Mékong · 29 octobre 2007 à 20:34 · 263 photos 246 messages · 36 participants · 79 608 affichages | | | | À: Mékong · 21 mai 2013 à 10:14 · Modifié le 22 mai 2013 à 17:43 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 201 de 246 · Page 11 de 13 · 2 736 affichages · Partager De Penang à Melaka (novembre 2012)
Penang (photo) (photo) Une fois n'est pas coutume, un peu de géographie s'impose. Penang est une petite ile proche de la terre ferme, située au nord-ouest du pays à quelques encablures de la Thaïlande. Rappel : Kota-Bahru ma précédente étape était située au nord-est.
www.malaysia-maps.com/
Au départ de Butterworth, un ferry relie Georgetown la capitale située au nord-est de l'ile (photo) et un pont suspendu relie le centre-est (photo) . L' ile est montagneuse couverte de forêts (photo) en son sein, de végétation luxuriante le long du littoral surtout côté sud (photo) et de plages de sable blanc côté nord à Batu-Ferringhi (photo)
En juin 2010 arrivant de Chennai sud de l' Inde par avion, j'étais immédiatement tombé sous le charme de cet endroit et je m'étais promis d'y revenir. Il faut dire que n'importe quelle étape aurait fait l'affaire après mon séjour tumultueux en Inde. L' Inde....un pays certes intéressant et fascinant à plus d'un titre mais parmi les moins accueillants où j'ai séjourné. Question de feeling. Fermons cette parenthèse indienne. Ainsi j'étais conquis par le charme désuet des vieux quartiers de Georgetown la capitale (photo) et la quiétude de ses habitants. Mais plus que tout, Penang se caractérise par sa cuisine variée et savoureuse au carrefour de trois pays qui ne sont pas manchots dans ce domaine : La Malaisie évidemment, la Chine et l' Inde. Ainsi aller à Penang est une expérience culinaire à vivre.
Alors lorsque je débarque du ferry un matin début novembre, c'est dans un coin de ma tête, encore échaudé par mon expérience à Kota-Bahru, je suis déterminé à rattraper le temps perdu.
Je cherche un endroit où poser mes sacs. Le quartier autour de Lebuh-Chulia fait l'affaire car il regorge de guesthouses bon marchés. En marchant, je suis accueilli par des odeurs d'encens de jasmin et de la musique Bollywood. C'est un bout d' Inde que je traverse. Echoppes de textiles, saris, kurtas et chemises, films Bollywood, épiceries vendant des produits ayurvédiques, des moneychangers alignés sans oublier la cuisine végétarienne omniprésente car la communauté indienne de Penang vient du sud de l' Inde.
Je loge dans une jolie guesthouse tenue par une famille indienne. Initialement une vieille demeure coloniale aux murs blancs, dont le point fort est le généreux patio intérieur, là où l'on prend le petit déjeuner et où l'on peut rencontrer d'autres voyageurs. Qin est une habituée des lieux. Chaque jour elle s'installe avec son ordinateur. La maison étant dotée du wifi. Qin est une jolie Chinoise, petite, un visage rond et radieux. Avocate dans la vie, elle vit à Fuzhou la capitale du Fujian au dessus de Hong-Kong. Elle est en vacances en Malaisie et se plait tellement à Penang qu'elle n'a pas bougé de là depuis un mois.
Les tours-du-mondistes Je fais connaissance avec Elizabeth de Paris. Une habituée des tours du monde. Cinq au compteur. Les tours du monde clés en main, j'en avais parlé lors d'un précédent chapitre. Elle, la formule lui convient parfaitement au départ d'une année sabbatique. En parlant de tour-du-mondiste, il y a Juri mon ami Italien (photo) qui remonte de Singapour. Il avait un cadeau pour le maire de la ville. Bonne nouvelle, il est parvenu à trouver un bateau au départ de Bangkok pour Sydney fin novembre. Un tour du monde au forceps. Il prévoit de rester plusieurs mois chez les Aussies pour travailler dans les fermes. Un matin, alors que je bois mon café dans le patio, j'assiste à l'arrivée d'une petite famille de Français. Ils sont détendus. Echanges de sourires quand ils passent à ma hauteur. Le lendemain au petit déjeuner, je les retrouve et nous faisons connaissance. Une rencontre marquante et la naissance d'une amitié.
Eric Manuela Esteban (photo) tdmbleicherfamily.over-blog.com/...igine-105091... Ils ont quitté la France depuis un bon mois pour effectuer un tour du monde. La Thaïlande en hors-d'oeuvre pour débuter. Ils habitent Colmar. Eric est alsacien, Manuela est sicilienne. Un alliage détonnant mais deux caractères complémentaires. Entre eux on ressent une vraie harmonie. ça crève les yeux. Lui sous des apparences de bonhomie est un sanguin, un écorché vif le genre à ne pas se laisser faire, elle, large sourire aux lèvres est très coulante, le genre bonne compagnie. Eric me raconte avec humour les clashes avec son beau père. Un régal de l'écouter car il a des talents de conteur. Un atypique cet Eric, comme le sont ces oeuvres car c'est un artiste ericbleicher.com/ . Un être généreux, sensible, sans détour. Ils m'expliquent leur ras le bol, leur envie de prendre la tangente histoire de respirer l'air du grand large et sortir de cet atmosphère dépressive, Ils me parlent du parcours du combattant avec l'éducation nationale pour la scolarisation d'Esteban à l'étranger....qui les oblige à transporter cinq kilos de devoirs. Visiblement en 2012, l'administration de ce pays ne connait pas le format PDF. Esteban quant à lui, s'est bien adapté à cette vie de bohème. Pensez bien, pas d'école juste des cours dispensés par des parents dans la bonne humeur et une belle complicité même si parfois le petit chenapan essaye de tirer au flanc. Récemment, il s'est planté une épine sous la voute plantaire mais il ne ressent aucune gène. Ici, même la plus insignifiante des blessures peut vite s'infecter à cause de l'humidité ambiante.
Escapade gourmande Une visite de Penang ne serait complète sans parler cuisine. Une invitation au voyage. Pour vous situer le contexte, Penang est la capitale gastronomique de la Malaisie comme l'est la capitale des gaules, Lyon ma base en France. N'y voyez là qu'une pure coïncidence, c'est comme Obélix qui est malencontreusement tombé dans une marmite de potion magique quand il était petit. Avant de parler cuisine, pour vous situer le décor, dressons la table.
En Malaisie au dehors des restaurants classiques, des in-evitables fast-foods, rien de tel que d'aller dans les Food-Courts (photo) pour découvrir la cuisine malaisienne. Nombreux et populaires, ceux de Penang sont une institution. Comment les décrire : ce sont des assemblages de petites échoppes regroupées autour d'un vaste espace où sont disposées tables et chaises avec parfois une estrade pour les concerts et plus ou moins de confort selon le standing. Chacune d'entre elles prépare ses spécialités, pour l'une cela sera des plats de poissons en sauce, frits ou en barbecue, pour l'autre des desserts, le suivant le Pasembur et ainsi de suite (photo) ; sans oublier les différents styles de cuisines ; à Penang, on tutoie les sommets : cuisine malaise et chinoise sont côte à côte, talonnée par la cuisine indienne. Dans les grands malls de Kuala Lumpur, fréquentés par une clientèle élargie, les Food-Courts proposent une cuisine internationale mais, et c'est mon point de vue, aseptisée et plus chère. A Penang, beaucoup sont situés dans la vieille ville mais aussi le long du littoral et à proximité des lieux d'affluence comme le stade. Pour ce dernier, l'Astaka Stadium (photo) , incontestablement le meilleur des Food-Court de la ville que j'ai testé. Eloigné de la zone touristique, très prisé par une clientèle de quartier et essentiellement malaise, il offre une palette de spécialités succulentes. Le midi, il y a foule qui se presse devant le choix impressionnant de petits plats (photo) ...les aubergines frites quel bonheur ! Pour conclure, il y a l'embarras du choix. Environ une trentaine de Food-Courts repérés. C'est une belle manière de se familiariser avec la cuisine malaisienne. Passons maintenant à table. Et commençons cette escapade gourmande par le plat phare de l'ile : Penang Assam Laksa (photo) : Une soupe de poisson servi avec des grosses nouilles de riz, accompagnée d'une sauce de crevettes, d'oignons émincés, de tranches de concombre, fleur de gingembre, de feuilles de menthe et de laitue. Le bouillon de poisson est fait à partir de maquereaux pochés et cuits ensemble avec de la citronnelle, du piment et du tamarin. Celui d'Astaka Stadium est un régal. Hokkien Mee : c'est un plat chinois à base de nouilles jaunes et de vermicelles de riz trempés dans un bouillon épais de crevettes, servi avec des lamelles de porc, des crevettes, des germes de soja croquantes, des oeufs durs, une garniture d'épinards et des échalotes. Le compte y est. Lebuh Kimberley est l'endroit où j'aime le déguster. Pasembur (photo) : c'est une salade composée principalement de tofu, pommes de terre, oeufs durs, germes de soja, concombres, navets chinois, beignets de crevettes, saucisses. On choisit soi même ses ingrédients. Les prix varient selon l'ingrédient. Une fois l'assiette remplie, on la donne au cuistot qui coupe chacun des ingrédients en y ajoutant une sauce légèrement épicée à base de patate douce. Prêt pour la dégustation. Cendol (photo) : un dessert populaire à base de petites nouilles de riz vertes, de lait de coco, de glace pilée, de haricots rouges et de sirop de sucre de palme. La couleur verte des nouilles est obtenue à partir d'une plante aromatiques appelée Pandan. Fried Oyster : Une manière originale de cuisiner des huitres fraiches. C'est une omelette à base de farine de tapioca, de ciboulette et d'oeufs cuits ensemble dans un wok. On rajoute les huitres et on laisse jusqu'à ce que l'omelette prenne une couleur brune. Garnie avec des oignons hachés et servie avec une sauce aigre-doux légèrement épicée Ice Kacang ou ABC (photo) (photo) (photo) : encore un dessert populaire. De la glace pilée garnie de haricots rouges, de maïs, de fruits du palmier, de bandes de muscade séchées, de gelée sous forme de petits cubes colorés, de fruits frais ou en conserves, de raisins secs, de cacaouettes et d'une boule de glace. Le tout trempé dans du sirop de sucre de palme et arrosé de lait concentré non sucré. j'aurais aussi pu parler des fruits de mer, de plats chinois tel que le Char Koay Teow et le Wan Tan Mee, de plats indiens tel que le Nasi Kandar.
Mais Penang ne se résume pas qu'à sa cuisine. La parcourir en scooter est très agréable ce dont je ne me prive pas (photo) , ma blessure au pied étant guérie. Malgré le fait que l'ile soit très développée, et c'est valable sur la côte nord et est (photo) (photo) , il subsiste beaucoup d'endroits paisibles que ce soit en bord de mer (photo) ; de petites criques cachées par une végétation épaisse (photo) , des villages de pêcheurs en pleine torpeur (photo) (photo) ; ou que ce soit en montagne où l'on peut déguster du durian (photo) (photo) en bord de route. Toutes ces petites choses surprenantes qui donnent à cette ile tout son charme.
Chaque jour, je croise Eric et sa petite famille. Ils sont vraiment attachants. Nous envisageons de nous retrouver plus tard sur la route. Malacca au sud de Kuala Lumpur, semble être la destination idéale d'autant qu'Elizabath la tour-du-mondiste solo est sur place et m'attend. Notre choix se porte sur une guesthouse familiale tenue par un couple et ses deux enfants. Ca permettra à Esteban de se faire de nouveaux amis. Après un dernier diner dans un Food-Court, en leur compagnie, je quitte Penang avec la certitude que ce n'est qu'un au revoir tellement je me plais dans cet endroit. Je sens que je pourrais y vivre en dehors de mon port d'attache Lyon ( France) au même titre que Jogjakarta ( Indonésie) et Montréal ( Canada). Quant à la famille Bleicher, le rendez vous est pris dans trois jours. Je me dirige à pied vers le ferry pour rejoindre la terre ferme. J'ai prévenu Christophe le propriétaire français et LeeSun sa femme chinoise de mon arrivée au petit matin à Melaka. Il est 22 heures quand je me présente à la gare routière de Butterworth.
Transit Pas de chance il n'y a plus de bus en partance pour Melaka. Du coup je dois me résoudre à transiter par Kuala Lumpur. Je m'en serais bien passé mais c'est ça ou attendre toute la nuit ici. Arrivé à Kuala Lumpur, ça se corse. Les bus au départ de Melaka partent de la nouvelle gare routière au sud de la ville. L'état des lieux est sans appel : il est 3h du matin c'est très loin le bus nous dépose à Puda la gare routière au coeur de Chinatown. Me voilà obligé de patienter jusqu'à 5 heures, heure du premier métro. J'avale un café chaud dans un Seven-Eleven ouvert toute la nuit et les 24/24 ça ne manque pas par ici ; il y a l'inévitable macdonnald sur Jalan Pudu, des petits restaurants indiens, le food court plus haut...... Le quartier est le rendez vous des noctambules surtout les nuits de Champion's Ligue où les passionnés de football se donnent rendez-vous dans les petits restaurants, attablés devant un Nasi Goreng Mie Ayam et Kopi Susu, vibrant devant les exploits de Messi et Ronaldo sur le grand écran. Malgré quelques nuits enflammées de ballon rond qui restent de très bon souvenirs footballistiques, je n'aime décidément pas cette ville. Je la trouve trop bétonnée, trop polluée, sans âme. Elle est transpercée de part et d'autre par des voies rapides. La seule voie d'eau de ce qui ressemble à une rivière est totalement bétonnée. Hormis un parc derrière la grande mosquée, il 'y a un manque flagrant d'espaces verts en ville pour se reposer.
Melaka (photo) Elle, a su préserver son charme. Située plus au sud, en bord de mer, dotée d'un centre historique avec de vieilles maisons coloniales (photo) . Portugais, Hollandais et Anglais se sont succédés dans cette ville portuaire et se sont tirés la bourre pour le contrôle stratégique du détroit. La ville est aussi le berceau de la plus vieille communauté chinoise de Malaisie. Et depuis 2011, la ville est classée par l'Unesco. Et dernier point important, c'est le départ quotidien des ferries pour Sumatra à Dumaï. L' Indonésie la prochaine et dernière étape de mon voyage débuté à Istanbul.
J'arrive au début des festivités du Deepavali l'une des plus importantes fêtes hindouistes indiennes. Cette année, elle a lieu le 12 novembre mais elle s'étend sur plusieurs jours. La guesthouse de Christophe est située à deux pas du quartier indien Bukit-Cina en pleine effervescence. A deux jours de Deepavali, les préparatifs battent leurs pleins. Je tourne en rond avant de les trouver; puis j'aperçois, coincée entre deux restaurants chinois, une porte surmontée d'une minuscule enseigne ; à l'intérieur un escalier étroit menant au 1er étage. C'est LeeSun qui m'ouvre la porte. Et une voix amicale parlant la langue de Voltaire "On t'attendait plus tôt"
Old Town GuesthouseC'est Christophe. Je ne l'avais pas vu en rentrant car il était caché derrière un comptoir surélevé qui fait office de réception. Ils me font un prix pour la petite chambre et vu le rapport qualité-prix, j'aurais beaucoup de mal à trouver moins cher. C'est réellement une jolie guesthouse. Je ne regrette pas notre choix. D'emblée je me sens bien. L'atmosphère est décontractée. C'est spacieux, cosy, aéré, un peu désordonné avec des plantes partout (photo) . Lui est originaire de Marseille, elle est une Chinoise de Singapour. Ils ont beaucoup voyagé. La naissance de Sarah ne les a pas freinés. Depuis l'arrivée du petit dernier Remy, ils se sont stabilisés et ont transformé ce vaste appartement en une guesthouse accueillante et pleine de vie avec les deux enfants. Avec Christophe, nous trouvons un terrain d'entente, étant aussi un fan de l'OM, nos discussions tournent vite autour du club et de ses résultats.
Je retrouve Elizabeth qui est ici depuis plusieurs jours, elle loge dans une autre guesthouse de l'autre côté du fleuve (photo) dans le quartier historique. Elle s'apprête à quitter l'Asie pour l' Océanie et l' Australie pour continuer son tour du monde mais avant je compte bien lui présenter la famille Bleicher qui arrive normalement demain. Entre tour-du-mondistes, ils auront des choses à se dire.
Et justement les voilà qui débarquent. Ils sont aussi passés par Kuala Lumpur...et par la case docteur. La petite plaie sous le pied d' Esteban n'était pas anodine. Cela s'est infecté à tel point qu'il ne pouvait plus le poser par terre. Ils ont du trouver un docteur de toute urgence. La suite : âmes sensibles s'abstenir. Il a demandé à Eric et Manuela de tenir leur fils pendant qu'il faisait pression de toutes ses forces sur le pied pour en extraire le pus en dépit de ses cris de douleur. Le procédé peu académique a été rapide et efficace. Esteban ne ressent aucune gène et peut marcher normalement.
La guesthouse s'est peu à peu remplie et il règne une très bonne ambiance. Hormis la famille Bleicher, il y a un couple d'Allemands et une autre famille française qui vient d'arriver, tour-du-mondiste aussi dans ses heures perdues : la famille Poncet, originaire de Lyon ; Lory et Jérôme et leurs deux enfants Léna et Timothé. Eux ont débuté leur long périple par l' Inde. C'est un réel plaisir ces rencontres entre Français d'autant que ce sont des gens intéressants et enthousiastes. Ainsi, nous avons pris l'habitude d'aller manger au restaurant indien d'à côté qui devient notre base pour nos longues soirées de discussions enflammées. La French Touch en action. Et ça tombe bien car il ferme tard dans la nuit et possède une vaste terrasse. Quant aux enfants, ces retrouvailles entre adultes font leurs affaires, après avoir diné, sous l'impulsion d'Esteban, ils retournent à la guesthouse pour visionner des films sur le portable d'Eric, parfois Sarah la fille de Christophe les rejoint.
Au détour d'une discussion avec Eric, nous apprenons que nous avons fréquenté le même camp durant notre service militaire lorsque celui ci était obligatoire. Ce qui provoque éclats de rires et moult souvenirs d' anecdotes relatives à cette période de nos vies respectives. Le camp en question est celui du Valdahon sur un plateau balayé par le froid au dessus de Besançon, avec des températures hivernales oscillant régulièrement en dessous de zéro. Outre ses talents de conteurs, Eric est bourré d'humour et je découvre à travers ses récits qu'il fut une tête brûlée. Depuis il s'est rangé quoique.........
Je passe douze jours à Melaka. En temps normal, je ne serais resté pas plus de trois jours mais tout est réuni pour y passer davantage de temps. Les conditions sont optimales. Une guesthouse qui ressemble à une maison comme le sont le Regale Inn à Lahore, Lily Pad Inn à Dali, deux autres endroits marquants. En voyageant sur d'aussi longues périodes, on n'échappe pas aux moments de solitude et les rencontres sont comme des phares posés sur nos routes.....sinon que serait un voyage sans rencontres ? Le voyageur ne ferait que se déplacer comme le disait Alexandra David Neel. Ainsi je profite de ces instants avec mes amis et les fais durer. Mais l'histoire touche à sa fin. Nous partons demain matin dans des directions différentes, pas opposées car dans le même pays. L' Indonésie. Eric et Manuela se dirigent sur Singapour pour voler ensuite à Jakarta sur l'ile de Java. Quant à moi, je prend le ferry pour traverser le détroit jusqu'à Dumaï sur la grande ile de Sumatra. Le matin, nous déjeunons ensemble et je les accompagne dans la rue jusqu'à leur taxi. Embrassades et étreintes. Prenez soin de vous et bonne route autour du monde. On se reverra.... Je les aime.
Me voilà parti pour la dernière étape de mon voyage. Dumaï, Sumatra......L' Indonésie se profile. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Mékong · 22 mai 2013 à 14:54 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 202 de 246 · Page 11 de 13 · 2 681 affichages · Partager  , Pour une fois mes lauriers n'iront pas à ton récit (qui le vaut bien  ) Mais à Eric Bleicher, J'aime vraiment beaucoup ce qu'il fait !
Bon,  , merci pour le récit tout de même, et pour nous avoir fait découvrir cet artiste. | | | À: CatherineGil · 10 juin 2013 à 1:19 · Modifié le 12 juin 2013 à 22:14 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 203 de 246 · Page 11 de 13 · 2 603 affichages · Partager Indonésie ile de Sumatra (novembre-décembre 2012)
Nous faisons route vers l'ile de Sumatra, la sixième ile du monde de par la taille, dans un bateau rapide, un genre d'hydroglisseur rempli d'Indonésiens et d'une poignée d'étrangers. La ligne a été maintenue contre vents et marées au contraire de celle de Penang victime de la concurrence féroce des vols low-cost. C'est très rapide, deux heures pour atteindre les cotes de Sumatra ce qui explique que cette ligne reste rentable et ne soit pas sous le feu de Air Asia. Le détroit est resserré à cet endroit. Les bateaux n'ont pas le temps d'être harponnés par les flibustiers. Je plaisante à peine car même si cela est moins vrai par les temps qui courent, le coin fut connu naguère pour ses actes de piraterie. Le détroit de Malacca fut une place forte de la piraterie maritime.
www.sumatra-indonesia.com/
Dumai (photo) Notre port d'attache : situé dans une zone marécageuse et qui a prospéré grâce au pétrole et à l'huile de palme. C'est la seconde ville de la province Riau après Pekanbaru. Au débarcadère, c'est la cohue (photo) . Formalités rapides car j'ai déjà mon visa en poche. Mais l'immigration m'intercepte pour fouiller mes sacs. (Ok fais ton travail). Celui là ne lâche pas l'affaire et le voilà qui me questionne "pas de produits illicites ?"..... (toi tu me cherches des noises pour me bloquer davantage). Patience et courtoisie sont les maitres mots dans ces circonstances. Après avoir épuisé son stock, je le sens à court d'idées. Une petite fouille corporelle pour finir, très légère. Me voici de l'autre côté.
Hello Mister Comme je m'y attends, il y a le comité d'accueil. Ils sont à l'affut et la vue d'un occidental (bule) les font sortir de leur torpeur. "Hello mister ! mau ke mana ? Hello Mister est le mot magique en Indonésie. Ou que l'on aille, les "Hello Mister" fusent de toutes part, parfois il est même utilisé pour les dames quand ce sont les seuls mots d'Anglais que les gens connaissent. C'est toujours accompagné d'un sourire. Cela dit je suis déçu car je m'étais préparé à ferrailler. Certains retours de voyageurs parlaient de durs à cuirs. Certes ça discute prix fermement mais calmement. se sont t-ils embourgeoisés ? ou ont t-ils senti que le poisson n'allait pas mordre à l'hameçon ? décidément tout se perd. Quoique il en soit, je tombe d'accord avec l'un d'entre eux qui m'emmène en moto-taxi (ojek) jusqu'au départ des bus pour Bukittinggi. En fait de gare routière, c'est un bureau avec trois bancs, une télé et un coin pour la prière (musholah). Le bus passera à 17h. Il y a déjà un grand et robuste Ukrainien qui attend. Son nom est Anton. A l'extérieur, il fait chaud et humide, le trafic est intense. Mes vêtements collent à la peau, la sueur perle de mon front et la fatigue me gagne. Quatre heures à tuer. C'est le moment de piquer un petit somme.
L'Indonésie Par quel bout commencer ? un casse-tête. les qualificatifs se bousculent pour décrire l' Indonésie : attirante, magnifique, dangereuse, turbulente, renversante, déconcertante, attachante, sulfureuse, exaspérante......Elle ne laisse jamais indifférente. Il y a tant à dire sur ce pays avec lequel je vis une histoire particulière.....faite de hauts et de bas mais la passion demeure intacte. Un coup de foudre datant de 1999, année de mon premier séjour entre Bali et Java. Depuis, je suis revenu plusieurs fois uniquement à Java l'ile la plus peuplée de l'archipel mais peu développée touristiquement. Un archipel de plus de 17000 iles, de Sumatra jusqu'à Irian Jaya, entre les deux plus de 5000 kms. Une paille ! Une chaine volcanique s'étendant de Sumatra jusqu'à Flores, avec plus de 150 volcans (gunung) dont certains très actifs et instables comme le redoutable Merapi (photo) . Une nature belle et généreuse, dangereuse et meurtrière. Des catastrophes naturelles à la pelle entre éruptions volcaniques, tremblements de terre et tsunamis. Tsunami au large d'Aceh associé à un tremblement de terre en 2004, tremblement de terre dans la province de Jogjakarta en 2006, éruption du Mérapi en 2010. Les évènements s'enchainent à un rythme régulier sans parler des glissements de terrain et inondations (bancir) récurrentes lors de la saison des pluies (photo) .
L'année de tous les dangers Avant 1999, ce pays était vraiment loin de mes pensées. En tout cas, pas dans ceux qui me faisaient rêver. Peu de références hormis géographiques et......un film. le Comédia, une salle de cinéma lyonnaise en juin 1983. Pour vous l'avouer, ce n'était pas tant le sujet qui m'avait attiré mais un casting de folie pour l'époque. Jugez plutôt : sous la caméra de Peter Weir un cinéaste d'envergure australien, Mad Max (Mel Gibson jouant un journaliste australien) rencontrait l'héroine d'Alien (Sigourney Weaver dans le rôle d'une diplomate britannique). L'histoire se situait en 1965 sur fond de rivalités entre Sokaerno et le PKI, le puissant parti communiste indonésien. A l'époque, l'équipe de tournage n'avait pas reçu les autorisations pour filmer en Indonésie à cause de la censure et s'était rabattu sur les Philippines. Le film : The year of living dangerously ; le titre français "l'année de tous les dangers"
lorsque je me réveille, allongé sur un banc, je croise le regard d'une Indonésienne qui me fait face. Elle s'est installée à côté de moi, ses bagages à ses pieds. Elle avale un nasi goreng emballé dans une feuille de bananier en utilisant habilement ses mains..... mais c'est moi qu'elle mange du regard. Cheveux noirs très légèrement bouclés, teint mat, une bouche voluptueuse, des yeux larges et peu bridées. On pourrait facilement la prendre pour une Sud-Américaine. S'ensuit un échange de regards. Je l'observe. Elle en fait de même tout en continuant son repas avec précaution sans prononcer un mot.
Le bus se présente enfin. D'un standard qui se rapproche plus des bus pakistanais ou laotiens que des bus malaisiens ou thaïlandais. Le confort y est rudimentaire, pas d'air climatisé mais ça fera l'affaire pour rejoindre notre destination. Je m'installe entre Anton et ma nouvelle amie. Nous prenons chacun deux banquettes. Elle s'allonge de tout son long et quand je me penche, je la vois qui me sourit. J'ai vraiment un gros faible pour les Indonésiennes qui ne se dément pas au fil des années (photo) (photo) (photo) (photo) (photo)
Nous quittons Dumai. La route promet d'être longue et chaotique. Arrivée prévue au petit matin à Bukittinggi. | | | À: Mékong · 11 juin 2013 à 15:43 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 204 de 246 · Page 11 de 13 · 2 548 affichages · Partager salut éric, juste pour infos, christophe-lee sun-rémy et sarah ont quitté la guet house début février.ils sont parti habités sur singapour.new life...je viens de les croiser sur melaka today..toujours aussi charmant...passé 2 bonnes soirées en leur compagnie...allez bon voyage | | | À: Loscfan59 · 11 juin 2013 à 18:38 · Modifié le 12 juin 2013 à 12:53 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 205 de 246 · Page 11 de 13 · 2 578 affichages · Partager salut Guillaume
super ! merci pour ces nouvelles. oui j'ai su avec regret qu'ils avaient vendu la guesthouse mais Christophe nous en avait parlé déjà en novembre quand nous étions là bas. Une page s'est tournée. J'en garde un super souvenir. Si tu as leur contact, tu leur passes bien le bonjour de ma part | | | À: Mékong · 18 juin 2013 à 17:57 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 206 de 246 · Page 11 de 13 · 2 512 affichages · Partager Indonésie ile de Sumatra (novembre-décembre 2012)
Quel est le point commun entre un Papou et un Javanais, un Bugis et un Minangkabau ? Ils font partie de la mosaïque ethnique que compte l'archipel. Sokaerno a eu cette idée lumineuse de créer une langue pour unifier le pays (bahasa indonesia), l'un des cinq principes du Pancasila. Un véritable défi d'unifier ce territoire immense. Mais (parce qu'il y a un mais, nous sommes en Indonésie) de nos jours, l'équilibre reste fragile et le spectre d'une balkanisation rôde à cause de politiques successives très contestables.
Sokaerno le père de l'indépendance avec Hatta et le fondateur du Pancasila ; les cinq principes philosophiques qui scellent la société indonésienne. Quels sont donc ces principes : une humanité juste et civilisée une démocratie guidée par la sagesse l'unité de l'archipel la justice sociale la croyance en un dieu unique Des intentions louables mais restées lettre morte pour la plupart hormis justement la dernière, objet de toutes les interprétations et dérives. Le premier principe a été symbolisé par un fait majeur historique d'une Indonésie se voulant indépendante du temps de Soekarno : la conférence de Bandung en 1955 en pleine guerre froide pour le lancement du mouvement des non-alignés où des chefs d'états et représentants indépendantistes se sont réunis (photo) .
Peu de gens le savent mais l' Indonésie est le plus grand pays musulman de la planète avec des minorités chrétiennes et hindouistes et en 1945, de nombreuses iles abritant encore des ethnies animistes. Après le Pancasila, des groupes religieux ont profité du flou artistique et se sont engouffrés dans la brèche pour convertir tous ces "sauvages". Les conflits sur fond de rivalités confessionnelles vont se succéder au fil des années que ce soit à Kalimantan, aux Moluques et en Papouasie (Irian Jaya), servant aussi de paravent aux multinationales prédatrices pour exploiter les ressources de ces régions. Pourtant, de nos jours, beaucoup d'Indonésiens pratiquent leur religion monothéiste avec une forte dose d'animisme. Ils forment une population tolérante mais la société est empoisonnée par des groupes fanatisés qui veulent imposer leur vision à la majorité. J'y reviendrai plus tard.
Depuis 1998, c'est une démocratie......en trompe l'oeil, avec le vernis occidental : car en fait c'est le statu-quo, les dirigeants de l'Ordre nouveau ont juste changé de costumes afin d'être plus présentables aux yeux des "démocrates occidentaux" pour accéder aux cocktails mondains et au forum de Davos. D'ailleurs après la chute de Suharto, c'est le vice président qui a pris la relève. Une transition tout en douceur pour ne pas effrayer "les marchés". En Indonésie, sous le règne de la famille de Suharto, les recettes libérales ont été appliquées à fortes doses, bien avant le Chili de Pinochet considéré comme un laboratoire des disciples de Milton Friedman. Ainsi rien de nouveau sous le ciel néolibéral : une oligarchie qui s'arroge tous les droits au détriment de la majorité qui trime et survit. Un pays où les disparités se creusent inexorablement, favorisant une corruption à grande échelle qui gangrène et paralyse la société dans toutes ses composantes. Le seul président qui a voulu s'attaquer à ce mal fut Gus Dur en 1999 mais il n'a pas fait long feu remplacé par Megawati la fille Soekarno proche des milieux d'affaires.
L'Ordre nouveau (1966-1998) fut la période du règne de Soharto et de sa famille. Initialement, un général de l'armée de terre qui a profité du vide et de la confusion pour prendre le pouvoir en 1965. Il prononça la dissolution du PKI, le puissant parti communiste indonésien qui comptait près de deux millions de membres ce qui en faisait le troisième parti du monde (après l'Union Soviétique et la Chine). Et ce fut le début des massacres de militants et sympathisants de ce parti. Personne ne connait précisément l'ampleur de ce massacre méconnu à cause de la chape de plomb qui l'entoure encore aujourd'hui. Le contexte s'est déroulé en pleine guerre froide, et comme au Chili, cela a été suivi par un"Brain Washing" lavage de cerveau auprès des générations suivantes.
Réécrire l'histoire et remodeler la pensée Ce qui explique la loi du silence sur cette période obscure de l'histoire indonésienne et le fait que les assassins continuent de parader et se vanter de leurs crimes. A voir le documentaire édifiant " Act of Killing ". Depuis quelques années, un travail de mémoire est fait par des associations collectant minutieusement des informations auprès des familles de victimes. Mais dans un pays où le système éducatif est à la dérive, le lavage de cerveau a encore de beaux jours devant lui. En 2000, Gus Dur avait pourtant tendu la main et présenté des excuses officielles mais son action avait été désapprouvée par de grands groupes religieux. Communiste est encore un gros mot qui peut aller de la simple gêne au lynchage en place publique.
Sans verser dans le populisme, je crois sincèrement que certaines des idées du PKI auraient amélioré les conditions de vie de la population, ça n'aurait pas pu être pire dans un pays où le système social est inexistant. Bien sur, rien ne dit que leurs dirigeants n'auraient pas profité des largesses du système comme ceux de l'autre bord mais il suffit de regarder en Inde dans les provinces où le PC indien est solidement implanté. Par exemple, le Kerala province du sud où le taux d'analphabétisme a été éradiqué et où la condition de la femme est bien meilleure dans un pays régit par le système des castes. Province d'où est issue Arundhati Roy (photo) pour ceux qui la connaissent. Mais revenons à l' Indonésie où pour une famille pauvre c'est à dire gagnant moins d'un million roupiahs, scolariser un enfant, implique de payer des frais d'inscription, des livres, des uniformes, le minibus (angkot) qui les dépose devant l'école (sekolah). Car tout est affaire d'argent. Ceux qui en ont les moyens, les plus riches s'offrent les écoles privées qui fleurissent dans les quartiers huppés de la capitale. Mohamediya, toujours prompt à donner des leçons de morale, s'est assis sur un juteux business et fait payer cher une inscription dans ses écoles. Beaucoup quittent très tôt faute de moyens. L'université est réservée à une élite. Le système éducatif public est totalement défaillant avec un budget en partie détourné par des fonctionnaires corrompus. La majorité silencieuse non diplômée doit besogner pour des salaires misérables afin d'aider la famille. C'est la réalité indonésienne de 2012.
......................Dans le bus, chacun s'est installé comme il a pu. Entre une bosse et un nid de poule, difficile de dormir, nous somnolons. L'air est lourd. Nous traversons Pekanbaru au milieu de la nuit. C'est la capitale de la province Riau. A l'aube, j'aperçois à peine ma voisine descendre furtivement. Certains changent de bus comme la petite famille avec qui j'avais partagé la table d'un restaurant (rumah makan) en bord de route, la veille lors du dîner.
" Bukittinggi c'est le prochain arrêt" me dit le père
J'ai quelques rudiments de langage qui me permettent de parler et comprendre. Certes, dans les lignes précédentes, j'ai dressé un tableau sans concession du pays et ce n'est pas fini mais les gens, tour à tour, curieux, ayant le contact facile, taquins et d'humeur joyeuse, eux, sont réellement attachants.
Les faubourgs de Bukittinggi se présentent (photo) . Il est 7h mais les rues sont déjà animées. La gare routière est un vaste fouillis organisé où s'entremêlent agences de bus, épiceries vendant des chips et beignets (krupuks), des échoppes de nourriture (warungs), vendeurs de nourriture ambulants (kaki lima) (photo) ; sur le parking, bus, taxis, angkots et motos se croisent. la pluie récente rend le sol glissant et boueux car il n'y a pas de revêtement. Anton l'Ukrainien me demande comment se rendre dans le quartier des hôtels.
"tu prends un angkot et tu demandes au conducteur si il passe à Jam Gadang ou Jalan Ahmad Yani, ce n'est pas très loin d'ici"
En effet, la plupart des hôtels et guesthouses sont situés autour de la rue Ahmad Yani, elle même très proche de Jam Gadang, qui est le nom de la place où trône la grande horloge (photo) . Après avoir récupéré mes sacs, je le perd de vue. Nous nous reverrons plus tard. Comme prévu, je trouve aisément un angkot (photo) qui remonte jusqu'au quartier des hôtels. | | | À: Mékong · 28 juin 2013 à 5:27 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 207 de 246 · Page 11 de 13 · 2 388 affichages · Partager Salut Eric. D'ici trois semaines je devrais faire une boucle du coté de Sumatra barat pour la première fois. Autant te dire que je vais suivre la suite de ton périple avec attention  Sinon j'aime beaucoup comme tu oublie délibérément d'utiliser les caractères gras pour parler de suharto. Certains tristes sirs ne méritent que de tomber dans les oubliettes de l'histoire.Un bon résumé de l'histoire récente du pays. A pluche | | | À: Wolflarsen · 2 juillet 2013 à 15:23 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 208 de 246 · Page 11 de 13 · 2 328 affichages · Partager salut Gil
je n'en ai pas encore fini avec lui (soharto) autrement bienvenue dans le pays Minang, j'ai adoré cet endroit en tous points de vue. J'étais basé à Bukittinggi. C'est aussi ici que j'ai le mieux mangé depuis que je viens en Indonésie. | | | À: Mékong · 2 juillet 2013 à 17:00 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 209 de 246 · Page 11 de 13 · 2 319 affichages · Partager Indonésie ile de Sumatra (novembre-décembre 2012) le pays Minang Bukittinggi
En y regardant de plus près, Lors de la chute de Suharto en 1998, l' Indonésie avait tout pour devenir un pays à la pointe du continent, un Venezuela asiatique. Pourquoi le Venezuela ? Parce qu'en 1998, les deux pays font encore partie de l'Opep* (l' Indonésie s'est retiré en 2008 car la production de pétrole a décliné) et c'est aussi en 1998, l'avènement de Chavez élu par les urnes après des années sombres marquées par le massacre du Caracazo* en 1989. La comparaison s'arrête là car les trajectoires des deux pays sont diamétralement opposées et après quinze années, autant les avancées sociales sont remarquables chez l'un ( Venezuela), autant c'est le statu-quo qui prédomine chez l'autre ( Indonésie).
Rêvons un peu. Avec les dividendes du pétrole, équitablement répartis et injectés dans des programmes sociaux, le pays pourrait se doter d'un système de santé et d'éducation performant et accessible à tous. C'est le minimum pour un pays riche en pétrole mais non dénué d'autres ressources énergétiques. Le pays possède d'autres atouts comme une autosuffisance alimentaire permise grâce à des terres fertiles, un climat avantageux et des ouvertures sur plusieurs fronts maritimes et une population jeune et énergique. Un potentiel inestimable transformé en un véritable gâchis à cause de la captation des richesses par une oligarchie démesurément riche.
En parcourant une carte de Jakarta, je suis frappé par le peu d'espaces verts publics dignes de ce nom qui contrastent avec le nombre de terrains de golf mis à disposition de la classe aisée. Prenez à votre tour une carte de la ville et imaginez en même temps, la chaleur étouffante qui y règne. Je trouve que que cet exemple est symptomatique du mal qui ronge la société indonésienne.
......Après une nuit passée dans un hôtel quelconque le long d'Ahmad Yani, je me met un quête d'un autre endroit plus accueillant. Une mission plus compliquée que prévue car lorsque j'étais à Melaka, j'avais utilisé internet pour chercher une guesthouse du même type que celle de Christophe et LeeSun, mais mes recherches se révélèrent infructueuses; le choix s'avérait limité. Lorsque en remontant Jalan Teuku Umar (photo) , je passe devant un portail ressemblant à l'entrée d'une petite maison, coincée entre les deux hôtels Kartini plus imposants, une enseigne multicolore attire mon attention.
Hello Guesthouse (photo) C'est une jeune femme qui me reçoit. D'emblée le courant passe entre nous. Elle me fait visiter la maison disposée sur deux étages; il y a des chambres de toute taille et une surprise m'attend, il y a un dortoir au dernier étage. Ce n'est pas courant en Indonésie; le tarif est bas et le rapport qualité-prix excellent car les lits sont larges et dotés de matelas de bonne qualité, il y a une salle de bain attenante à la chambre avec de l'eau chaude, une ouverture sur le toit pour faire sécher du linge et cerise sur le gâteau, le wifi et un ordinateur à disposition au 1er étage, du thé et du café en libre accès à la réception et une terrasse fermée avec deux grandes tables idéale pour socialiser. Aucune fausse note. Je ne sais pas si c'est la chance ou la providence ou un peu des deux mais Hello guesthouse vient juste d'ouvrir ses portes. Lin la jeune manager, m'explique qu'initialement c'était un kost tenu par son père. En Indonésie, les kosts sont très populaires et consistent en des locations de chambres à longue durée pour des étudiants, travailleurs, expatriés. En général ils disposent de toutes les facilités pour y vivre à l'année www.infokost.net/ : cuisine, salle TV, laverie, internet et selon le standing, les chambres disposent de certains de ces équipements. Mieux qu'un hôtel et beaucoup moins cher. Donc, en cours d'année, le père de Lin a décidé de passer la main car il vieillit et aspire à une retraite bien méritée même si dans la famille, retraite est un bien grand mot. Lin alors, a eu l'idée de le transformer en une guesthouse après un relifting en profondeur car l'endroit avait besoin d'être rafraichi. Ainsi est né Hello Guesthouse.
Lin (photo) Comme son nom l'indique, Lin est chinoise. Née en Indonésie, elle ne parle pas le Mandarin à la différence de ses parents. C'est courant chez les nouvelles générations de Chinois indonésiens. S'exprimant parfaitement en Anglais, la guesthouse est à son image : accueillante. Elle voulait une place ouverte aux quatre vents qui serve de passerelle entre étrangers et Indonésiens. Elle a gagné son pari mais en connaissant son état d'esprit, comme s'en étonner car Lin est à l'aise dans ce monde de voyageurs qu'elle côtoie dès qu'elle a du temps libre. Ainsi elle a voyagé plusieurs fois entre l' Asie du sud-est et le Myanmar. Pour que les présentations soient complètes, passons au reste de la famille : Le papa. Peu expansif et grincheux; les femmes de la maison ont vite fait de le remettre en place; parfois un petit sourire trahit sa satisfaction. Il n'était pas convaincu du projet de sa fille et il doit admettre qu'elle avait raison. Le frère qui ne sort quasiment pas, je devrais l'appeler café&cigarettes (kopi dan rokok) car il en fait une consommation effrénée chaque jour. La maman (ibu) qui n'a pas son pareil pour mettre les gens à l'aise avec sa bonne humeur. Tous les jours, c'est le même rituel, elle prépare les plats dans de grandes marmites destinés au petit restaurant familial situé sur jalan Ahmad Yani dont Lin, encore elle, s'occupe tous les matins entre 6h et 12h en compagnie de Petri, une jeune Minangkabau qui travaille et habite avec eux (photo) .
Ibu Un mot doux qui rime et oscille entre respect et tendresse (photo) . Ibu c'est la reine mère, la femme d'un certain age. La poutre de la société indonésienne. De la vendeuse ambulante de concoctions médicinales (jamu) à la laveuse de vêtements (laundry) en passant par la cuisinière d'un warung (photo) et la vendeuse sur un marché (pasar) (photo) , pour chacun d'entre nous, elles sont "Ibu" à chaque fois que l'on s'adresse à elles.
Dans le dortoir de la guesthouse, je fais connaissance avec deux Français de Paris qui voyagent ensemble et il y a Anton l'Ukrainien allongé......le corps couvert de plaies. "j'ai fait une chute en moto" Ce n'est pas beau à voir. Pourtant hier matin, lorsque je l'avais quitté, il était gaillard. Mais Lin m'apprend qu'il a eu cet accident hier après midi. Plutôt que de se reposer, il a voulu enchainer en louant cette moto et il s'est pris un terre-plein. Un moment d'inattention et ça ne pardonne pas d'autant qu'il était fatigué. Je l'avais vu dans le bus où comme moi il n'avait pas dormi. Péché de jeunesse. Du coup après un passage à l'hôpital, le voilà immobilisé pour plusieurs jours. Il doit désinfecter et panser les plaies deux fois par jour pour éviter l'infection.
*Opep : Organisation des pays producteurs de pétrole *Caracazo : en 1989, à la suite de nouvelles augmentations des produits de base dictées par une politique ultra libérale, des émeutes se produisent partout dans le pays surtout à Caracas où la police tire sur la foule. Bilan : plusieurs milliers de morts | | | À: Mékong · 23 juillet 2013 à 19:47 · Modifié le 23 juil. 2013 à 20:24 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 210 de 246 · Page 11 de 13 · 2 253 affichages · Partager Indonésie ile de Sumatra (novembre-décembre 2012) Le pays Minang Bukittinggi
La communauté chinoise Elle a toujours servi de bouc émissaire sous Soharto et sa famille, tel un épouvantail agité pour détourner l'attention pendant qu' eux détournaient autre chose que de l'attention par le biais d'un système de corruption qu'ils avaient mis en place pour voler l'argent du pays. Déjà, en 1965, lors des massacres, les Chinois n'ont pas été épargnés, victimes de règlements de comptes et de pillages. Mais Soharto est allé plus loin. Toutes les célébrations de la communauté furent interdites sous son règne dont le Nouvel An chinois. Lin se souvient de cette période sombre. Mais à force de jouer avec le feu, en manipulant les masses et en les chauffant à blanc, le pire va arriver. En mai 1998, des émeutes éclatent dans le nord de Jakarta et une foule incontrôlable se dirige à Glodok le quartier chinois, pille, brûle des magasins et comble de l'horreur, s'ensuivent lynchages et viols collectifs. James Nachtwey, le grand photographe de guerre était à Jakarta il témoigne dans le documentaire qui lui est dédié "Photographe de guerre"* quand, délaissant son appareil, il intervint pour raisonner une foule hystérique en train de lyncher un homme mais en vain. Depuis, heureusement les choses vont mieux pour Lin et sa famille et le nouvel an chinois est fêté dignement chaque année.
Bukittinggi (photo) Province de Sumatra-ouest ( Sumatra barat) au nord-est de Padang la capitale (ibukota). Nous sommes dans le pays Minang où vivent les Minangkabau. L'une des rares ethnies possédant une structure matriarcale. La ville quant à elle, est située en altitude, à 930m au milieu de la chaine volcanique (en Indonésien, Bukit signifie colline et tinggi élevé) et bénéficie de ce fait d'un climat doux. Partagée en deux : la basse ville et haute ville; elle est entourée par deux volcans au sud, le Marapi 2891m (photo) et le Singgaland 2877m (photo) et le canyon Sianok à l'ouest. Pour le coup, après la chaleur étouffante en Malaisie, c'est vraiment agréable de marcher sans ruisseler de sueur. J'en profite pour arpenter les quartiers à pied. Visite guidée. Hello Guesthouse se trouve dans la haute ville à deux pas du centre autour de Jam Gadang, l'imposante horloge blanche trônant fièrement au centre de la grande place. En continuant à l'ouest, la rue longe le canyon que l'on peut admirer depuis un belvédère. Non loin de là, il y a un réseau de tunnels naguère utilisé par l'armée japonaise quand ils occupaient l'ile.
Le canyonJe décide d'emprunter la route qui descend en lacets dans le canyon. En bas se trouve un village, la rivière Sianok et des rizières. Mais en chemin, je suis harponné par un jeune villageois qui me suivait de loin, cheveux longs bouclés, petite moustache. Le voilà qui me propose de me faire traverser le canyon par des chemins détournés. Pourquoi pas ! Et nous voilà à marcher dans les rizières, nous enfoncer dans la végétation (photo) , puis se présentent les rapides. Pas de pont, pas de gros rochers qui font la jonction avec l'autre rive, il faut se jeter à l'eau pour les franchir.
"tu devrais enlever ton pantalon"
"non pas la peine" (.......je suis trop pudique.........)
Je le retrousse jusqu'aux genoux Nous franchissons. Lui à l'habitude et ça se voit; il passe avec agilité. A mon tour, je manque de perdre l'équilibre à cause de mon sac en bandoulière sur mon épaule mais surtout à cause des galets pointues sur lesquels je me tord les pieds de douleur. Finalement, ce n'était pas une bonne idée cette balade, d'autant que les paysages en bas sont décevants et les bords de la rivière sont jonchés de déchets qui s'accumulent. Ensuite, nous effectuons la remontée de l'autre côté à travers les arbres. J'aperçois au loin le belvédère de Bukittinggi. L'étroit chemin de terre est raide et glissant à cause des pluies récentes. Nous atteignons le plateau. Pause chez l'un de ses amis qui me fait payer une bouteille d'eau au triple du prix normal. Nous repartons en direction du canyon mais sur un chemin balisé en cours de rénovation où des ouvriers s'affairent à poser de larges dalles en escaliers qui nous amènent jusqu'au petit pont. Retour à la case départ. Mon compagnon, je devrais dire mon guide, attend que je lui donne un peu d'argent pour le dérangement. J'avais compris le scénario sans même qu'il me le dise, un scénario bien ficelé avec un détour obligé chez le copain qui fourgue ses boissons au triple du prix. En général, ce type de balade n'est pas ma tasse de thé car je préfère l'autonomie, marcher à mon rythme et prendre mon temps pour l'exploration. Mais il m'a pris au dépourvu et en voyant les choses positivement, je n'aurai jamais trouvé le sentier. Je lui donne son argent bien mérité.
Les jours suivants, je décide de louer une moto pour visiter les environs. Lin me présente Hojie. Il travaille dans un hôtel dans la même rue. Je pense que c'est sa moto. Nous nous entendons sur un prix. Lin est très précieuse pour ses conseils culinaires car nous sommes dans l'une des places fortes de la cuisine malaise : la Padang Food ou Minang food (masakan padang), tellement réputée et populaire qu'elle s'est répandue dans tout l'archipel. En route pour une nouvelle escapade gourmande.
La Padang food ou minang food Une institution. La cuisine la plus populaire de l'archipel. Les restaurants (rumah makan) sont reconnaissables à leur vitrine où les mets sont exposés dans des bols et assiettes se superposant sur plusieurs niveaux. Aussi dans un restaurant Padang, la tradition veut que lorsque un client rentre et s'assoit, le serveur apporte et dépose sur la table, un ensemble de plats constituant les classiques de la Padang food (photo) . Le rendang de boeuf : un mets cuit pendant un jour dans du lait de coco et du sucre roux, avec des épices (piment vert, galanga...) et des plantes aromatiques (gingembre, citronnelle, ail, oignons...). Le poulet frit (ayam goreng bumbu): un mets cuit avec des épices (curcuma, galanga...), des plantes aromatiques (ail, oignons, citronnelle, gingembre) et des herbes (feuilles de citron) Le poisson grillé (ayam bakar) : un met cuit enrobé de lait de coco avec des épices et des plantes aromatiques (photo) Les légumes en sauce à base de fruits du jacquier (sayur) Du piment vert (cabe hijau) Du riz blanc (nasi putih) A la fin du repas, on paye ce que l'on a consommé. Sa grande popularité s'explique d'une part par la qualité de ses plats quand ceux ci sont bien préparés, cela va de soi mais aussi parce que les prix sont plus qu'abordables. Beaucoup de restaurants Padang sont ouverts 24h/24h. On se confectionne soi même son assiette en commençant par se servir une bonne ventrée de riz (maintenu au chaud dans les autocuiseurs)que l'on recouvre selon son appétit, de portions d' autres mets alignés dans les bols et assiettes. Mais la cuisine du pays Minang offre une large palette de plats à commencer par la cuisine Kapau que l'on trouve à Bukittinggi dans le marché Atas (photo) . Kapau car c'est le nom du village du Minangkabau qui a eu l'idée de vendre ses plats. Il suffit de prendre l'un des sièges disposés autour des plats au milieu desquels se tient Ibu qui servira chaque personne (photo) . Une cuisine riche en abats dont sont friands les Minangkabau comme les intestins farcis aux oeufs avec des épices et des plantes aromatiques (tanbusu) qui côtoient les plats classiques que sont le dendeng, le Rendang ayam ou l'ikan rayo batalua. Une invitation au voyage. Continuons cette carte postale gourmande avec la famille de Lin qui n'est pas en reste. Ibu prépare chaque jour cinq plats pour le petit déjeuner. ce sont toujours les mêmes, semaine après semaine mais cela n'a pas l'air d'émouvoir les clients, tous des habitués qui déjeunent pour une poignée de roupiahs. Une recette qui a fait ses preuves car c'est très bon et pas cher. Que demander de plus. Lin et Petri sont à la baguette pour le service. Le warung familial, c'est encore un autre endroit pour rencontrer des gens comme le groupe de Coréens travaillant pour une Ong. Parmi mes plats préférés il y a Le bubur kacang hijau : un porridge à base de haricots et de lait de coco qui se mange chaud le lontong sayur (photo) : des haricots verts et fruits du jacquier (sayur) mélangés avec des cubes de riz dur (lontong) et un oeuf dur, le tout recouvert d'une sauce cacahuète. C'est légèrement épicée et accompagné de crackers aux crevettes (kerupuk). le lontong mie (photo) : des nouilles de blé jaunes (mie) mélangées avec des cubes de riz dur et un oeuf, le tout recouvert d'une sauce cacahuète et les habituelles crackers aux crevettes (kerupuk). La cuisine Minang reste à ce jour ma plus belle expérience culinaire en Indonésie.
Les Coréens Un mot sur mes amis coréens. De grands voyageurs à l'image des Japonais. Une pensée pour Ye-Won, Junho (photo) , Sonja (photo) et Mihee (photo) rencontrés à Lahore où ils formaient le plus gros contingent des voyageurs étrangers. C'est qu'ils se sentent à l'étroit chez eux, déjà que leur pays a été coupé en deux. La guerre froide n'est qu'un lointain souvenir mais pas pour tout le monde car la politique maison n'a pas évolué d'un iota malgré quelques timides tentatives de rapprochement vite avortées par le pyromane américain qui préconise le statu-quo et l'escalade afin de maintenir ses bases militaires. Nous sommes en décembre et mes amis sont remplis d'espoir à la veille des élections présidentielles. A Bukittinggi, le petit groupe travaillant pour une Ong, font un aller-retour à leur ambassade basée à Jakarta afin d'aller voter. Les nouvelles générations de Coréens en ont assez et veulent crever l'abcès. Ils veulent juste vivre en paix dans une Corée unifiée.
A la guesthouse, Anton l'Ukrainien se remet progressivement de ses blessures. Enfin, lorsque il est sur pied, il se dirige vers un bar pour étancher sa soif. Retour dans la nuit, les yeux en essuie-glaces. Deux jours plus tard, il part pour Jakarta. En deux semaines, je dénombre trois Français, un Hollandais, une Polonaise, un Polonais et un Allemand. Des Indonésiens et des Malaisiens ? Des touristes parfois en famille nombreuse, en couple ou en indépendant. Et ceux qui ont élu domicile pour plusieurs semaines comme
Pieter et Rama (photo) Non, ce n'est pas le titre d'une série TV indonésienne. A peine installé, je croise les deux compères le matin alors qu'ils se préparent à aller au travail et nous sympathisons. En déplacement à Sumatra, ils font du repérage d'hôtels pour le catalogue de leur agence de voyage basée à Bekasi en banlieue de Jakarta. Pieter et Rama sont de Java, l'un habite à Bekasi, l'autre à Bandung. Au premier abord, je prend Rama pour un étranger ce qui fait sourire son collègue.
"c'est un hybride !" me dit Pieter le sourire aux lèvres
Je sens l'intéressé gêné aux entournures. Il n'aime pas en parler. Il faut dire que le bougre ne passe pas inaperçu avec sa grande taille, sa peau blanche et son air ténébreux. Je le soupçonne d'avoir du succès auprès de ces dames. Un jour, assis à la terrasse faisant face à trois étudiantes en train de m'interviewer depuis le début de l'après midi, je le vois rappliquer après sa journée de travail et comme pour desserrer l'étreinte, je dis à l'une d'entre elles au coin de l'oreille.
"tu vois ce gars là bas, tu devrais l'interviewer, il est Américain"
Mon effet fonctionne à merveille et les voilà qui le harponnent en parlant dans la langue de Skakespeare quand il passe.
"bonjour alors tu es Américain, accepterais tu une interview ?" ".................."
Pris au dépourvu, il les regarde avec surprise, puis me regarde et il comprend. Là son visage s'éclaire et il se met à rigoler.
"Eric tu m'as bien eu"
J'ai enfoncé le clou avec malice mais il l' a bien pris. Petit chambrage entre amis. Quant à mes groupies, elles repartent de plus belle dans le bavardage. Un complément d'information s'impose. Plusieurs fois par semaine, des étudiants et scolaires venant de Payakumbuh pour la plupart, sautent sur Bukittinggi pour chasser l'étranger. But de la manoeuvre : pratiquer son Anglais et le faire savoir avec un questionnaire à remplir et une séance de photos en guise de trophées. Aujourd'hui, je suis l'une de leur proie favorite. Pas moyen de leur échapper même en rasant les murs. Ca débute au petit déjeuner sur jalan Ahmad Yani (photo ), puis dans la rue (photo) et à la guesthouse (photo) . Cela dit, ils sont polis et souriants. Les jours suivants, j'adopte une stratégie de contournement et de camouflage qui fonctionne Je les aime bien mais c'est too much car sinon j'y passe la journée.
Les autres locataires longue durée sont Charly et ses drôles de dames à la sauce indonésienne Dans le rôle masculin : le chauffeur et dans les rôles féminins : Mochi Devi Petri Era, de jolies brunes aux peaux satinées originaires de Padang, vêtues de leur uniforme, elles sont craquantes. Représentantes d'une marque de cigarettes, chaque matin, elles partent sillonner la région en quête de nouveaux contrats hormis le dimanche jour de relâche où elles en profitent pour rentrer à la maison. Nous nous croisons sur la terrasse matins et soirs. Leur Anglais très limité ne nous empêche pas de communiquer dans la bonne humeur. Deux qualités que j'apprécie chez les Indonésiennes sont leur spontanéité et leur gaieté. Pour un peu, je me mettrai à fumer alors je les imagine user de leur charme naturel pour attirer les clients potentiels dans leurs filets. Une incitation à la débauche. Lin me raconte que le voisinage parle à leur sujet d'autant que la guesthouse se trouve en face de la mosquée. A ce titre, nos tympans sont soumis à rude épreuve à chaque appel du muezzin. | | | À: Mékong · 2 août 2013 à 22:41 · Modifié le 12 août 2013 à 21:32 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 211 de 246 · Page 11 de 13 · 2 152 affichages · Partager Indonésie ile de Sumatra (novembre-décembre 2012) Le pays Minang Bukittinggi
Le lac Maninjau (photo) Je pars en moto en coupant par la petite route qui suit la rivière sianok dans le canyon. Il y a une éclaircie. C'est la saison des pluies et les averses sont fréquentes et violentes (photo) . Il faut scruter le ciel et partir muni d' un élément indispensable : le poncho coupe-pluie que l'on range dans le compartiment à côté du réservoir. Sinon, sans protection, c'est 'Mandi Hujan' comme disent les Indonésiens. Dans la campagne minang, j'ai tout le loisir pour admirer les superbes maisons traditionnelles minangkabau (rumah gadang) (photo) (photo) dont la spécificité est leur toit élancé aux deux extrémités épousant la forme des cornes de buffles (photo) . Jonction avec la nationale à Matur et les premiers lacets se présentent car le lac est en fait une caldeira d'un ancien volcan qui s'est rempli progressivement avec l'eau des rivières avoisinantes. La vue est majestueuse (photo) . La descente est très sinueuse et comporte 44 lacets pour atteindre la petite ville de Maninjau au bord du lac (photo) . Il y a du trafic. L'endroit est populaire et touristique. Se succèdent warungs et points de vues. Il subsiste quelques parties boisées où des familles de singes campent au bord de la route (photo) . Des buffles nonchalants se reposent au milieu de rizières en terrasse (photo) . Arrivé à Maninjau, j'entreprends de faire le tour du lac en passant par le nord. Sur les rives, des villages paisibles de Minangkabau, l'ethnie résidente du pays Minang, qui pratiquent l'aquaculture à l'aide de petites cages nommées 'karambas' (photo) . Le nord de la caldeira est couverte par des rizières et des cultures vivrières (photo) . Le sud plus escarpé, avec d'impressionnantes falaises, est peu exploité (photo) . La plupart des versants sont boisés. La lumière est parfaite pour la photo. Sous un ciel mi-bleu-azur, mi-nuageux, les contrastes de chaque élément du décor apparaissent distinctement et se reflètent dans les eaux du lac (photo) . Tout est d'une grande beauté (photo) . Ce lac est un pur joyau ! (photo) La traversée sur la rive ouest (photo) se fait en toute quiétude sur un chemin asphalté à moitié défoncé. Mais retour à la réalité car un énorme orage se prépare et des nuages menaçants se rapprochent rapidement puis enveloppent totalement la caldeira. C'est une course contre la montre qui s'engage pour atteindre Maninjau et les premiers lacets. Au lacet 10, la pluie redouble et tombe avec une rare violence, je stoppe à un warung et j'en profite pour manger un nasi goreng (photo) accompagné d'un café au lait (kopi susu)en attendant l'accalmie. Puis retour sous la pluie jusqu'à Bukittinggi.
Les jours suivants, j'explore le nord en remontant la route de Medan jusqu'à Bonjol (photo) là où passe l' Equateur, la ligne fictive de séparation entre l'hémisphère sud et l'hémisphère nord. Rien de transcendant, une photo pour immortaliser l'instant (photo) .
Un appel du Muezzin très particulierEnsuite direction nord-est, par la route de Pekanbaru pour me rendre à la vallée d'Arau. Le trafic est intense. Après Payakumbuh, la fameuse ville d'où viennent les groupes d'étudiants chasseurs d'autographes, j'arrive à Sarilamak où je monte sur une butte pour bénéficier de la vue plongeante sur la ville avec en toile de fond le Marapi. Ce que j'entends me laisse bouche bée. Portée par le vent, une voix résonne et je réalise avec surprise que c'est une voix féminine. Elle chante de sa voix douce, portée par l'émotion. C'est l'appel du Muezzin. Je n'imaginais pas que cela puisse exister. Je suis sous le charme. Ce sont des instants magiques ! puis ça s'arrête.
La société Minangkabau est la plus grande société matrilinéaire du monde où la place de la femme est centrale, ceci explique peut être cela. Mais je n'ai pas de réponse. Est ce lié au fait que le droit coutumier (Adat) influence encore fortement la société indonésienne au détriment de la religion dans certaines parties du pays ? En pays Minang, ça peut être le cas avec l'ethnie Minangkabau. Ailleurs je doute qu'une telle chose soit permise comme à Aceh (au nord de Sumatra) où la Charia régit la vie de la population et où les bigots du FPI, le front des défenseurs de l'Islam sévissent. C'est un vent de fraicheur dans une période où le risque d'embrasement est réel à cause de ces groupes, dont le FPI.
FPI et autres bigoteries C'est un groupe, certes minoritaire, mais organisé et qui recrute dans les milieux désoeuvrés. Ils sont financés par les pays du Golfe qui s'insèrent dans la société indonésienne en finançant aussi la construction de mosquées en marbre et de madrasas pour répandre la pensée wahhabite. Ce groupe qui prône la haine ethnique et l'intolérance religieuse, bénéficie du laxisme voire de complicité dans les hautes sphères gouvernementales. Mais ce genre de groupes fanatiques révèlent une chose : la faillite d'un système rongé par la corruption et où tout se monnaye. Dans un pays où le système éducatif est à la dérive, ces groupes s'engouffrent dans les brèches béantes pour attirer dans leurs filets des pauvres et des paumés qui, après un bon lavage de cerveau, sont prêts à devenir de bon petits soldats. Malheureusement la recette a fait ses preuves. Pauvreté et ignorance saupoudrée d'une corruption endémique peuvent devenir des armes de destruction massive dans n'importe quelle société. En Indonésie, malheureusement l'intolérance se trouve au sommet de l'Etat lorsque le ministre des affaires religieuses ose dire en parlant de la minorité chiite discriminée "Ils n'ont qu'à se convertir au Sunnisme, ensuite les violences s'arrêteront !" (1) Qu'en pensent les gens concernés ayant vu certains de leurs proches, tués, leurs maisons et écoles incendiées et se retrouvant réfugiés politiques dans leur propre pays. Sans parler des animistes et des athées ou communistes.
Pour en revenir aux femmes Minangkabau. Je repense à la femme qui chantait et à ce proverbe africain "Eduque un homme et tu éduques une personne, éduque une femme et tu éduques une famille".
La vallée d'Arau (photo) (photo) A Sarilamak, je bifurque sur une petite route en ligne droite entourée de rizières, dominée en arrière plan par d'imposantes falaises de granit plantées dans le décor (photo) . Le paysage est insolite, surprenant et magnifique (photo) . Nous sommes dans la vallée Arau. Plus je m'approche des falaises, plus je distingue les eaux cristallines des cascades qui dévalent le long des parois (photo) (photo) (photo ) (photo) . Aujourd'hui j'ai eu de la chance au grattage car le temps est clément mais ce n'est pas le moment de flamber car avant hier j'avais perdu au tirage ; Pris sous une forte pluie, j'avais du rebrousser chemin. Au pied des cascades, il y a l'habituelle cohorte de vendeurs de babioles et nourriture. Peu d'activité, ça roupille, c'est l'heure de la sieste. L'endroit est calme hormis bien sur, le ruissellement et clapotis des cascades et le gazouillis des oiseaux. Je croise un type de Bukittinggi. Il travaille dans le même hôtel que Hojie le propriétaire de la moto. "J'ai amené un groupe de touristes locaux" en me les montrant du doigt. Ils marchent sur les passerelles en bois aménagées pour faire le tour de la zone. Je deviens rapidement l'attraction et chacun veut sa photo avec le 'belanda'. Ambiance bon enfant. Ils viennent de Padang.
Palupuah et Rafflesia Palupuah est le petit village à 15kms de Bukittinggi sur la route de Medan. En revenant de Bonjol, j'avais fais une halte mais le guide local était trop gourmand pour m'amener dans la forêt et me montrer la Rafflesia. Trop cher pour voir une fleur même si celle ci est géante. Car la Rafflesia est la plus grande fleur de la planète. On peut en voir quelques spécimens par ici. Pour corser l'affaire, celle ci se fait désirer et ferme ses pétales selon son humeur, ainsi y aller à l'improviste ne garantit pas que l'on puisse admirer Madame dans toute sa splendeur. Il faut prendre de ses nouvelles. A la guesthouse, j'en parle à Lin et quelques jours plus tard, elle rameute les troupes. Mini expédition. Cinq personnes et du coup les émoluments du guide deviennent raisonnables. L'équipe : Il y a Lin, Pieter et Rama les deux inséparables plus Dominic un Polonais en vacances qui, le reste de son temps, étudie à Bogor Java. (photo) Lin a tout prévu. Elle nous emmène dans un restaurant Padang pour déjeuner. Un vrai régal ! (photo) Nous allons à Palupuah avec la voiture de société des deux acolytes. Au village, je retrouve notre guide qui nous emmène dans la forêt, c'est légèrement en hauteur mais peu éloigné du village. Et là nous voyons la belle entre deux arbres (photo) . Ce n'est pas un gros spécimen. A quelques mètres deux autres sont en boule.
Le café Luwak Au village nous allons boire un café au bar du coin.....pas vraiment car nous rentrons dans un temple de la dégustation du café Luwak. Ici nous dit la maitresse des lieux, au speech bien rodé, tout est 100% organique lançant une pique aux fermes d'élevage à Bali où l'animal vit en captivité. Car le Luwak est le petit mammifère qui vit dans les forêts de Sumatra. Etrange petit animal avec une tête de renard et au corps/pelage de chat. Il se nourrit des cerises du caféier. Après un passage dans le tube digestif, les graines se retrouvent dans les excréments que les paysans récupèrent dans les bois pour être traitées. C'est une denrée précieuse et le prix du kilo trouvé chez les détaillants en Europe donne le vertige. Mais ici nous dégustons une bonne tasse de ce café pour le prix d'un expresso à Lyon. Un bon café pour la route (photo) .
(1) lire l'enquête de André Vltchek et Indira Rossie rossie-indira.weebly.com/counterpunch.html | | | À: Mékong · 3 août 2013 à 4:42 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 212 de 246 · Page 11 de 13 · 2 148 affichages · Partager Un très intéressant récit de voyage et de magnifiques photos. J'ai aimé relire et revoir des images de Melaka en Malaisie que j'ai vraiment aimé il y a 3 ou 4 ans. Mais comme je ne connais pas encore l' Indonésie, et que j'essaie de garder du temps chaque soir pour écrire quelques paragraphes sur mon propre voyage en Chine et choisir quelques photos, il m'est plus difficile de te suivre dans cette partie de ton périple. Comme je voyage plus vite que toi (je n'ai que l'été) c'est difficile, quand je suis sur l'ordinateur, il est tout de suite 2 ou 3 heures du matin. Mais comme l' Indonésie est probablement mon prochain voyage, l'année prochaine ou la suivante, nul doute que je te lirai attentivement à mon retour à Madrid. Encore bravo. | | | À: Mékong · 3 août 2013 à 5:13 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 213 de 246 · Page 11 de 13 · 2 143 affichages · Partager Magnifique :) J'ai pris beaucoup de plaisir à lire | | | À: Elano4000 · 4 août 2013 à 15:22 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 214 de 246 · Page 11 de 13 · 2 106 affichages · Partager salut Elano le voyage tire à sa fin et Java se rapproche merci en tout cas | | | À: Pasqualina · 4 août 2013 à 15:37 · Modifié le 12 août 2013 à 21:51 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 215 de 246 · Page 11 de 13 · 2 100 affichages · Partager salut Pasqualina
merci de ton message. J'ai vu que tu ne chômes pas de ton côté. Quel boulot ! ça doit te prendre du temps surtout que c'est nouveau pour toi cet attirail. Et tes problèmes de carte mémoire ? fais attention avec ça car ça va te scratcher tes photos qui sont dessus si elle est out. Si ça t'arrive dans un endroit isolé, sers toi de la mémoire de ton appareil (sur le mien je peux faire une centaine de photos selon le format, par contre les vidéos c'est limité) et tu transfère sur le laptop chaque jour. Ce problème m'est arrivé au Yuanyang. Je prenais mon laptop avec moi et parfois je déchargeais la mémoire de l'appareil sur le laptop au bd des sentiers.
Sinon concernant l' Indonésie, je peux te dire que les minorités ethniques en Chine contrairement à ce que certains disent sur ton carnet, ont des droits et sont protégées quand tu vois ce qui se passe en Indonésie. Plus généralement, tu en connais beaucoup des pays où animistes, taoistes, chrétiens, boudhistes, musulmans vivent en harmonie et ont la liberté de culte. La Chine pratique la discrimination positive. Mais on préfère diaboliser ce pays et passer sous silence ce qui se passe dans d'autres pays pour les minorités. Sur le pays du milieu, je n'ai pas la même explication que ce qui a été dit qui va toujours dans le négatif concernant les Chinois. L'explication tu peux la trouver dans le livre de Lin Yutang "la Chine et les Chinois" éditions Payot. | | | À: Mékong · 4 août 2013 à 21:04 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 216 de 246 · Page 11 de 13 · 2 082 affichages · Partager Je n'ai pas eu d'autres problèmes avec l'appareil photo et j'ai changé de carte photo, j'en ai plusieurs. J'ai remarqué aussi que les "erreurs carte" ont souvent lieu quand les piles sont quasi déchargées, alors je fais attention de toujours avoir des piles bien chargées. Et je passe tous les soirs les photos sur l'ordi, j'ai trop peur de les perdre le jour suivant.
En ce qui concerne les Hans et les minorités, je ne fais pas de politique et ne prends pas parti. J'aime autant en Chine les régions à minorité que les régions hans de l'est. C'est vrai que quand des groupes de touristes hans arrivent avec leur drapeau et leur guide à micro dans un village de minorité, ça fait un peu le nuage de sauterelles sur un champ, mais ils font pareil dans les belles zones de montagnes, à l'est comme à l'ouest, c'est le comportement de groupe qui est détestable, pas le fait qu'ils soient hans ou autres. Je constate que certains membres de minorités (Ouïghours, Tibétains) ne sont pas contents de leur statut en Chine, mais je reste neutre, comme je l'étais quand je vivais en Turquie à propos des Kurdes ou maintenant en Espagne avec les Basques et les Catalans. Ce sont des problèmes très complexes, et je ne me sens pas qualifiée pour émettre des jugements de valeur. | | | À: Mékong · 12 août 2013 à 21:31 · Modifié le 19 août 2013 à 17:56 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 217 de 246 · Page 11 de 13 · 2 019 affichages · Partager Indonésie ile de Java (décembre 2012) Jakarta
Après presque trois semaines délicieuses passées en pays minang, Je songe à partir même si je suis dans un cocon dans cette charmante guesthouse. J'ai tissé des liens avec cette famille dont Ibu avec laquelle je parle souvent lorsque nous restons sur la terrasse, elle faisant les préparatifs des plats du lendemain qui iront garnir le restaurant et moi travaillant sur mon laptop. Souvent Petri la petite Minangkabau, son sourire éclatant et ses "Mister Eric" vient l'aider. Ibu est une maman attachante, gentille, généreuse, joyeuse et qui n'a pas sa langue dans sa poche quand le papa vient fouiner dans les affaires de sa fille à la réception, ce qui nous vaut parfois quelques belles envolées lyriques entre ce trio infernal et le moins que l'on puisse dire est que les femmes ne s'en laissent pas compter.
Ling, comme sa maman, est très active, au four et au moulin. L'expression lui va bien. Entre 6h et 12h elle est au restaurant et après 12h à la guesthouse. Elle a un réel sens de l'accueil et une ouverture d'esprit rare. Une vraie complicité nous unit.
A la gare routière, il faut jouer des coudes au milieu de toutes les agences car il n'y a pas de système de bus publics comme en Chine. A ce titre, on peut difficilement parler de gare routière. Les différences de prix peuvent être importantes. Ainsi, il faut faire le tour des échoppes sans se laisser influencer par les vendeurs intempestifs, vantant à tour de rôle leurs bus soi disant confortables. Le trajet jusqu'à Jakarta est long et chaotique et promet d'être éprouvant. Je déniche un bus qui partira lundi matin pour un prix abordable et qui me permet d'atteindre la capitale le lendemain.....si tout se passe bien car nous sommes en Indonésie.
Retour à la guesthouse, Pieter et Rama bouclent aussi leurs valises ce week-end. Leur mission est terminée. Ils repartent en avion de Padang. Bonne route. On se reverra peut être à Java.
Le départ approche. Lundi matin, après un petit déjeuner pris tôt au restaurant familial, je quitte la guesthouse en ayant pris soin auparavant d'avoir chaleureusement salué et remercié tout le monde avec un pincement au coeur. Hello Guesthouse est le genre d'endroit que l'on a du mal à quitter, quoi de plus normal avec un titre pareil. Quelle famille adorable !Ils vont réellement me manquer.
Le trajet en bus Bukittinggi-Jakarta Nous filons plein sud mais au bout d'une trentaine de kilomètres, stop sur une aire de parking, un nouveau bus nous attend qui semble plus confortable car il dispose de l'air conditionné. Voyage sans encombres hormis la climatisation qui ne marche pas ; "Itu biasa" ce qui signifie "c'est normal" me diraient tous les passagers indonésiens car nous sommes en Indonésie. Là où ça se complique c'est qu' il est impossible d'ouvrir les vitres pour chercher de l'air sous une forte chaleur. "itu biasa". (photo) Au milieu de la nuit, à Bakahueni, nous embarquons sur le ferry en direction de Merak sur la pointe ouest de Java.
Nous arrivons à Jakarta au petit matin.
Jakarta (photo) Une ville tentaculaire, étouffante, connue pour ses embouteillages monstrueux. surement les pires d'Asie (photo) . Une ville sulfureuse connue aussi pour sa vie nocturne la plus trépidante d'Asie. Un lieu de perdition et de démesure. Au sud elle s'étend au delà de Depok, Citeurep fiefs des 'usines tournevis' et grignote chaque année du terrain sur Cibinong et Bogor que beaucoup considèrent déjà comme la banlieue de Jakarta. Une ville déroutante où le cocktail décapant bruit-chaleur-'macet' a vite fait de déboussoler les gens de passage les plus endurcis et les plus patients. Ce n'est pas pour rien qu'elle est surnommée 'The Big Durian' le fameux roi des fruits asiatiques. J'y reviendrai.
Revenons d'abord au 'Macet' qui est le nom indonésien pour embouteillage. C'est une célébrité. Tout le monde en parle. Au bout de quelques jours, le mot est imprimé dans votre cerveau tellement il est indissociable de Jakarta (photo) . Une expérience. Il faut le vivre pour y croire. Il m'est arrivé lors de mon séjour de 2010 alors que j'habitais à Ciputat, un quartier sud ( Jakarta selatan) d'être resté bloqué quatre heures dans un busway entre Sarinah ( Jakarta Pusat) et Lebak Bulus ( Jakarta selatan). Le moindre trajet peut prendre des heures. Marcher peut vite devenir un calvaire à cause du bruit et de la pollution sans parler des trous béants qu'il faut éviter en zigzaguer tout en gardant un oeil sur les scooters qui nous frôlent constamment. Aucun espace public pour se reposer ou se détendre au détriment des parcours de golfs privés qui pullulent. J'en ai compté une quinzaine en ville dont quatre uniquement autour du grand stade le long de Sudirman. A côté de ça, il y a quelques bidonvilles sordides (kampung hitam) à Senen, le long de la voie ferrée et autour de Manggarai. Les gens vivent sous de la tôle ondulée. C'est à se demander si ceux-là rentrent dans les statistiques de la ville. En tout cas, depuis la première fois que je les ai vus en février 2010 jusqu'à tout récemment, en mai 2012, ils sont toujours là. (photo)
L'autre mot clé que l'on apprend à connaitre à Jakarta est 'Banjir' qui signifie inondation (photo) . La ville est sous les eaux plusieurs fois par an. Le nord de la ville, en forme de cuvette, est très exposé malgré la construction tardive d'un canal d'évacuation mais bien peu performant. Comme toujours ceux qui ont les pieds dans l'eau sont les plus défavorisés. Alors que les gratte-ciel continuent à pousser inexorablement entre Sudirman et Kuningan, que les chantiers s'enchainent pour construire de nouveaux malls et des voies rapides supplémentaires (photo) , rien n'est fait pour combattre ce problème récurrent et ce sont toujours les mêmes images passant en boucle à la TV où l'on voit des gens essayant de parer au plus pressé, de l'eau jusqu'à la taille, avec les quelques biens qu'ils essayent de sauver.
Les malls à Jakarta rivalisent de gigantisme : Pondok Idah au sud, Mangga Dua au nord, Plaza Indonesia au centre, Pulo Gading à l'ouest pour n'en citer que quelques uns. Ils se sont emparés de quartiers entiers, reliés entre eux par des passerelles. Ils constituent de véritables empires. Par la force des choses, ils sont devenus le seul endroit en ville où les gens peuvent avoir un peu de répit tout en bénéficiant de l'air conditionné. Ces temples de la consommation où trônent toutes les grandes enseignes étrangères, restent inaccessibles à un grand nombre bien que certains d'entre eux soient considérés comme plus 'populaires' tels l'Abassador sur Casablanca et le BlokM. (photo)
Paradoxalement malgré tous ces problèmes urbains, qui pourraient (devraient) transformer la ville en cocotte-minute, Jakarta n'est pas une ville dangereuse. Enfin pas de quoi remplir une page entière de faits divers dans un quotidien Loin de l'insécurité que connaissent certaines mégapoles de même taille où se promener après une heure tardive ramène à jouer la roulette russe : Johannesburg, Lagos ou Nairobi en Afrique, Bogota et Caracas en Amérique du sud, Jacksonville aux Usa. Ici, il m'arrive souvent de marcher en pleine nuit sans ressentir une quelconque tension (c'est même le contraire où les sourires succèdent à l'étonnement de voir un blanc arpenter la zone à pied) en traversant les kampungs. A ce titre, Jakarta est à l'image des villes d' Asie du sud-est et de la Chine.
Le kampung est le nom désigné pour village en Indonésien. Jakarta, après avoir retiré ses quartiers d'affaires et ses zones résidentielles est un assemblage de ces kampungs qui sont l'âme de la ville; ce qui la rend attachante; ce qui la rend humaine pour peu qu'on prenne le temps de la découvrir de l'intérieur. Parce que oui, malgré tout ce que j'ai dit précédemment, Jakarta a ses bons côtés. J'ai eu la chance d'habiter quelques mois dans deux de ces kampungs, à Kebon Sirih (photo) proches des malls de Sarinah et Plaza Indonesia ( Jakarta Pusat), et Palbatu entre Tebet et Karet ( Jakarta Selatan) (photo) . Auparavant j'avais passé deux mois à Ciputat dans l'extrême sud chez un ami français dans une zone privée et sécurisée. Passer du temps dans un kampung permet d'observer, de s'imprégner d'une atmosphère, de se familiariser avec ses habitants, ses habitudes. Ma tache fut facilitée par le fait que j'étais, à cette période avec mon ex-amie Yuli qui est Indonésienne. A palbatu, je louais un Kost (les kosts sont très populaires parmi les Indonésiens, moins chers que les hôtels, ils consistent en des chambres ou studios meublés dans de petites résidences offrant des facilités aux résidents comme pouvoir cuisiner ou laver son linge). Je n'avais pas le sentiment d'être dans la frénésie urbaine : une petite rue principale et des allées (gang) pour délimiter le quartier (photo) . Le soir, à chaque entrée, une barrière est descendue pour empêcher l'accès aux voitures et les résidents peuvent profiter de la rue. Des marchands ambulants de nourriture dressent leurs échoppes. Les enfants crient et gambadent. les anciens vont prier à la mosquée. Chaque kampung a ses lieux de culte, ses boutiques, ses warungs. Coiffeuses, tailleurs, couturières, épiciers exercent leurs métiers. Les gens se connaissent. A Kebon Sirih, autre kampung où j'ai passé du temps (photo) , les conditions de vie sont précaires à cause du manque d'hygiène du à l'inexistence des services publics. Alors les gens s'organisent. Les déchets sont collectés et recyclés par ceux qui en ont fait leur métier. On les voit sans cesse, arpenter les kampungs, portant péniblement leurs sacs. Les égouts sont à ciel ouvert et le kampung risque une invasion de rats. Les gens ont trouvé une défense naturelle, extrèmement dissuasive contre ce coriace rongeur : les chats (photo) . Leur pire ennemi. Un redoutable prédateur et le seul félin qui chasse pour son plaisir. Je ne sais pas si cela a été fait volontairement mais le fait est qu'ils sont là et en grand nombre. (photo) (photo) L'animal vit en harmonie avec l'homme (photo) (photo) (photo) . Ici, dans le kampung, ça se vérifie de très belle manière (photo) . Ils se rendent service mutuellement. J'aime beaucoup cet animal. Il me fascine. Intelligent et indépendant, il est très photogénique, le moindre de ses mouvements est gracieux. (photo) (photo)
Durant mes séjours, j'ai vu des gens essayant de vivre avec dignité, accueillants et donnant l'impression de se serrer les coudes ensemble.
Jakarta 'The Big Durian' La métaphore est intéressante. Mais quel est donc ce fruit si populaire en Asie ? Le durian est ce fruit si particulier, avec son écorce hérissée de pics très pointus et son odeur repoussante (photo) ; au premier abord rien pour lui. L'odeur fait fuir nombre d'occidentaux. Mais ceux qui passent ce cap et accèdent aux noyaux après avoir découpé au couteau son épaisse carapace, ne le regrettent pas car la texture et le goût du durian sont uniques. En bouche, un goût plus ou moins prononcé de café et d'oignon, une texture crémeuse légèrement fibreuse. ça se déguste comme un dessert. Ce fruit pousse très haut dans les arbres (photo) . C'est à se demander pourquoi il n'y a pas plus d'accidents de 'durian'. La légende en Indonésie dit que le fruit a des yeux pour éviter de blesser quelqu'un lorsque il tombe des arbres.
Veille de Noël En ce mois de décembre, lorsque j'arrive à Jakarta et comme pour ne pas déroger aux habitudes, la ville subit de fortes inondations dont Kebon Sirih, mon kampung, qui n'est pas épargné. Un jour, j'attends trois heures dans un warung (photo) que la pluie cesse pour finalement retrousser mon jean jusqu'aux genoux, enlever mes chaussures et marcher dans l'eau pour rejoindre mon petit hôtel dans une allée. 'Itu biasa' comme disent les Indonésiens. | | | À: Mékong · 14 août 2013 à 19:28 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 218 de 246 · Page 11 de 13 · 1 978 affichages · Partager Tes récits (passionnants, clairs et instructifs) cela vaudrait le coup que tu les sortes sous forme d'une petite brochure : un document WORD / OPEN OFFICE + quelques photos incluses dans le texte, tu convertis le tout en PDF, emmène ta clé USB chez un imprimeur genre boite à copies pour étudiant, tu en tires 20, 30 et tu les vends à prix coutant + port (à peine 5 E)... ça permettrait d'avoir ça en version papier !!! C'est ce que je fais pour mes textes... | | | À: Mohamma2 · 19 août 2013 à 18:02 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 219 de 246 · Page 11 de 13 · 1 929 affichages · Partager salut Fred
merci pour tes encouragement. merci du tuyau. Je pensais éditer quelque chose sur papier. | | | À: Mékong · 19 août 2013 à 18:33 Re: Fragments de voyage I/II: d' Istanbul à Jakarta par la route Message 220 de 246 · Page 11 de 13 · 1 923 affichages · Partager Je pensais éditer quelque chose sur papier.
Ce serait une bonne idée et un plaisir d'avoir tout tes récits de voyages en un seul recueil | Carnets similaires sur l'Asie du Sud-Est: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 27 547 visiteurs en ligne depuis une heure! |