2 août - Soixante millions d’amis
Ceux qui ne savent pas qu'ils marchent dans l'obscurité ne verront jamais la lumière... En prononçant cette phrase, Bruce Lee voulait faire comprendre aux gens ne connaissant pas l’existence de
Yellowstone, qu’ils n’auront tout simplement jamais la chance de découvrir les splendeurs que ce parc pourrait pourtant leur proposer ! Ce que le monsieur a juste un tout p’tit peu occulté à l’époque, c’est que Franck le vadrouilleur allait un jour y poser les pieds avec la ferme intention d’exposer à la vue du monde entier la beauté de ce parc dans son humble carnet de voyage... Si tu lis donc ces quelques lignes, c’est que tu ne peux plus faire ta tête d’autruche en faisant semblant d’ignorer l’existence de cette merveille naturelle... Finies les excuses, tu n’as désormais plus d’autre choix que de faire l’acquisition d’un beau billet d’avion direct pour le paradis... En plus, de ce paradis sur terre, tu n’as pas encore tout vu puisqu’à l’heure où je te parle, nous y débutons seulement notre deuxième journée de visite qui s’annonce comme la précédente, c’est-à-dire mémorable ! Ça, ce sera uniquement une fois qu’on aura surmonté l’épreuve certainement la plus ardue de la journée, en l’occurrence nous extraire de nos sacs de couchage par ce froid de congélateur made in
Alaska ! Car excuse-moi du vocabulaire, mais ce matin, bien qu'on soit au mois d'août, on se pelle grave les ganglions ! Enfin, surtout moi, Sandrine et les filles n'ayant pas de...
Bref, pour se réchauffer la carcasse, rien de telle qu’une douche à bonne température ! Là, afin de parfaire ta connaissance logistique des campings de
Yellowstone, sache que nous avons droit à deux coupons de douche par emplacement et par nuit passée ici. Et pas question de te trimballer la serviette sur l’épaule, la trousse de toilette sous le bras et le rouleau de PQ planqué sous le t-shirt pour aller à pieds aux sanitaires, car là, les douches sont à l’entrée du camping, soit à plus d’un kilomètre de notre emplacement... Et oui, c’est bien beau de s’la jouer à la Davy Crockett en pleine forêt mais il faut accepter les petits désagréments qui vont avec... Par contre, je profite de cette minute logistique pour te faire l’apologie de la propreté des sanitaires aux
Etats-Unis. Non seulement tu peux en trouver jusque dans le trou du cul du
Wyoming, mais en plus, ils sont propres de chez propre, ça sent bon la rose, c’est toujours gratuit et il est inutile d’encombrer ton coffre avec un paquet de vingt-quatre rouleaux de Moltonel épaisseur triple vu que ça aussi, ça fait partie du package !
Bref, après ce témoignage sociologique excrémentale, il est urgent de se remettre en selle car nos yeux commencent sérieusement à ressentir un manque d’images exceptionnelo-yellowstonesques. Et il va falloir les faire patienter encore une ‘tite demi-heure, temps de route nécessaire pour rejoindre le bassin de geysers de Norris, nommé ainsi en l’honneur du meilleur acteur au monde,... que dis-je,... de l’univers,... tu l’as compris, il s’agit bien évidemment de Chuck Norris !!!... Non, j’déconne !... En réalité, la zone doit son nom à un directeur du
parc de Yellowstone en activité il y a des lustres, un certain Philetus Norris. Ce que je sais aussi, c’est que sur la route que nous empruntons pour nous y rendre, on voit plusieurs panneaux nous indiquant ceci : « Be carefull ! Bear ! » Mais pourquoi donc devrais-je me méfier des bières ??? Ah, on me dit dans mon oreillette qu’il serait en fait question d’un ours se baladant dans le secteur ! Et comme venir à
Yellowstone sans voir la trombine d’un ours, c’est un peu comme aller à Disneyland sans entrevoir la queue d’une souris, ben aussi concentrés que le lait, nous scrutons chaque mouvement, prenant chaque souche d’arbre pour une grosse bête poilue,... jusqu’au moment où... suspense... il est là, majestueux devant nos yeux ébahis : Le fameux panneau d’entrée du bassin de Norris !... Et oui, il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant les bœufs vu que sur ce coup-là, l’ours en question avait certainement vu les panneaux avant nous... Mais je l’aurai un jour ! Je l’aurai !!! Oui, je sais, c’est la Maaf que j’préfère, mais là, c’est surtout le secteur de Porcelain que nous commençons à parcourir ! Et dès l’entrée du site, on embrasse sur les deux joues un point de vue magique ! On se croirait devant un monochrome de Whiteman avec tout de même ici et là de petites touches de gouache bleue, orange, verte... En tout cas, l’artiste qui a confectionné tout ça a du talent à revendre, c’est moi qui te l’dis !...
Moi, tant de beauté, ça me procure un déploiement de petits frissons qui me parcourent l’arête dorsale... Mais chacun ressent les choses différemment puisque chez Sandrine, ça lui procure plutôt une envie de vomir... Ah, en fait, il semblerait que ce soit plutôt dû à la délicieuse odeur d’œufs pourris qui se faufile un passage jusque dans ses narines ! Car s’il fallait décerner une médaille de la pire odeur du parc, je crois que c’est à Norris que Sandrine attribuerait celle en or,... et haut la main ! Tu l’as compris, dans ton itinéraire, débrouille-toi pour caler Norris un jour où toute ta famille se sera refilée une bonne crève. Air chaud et nez bouchés rendrons la balade agréable...
Bref, on fait le grand tour de la casserole géothermique, allant de fumerolles en piscines, de piscines en marmites,... sur toute cette étendue où la végétation a été priée d’aller voir ailleurs si elle y pousse... D’ailleurs, dès que la qualité du sol redevient potable, on voit réapparaître les forêts et les grandes étendues herbeuses où les ruisseaux et les rivières se laissent chevaucher par les bisons et autres bestioles avant de sauter à pieds joints de plusieurs dizaines de mètres dans de magnifiques cascades. Et tout cela à plus de deux mille mètres d’altitude !... Vive
Yellowstone !!!
Mais attends une p’tite seconde, nous n’avons pas encore donné notre compte à Norris ! Après le secteur de Porcelain, voici maintenant celui de Back Basin, réputé surtout pour y abriter le plus grand geyser au monde ! Les grandes éruptions du Steamboat Geyser peuvent en effet monter jusqu’à cent vingt mètres de haut ! Par contre, elles se font très rares, les saloupiottes !... Du genre une fois tous les quarante-douze du mois, c’est dire !... Sauf qu’au moment où nous nous inclinons devant sa majesté, celle-ci nous gratifie d’une éruption phénoménale. Et en plus, nous sommes seuls pour en profiter... Bon, j’ai tout raconté à un ranger mais il ne m’a pas cru. Et je suis désolé, je n’ai pas pensé à prendre de photo... Mais bon, toi, je sais que tu me crois, n’est-ce pas ?... Non ? Bon, ok, je n’y peux rien, moi, si ce grand capricieux n’a voulu nous présenter qu’une immense colonne de vapeur ! Même mon coup de pompe dans l’arrière train ne l’a pas sorti de son hibernation... Comme quoi, il n’y a pas que Sandrine de têtue dans l’coin !... Allez, un petit tour au visitor center pour expliquer à Anna et Sasha tous ces phénomènes géothermiques paranormaux et on reprend la route pour de nouvelles aventures... Comment ? Toi aussi, tu as besoin d’un ravalement de mémoire ? Au lieu de dormir au fond de la classe en cours de sciences naturelles, t’aurais bien fait de tendre un peu l’oreille, tu n’crois pas ?... Pfffff, bon, ok, c’est bien parce que c’est toi...
Pour faire simple, sous terre, lorsque madame H²O rencontre monsieur magma en fusion, leurs ébats amoureux ont de grandes chances d’accoucher d’un bébé geyser... Un peu comme dans une cocotte minute, le bouillonnement de l'eau provoque une pression qui pousse les vapeurs et les jets d’eau vers la surface à travers de longs tunnels de roches dures. Et à la sortie, si l’orifice est grand, on obtient une piscine, alors que s’il est étroit, ça donne, selon la pression, des fumerolles ou des geysers... D’ailleurs, pendant qu’on est là, Norris a le sous-sol de tout
Yellowstone où les températures les plus élevées ont été relevées. A moins de trois cents mètres sous la surface, des instruments scientifiques ont enregistré des températures de plus de deux cent trente degrés Celcius... Ici, on peut réellement dire qu’on est assis sur une bombe à retardement...
Allez, pendant que je refaisais ton éducation scolaire, sache qu’on a repris la route plein nord. Au passage, un œil jeté sur Roaring Montain, l’autre aux aguets d’une hypothétique apparition de nounours... Alors, cette fois-ci, nounours or not nounours ?... Caramba, encore raté !... Après ça, un peu à la manière de français frontaliers allant en
Espagne pour faire le plein d’alcools, nous quittons
Yellowstone et le
Wyoming pour entrer dans le
Montana et plus précisément dans la petite bourgade de Gardiner. Ne prends pas ça pour des aveux d’alcoolique puisqu’en fait, c’est pour y remplir ma glacière de victuailles que nous poussons jusqu’ici. Car si tu fais tes emplettes à l’intérieur même du parc, c’est qu’avant d’atterrir ici, tu as fait un crochet par
Vegas et que tu y as remporté le jackpot !... Reste bien assis, quatre dollars le pain rassis, moi je dis non merci, donc on vient jusqu’ici !... Et lorsque les hommes des bois que nous sommes redécouvrent la civilisation, ils en profitent pour manger dans un de ces endroits à la mode, avec cuisiniers, serveurs, tables et chaises. Il paraît qu’on appelle ça un restaurant... Et le resto en question que j’ai déniché sur internet, il s’agit de l’Iron Horse Bar qui nous régale du meilleur burger de bison que je n’ai jamais eu le privilège gustatif d’engloutir ! Bon, ok, j’avoue que c’est aujourd’hui que je fête mon baptême du hamburger de bison mais vu que mes papilles ne trouvent pas les mots pour exprimer ce qu’elles ont sur le coeur, j’en conclu que cette première est une totale réussite.
Allez, on lance de nouveau les hostilités, retour à
Yellowstone ! Et plus concrètement aux terrasses de
Mammoth Hot Springs ! Encore une bizarrerie de la nature !... Après mon cours de géologie de tout à l’heure, je mets maintenant ma casquette de prof de chimie puisque ces terrasses de travertin caractéristiques ont été formées durant des milliers d’années par l’eau chaude s’écoulant du haut de la colline. En effet, lorsque cette eau se refroidit au contact de l’air, le calcaire qu’elle contient se solidifie et s’accumule pour former avec le temps ces vasques et plateformes... ça ne paraît pas comme ça, mais c’est quand même plus d'une tonne de dépôt calcaire qui est ainsi déposée chaque année... Alors merci qui ? Merci Mac Lesguy ! Bon, si tu suis assidument nos vadrouilles, tu n’es pas sans savoir que nous avons déjà été confrontés à ce phénomène à Pamukkale en
Turquie et à Plitvice en
Croatie... Bref, bienvenue sur la planète Vulcain chère à monsieur Spoke ! C’est effectivement ici qu’ont été tournées plusieurs scènes de Star Trek en 1979...
Liberty Cap, Palette Spring, Minerva, Cleopatra Terrace, Jupiter Terrace, Canary Spring,... Je te livre en bloc la liste des sites que nous enchaînons à pieds les uns derrière les autres pour que ça te paraisse on ne peut plus simple de s’en mettre plein les mirettes. Et pourtant, la réalité sur place est toute autre... Car ça t’est peut-être sorti de la cervelle mais nous avons avec nous nos deux rejetons de filles !!! Et cet après-midi à
Mammoth, Sasha nous fait étal de son incommensurable talent pour nous faire perdre du temps en général, et notre calme en particulier... On commence par quinze minutes de perdues pour cause d’écharde plantée dans le doigt... On enchaîne avec douze autres minutes dues à une envie pressante... Est ensuite venu le moment pour huit minutes supplémentaires d’évaporées pour cause d’endormissement au pied d’un escalier, juste après en avoir laissé partir sept autres pour cause de grosse soif... Quant à Anna, avec elle, c’est tarif unique, soit quatre minutes de perdues pour cause de fou-rire... Et oui, alors qu’on voit deux sales mioches descendant du ponton pour fouler les fragiles concrétions rocheuses, Anna se jette sur eux en leur assénant un mémorable : « Hé, vous là-bas ! Vous n’avez pas le droit d’aller là ! Faites attention, je suis une Junior Ranger !!! » Les pauv’gamins en tremblent encore !
Allez, un petit tour de voiture dans Upper Terrace qui ne casse pas cinq pattes à un bison, et en route plein est vers la Lamar Valley réputée pour sa faune ! Soi-disant que là-bas, c’est la loterie mais qu’à tous les coups on gagne ! Je mise donc beaucoup sur cette fin d’après-midi pour accrocher une grosse bébête à notre tableau de chasse et par la même occasion ne pas rentrer brocouille comme on dit par chez nous... Faut dire qu’hier, à part les bisons, on n’a rien vu ! Mais hier, c’était hier ! Car après seulement quelques kilomètres, on aperçoit au loin plusieurs voitures garées en vrac dans le bas-côté. Et comme le dit si bien le dicton de
Yellowstone, « Voitures garées = Bébêtes à mater ! » Donc ça y est, je peux te l’annoncer officiellement, tu es la femme ou l'homme qui lit le blog de la famille qui contemple un grizzly dans son milieu naturel !!! De loin, mais dans son milieu naturel quand même ! J’ai beau l’appâter avec un gros pot de miel ou avec les cuisses bien blanches de Sasha mais rien n’y fait, il ne veut pas être la muse de mon Canon... Rien de grave puisque le rituel se répète de nouveau dix kilomètres plus tard ! Cette fois-ci, c’est Bouba mon petit ourson qui se balade à flanc de colline à une centaine de mètres de nous... Et on ne s’arrête pas en si bon chemin puisqu’on enchaîne ensuite avec un énorme caribou mâle, puis avec un cerf, puis un renard qui traverse la route juste devant nous... C’est ensuite au tour d’un aigle royal de nous snober du haut de son arbre... Je ne compte bien évidemment plus les troupeaux de bisons que l’on compte par centaines, tout comme les pronghorns... Bref, avec tout ça, la pauvre Anna a du mal à tenir les comptes à jour : Un ours, un grizzly, un cerf, un aigle, un renard, un caribou, quatre cent cinquante bisons, cent vingt-huit pronghorns et six touristes à l’accoutrement ridicule... La coupe est pleine, overdose de bonheur !
Maintenant, comme le jour décide par courtoisie de laisser la place à la nuit, nous décidons nous aussi de tirer le rideau pour aujourd’hui. Ça, c’est sans compter sur nos amis les bêtes ! Car sur la route qui doit nous ramener à notre camping, nous sommes contraints de réactiver le mode « safari photo » par un autre ours noir à proximité de Duraven Pass. Et à deux kilomètres de Canyon Village nous n’avons pas d’autre choix que de stopper le véhicule pour cause de bouchon. Accident ? Panne ? Animal ? Sans conviction, je saisis ma boîte à images et commence à m’approcher d’un attroupement de badauds tous tournés vers la forêt. Ça sent bon la grosse bébête... Et en arrivant sur place, je croise un gars qui me le confirme, il s’agit une nouvelle fois d’un ours brun ! Mais où se cache-t-il ? Je regarde à travers la végétation, au loin, à droite, à gauche... Rien... Je suis certainement arrivé trop tard...
« Pardon, madame, il est où cet ours ?
- Ben mon pauv’ monsieur, faut vous acheter des lunettes, il est sous vot’ nez ! »
Arghhhhhhhhhhhhh ! L’ours est à cinq tout petits mètres de moi dans les hautes herbes en contrebas du talus !!! La crème des crèmes des récompenses suprêmes que même pas en rêve, tu pouvais te l’imaginer un jour !
« Sandrine, raboule tes fesses !!!! »
Quel panard de scruter cet animal en train de prendre tranquillement son dîner sous les coups de mitraillette photographique d’une petite quinzaine de chanceux... Alors oui, nous ne sommes pas à la distance réglementaire de quatre-vingt dix mètres. Oui, si l’animal se sent en danger, il pourrait nous attaquer... Oui, ce n’est pas très prudent... Mais aucune crainte à avoir, notre pronostic vital n’est pas engagé ! En effet, parmi les paparazzis présents, j’ai tout de suite remarqué trois petits vieux et une personne en chaise roulante qui déguerpiront quoi qu’il arrive moins vite que nous en cas de charge de l’animal. Ce soir, c’est sûr, le dessert de Winnie ne sera pas une spécialité française !
On reste là à profiter du spectacle jusqu’à ce que déboule un minibus de jeunes japonaises hystériques... L’heure est donc venue pour nous de rentrer au bercail où nous attendent une bonne bière bien fraîche pour moi, le linge sale à laver pour Sandrine, et une bonne nuit pour tout le monde... En résumé, des fumerolles magnifiques, des bassins sensationnels, des hamburgers divins, des vasques extraordinaires, des animaux à foison,... Bref, une journée réussie..., aujourd’hui plus qu’hier, et moins bien que demain ! De toute façon, demain est une autre aventure...