sud l’Assi. Je lis aussi les raisons pour lesquelles les vaches sont sacrées : d’une part, car elles sont les mères nourricières des bébés en cas de famine et source de leur survie en cas de famine, et d’autre part, les morts peuvent s’accrocher à leur queue pour traverser le fleuve sacré et atteindre le nirvana.
Nous décidons d’aller faire un tour, il est presque 18h et je veux voir la cérémonie qui se déroule à Main Ghât, le « puja », cérémonie du culte du Gange. Tout le monde en dit tellement de bien que je veux voir absolument. Nous sommes assaillis par des gens qui veulent nous vendre un tour en barque. Nous finissons par céder, et embarquer sur un bateau en ayant préalablement marché dans la boue. C’est un bon moyen d’avoir une vue globale de la ville. Le tour dure une heure, part de Dasashwamedh Ghât, aussi appelé Main Ghât, et va jusqu’au lieu de crémation principal à Manikarnika Ghât, puis va ensuite de l’autre côté du Gange jusqu’au crématorium électrique à Harishchandra Ghât, où là aussi nous voyons quelques crémations. Un enfant à bord nous vend des offrandes avec des fleurs et une bougie à déposer dans le Gange.
La barque avance sur le fleuve, le long d’impressionnants édifices qui ne sont autres que des palais de maharadjas indiens qui voulaient absolument avoir une résidence à
Varanasi, symboliquement. Aujourd’hui, la majorité de ces palais est à l’abandon.
Je suis bêtement effrayée à l’idée de tout ce que j’ai lu sur les crémations, surtout à l’idée de pouvoir voir un corps qui flotte, comme les photos d’un site personnel d’un membre du forum VF, rien que d’y penser j’ai froid dans le dos. Le Gange est très sale, nous voyons flotter des branchages, des ordures ; nous voyons même une femme qui arrive avec un sac poubelle (sa poubelle sans doute) et la jette dans le Gange avant de repartir.... C’est vrai qu’ici, pas question de ramassage des ordures.
Le Gange est ainsi le lieu central de vie : on s’y lave, on y lave son linge, on y jette les ordures, on y jette les cendres des défunts et certains corps, les eaux usées....Le vœu le plus cher de tout hindou est que son âme monte au ciel lors de ses funérailles, par la grâce du feu, en espérant atteindre directement le stade ultime du nirvana et échapper au cycle des renaissances. L’incinérateur électrique est destiné aux personnes à faibles moyens et en particulier aux victimes d’accidents.
La barque marque ensuite une pause devant la cérémonie Puja puis nous ramène. Nous allons à pied voir le « Puja », c’est très joli, un peu hors du temps. Cinq prêtres habillés de blanc et tournés vers le Gange chantent des chants sacrés et font offrande de la lumière au fleuve (bougies en pyramide, torches de feu). Plus loin, sur un lieu secondaire, trois prêtres officient également. On entend des cloches.
C’est plein de monde et de moustiques, on se fait piquer, du coup on ne reste pas longtemps, on reviendra demain.
Nous constatons que se balader à pied le long du Gange est impossible, même s’il baisse chaque jour à vue d’œil. Je suis déçue, je comptais bien faire cette balade.
Première impression étrange, l’ambiance est très différente des autres villes. Il y règne une sorte de « je ne sais quoi » qui est envoûtant. Ici, les gens grouillent de partout, c’est la cohue permanente et les rickshaws sont rois. De toute façon, se déplacer en voiture doit être quasi impossible.
Nous allons dîner. Pas de chance, le restaurant de l’hôtel est végétarien et mon estomac commence à peine à se remettre, je commande une salade de tomates et un sandwich, ce n’est pas bon. Le courant saute, ça a l’air très fréquent ici car tous s’activent. L’hôtel active le générateur, quel vacarme ! mais au moins l’électricité revient.
De retour dans la chambre, la climatisation ne marche pas, et toujours pas d’eau chaude. Il est temps de se coucher, il est 21h.
SAMEDI 27 AOUT :
Varanasi
Je suis réveillée à 7h par les enfants qui jouent et les chiens qui aboient. A 8h, je descends prendre un petit-déjeuner, et commande un thé et un pancake sucre, qui s’avère infect (végétarien donc sans œuf). Il fait déjà horriblement chaud.
Il y a un lézard dans la salle de bains, il a sans doute plus peur que moi.
Je me sens très impuissante face à eux et à
Varanasi, ça me choque bien plus qu’ailleurs. Est-ce la fatigue ou quoi, je ne sais pas. Je les sens dans leur monde, moi dans le mien. Je sens leur monde inaccessible, tellement orienté « religion » et tellement différent.... Mais, in fine, personne ne fait l’effort d’aller vers l’autre, peut être par peur. Mon positionnement de spectatrice m’évite de m’impliquer et me permet de prendre du recul, sinon comment supporter le « spectacle » quotidien, cette misère, cette saleté, cette vie..... !!
Nous allons nous balader. Et nous voilà en train de déambuler dans les ruelles étroites du quartier de Chowk, un vrai labyrinthe, plein d’échoppes et de marchés. Je comprends mieux pourquoi il est si aisé de se perdre à
Varanasi. A 17h, nous sommes à proximité du site principal de crémations, à Manikarnika Ghât, je veux voir ça de près. Nous ne croisons pas de procession funéraire. A l’entrée, des tas de bois énormes attendent. Là, un garçon nous prend en mains et nous emmène en haut d’un escalier du premier hospice (curieusement vide) pour nous expliquer l’essentiel à savoir sur les crémations.
Pour la petite histoire, il faut savoir les choses suivantes, que le garçon nous explique : il y a environ 200 crémations par jour, 24h sur 24 toute l’année. Chaque crémation nécessite 200 kilos de bois minimum (entre 200 et 300 kilos) à 170 roupies le kilo, ça fait cher pour une bourse indienne ! et il faut payer tous les à-côtés : sari du défunt, feu éternel, etc.... Les femmes n’assistent pas aux crémations du fait qu’avant elles se jetaient dans le bûcher de leur défunt mari, de plus comme elles pleurent et se lamentent, elles empêchent l’âme du défunt d’atteindre le nirvana. Les morts sont « brûlés » dans les 24h du décès (un corps met 3 heures à se consumer). Ils sont enveloppés dans un sari de couleur (rouge pour les femmes, blanc pour les hommes), puis immergés dans le Gange pour purification, brûlés puis les cendres sont dispersées dans le Gange. Certaines personnes sont dispensées de crémation et sont simplement immergées au milieu du fleuve, lestés de pierre, car considérés comme purs : ce sont les enfants de moins de 12 ans, les femmes enceintes, les sadhus, les victimes de morsures de serpent, les vaches, etc.... Un rituel est respecté : c’est le fils aîné de la famille qui allume le bûcher (ou l’époux s’il s’agit d’une femme) après avoir tourné cinq fois autour. Nous ne le voyons pas faire, Les crémations sont en fait assez « sobres », nous voyons des tas de bois qui brûlent mais aucun côté morbide ne ressort, d’ailleurs on ne voit rien du tout, les morts étant « entourés » par le bois (bon d’accord on est bien à une dizaine de mètres). Des hommes remuent le bois et les cendres en permanence, ce sont des intouchables. Par contre, je ne vois pas de chien qui tourne autour des bûchers, comme j’ai lu quelque part. Une seule plateforme fonctionne, et une deuxième en contrebas avec peu de corps. On nous explique que le Gange est trop haut et qu’en période hors mousson, il y a trois grandes plateformes avec des bûchers.
On voit parfois des barques remplies à bloc de bois destiné aux crémations sur le fleuve. L’homme le plus riche de
Varanasi semble d’ailleurs être le vendeur du bois des crémations.
C’est là qu’on voit toute la puissance de la religion sur les mentalités. Quand le corps brûle, les cinq éléments dont il est composé retournent à leur place par le feu. Nous sommes bien loin de tout cela en Europe ! Bien sûr, les photos sont interdites, de toute façon, il ne me viendrait pas à l’idée d’en faire, question de décence !
Il nous montre les hospices pour personnes âgées attendant de mourir. Nous faisons un tour au milieu des familles en deuil habillées de blanc (que les hommes). Je ne me sens pas trop à ma place mais ils ont à peine l’air de nous voir. L’ambiance est calme, recueillie. Le garçon nous montre le feu sacré éternel, celui qui ne s’éteint jamais et sert à allumer les bûchers. Au bord du Gange, « traînent » par terre deux corps enveloppés et attachés sur une sorte de brancard, prêts à être immergés dans le fleuve puis être incinérés. Je ne veux pas m’approcher trop près des bûchers, même s’il nous le propose, question de respect et je crois que j’ai trop peur de ce que je pourrais voir. Nous regardons ce « spectacle » qui n’a rien de triste en fait.
Le garçon nous présente une dame très âgée, qui n’a soit-disant pas de quoi se payer ses obsèques et nous demande de faire une offrande de quelques kilos de bois ; je fais un calcul rapide il nous demande en fait un paquet de roupies. Le côté forcé me gêne, nous lui donnons 200 roupies. J’aurais préfère la démarche spontanée.
Nous reprenons les ruelles sombres ; il commence à faire nuit et en plus, il y a une coupure de courant. Nous ne voyons pas où nous mettons les pieds, j’espère qu’on arrive à éviter les bouses de vache et autres ordures....Nous nous dirigeons vers Dasashwamedh Ghât, pour assister à la « Puja » à nouveau mais il est tard et elle est déjà bien avancée. Il y a moins de monde que la veille à l’endroit où nous sommes, c’est plus agréable mais toujours des moustiques. Le rickshaw nous ramène à l’hôtel ; il est 20h30.
DIMANCHE 28 AOUT : Lever de soleil sur le Gange puis retour à
Dehli
Nous nous levons à 5h pour un départ de l’hôtel à 5h15, direction le Gange (Main Ghât), pour une balade en barque. Nous avons donné rendez-vous à notre rickshaw de la veille. Celui-ci nous propose d’aller à un autre endroit que Main Ghât, à proximité de Kedar Ghât et nous recommande un homme pour une barque.
Nous avons du mal à trouver une barque pour une heure, on nous propose 400 roupies,.... finalement nous négocions dur et obtenons un prix de 200 roupies après avoir failli abandonner, l’homme ne voulant pas céder et aucun autre ne voulant nous louer une barque. On n’est quand même pas venus pour rien !
Bref nous voilà partis. J’ai hâte de découvrir la « salle de bains géante » décrite dans le guide du routard. Ce ne doit pas être la bonne époque car, certes de nombreuses personnes se lavent, mais des milliers faut pas exagérer, bon fallait peut être interpréter sur toute la matinée ? bref, des gens se lavent quand même tout le long des Ghâts : se savonnent, se lavent les dents, etc. Les indiens descendent les escaliers jusqu’au fleuve pour se laver. Les femmes se regroupent entre elles et se lavent toutes habillées. Je suis amusée par le caleçon de certains hommes, dans le style léopard....
Nous voyons des touristes japonaises se baigner avec les indiens pendant près d’une heure, quel courage !
Les ablutions se pratiquent donc au soleil levant, quelle que soit la température et obéit à un rituel précis : prononcer le mantra sacré, s’immerger complètement trois fois de suite, et boire une gorgée d’eau sacrée. C’est calme et agréable, reposant. Nous faisons de nombreuses photos du soleil levant, des ghâts, mais il m’est difficile de faire des photos des gens qui se lavent, c’est vrai le « routard » a raison, comment je réagirais si des touristes se pointaient appareil photo en main dans ma salle de bains le matin..... Mais eux n’ont pas l’air offensés, ce doit être une habitude.
Nous allons encore une fois jusqu’aux crémations qui semblent peu nombreuses à cette heure-ci. C’est très agréable.
Le Gange décroît mais la boue recouvre les édifices qui le longent et laisse des montagnes de déchets partout, c’est sale.
Nous sommes de retour à l’hôtel à 7h15 où nous avalons un petit-déjeuner, faisons un somme de 8h à 10h puis rangeons nos affaires. A 12h15, nous partons pour l’aéroport, encore une fois dans un taxi pourri, non gratuit celui-là (400 rps). L’avion est annoncé avec un retard d’une heure. L’attente est longue, ça ne nous manquait pas de voir des touristes indisciplinés et mal polis.....
Nous arrivons à l’hôtel à 18h. Nous décidons de ne rien faire le lendemain, nous avions envisagé de nous balader dans les bazars de Old
Dehli mais finalement nous sommes crevés et décidons de rester à l’hôtel nous reposer.
LUNDI 29 AOUT : Une journée de repos
Aujourd’hui, c’est notre dernier jour de vacances...snif !! Nous décidons de passer la journée à ne rien faire et buller au bord de la piscine, comme des touristes.
A 22h30, nous prenons un taxi pour l’aéroport.....
MARDI 30 AOUT : Il est temps de rentrer
2h35, nous décollons pour
Milan. Vol sans problème, nous essayons de dormir au maximum. Après une halte d’une heure à
Milan, nous arrivons à
Paris CDG à 10h50 comme prévu. Le temps de rentrer, nous sommes à la maison vers 13h30.
En route, nous voyons des gens qui se comportent mal avec d’autres, des commentaires désobligeants fusent..... Welcome in
France !
Les vacances, c’est fini. Nous avons nos souvenirs et plus de 2000 photos à trier !!!