bonjour
avec un peu de retard je repond.
11 ans que je suis plus ou moins nomade, louant comme beaucoup mon appart pour vivre. jai commence sans y penser, a 45 ans, pour fuir un ennui et une situation hyper conflictuelle, apres avoir entendu quelqun parler de son experience a la radio. jai continue car a chaque retour je retrouvais cet ennui et ces conflits, l'intolerance, le plaisir de faire du mal. et la misere partout, tous ces mendiants. je n'ai pas un ressenti de la
france tres agreable.
ma vie cest des errances de 6-8 mois, treks longs genre compostelle, ou circuits a velo, avec des periodes de repos de 6 mois, dont 1 mois a visiter famille et amis, et les autres a louer une chambre dans un appart partage, en
espagne ou au
portugal, jamais dans la meme ville dune annee sur lautre.
quest ce ca donne ? dun cote une vie sans souci, sans probleme, ou je ne vois que le meilleur, le plus beau des paysages, des villes, des musees, spectacles, etc... et des relations tres courtes avec des gens que je ne reverrai jamais, que je peux quitter a tout instant, donc pas de possibilite de conflit, de pression, pas besoin de jouer un role, je suis moi meme, comme ci comme ca. et pas de projets, d'objectifs, rien a atteindre ou a realiser, donc pas de tension, pas beaucoup de reflexion ni de calcul.
autre vision tres peu damis, essentiellement des contacts internet, de la solitude humaine, que je remplace par un amour profond pour la nature, tres peu de sexualite, une vie coupee en morceaux, sans continuite, par exemple impossible de pratiquer un apprentissage, art martial ou artisanat ou etudes. lactivite se reduit a des choses simples, muscu piscine, lectures au hasard des livres trouves, marcher, creation repetitive, avec peu dinnovation.
pas de vie sociale, car a chaque fois il faut recommencer a zero, nouveaux amis, contacts sociaux pour realiser des choses ou presenter ce quon fait, je suis simplement spectateur; je pourrais un peu changer cela en participant a des activites caritatives lorsque je me pose;
mais quand je bouge, personne ne m'attend, et comme je nai pas de date darrivee, pas de pub possible, pas de contrat-tournee. et aussi le pb de la langue, qui limite la communication et la vie sociale : pas de rencontres dans les bars par exemple.
une realisation, mon mode de vie, et une communication, le site.
et pour moi une accumulation de connaissances sur les pays, les cultures, les plantes, les animaux, la geologie, etc... mais ca je ne le partage pas, pas le temps, pas l'occasion.
en fait le mythe du nomade a change. jusqua la fin de la guerre 39-45, les nomades, hobos, battlers, gitans, chemineaux, etaient toleres, nombreux, et pouvaient vivre de mendicite, de "RMI" et de travail saisonnier ou d'artisanat simple. ils pouvaient se poser dans des aires communales ou abandonnees, en groupes. maintenant le nomade est un anachronisme, un devie, sans espace de vie, sans lieux de rencontre, et nous sommes peu nombreux. le velo me permet detre tolere, alors qua pied jetais souvent chasse ou insulte. le nomade na plus droit au RMI (absence de residence et de lieu de pointage), et le travail saisonnier devient rare, lartisanat ne rapporte plus guere. Ce nomadisme existe encore un peu en
Australie, pour les backpakers de moins de 30 ans, en camionette.
autre chose, jai peu a peu acquis des habitudes, des usages, des gouts, de tous les pays que jai visite, comme mettre des glacons dans le vin (
argentine), et je ne comprend plus plusieurs obligations (la mode, diner a 19h30) ou coutumes europeennes; ce qui fait que je suis un etranger partout; et bien sur la politique ou les evenements de tel ou tel pays ne me concernent guere, et en plus je nai pas si souvent internet pour les suivre. donc je ne participe guere aux conversations des locaux. mes centres dinterets sont tout autre.
le reve du heros de la grande aventure, du voyageur qui revient et se reintegre comme prof de fac en costume cravate, est une illusion, tres peu de gens sinteressent a mes voyages, cest trop different comme mode de vie.
ceci etant ces 11 ans sont la meilleure partie de ma vie, le seul manque ayant ete une compagne.
maintenant je suis un peu las, tres fatigue physiquement et mentalement, et jenvisage de revenir me reposer chaque annee dans la meme ville, pour me faire un reseau d'amis, et des contacts pour presenter ce que je fais, et pour avoir mes petites habitudes, mes objets, un peu de confort.
car une chose tres epuisante est tous les jours de trouver ou dormir (je campe souvent sauvage) et ou se trouvent les produits dans le supermarche, et de vivre dans des aparts un peu delabres, un decor impersonnel, ou dans une tente.
a + pierre