Si l’
Inde fut une grande nation spirituelle, on peut dire qu’elle est rentrée désormais dans son kali-yuga. Mon approche non teintée de subjectivisme pour une raison karmique personnelle, s’efforce d’objectivité dans l’analyse, et vouloir ignorer les aspects sombres de ce pays, revient à se voiler la face sur l’évidence d’un bateau en train de chavirer.
Ma première motivation d’y aller fut d’ordre spirituel, car je baigne depuis plus d’une décennie dans l’adoration des divinités Hindoues. Mais curieusement, une fois sur place la magie n’existait plus, comme une sorte d’indifférence devant les myriades d’aspects divins anthropomorphisés et d’adorations naïves pour la plupart des dévots. L’aspect kitsch de l’
Inde, omniprésent dans tous les aspects de leur culture, m’est devenu insupportable soudainement, comme un réveil ! Les temples sont grossiers et inesthétiques comparativement à ceux de la
Thaïlande.
Aller en
Inde c’est toujours prendre un risque ; que l’on en soit conscient ou pas ; risques multiples : violences et mouvements de foule ; maladies ; accidents de bus ou autre (les bons réflexes et la lucidité s’émoussent lorsqu’on est exposé à un stress intense : bruit, foule, klaxons, j’ai failli être percuté violemment par un auto-rickshaw dans un moment d’inattention) et vols. Car l’Indien est un sacré roublard et ils sont souvent fort pour détecter notre vulnérabilité afin d’en tirer profit ; jusqu’aux gurus qui, pour certains, ont su profiter de la naïveté des occidentaux rêveurs... Après un accident, un occidental à terre sera dépouillé de son argent avant d’être éventuellement secouru. J’ai eu vent de drames de ce genre et je ne souhaite à personne de connaître les services de soins dans ce pays. Les jeunes infirmières Françaises et humanistes qui sont allées donner un coup de main à la fondation de Mère Theresa en sont revenu choquées. D’abord les malades sont traités par les sœurs comme des moins que rien et en plus les traitements sont précaires et dénués d’hygiène fondamentale..
Un aspect épuisant de ce pays c’est leur côté procédurier. Aller sur Internet et votre passeport est photocopié, vous êtes même photographié ! Et ceci même pour 15’ de connexion ! En fait je n’ai rencontré que saleté partout où j’allais, ils n’ont même pas l’idée de passer un coup de pinceau sur les murs d’une chambre d’hôtel afin de la rafraîchir à peu de frais. C’est un pays où la mentalité passive domine. Lorsque l’on croise des travaux, les pauvres travaillent d’une manière bien archaïque et sans protection d’aucune sorte. Les gravats tombant même sur la rue où passent les gens sans qu’il y ait de sérieuses précautions prises. Tout simplement que dans ces pays, la vie a moins d’importance que dans les nôtres. Si un occidental perd la vie en
Inde par malchance, les Indiens penseront qu’il lui était bien stupide de venir ! Car les indiens qui arrivent à s’expatrier sont bien heureux d’avoir quitté ce cauchemar incarné et de vivre suivant les modèles occidentaux. D’ailleurs ils ne nourrissent aucune fascination pour ce pays dont ils connaissent les difficultés et ils se demandent pourquoi nous, nous y allons ?! (relire cette phrase trois fois lentement).
Mais ce pays réserve aussi des coïncidences surprenantes, comme si le destin (ou karma) ne cessait de vouloir vous transmettre quelque chose. J’ai connu de pareils moments. Mais aussi lorsqu’un Indien vous accoste, vous ne savez jamais si il est désintéressé et serviable ou si sa motivation de vous aborder cache une volonté de vous arnaquer. De fait, connaissant cette dernière attitude récurrente, la méfiance est systématique et pourrie l’ambiance et la spontanéité. Ils ont un certain manque d’éducation, et là je reviens sur ma remarque concernant un certain égoïsme ou plutôt une certaine indifférence de l’autre, et faire du bruit le soir ou en pleine nuit dans une guesthouse est chose commune. Mais le plus marrant c’est de voir leur air surprit quand vous les sermonnez de respecter votre sommeil ! Ce n’est pas dans leur éducation, et de se racler la gorge et de cracher. Alléluia !
Dans les guides de Lonely Planet sur l’
Inde on ne trouve que des paragraphes alarmants « Désagréments et Dangers » dans tous les coins de ce foutu pays. Le meilleur se trouve dans les policiers corrompus qui vous menacent de vous faire porter de la drogue si... Autrement dit, ces salauds peuvent vous balancer dans une geôle Indienne pour une décennie minimum ! Alleluia ! De quoi refroidir les plus dingues de ce pays...
Pour finir, en parlant avec un jeune Indien à l’ashram de nos pays respectifs, lorsque j’ai évoqué la
Suisse, son visage s’éclaira, pas de doute pour eux la
Suisse est le paradis sur Terre ! Il est d’ailleurs amusant de voir de riches Indiens aller en
Suisse sur les lieux de tournage des films de Bollywood et de se faire photographier devant la gare ayant servi à une scène du tournage... Hilarant !
Qu’il y est eu des grands êtres qui se sont incarnés en
Inde, il n’y a pas de doute mais en fait combien y en-a-t-il aujourd’hui ? Quand on parle de yogi ou guru on cite toujours les mêmes et ils tiennent sur les doigts des deux mains ! Alors que la population dépasse le milliard ! Alors il y a peut-être pénurie de vrais gurus en
Inde ? C’est le pays de la multiplicité, des répétitions sans fin de mantras et des textes sacrés. A l’ashram où j’étais, une bande en boucle répétait le même mantra 24 h sur 24 dans la sonorisation ! C’est pour être sûr que l’on a bien compris à tous les coups...
En réponse à certains :
Chrousseaud : si l’ashram avait été au bord d’une plage de Goa je serais allé à Goa ! / Non, la croissance économique ne suit pas l’explosion démographique.
Joydan : non, par tradition culturelle, ce peuple est passif et se trouve à mille lieux derrière nous dans de nombreux domaines. Ils doivent se sortir de l’inertie, nous, nous devons réviser nos modèles de croissance dans un esprit solidaire, mais nous sommes loin devant.
Shiva108 : je n’ai pas le sentiment d’avoir proposé une vision superficielle, peut-être que je ne suis pas sensible justement à tout ce qui brille, ce que vous appelez ici les bons côtés de ce pays.
Askar : j’ai eu le même sentiment que toi : le gouvernement et les classes privilégiées se détournent des vrais problèmes de l’
Inde profonde ; ce qui explique que les ashrams font œuvres sociales en remplacement des institutions.
Oneyed : non, conscientisation intense d’appartenir à un modèle culturel et organisationnel supérieur / L’estimation discriminative du groupe racial, géographique ou national auxquels j’appartiens m’a amené à faire des comparaisons salvatrices eu égard à d’autres modèles, en l’occurrence ici, l’
Inde ; il n’y a pas de surestimation dans une approche comparative adéquate et mûrement éprouvée par les faits / Tu peux ignorer les aspects qui te dérangent et vouloir courir après les bons aspects par évitement savamment calculé, la souffrance des autres devenant insupportable et pouvant même gâcher tes vacances / entièrement d’accord avec toi sur le fait qu’un pouvoir d’achat fortement diminué enlèverait beaucoup de charmes à ce pays... comme quoi... des fois en cherchant un peu....
Ayis : il n’y a pas de pays ou de « voyages » pour « voyager » spirituellement ; l’
Inde n’y réponds plus étant engagé dans son kali-yuga.
Stalingrad : non, on peut être objectif et reconnaître la misère de l’autre sans faire appel à une psychologie de guide marabout du style : « j’ai peur de ma propre misère » ; il faut dépasser les projections inconscientes et atteindre à l’objectivité lucide et éclairante.
Claudia : les Indiens sont respectables dans le sens qu’ils doivent avoir une force intérieure pour supporter ce qu’ils supportent qu’un Français lambda placé dans les mêmes conditions ne tiendrait pas 8 jours.
Ragamuffin : enfin chacun est libre d’y voir un « conte de fée » ; je pense que l’Indien peu nanti n’a pas vraiment le sentiment de vivre un conte de fée dans son pays ; les espérances et les regards s’éclairent lorsqu’on parle du mode de vie occidental.
De retour dans ma nature j’apprécie retrouver l’air pur, le silence total, l’absence de moustiques dangereux, de pouvoir me laver les dents dans l’eau du robinet et d’être loin du tumulte du monde, de sa cacophonie et de bientôt assister à la floraison des amandiers...
(ouf) qu’il est bon d’être revenu dans son pays... merci à tous les participants de mon sujet (soupir)