En route pour Jogja, dernière ligne droite après inventaire (décembre 2012)
Petit rappel : j'ai entrepris ce voyage terrestre à
Istanbul, un mardi de février, ville que j'avais rejoint par avion depuis
Lyon. A l'époque il faisait un froid polaire en Europe et la
Turquie n'était pas épargnée, dont le centre et l'est qui étaient recouverts d'une épaisse couche de neige
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. Après 10 mois de transhumances inoubliables, me voici à
Java; de l'eau a coulé sous les ponts.....surtout ici à
Jakarta où la ville subit de graves inondations.
Ce matin je quitte très tôt mon petit hôtel coincé dans le labyrinthe d'allées (gang) de Kebon Sirih pour me rendre à la gare de Gondangdia à pied. De là je saute dans un train urbain appelé "commuter" qui relie
Bogor, plus rapide, moins bondé, plus confortable mais un poil plus cher que les "economy".
Pour la masse besogneuse qui fait la navette entre les deux villes, cela a son importance quand on connait les salaires misérables et ce malgré le fait que le gouverneur Jokowi a augmenté récemment le salaire minimum de manière conséquente (il passe à 2,2 millions de roupiah). Ceux qui sont concernés par cette hausse sont les fonctionnaires, employés des chaines de restaurants et des sociétés étrangères et non la masse invisible dont beaucoup travaillent dans les "usines tournevis" le pendant des fameuses maquiladoras mexicaines autour de la ceinture de la capitale : à Depok, Citeurep, Cibinong.....
C'est une véritable expédition que je m'impose. La solution de facilité consisterait à prendre le train depuis la gare de Senen mais j'opte pour le bus avec des envies d'emprunter la Puncak Pass, admirer ses plantations de thé
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, ses deux volcans le gunung Pangrango (3019m) et le gunung Gede (2953m) puis de découvrir d'autres routes au centre de
Java, précisément après
Bandung. Mon itinéraire s'établit comme ceci :
Bogor -
Bandung -Purwokerto -
Yogyakarta. J'ai besoin d'exercices et de manger du bitume.
Bogor est déjà embouteillé. Au milieu du trafic et du tintamarre, je trouve un angkot, le minibus local qui relie la base des départs pour l'est de
Java à l'autre bout de la ville. Il suffit de dire au Chauffeur "
Bandung" pour qu'il comprenne instantanément d'autant que je suis lourdement chargé.
Plusieurs fois que je viens à
Bogor et je n'accroche pas. Hormis le superbe parc botanique
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, la ville offre peu d'intérêts. Un parc (payant) de cette envergure en pleine ville est rare en
Indonésie et cela mérite d'être souligné. Il permet de se remettre du bruit constant d'une ville qui croule sous les embouteillages. Autour de la gare routière, c'est l'effervescence, Un rabatteur m'indique le bus de
Bandung que j'attrape in extremis en train de quitter le parking. Le timing est parfait. A l'intérieur, c'est quasiment plein. Une place me tend les bras à l'arrière. Comme en
France, ce sont les périodes de vacances dans le plus grand pays musulman de la planète. Beaucoup de Javanais sont sur les routes entre Noël et le jour de l'An. Mauvaise surprise, le bus retourne sur
Jakarta et bifurque à l'est au niveau de Bekasi. J'imagine que la Puncak-Pass doit être totalement bloquée jusqu'à Cianjur. C'est une route étroite, en lacets et tous les week-ends, les bus faisant la navette entre
Bogor et
Bandung doivent la contourner par Sukabumi. Nous sommes pourtant un jour de semaine mais le détournement est lié aux vacances. Mauvaise pioche. Un jour, je traverserai
Java en moto à mon rythme. L'idée me trotte dans la tête.
Bandung (photo)
, province de
Java-ouest (Jawa Barat) située dans une vallée et entourée de montagnes. Une ville chargée d'histoire. En 1955, en pleine guerre froide, la Conférence de
Bandung fut le point de départ du Mouvement des Non-Alignés sous l'impulsion de Sokaerno, N'Krumah (
Ghana), Nasser (
Egypte), Nehru (
Inde) et Zhou-Enlai (
Chine). Les participants voulant se démarquer des puissances coloniales et des deux super-puissances pour former une troisième voie/voix indépendante sur la scène internationale
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. En perte de vitesse depuis plusieurs décennies, le mouvement est revenu au premier plan avec Chavez.
Un orage menace et l'accumulation de nuages ne présage rien de bon. Arrivé à Leuwipanjang la gare routière principale, même scénario qu'à
Bogor, je saute rapidement dans un angkot pour atteindre Cicaheum la gare routière est. De là partent les bus pour Purwokerto et
Yogyakarta. Et puis c'est le déluge qui provoque une pagaille indescriptible. Certaines rues sont inondées et nous progressons lentement. C'est impressionnant de constater avec quelle rapidité l'eau envahit les quartiers que nous traversons. Fort heureusement, la gare routière est au sec et par chance, La pluie a cessé. Simple accalmie ? Je fais le tour du parking et je finis par trouver un bus qui va jusqu'à
Yogyakarta en passant par Purwokerto. Ca tombe bien, c'est là où je compte m'arrêter.
Le trajet s'avère être plus long que prévu. Les heures passent. J'écoute de la musique.......La nuit tombe vite dans cette partie du monde........18 heures et déjà l'obscurité croissante recouvre le paysage.....
Je pense à mes amis sud-coréens dont la douce Ye-Won. En effet cela fait une semaine que les élections présidentielles ont livré leur verdict : les Conservateurs ont gagné avec Park-Geun-Hye, une femme ce qui est une première dans ce pays mais cela n'altère pas la déception de Ye-Won, Minjoo et des autres qui fondaient beaucoup d'espoirs sur ces élections. Ye-Won poursuit ses études d'infirmière en alternant avec l'hôpital. Je la sens désabusée. Elle espère du changement mais elle devra encore patienter surtout en ce qui concerne la politique de rapprochement avec le frère jumeau du nord car Park-Geun-Hye est la favorite des Américains qui préconisent le statu-quo et l'escalade, ce qui leur permet de maintenir leurs bases militaires. Ye-Won, j'aime parler avec elle sur les réseaux sociaux, sensible et faisant preuve de maturité politique, je regrette de n'avoir pas passé plus de temps avec elle, lorsque nous étions au Pakistan. La
Corée du sud, ce pays méconnu, surnommé le "pays ermite".
Purwokerto enfin mais il est déjà très tard. Il est presque minuit, le bus fait une mini-pause. Finalement, je décide de modifier mon programme. Je file directement à
Yogyakarta. Le jour de l'an approche et si je veux trouver de quoi me loger là bas, mieux vaux se prémunir quelques jours avant car la ville va être prise d'assaut par les touristes.
Yogyakarta est une destination très populaire chez les Indonésiens. Je me dis que j'aurai peut être l'occasion de revenir à Purwokerto pour gravir le volcan Slamet
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.
Nous arrivons à Jogja à l'aube.
Yogyakarta, toujours content de la retrouver depuis la première fois en 1999
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où j'avais eu un coup de foudre pour cette ville et sa population qui ne s'est jamais démentie par la suite à chaque séjour
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. Ici, c'est le coeur du Javanisme qui bat (kejawèn). Jogja est le poumon culturel de
Java à travers une histoire très riche dont on peut voir et admirer les multiples empreintes dans la région
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dotée en plus de jolies paysages, des plages aux volcans
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Je vais directement à Indra Prashta Guesthouse
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dans le quartier de Prawirotaman, c'est une petite guesthouse tranquille, à l'écart du bruit où j'ai mes habitudes. Impossible d'appeler
Danang avant car il a changé de numéro. Mais c'est mon jour de chance, il m'accueille en me disant qu'il reste de la place au moins jusqu'à dimanche, l'avant veille du jour de l'an. Je vais poser mes sacs pour quelque temps et de ce pas je loue un scooter pour un mois.
Ensuite il va falloir trouver une solution pour prolonger mon visa qui expire dans trois semaines. Des maux de tête en perspective.
Cette fois c'est la fin du périple. Le bout du bout.
J'ai un pincement au coeur quand je me retourne sur les nombreux souvenirs de route mais content aussi de le terminer à Jogja, dans une ville que j'aime, dans cette guesthouse où dans deux jours, je vais faire une rencontre marquante : Farida ma princesse javanaise, originaire de Purwokerto, en vacances à Jogja.
Purwokerto, vous vous souvenez ? je me disais que je pourrais peut être y revenir. A cet instant, j'étais loin de m'imaginer que dans cette ville, je vivrai une belle histoire d'amour.
Ainsi l'année s'achève en apothéose et commence de la plus belle des façons en compagnie de Farida.