Que penser apres avoir lu cet article ????.
Madagascar, une jeune démocratie en crise politique
Par christian lehmann | Journaliste | 07/02/2009 | 20H05
La critique virulente du régime du président malgache Marc
Ravalomanana par l'écrivain exilé Jean-Luc Raharimana, sur Rue89, a
suscité une réaction de Christian Lehmann, rédacteur en chef du site
Madagascar Online, qui nous a proposé, avant les événements tragiques
de ce samedi, un point de vue différent. Le débat est ouvert.
Cette analyse tente de mieux comprendre la crise actuelle à
Madagascaret en particulier le rôle des médias et de l'opinion internationale.
Dans la mesure du possible, elle est basée sur des faits concrets.
Ainsi, pour mieux comprendre l'origine de la crise, il faut relire son
histoire récente.
Madagascar est une jeune démocratie. Le pays a connu
l'indépendance en 1962 suite à un accouchement dans la douleur. Les
gouvernements qui ont suivi n'ont pas su apporter à la population une
vision, une réponse concrète aux attentes de la population. De
directoires militaires en démocraties socialistes, le pays est depuis
les années 80 retombé sous la dure loi des redressements économiques
imposés par ces bailleurs.
L'espoir Ravalomanana
L'arrivée en 2002 d'un outsider a radicalement changé la donne. Marc
Ravalomanana n'est pas issu de la caste politique proche de la
France.
Sans toutefois affronter l'ancienne puissance coloniale, il a tout de
suite montré la couleur. Il a rapidement amorcé des rapprochements
avec les
Etats-Unis, l'
Allemagne, le Proche-Orient et l'Asie, le
Japonet la
Chine en particulier. L'annulation d'une grande partie de la
dette extérieure a également allégé un poids qui pesait injustement
sur les Malgaches même si le contrôle du FMI et de la Banque mondiale
sur les affaires de l'Etat n'a pas disparu.
Marc Ravalomanana a instauré en 2004 un changement radical de
perspective en présentant la "vision de
Madagascar" et en publiant
l'année suivante un programme de mise en œuvre de cette vision à
l'échelle nationale, régionale et communale: le "
Madagascar Action
Plan" ou MAP. Renforcée encore dans le MAP, la politique de
désenclavement par la construction et réfection des infrastructure
routière a été lancée dès 2002.
Chaque année, c'est plusieurs milliers de kilomètres de routes qui ont
été réalisés. Dans le domaine de la santé, des centaines de
dispensaires ont été ouverts ou réhabilités, des milliers d'écoles
parsèment désormais le pays permettant à celui-ci de passer à un taux
d'inscription en primaire de 98% après être tombé à moins de 30% avant
2000.
Ancien businessman, déjà milliardaire à son arrivée au pouvoir, Marc
Ravalomanana est un apôtre de la libre entreprise. Il a cependant
placé au centre de ses préoccupation la reconstruction du système
social défaillant.
Sur le plan politique,
Madagascar a également fait des avancées
importantes avec la mise en place effective des 22 régions de l'île,
remplaçant les 6 provinces jugées trop éloignées des réalités de la
population. Chaque région s'est vue donnée une autonomie et des
objectifs. Des efforts contre la corruption de l'appareil d'Etat ont
été entrepris et salués par des résultats encourageants de "l'index de
perception de la corruption".
Sur le plan international finalement, malgré l'apparente incompétence
qu'on lui prêtait à son arrivée au pouvoir, Marc Ravalomanana a su
renouer avec l'Union Africaine, avec les organismes de coopérations
régionaux et a tissé des liens dans le monde entier. On comprend mieux
l'importance qu'il attache à son avion présidentiel et au prochain
sommet de l'union africaine qui est prévu à
Madagascar en juillet.
Mais, est-ce que Marc Ravalomanana a réussi son pari. A-t-il apporté
la richesse attendue? Sur ce plan, l'opinion est plus largement
divisée. Le prix de l'essence à la pompe est passé de 500 ariary à
près de 3000 ariary en 2008 (soit environ 2, 25 euros le litre) alors
que les salaires n'ont augmenté que faiblement. Les taxes sont
toujours très lourdes pour l'import de matière première ou d'intrants.
La concurrence des matières finies asiatiques est mortelle pour les
petites entreprises dans plusieurs domaines. Les zones franches qui
fournissent la plupart des emplois en zone urbaines ouvrent et ferment
au gré des conjonctures. Bref, la vie est dure. Surtout en ville.
Dans la campagne, c'est autre chose. Bien que les problèmes d'accès
aux soins soient encore loin d'être résolus, le visage de la campagne
commence à changer. L'implication du Président est là encore
essentielle. Et elle ne date pas d'hier. Les entreprises TIKO
appartenant au Président avaient déjà construit un tissu économique et
social solide là où elles se sont implantées.
Les Malgaches veulent-ils vraiment se séparer de leur président?
Alors, pour en revenir au sujet de notre analyse, les Malgaches
veulent-ils vraiment se séparer de leur Président? Malgré la
difficulté de la vie, malgré le fait que son candidat à la mairie
d'
Antananarivo ait été désavoué, malgré les nombreux reproches qui lui
sont fait dans la presse et dans les discussions de café, je pense
sincèrement que ce n'est pas le cas. Pourquoi?
Les Malgaches voient les actions concrètes du gouvernement: les ponts
détruits en 2002 ont été réparés à la vitesse éclair, remplacés par
des ponts neufs, de nouveaux ponts ont été construits dans tout le
pays, les routes sont réparées, les problèmes trouvent des solutions,
etc. Ils continuent donc à voir en leur Président celui qui peut les
mener vers une vie meilleure.
Alors qui sont ceux qui veulent prendre le pouvoir?
Les critiques acerbes flottent dans les médias (surtout francophone
mais j'en reparle plus loin) et sur le Net depuis que Marc
Ravalomanana a été élu Président. Ces critiques viennent en très
grande majorité de ceux qui ont été directement impactés par l'arrivée
de Marc Ravalomanana au pouvoir, c'est à dire l'équipe de l'ancien
dirigeant Didier Ratsiraka et ceux qui n'ont pas pu trouver une place
au pouvoir.
On lui a tout reproché: d'être analphabète, de détester la
France, de
vouloir s'enrichir sur le dos des Malgaches, de vendre son pays, etc.
Je n'ai rien à voir avec Marc Ravalomanana que je n'ai rencontré
qu'une seule fois lors d'une visite de celui-ci à
Genève ou je réside
actuellement. Mais, au vu des réalisations, comme tous les Malgaches
(ou presque), j'aimerais que l'on apporte des preuves et des faits
concrets plutôt que de véhiculer des rumeurs souvent sans fondement.
La dernière rumeur en date est la fameuse affaire "Daewoo". En
quelques jours, le monde entier était informé que
Madagascar vendait,
louait ou donnait suivant les versions, son pays pour une bouchée de
pays à un industriel Sud-Coréen. L'horreur pour les Malgaches. Le
gouvernement malgache et la société en question ont rapidement apporté
un démenti: bien que des investigations aient été en cours à
Madagascar, aucun accord n'avait été signé et surtout pas pour la
surface décrite dans l'article initial.
Dernièrement, le ministre de la Réforme foncière, Marius
Ratolojanahary, a souligné que les procédures sont encore en cours.
Cet opérateur a fait une prospection faute d'une base de données
foncière dont l'établissement est en cours dans le cadre de la réforme
foncière...
Tout promoteur de projet notamment Malagasy est incité à se lancer
dans l'agri-business, une exploitation agricole à grande échelle, qui
est la base de développement du pays. En effet, seuls 8% de terrains
arables sont exploités jusqu'ici, a révélé le Premier ministre Charles
Rabemananjara, lors de la visite des infrastructures destinées à
accueillir le Sommet de l'Union Africaine hier.
Le rôle de la presse
Comme je l'ai indiqué plus haut, la presse mondiale, et principalement
AFP, a relayé en quelques heures l'article du Financial Times.
Pourquoi s'intéresse-t-on subitement autant à
Madagascar alors qu'on
en parle jamais?
Plus tard, après les émeutes du 26 janvier, les titres des articles de
la presse francophone reprenaient allègrement ceux des dépêches d'AFP:
"
Madagascar: émeute anti-régime", "Grave crise sociale à
Madagascar",
"les émeutes dégénèrent".
La presse alémanique titrait différemment "Antananarivos Bürgermeister
fordert den Präsident heraus" alors que la BBC annoncait "Rioters set
fire to
Madagascar TV", "
Madagascar protests turn violent", etc. Ces
derniers jours, la presse mondiale présente une seule et unique image
de
Madagascar: un pays ou règne le chaos en se demandant qui des deux,
du maire ou du Président, gouverne le pays.
Et pourtant, à
Madagascar l'issue est claire: le maire n'a pas l'appui
populaire qu'il prétendait, le Président a demandé à la justice de
faire son travail. "He is back to work!"
En conclusion, je me demande pourquoi on ne peut, pour une fois, faire
confiance à une jeune démocratie et l'aider à avancer plutôt que de
véhiculer des clichés colonialistes. Pourquoi la communauté
internationale en général et la presse en particulier n'a pas aussitôt
condamné la tentative de prise de pouvoir par la violence?
Le véritable espoir pour
Madagascar est d'être capable, dans les
prochaines années de se construire une alternance politique valable,
possibilité que le jeune maire d'
Antananarivo a fortement hypothéqué
d'un coup de poker malheureux.