Yuanyang en pays Hani au coeur de la civilisation du riz (septembre-octobre 2012)
Kunming à l'aube. Les premiers bus démarrent à 6h. Direction la gare ferroviaire. Ensuite une correspondance qui fait la liaison jusqu'à la gare routière sud. Long trajet. La nouvelle gare routière est très éloignée de la ville. Nous traversons toute la banlieue sud. Larges avenues, grandes tours et centres commerciaux. Endroit déprimant. Une fois sur place, j'achète un ticket pour Jianshui. C'est un retour aux sources dans une ville où j'avais passé quatre jours en 2009.
Jianshui en fin de matinée. A la gare routière, suis assailli à peine sorti du bus
"Nansha"
le rabatteur me fait signe de le suivre. Un petit bus attend avec des passagers à son bord, reste quelques places. Parfait. Nous partons dans la foulée.
En débouchant sur la place Chaoyang
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, appelé le mini tian-an-men de la ville, je suis déçu. Certes, l'imposant bâtiment rouge trône fièrement au centre de la place mais quid des petites allées autour, du marché aux oiseaux et des vendeurs de produits miracle. A la place, un reliftage complet de la place, plus moderne, plus aseptisé aussi. Un grand panneau dévoile le futur projet architectural. Quant au vieux quartier, le long de Chaoyang, signe des temps, il est en passe d'être rasé.
La route s'élève. Nous coupons à travers les monts Ailao les locaux appellent "la perle à côté du fleuve"
Le Yuanyang (photo)
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c'est une région montagneuse du sud Yunnan faisant partie de la préfecture autonome de Honghe Hani et Yi. Yuanyang veut dire "au sud de la rivière Yuang", le fleuve rouge qui passe à Nansha. Les Hani et les Yi sont les deux minorités ethniques les plus importantes de la préfecture autonome.
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. Les Dai, Zhuang, Miao, Yao composent les autres minorités ethniques.
nouveau minibus et nous voilà partis sur la route en lacets qui nous emmènent à Xinjie altitude 1500m "la vieille ville"
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, le coeur du Yuanyang, souvent recouverte par une mer de nuage
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. En décembre 2009, j'avais passé une semaine inoubliable dans la région. La ville n'a pas changé hormis la gare routière qui a été déplacée vers le centre. Un bâtiment a été construit après le tunnel et devant le virage en épingle.
Lu Li m'attend. Elle me repère facilement car je suis le seul blanc.
"Eric"
Lu Li Lu Li est une Hani de la région
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. Originaire du village de Quanfuzhuang, d'une famille de quatre enfants, deux frères, une soeur, d'un père intellectuel écrivant des livres sur la culture Hani et d'une mère travaillant quotidiennement dans les rizières. La première fois que je l'ai rencontré, c'était en 2009, à Bada sur son lieu de travail
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. Une brève rencontre. Elle m'avait laissé son numéro de téléphone. A l'époque je n'avais pas donné suite car je n'étais pas libre mais je l'avais soigneusement gardé. Bien m'en a pris car elle n'avait pas changé de numéro. Ainsi nous correspondons depuis de longues semaines par textos. Bien qu'elle ne parle pas Anglais, nous nous comprenons car elle se sert d'un traducteur en ligne.
A peine le temps de poser mes bagages dans un hôtel, Lu Li m'entraine avec elle. Elle passe des coups de fils tout azimuts. D'abord, histoire de nous échauffer, nous allons manger un bol de nouilles chez ses deux amies qui tiennent une échoppe au centre de Xinjie. Il va de soi que je n'oppose aucune résistance, me devant de faire honneur à mon statut d'invité et de l'endurance il va m'en falloir. Je vais goûter à l'hospitalité des Hani et ce n'est que le début
Les Hani du Yuanyang (photo)
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l'une des 55 minorités ethniques reconnues en
Chine, la minorité ethnique principale de la région.
Les sculpteurs de la montagne, les bâtisseurs de terrasses. En arrivant pour la première fois au Yuanyang, j'avais été subjugué par ce que je voyais. Ce que l'homme peut être capable de faire de ses mains quand il est animé de nobles intentions est tout simplement prodigieux, admirable et me laisse sans voix. Les terrasses en sont la preuve éclatante. Minutieusement, depuis plus de 1000ans, ces peuples ont façonné la montagne avec un savoir-faire transmis de générations en générations.
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. Un travail de titans.
Les paysages harmonieux de ces rizières en terrasses s'étendant à perte de vue sont stupéfiants de beauté.
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Harmonie avec la nature : les Hani utilisent des méthodes traditionnelles, pas de mécanisation, rien n'a changé. Le hasard n'a pas de place. Tout est lié à la nature et à ses éléments en particulier l'eau de pluie, la force nourricière qui irrigue les terrasses. Les Hani écoute la nature et n'oublie jamais de la remercier pour sa générosité à travers des fêtes, des danses et des chants. Chaque fête est l'occasion de se réunir et de faire ripaille.
Harmonie avec l'animal : Les Hani ont développé un lien très fort avec le buffle des montagnes
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qui est un acteur essentiel des rizières en terrasses. C'est lui qui tire la charrue pour labourer les rizières et qui broute les mauvaises herbes. Un lien tellement fort que lorsque le propriétaire meurt, l'animal est sacrifié pour rejoindre son maitre dans l'au-delà. Quant aux canards, ils s'occupent des parasites
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. Même les poissons sont utiles pour la bonne teneur en azote des rizières.
On peut parler de civilisation du riz.
J'arrive au bon moment car c'est la période de récolte du riz et qui dit récolte dit fête et qui dit fête dit occasion pour ripailler.
En ville, une voiture nous attend, ce sont des amis de Lu Li. La voiture est chargée à bloc, une autre suit avec le reste du groupe ainsi que les munitions, c'est à dire les cartons de bière. Chez les Hani, on ne fait pas les choses à moitié. Tout ce petit monde se dirige au village de Quangfuzhuang, là où se trouve la maison familiale de Lu Li. Le village est sur la route entre Qingkou et Bada. La particularité de ces villages est qu'ils sont accrochés à flanc de montagne et collés chacun à leurs terrasses.
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Village de Quangfuzhuang (photo)
Notre groupe débarque dans la cour de la maison. Une description des lieux s'impose. C'est une vaste demeure au coeur du village, d'un étage dont les parties se repartissent autour de la grande cour; au rez de chaussée, il y a la cuisine, les toilettes, près de l'entrée des bassines remplies de poissons des rizières. Sur le côté, une remise où sont entreposés des outils. A l'étage ce sont un grand salon et plusieurs chambres. La maman et le frère de Lu Li sont affairés en cuisine. Son frère est un habitué des fourneaux, il a un restaurant à Nansha. Là il cuisine pour la famille lors des évènements. Dans une pièce adjacente, solidement campés autour d'une table, quatre hommes dont le père de Lu Li ont ouvert les hostilités ; j'aperçois le haut de plusieurs bouteilles mais ce ne sont pas des canettes de bière. Ceux là, apparemment boxent dans une autre catégorie que la notre. Nous nous installons au centre de la cour, assis sur de petits tabourets, autour d'une table sur laquelle sont posés des bols remplis de victuailles locales, différentes viandes, poissons, légumes, un panier bambou tourne avec à l'intérieur du riz blanc encore fumant. Et les bières, par paquets sont disposées à proximité. Une organisation bien huilée. Cheng est à ma gauche, il est le seul à parler un peu Anglais. Très précieux pour savoir qui est qui dans cette grande maison, connaitre quelques codes et il s'improvise interprète quand des convives me sollicitent. A ce titre, chez les Hani, tout est prétexte à lever son verre pour porter un toast en criant "Duosha" et chacun autour de la table se prête à cet exercice. Les verres, avant d'être vidés d'une traite, doivent s'entrechoquer franchement laissant échapper quelques larmes de leur contenu.
Puis arrivent d'autres personnes, dont le jeune frère de Lu Li accompagné de deux amis. A sa démarche légèrement hésitante, j'en déduis qu'il a déjà commencé sa soirée. Il veut trinquer avec tout le monde. Ensuite c'est au tour de l'oncle de Lu Li qui fait le tour de la table en portant un toast avec chacun d'entre nous, une différence de taille, il carbure à l'eau de vie locale. Mon tour arrive, il insiste pour que je trinque à armes égales. Je m'exécute, l'honneur de la
France est en jeu d'autant que les Frenchies débarquant à Quangfuzhuang ne sont pas légion. Lu Li est inquiète. Je lui fais un petit clin d'oeil pour lui assurer que je gère la situation. "Duosha".... Pendant ce temps, les petits bols de nourriture, à peine vidés, sont remplacés par d'autres. Tout est délicieux.
Le Japon et les iles Diaoyu Puis vient la question qui brûle l'actualité chinoise, impossible de louper cet évènement, toutes les chaines en parlent. Cheng traduit la question posée par l'oncle de Lu Li dans un Anglais approximatif "qu'est ce que tu penses des iles Diaoyu ?" Inutile de préciser que tout le monde est remonté contre les Japonais qui viennent de s'approprier trois des cinq iles revendiquées par la
Chine. C'est un vieil antécédent mais les deux parties campaient sur leur position sans en rajouter.
Bien sur, concernant la
Chine, les bobos bien pensants parleront de propagande d'état et tutti-quanti. Mais connaissent t-ils l'histoire de ce pays? On parie que non.
Je ne suis pas pris au dépourvu car j'avais étudié la question. Pour comprendre l'impopularité de leur voisin et l'émotion que suscite chacun de leur agissement parmi la population, il faut remonter à la seconde guerre mondiale lorsque l'armée japonaise a occupé la
Chine et la Corée. Des camps d'expérimentation qui n'ont rien eu à envier aux camps nazis, des femmes déportées au
Japon pour alimenter des bordels...Un traumatisme douloureux qui ne s'est jamais dissipé et pour cause le
Japon ne s'est jamais excusé officiellement pour toutes ces atrocités et des criminels de guerre faisant partie de partis fascistes, peuvent parader à
Tokyo en toute impunité, provoquant à chaque fois une vive émotion en
Chine. A
Kunming j'ai pu voir des photos de ces camps de la mort. Des images qui font froid dans le dos.
J'ai toutes ces images en tête, en répondant à l'oncle de Lu Li et je fais profil bas.
"oui je comprend la position de la
Chine, le
Japon n'a pas à faire cela, c'est de la provocation"
Lu Li et ses amis, boivent modérément, juste de la bière. Ils connaissent la musique car les allées et venues se succèdent ; au tour de la tante. Comme se succèdent les bols de victuailles bercés par la douce mélodie du tintement des canettes passant de main en main. A propos de mélodie, Lu Li est appelé par son père pour chanter devant ses invités. Un chant traditionnel hani. Comme toutes les femmes Hani, elle sait danser et chanter. A mon tour d'être appelé dans la cour des grands, pas pour chanter, soyez rassurés mais pour être présenté. Et là je constate ce dont je me doutais, ce ne sont pas des petits joueurs, ils se rincent à l'eau de vie depuis le début du repas. Les quatre acolytes derrière des visages impassibles laissent transparaitre des sourires de satisfaction. Pas question de se défiler, je dois honorer la patrie sous peine de perdre la face. "Duosha" Une rasade avalée d'une traite pour réchauffer mon gosier mais là je sens que mon corps dit stop. Désormais, je m'en tiendrai à la bière sous peine de voir des buffles ailés unicornes tournoyer au dessus de ma tête et sombrer dans un coma éthylique.
Karaoké et barbecue à Xinjie Au bout de deux heures, la panse bien remplie. Nous repartons à Xinjie sous une nuit étoilée.Un petit passage sur la grande place où les filles exécutent quelques pas de danse
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. La grande place c'est ici que tout se passe, le lieu de rendez vous des habitants du Yuanyang. Danses quotidiennes, chants et l'écran géant qui diffuse les informations des chaines gouvernementales
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. Ce soir, l'une des chaines CCTV passe en boucle des images des iles Diaoyu, des discours d'officiels aux visages déterminés et de navires de guerre croisant au large. Histoire de chauffer à blanc une population contre l'ennemi héréditaire. Un ami de Lu Li habitant à
Shenzhen lui téléphone. Des manifestations ont lieu en ville contre les intérêts japonais.
La soirée est loin d'être terminée. Me voici convié à l'un des passe-temps favoris des Chinois : le karaoké
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et encore une occasion d'aligner les bières et autres amuses gueules sur les tables. Bon il est temps d'aller dormir....mais non une visite chez la soeur de Lu Li qui tient un petit restaurant barbecue au coeur de la ville s'impose. Le karaoké ça creuse l'appétit. Au menu, viande et légumes grillés dont de délicieuses aubergines que nous dégustons avec gourmandise. Il est tard et chacun rentre chez soi, hormis Lu Li et Cheng qui m'accompagne à mon hôtel puis finalement décident de rester. Cheng habite à Nansha et à cette heure tardive, il n'y a plus de minibus pour descendre dans la vallée. Quant à Lu Li, elle ne veut pas nous quitter. Ainsi à 2h du mat, sous le regard amusé de la gérante, nous voilà à déménager mes affaires car ma chambre ne dispose que de deux lits ce qui pose problème. Nous emménageons dans une chambre de six lits. Rideau.
le lendemain. Nous retournons au village en début d'après midi. Lu Li a pris des jours de congé et nous en profitons pour nous rendre sur les terrasses de la famille. C'est la saison des récoltes. Lu Li travaille dans le grand complexe hôtelier-restaurant-point de vue de Duoyishu en tant qu'assistante manager. Auparavant, il y a quelques années, elle travaillait dans un jardin d'enfants. Sa vie a basculé depuis son divorce en 2010. Elle a un appartement à Nansha où elle va très peu mais qu'elle garde pour les vieux jours de ses parents. Elle descend régulièrement dans la vallée pour passer du temps avec sa fille de 5 ans qui vit à Nansha chez sa grand mère. Une situation douloureuse pour une mère mais elle n'en parle pas.
Les terrasses du Yuanyang
source
Toute la montagne en est couverte, certains versants ont jusqu'à 3000 terrasses. Rappel : chaque village Hani et Yi sont attachés à leurs terrasses. Malizhai
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est le plus gros village Hani du Yuanyang.
Les terrasses principales se répartissent dans quatre zones :
Bada: villages de Qingkou, Quangfuzhuang, Malizhai, Zhulu
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Duoyishu : villages de Huangcaoling, Pugao, Aichun, Dawazhe, Duoyishu
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Laohuzui: villages Mengpin, Amengkong, Tongpu, Baoshanzhai
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Niujiao : villages de Niujiao, Xin'ansuo, Guoqi
Longshuba : villages de Longshuba, Jinzuzai
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La récolte Dans les villages, chaque famille possède ses terrasses. Durant les récoltes, toute la famille plus des amis viennent aider ; les femmes se chargent de couper les panicules à la faucille en avançant de manière ordonnée dans les rizières boueuses
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, l'eau ayant été retirée. Les hommes se chargent de battre les panicules sur des plaques, après les avoir nouées au préalable, pour récupérer les grains de riz
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qui sont recueillis et mis en sac sur place puis acheminés à dos d'homme, d'âne et de cheval jusqu'au village
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. Les panicules attachées telles des bottes de foin, sècheront au soleil avant d'être remontées au village
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. Après le labeur, chacun récupère sa part du butin après avoir partagé un bon repas. La solidarité fonctionne à merveille. Rien n'a changé depuis la nuit des temps. C'est un réel privilège de vivre ces instants grâce à Lu Li et ses amis
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et je les savoure intensément. Parfois je me frotte les yeux. Mais non ce n'est pas un rêve, je suis bien au coeur de la civilisation du riz.
Après une après midi passée au milieu des terrasses, nous revenons à la maison familiale mais pas question de filer à l'indienne, il faut dîner. Côté cuisine, c'est toujours le frère de Lu Li qui s'y colle après avoir passé la journée sur la terrasse familiale et force est de reconnaitre que c'est toujours aussi délicieux. Malgré mon aversion pour le piment, je ne peux m'empêcher de succomber. Il a un restaurant à Nansha et nul doute qu'à l'occasion j'irai manger chez lui les yeux fermés. Cela dit, un repas tout en sobriété. Il faut dire que toute une après midi sur les terrasses sous une forte chaleur épuise les organismes. Après quelques toasts "Duosha" plus tard nous repartons repus.
Les jours suivants, je changerai d'hôtel pour un autre beaucoup plus confortable, au rapport qualité-prix remarquable et avec une vue imprenable
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La danse du brouillard sur les terrasses (photo)
Durant plusieurs jours, je sillonne la région à pied seul ou avec Lu Li en utilisant les minibus. Ombres, lumières, brume, un palette de couleurs différentes durant les quatre saisons
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. Un petit paradis pour les passionnés de photos. Que ce soit à travers les rizières ou par de petits sentiers hors des balises touristiques pour découvrir des points de vue reculés, le potentiel de balades se conjugue à l'infini. Ce sont des points de rencontres avec des villageois
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et animaux vaquant à leur occupation quotidienne
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. Il y a aussi des marchés colorés tenus chaque jour, à chaque fois dans des villages différents, la plupart de ces marchés étant associés aux douze animaux du calendrier chinois. Une balade qui demande parfois une bonne dose de patience dans ce qui ressemble à de l'attente pour observation d'animaux sauvages. C'est une partie de cache-cache qui se joue. Une brume épaisse peut recouvrir les versants de montagne parfois plusieurs jours d'affilée et à toute heure de la journée. Puis poussée par le vent
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, celle ci se retire sporadiquement durant quelques instants dans un ballet insaisissable
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, dévoilant les contours des terrasses et des villages. En bas on perçoit les cris des écoliers dans les cours de récréation
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Au bout de l'attente, la récompense. Tout simplement magique.
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l'Unesco et la Fao La région attire chaque année plus de touristes, chinois principalement. Le 15 novembre 2007, le Yuanyang est devenu officiellement un parc national chinois. En juillet 2004, le gouvernement a déposé un dossier de candidature pour que les terrasses du Yuanyang fassent partie du patrimoine mondial de l'humanité sous le patronage de l'Unesco. Pour être précis, patrimoine paysager de l'humanité car cette merveille du monde est une réalisation de la civilisation humaine plus que jamais en activité. Les négociations sont en cours et en bonne voie. L'an dernier, une réunion s'est tenue à Qingkou avec des officiels de l'Unesco pour les dernières mises au point. En 2011, l'Onu pour l'alimentation et l'agriculture plus connue sous le sigle FAO, a listé le système de production de riz des terrasses comme système pilote agricole d'importance majeure. Le travail titanesque des peuplades chinoises de la région est reconnu à l'échelle mondiale. Tout est donc mis en oeuvre pour protéger et préserver ce magnifique et ingénieux éco-système. Au moment où les fossoyeurs de la planète tels Monsanto et Cargill essayent d'envahir la planète avec leurs OGM nocifs mettant en péril la patrimoine mondial alimentaire, les terrasses sont un exemple magistral de l'harmonie entre l'homme et la nature. Savoir faire des hommes transmis de générations en générations en symbiose avec la nature.
Tout n'est certes pas parfait. Il y a des points noirs. Certaines zones manquent d'eau et des terrasses, faute d'avoir été irriguées, sont laissées à l'abandon. Les conditions de travail sont très exigeantes et épuisantes. Des villages isolés sont très pauvres comme à Akha
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dans la région de Shalatuo où les femmes doivent parcourir des kilomètres pour aller chercher de l'eau qu'elles transportent dans des seaux, le réservoir principal du village étant à sec.
Le National Day A duoyishu, Lu Li a beaucoup de travail, accueillant des groupes, servant de guide à l'occasion. Entre balades, repas barbecue avec elle chez sa soeur, hot pot avec ses amis, karaoké. Le séjour se passe bien mais je dois me préoccuper de mon visa qui expire bientôt. J'envisage d'aller à
Kunming pour demander une nouvelle extension d'un mois ce qui me permet de passer davantage ici. J'en fais part à Lu Li. Elle est très contente de cette nouvelle. Le National Day se profile et en principe une grosse semaine de travail car c'est une semaine de relâche pour les Chinois. Des feux d'artifices accompagnent l'ouverture des vacances et ma dernière soirée. C'est la pleine lune. Lu Li a récupéré la vieille voiture de son frère et sur la route, en profite pour me montrer un point de vue inédit des terrasses de Qingkou et Quangfuzhuang. J'en prends bonne note pour mon retour. Je lui laisse le gros de mes affaires. Le lendemain matin, réveil matinal, elle m'accompagne avant de se rendre à son travail ; un épais brouillard enveloppe Xinjie, pas de minibus, peu de candidats pour aller à Nansha et je pars en taxi partagé.
Douche froide à Kunming J'arrive en fin d'après midi. Direction le Hump pour poser mon sac. Il est trop tard pour aller au PSB aujourd'hui. C'est l'endroit où les demandes d'extensions de visa se font. Il y en a dans chaque ville d'importance avec des sections "Aliens". Nous sommes lundi. Mon visa expire jeudi. Il n'y a pas péril en la demeure.
Kunming est prise d'assaut par les touristes chinois. En me rendant le lendemain matin au PSB, une mauvaise surprise m'attend. La porte est fermée. Je pose la question à la réception du Hump
"normal, ce sont les vacances du National Day"
Le surlendemain, même scénario. J'appelle Lu Li qui parle à un agent de sécurité se trouvant à proximité. Il lui confirme que les bureaux sont fermés toute la semaine.
C'est la tuile ! En marchant dans la rue pour venir, j'avais constaté que nombres d'édifices avaient leurs portes fermées. Cela n'augure guère à l'optimisme. Je contacte Olivia du Lily Pad à Dali pour qu'elle téléphone au PSB du coin. Même constat, celui de Dali est fermé pour la semaine. Lu Li essaye de m'aider en m'envoyant son neveu, ensemble nous allons au poste de police mais rien n'y fait, je dois me rendre à l'évidence. Il est mercredi et demain c'est le dernier jour de mon visa. Ensuite je serai hors délai et sous la menace d'ennuis et de fortes pénalités. Je dois quitter la
Chine de toute urgence.
Retour à Xinjie Parti à l'aube de
Kunming, je suis content de revoir la cité sous les nuages. Demain je serai déjà en dépassement. Lu Li est triste mais elle s'est fait une raison, je continue mon voyage. Dernière nuit et le lendemain à 7h30, après avoir avalé une soupe de nouilles, je prend le bus de 7h30 pour Luchun.
Dernière étreinte. Notre idylle se termine un peu brutalement. Je lui dit que je reviendrai vite car cet endroit est tellement magique.
Xinjie-Mohan Good Bye China A 12h, je quitte les dernières terrasse du Yuanyang.
A 12h30 Le bus arrive à Luchun où j'en prends un autre pour Jiangcheng. Halte pour la nuit ce qui signifie aussi un jour supplémentaire hors délai. Le matin suivant, je manque de louper le bus pour Mengla qui part à 7h.
15h30 arrivée à Mengla puis direction Mohan à la frontière bordant le
Laos en minibus.
A 16h30, je me présente au poste de l'immigration.
"Monsieur il y a un problème, veuillez patienter"
Le douanier vient de constater le dépassement. Après avoir consulté son supérieur, il revient et fort heureusement, j'avais eu la bonne idée de conserver l'adresse du PSB de
Kunming en Mandarin. Muni du bout de papier, je lui explique tant bien que mal mon problème. Ils se concertent et font preuve d'indulgence. Un dernier coup de tampon, un signe pour dire que c'est ok et un sourire. Un grand merci Messieurs les Chinois....Un grand ouf de soulagement car les pénalités se montaient à 1000 yuans.
Quatre mois plus tôt, j'entrais dans ce pays extraordinaire par la Karakorum Highway. Plus de 9000kms entre le Xinjiang, le Qinghai, le Sichuan, le Yunnan. Des souvenirs intenses, inoubliables. Un voyage chinois terminé en apothéose dans les montagnes du Yuanyang. Je reçois un sms d'Ada
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(voir le chapitre sur le Qinghai Lake/
Xining) qui me souhaite un bon voyage. Je suis content d'avoir de ses nouvelles, je ne l'ai jamais oubliée. Dommage que notre histoire soit restée sans lendemain.
Je suis parcouru par des sentiments mêlés, j'ai le coeur serré de quitter précipitamment ce pays, laissant derrière moi des gens que j'aime et en même temps suis excité par de nouvelles aventures qui se profilent et content de revoir bientôt mon ami italien Juri
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. La route, je l'ai dans mon ADN.
Mon sac sur l'épaule, je me dirige vers Boten, le point frontière lao.....