Page à page sur le Chemin d’Assise – 1200 kms à pied RichardXI · 8 juillet 2026 à 10:11 · 99 photos 95 messages · 11 participants · 2 657 affichages | | | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 11:26 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 41 de 95 · Page 3 de 5 · 329 affichages · Partager La pluie... Je la déteste en randonnée parce qu’elle mouille et rend le quotidien choses toujours plus compliqué. Mais en observant un petit groupe d’enfants en train de s’amuser sous les gouttes, j’ai réalisé à quel point, eux, aimaient la pluie. Ils perçoivent, je crois, des choses que nous avons oubliées et auxquelles nous n’avons plus accès depuis notre imaginaire d’adulte un peu ratatiné.
Du coup je me remémore mon enfance banlieusarde...
À remarcher sous la pluie, cinq minutes, avec toi Et regarder la vie, tant qu'y en a Te raconter la Terre en te bouffant des yeux Te parler de ta mère, un petit peu Et sauter dans les flaques pour la faire râler Bousiller nos godasses et s'marrer Et entendre ton rire comme on entend la mer S'arrêter, repartir en arrière | | | À: RichardXI · 11 juillet 2026 à 11:40 · Modifié le 11 juil. 2026 à 12:40 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 42 de 95 · Page 3 de 5 · 325 affichages · Partager L’itinéraire officiel du chemin d’ Assise passe par le massif de la Chartreuse. Il est paraît-il somptueux, mais encore impraticable en ce début de mai. J’ai donc été contraint de suivre la vallée de la Maurienne.
La Chartreuse je connais bien. C'est un massif calcaire bien vert et plutôt escarpé ; j'y vais souvent randonner, surtout l'été (en période de canicule) où il fait plus frais que dans le Vercors, il y a le monastère de la Grande Chartreuse.A visiter! Le musée surtout car contrairement aux monasteres orthodoxes tjrs libres d'entrée on n'entre pas dans ce monastère catho. Faut pas déranger les moines 
www.chartreuse-tourisme.com/...a-grande-chartre... | | | À: Djalma · 11 juillet 2026 à 12:48 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 43 de 95 · Page 3 de 5 · 305 affichages · Partager Le grand Renaud... J'y avais songé bien entendu en écrivant le post ce jour-là. | | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:00 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 44 de 95 · Page 3 de 5 · 263 affichages · Partager 17 mai, Saint-Jean / Saint-Michel-de-Maurienne
Dans la mini-série « les moments que j’aime particulièrement en rando », quatrième et dernier épisode : le coucher
Certaines personnes redoutent ce moment source d’angoisse pour elles. Crainte de ne pas s’endormir et de passer une nuit blanche, réticence à lâcher prise en perdant la conscience, peur de la nuit... Pour moi c’est tout le contraire, et je vois l’instant du coucher comme une récompense, avec ce sentiment rassurant que plus rien ne peut m’arriver. La nuit va m’isoler des contraintes sociales, nettoyer mon corps et mon cerveau des fatigues de la journée, me projeter aussi dans un autre univers, celui des rêves. Je crois que je tiens ce goût pour la mise au lit, de ma mère. Je la revois dans les dernières années de sa grande vieillesse, se coucher avec un plaisir enfantin dans les draps avec délectation, prononçant sa malicieuse formule revisitée d’une pub, « il y en a qui aiment leur banque, moi j’aime mon lit ». Je pense d’ailleurs que ce plaisir du coucher a contribué à lui assurer une vieillesse longue et en bonne santé. Et je crois avoir bénéficié de cette heureuse disposition héréditaire.
En randonnée ce moment revêt une importance encore plus grande. Il vient clore une longue journée où le corps a produit un effort souvent long et soutenu, où tous les sens ont été largement sollicités, où les pensées ont cavalé sans cesse au rythme de la marche... Une fois les dernières obligations matérielles ou sociales accomplies, il est temps de se couler dans les draps avec la satisfaction d’avoir terminé une nouvelle étape et de se rapprocher du but. Bien entendu le moment est d’autant plus délicieux que le lit est confortable et que les conditions d’hébergement ne sont pas trop sommaires. Et il peut arriver bien sûr que le sommeil, pour une raison ou pour une autre, ne vienne pas. Les promesses du lit ne sont pas toujours au rendez-vous ! Mais cela ne change rien pour moi au plaisir de cet instant privilégié.
Voilà. Demain grosse étape avec beaucoup de dénivelé (plus de 1000 mètres) pour atteindre Modane où je me reposerai une journée entière avant de franchir les Alpes et de basculer en Italie.
| | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:09 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 45 de 95 · Page 3 de 5 · 262 affichages · Partager 18 mai, Saint-Michel / Modane
Cette étape en Haute-Maurienne s’est avérée moins difficile que prévu. Le dénivelé était certes important mais très progressif, ce qui m’a permis de gérer plus aisément mon effort. Depuis trois jours que je traverse la vallée je commence à mieux comprendre son organisation spatiale. Le fond de la vallée tout d’abord, parcouru sur toute sa longueur par le puissant torrent de l’Arc. C’est la Maurienne industrielle et industrieuse. Celle des usines, de la métallurgie, de l’hydro-électricité, des réseaux de transport et du gigantesque chantier de la LGV Lyon- Turin. Bruyante, assez laide, mais c’est celle du travail, de la production, de l’innovation aussi sans doute. Sur les pentes, à flanc de montagne, une Maurienne plus traditionnelle avec ses villages aux maisons de schiste, ses églises et ses nombreuses chapelles, ses jolies fontaines, ses anciens lavoirs. Mais d’après ce que j’ai pu observer l’activité agro-pastorale m’a semblée assez réduite. Beaucoup de bâtisses superbement rénovées mais qui servent d’habitation pour les populations péri-urbaines ou de résidence secondaire pour les autres. Il y a enfin plus haut encore, la Maurienne conçue comme espace récréatif, terrain de jeu des urbains avec ses stations de ski, ses parcours VTT, ses circuits de randonnée. Ce n’est donc pas tout à fait ici la Savoie telle qu’on se l’imagine. Chalets de bois, pâturages à l’ herbe grasse, clarines qui tintent dans l’air apaisé du soir. Et j’avoue que l’arrivée à Modane, dans cette ville moche et sous un ciel bas, m’a un peu déprimé.
Voilà pour la publication de ce 18 mai. 18... Il y a un mois tout juste, je quittais le lit douillet de Kate pour m’enfoncer sac au dos, dans la nuit tiède et humide de Béziers, direction la gare, sans trop savoir ce qui m’attendait...
Demain journée de repos et préparation de la suite vers les Alpes et l’ Italie.
| | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:19 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 46 de 95 · Page 3 de 5 · 260 affichages · Partager Certaines personnes redoutent ce moment source d’angoisse pour elles. Crainte de ne pas s’endormir et de passer une nuit blanche, réticence à lâcher prise en perdant la conscience, peur de la nuit...
Il me semble que lorsqu'on a marché une journée entière on entre plutôt vite dans les bras de Morphée.  Il y a toujours des exceptions. | | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:24 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 47 de 95 · Page 3 de 5 · 258 affichages · Partager 19 mai, Modane
Journée de repos à Modane ? Du corps oui mais pas de l’esprit. Les options de parcours et d’hébergement que j’avais envisagées sont tombées à l’eau, ou dans la neige. Le col du Petit Mt Cenis est bien ouvert, mais la route est temporairement refermée à la circulation pour travaux d’entretien de la chaussée. Aucun intérêt alors pour l’hôtel « Gran Scala » d’ouvrir ses portes. Pas d’hébergement possible donc, en haut du col. J’ai passé toute la matinée à téléphoner à droite à gauche pour chercher une solution. J’ai finalement trouvé une alternative, mais qui modifie sensiblement le découpage initial et déséquilibre un peu la longueur des étapes. Demain : Modane – le refuge de Suffet (20 kms) Jeudi : Le refuge – l’abbaye San Pietro de Novalesa en Italie (24 kms) Vendredi : Novalesa – Suse (10 kms). Là-bas je prendrai une journée complète pour visiter cette jolie petite cité du Piémont et décider si je continue mon chemin ou pas.
A partir de demain et pour deux jours, je serai en zone blanche, sans réseau. Un peu de répit pour vous. A vendredi à Suse.
| | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:35 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 48 de 95 · Page 3 de 5 · 257 affichages · Partager 20 mai, Modane / Le refuge de Suffet
Ce matin en quittant Modane, j’ai longé une fois de plus le gigantesque chantier de la LGV Lyon- Turin. Projet longtemps combattu par les écolos qui y voient une destruction de la nature, plutôt soutenu à l’inverse par les élus locaux qui en attendent de nouvelles dynamiques économiques pour la vallée. Les quelques habitants avec qui j’ai discuté semblent résignés, en espérant tout de même qu’au bout du compte, la région en tirera profit. Mais de quoi s’agit-il en fait ? De relier Lyon à Turin sur une ligne ferroviaire à grande vitesse, pour les voyageurs comme pour le fret, en passant sous la montagne. A priori c’est un projet de développement maîtrisé puisqu’à terme les camions n’emprunteront plus la vallée qui pourra respirer à nouveau. Les opposants, eux, dénoncent un chantier brutal qui abîme et pollue les sols, perturbe les cours d’eau et détruit les écosystèmes. Autre conséquence plutôt négative, la nécessité d’héberger les nombreux ouvriers du chantier raréfie l’offre de logement et tire le marché locatif à la hausse... Espérons en tout cas qu’en creusant ainsi brutalement sous la montagne, les Hommes ne vont pas réveiller quelque puissance tellurique endormie.
En milieu de matinée j’ai enfin commencé ma montée vers les sommets en suivant le chemin dit « du Petit Bonheur ». Joli sentier bien dessiné, souple au pied sous son tapis d’aiguilles dans une forêt de résineux mélangeant épicéas, pins sylvestres et mélèzes. J’adore les mélèzes. Ce sont les seuls conifères qui acceptent de perdre leurs feuilles en hiver pour s’habiller au printemps d’aiguilles nouvelles toutes douces au toucher.
Demain la haute montagne vers le col du Petit Mont-Cenis, voie de passage millénaire qui a vu défiler toute une humanité. Bergers néolithiques, colporteurs, contrebandiers, moines franciscains, réfugiés de temps de troubles, migrants de toute époque, armées... Et même un général carthaginois avec ses éléphants (Hannibal, bien sûr).
Voilà pour la publication du jour que vous ne recevrez pas aujourd’hui puisqu’il n’y a pas de réseau dans ce refuge tout mignon au fond d’un vallon. Grosse, grosse étape demain qui me fera basculer en Italie. Je stresse un peu quand même, mais je suis prêt.
| | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 18:41 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 49 de 95 · Page 3 de 5 · 254 affichages · Partager 21 mai, le refuge de Suffet
Qu’il est difficile de rebrousser chemin ! C’est pourtant ce que j’ai dû faire ce matin après plus d’une heure de marche vers le col du Petit Mt Cenis. Tout allait bien, la pente était assez forte mais régulière et le chemin plutôt confortable quand, au détour d’un virage, une masse informe d’éboulis rocheux et d’arbres déracinés s’est présentée à moi, me barrant le passage. Pas d’affolement, cela m’était déjà arrivé. J’enjambe les troncs, m’agrippe aux rochers, tout en essayant d’apercevoir le chemin dans mon champ de vision. Dix, cinquante, cent mètres à progresser difficilement à mi-pente, parfois imprudemment. J’ai erré, c’est le mot, pendant une heure sur le pierrier à la recherche du chemin perdu plus haut, plus bas. Rien... La rage au cœur j’ai finalement décidé de faire demi-tour. Et l’espace d’un instant j’ai eu envie d’envoyer tout balader, de redescendre sur Modane, de prendre un train et de rentrer chez moi... Au gîte personne. Pas moyen de joindre Céline la gardienne, sans réseau téléphonique. Que faire ? Je décide de descendre dans la vallée où j’aurai une connexion et voir ensuite s’il y aurait la possibilité de rejoindre Suse en autocar ou en train. Quelle frustration !!! l’idée que mon Chemin s’arrête là, enseveli sous un amas de cailloux, m’est insupportable.
Dans la descente je me rends compte que le réseau fonctionne. J’appelle Céline un peu déconfit et lui explique la situation. Je lui demande alors s’il est possible qu’elle m’aide à retrouver le tracé dans la journée. « OK. Je finis les courses sur Modane, je remonte et on voit ça ensemble. Attends-moi au gîte ». Après le déjeuner nous sommes montés tous les deux sur le chemin pour repérer le passage au niveau de l’éboulement. Il fallait tourner à droite, j’avais tiré tout droit, persuadé que le chemin était rectiligne. Mais ce n’était pas évident à voir dans ce chaos...
Deuxième nuit donc au gîte de Suffet. Demain, pas de faux-départ. Je vais tout de même en toucher deux mots à Saint François, on ne sait jamais.
| | | À: Djalma · 12 juillet 2026 à 18:43 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 50 de 95 · Page 3 de 5 · 253 affichages · Partager Il me semble que lorsqu'on a marché une journée entière on entre plutôt vite dans les bras de Morphée.  Il y a toujours des exceptions.
Tellement vrai ! | | | À: RichardXI · 12 juillet 2026 à 23:19 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 51 de 95 · Page 3 de 5 · 241 affichages · Partager Et j’avoue que l’arrivée à Modane, dans cette ville moche et sous un ciel bas, m’a un peu déprimé.
Ça va bientôt faire 40 ans que je parcours les routes de Haute-Savoie et de Savoie. La Maurienne, et tout particulièrement Modane, sont définitivement les secteurs les moins jolis de nos montagnes alpines...
J’admire le parcours.... | | | À: Montagnard74 · 13 juillet 2026 à 9:57 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 52 de 95 · Page 3 de 5 · 223 affichages · Partager Oui et je le savais avant de partir. Rien de commun avec la Savoie des colos de mon enfance au-dessus de Sallanches. | | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 10:18 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 53 de 95 · Page 3 de 5 · 220 affichages · Partager 22 mai, le refuge / Novalesa
Ça y est ! j’ai franchi les Alpes et je suis en Italie. Grosse étape, mais sans doute une des plus belles. Une vraie rando de montagne comme je n’en avais pas fait depuis longtemps. La montée au col d’abord, dure mais régulière et sans incident cette fois-ci. Arrivé au petit Mt Cenis, j’ai débouché sur une vaste étendue herbeuse ceinte de montagnes puissantes, aux cimes comme saupoudrées de sucre-glace en ce milieu de printemps. Je me suis arrêté. Dans le presque silence de la nature, j’ai goûté, le temps d’un instant, à ce sentiment de plénitude que l’on a trop rarement l’occasion d’éprouver au quotidien... Et puis c’était sans doute aussi « le jour de la marmotte » ! Jamais je n’avais vu autant de ces petits animaux curieux de nature, qui poussent furtivement leurs petites têtes hors du terrier histoire de voir rapidement qui vient. Points trop farouches, mais prudents tout de même. La suite de la traversée a été plus délicate sur un chemin encombré de névés qui m’ont donné bien du mal et contraint à quelques acrobaties.
Je suis en Italie donc. J’ai trouvé un hébergement dans une jolie abbaye bénédictine, San Pietro di Novalesa. Drôle de pèlerin tout de même qui a attendu plus de 30 jours avant de dormir dans un établissement religieux. J’ai été très bien accueilli par fratel Michael qui parle un français impeccable. Demain je me lève tôt, j’ai « laudes » à sept heures. Ce sera intéressant je pense, d’être en compagnie des moines. Ciao a tutti.
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 10:27 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 54 de 95 · Page 3 de 5 · 219 affichages · Partager 23 mai, Susa
Les moines bénédictins de Novalesa sont au nombre de cinq. Cinq, dans cette grande abbaye qui en a compté près de 500 au moyen-âge. Ce sont des hommes entre 40 et 70 ans pour ce que j’ai pu en juger. De ma génération donc, ou peu s’en faut. J’ai pu discuter avec deux d’entre eux, frère Michaël et frère Adriano qui parlaient tous deux très bien le français. Leur vie s’organise évidemment autour de la règle bénédictine, prière et travail, mais également autour de l’accueil des pèlerins, des personnes désirant faire une retraite spirituelle, des simples visiteurs, de scolaires. Le lieu est donc assez ouvert, même si eux-mêmes vivent cloîtrés et ne sortent que pour des raisons bien précises et encadrées : achats, démarches administratives, soins médicaux... J’ai donc dîné avec eux hier soir, en silence, selon la règle, avec simplement une musique de fond, dans ce réfectoire surdimensionné pour une si petite communauté.
Ce matin j’ai participé à la prière de « laudes » pour essayer de mieux comprendre le quotidien d’un moine. Ils étaient là tous les cinq dans l’église, vêtus de leur robe noire, à prier et à faire monter leurs chants vers Dieu. En les écoutant et en les observant respectueusement, je me demandais ce qui pouvait pousser ces hommes d’aujourd’hui à vivre ainsi cloîtrés en si petite communauté. Est-ce qu’ils s’entendaient bien ? Quels étaient leurs rêves, leurs désirs ? leurs manques ? Avaient-ils au contraire le sentiment d’une vie pleine parce que tournée vers l’amour de leur Dieu ? La foi sans doute, mais ce mot dont je respecte la profonde résonance spirituelle, ne signifie rien pour moi... J’ai passé quoiqu’il en soit une soirée, une nuit et une matinée empreintes de sérénité dans ma cellule bien confortable et dans ces bâtiments nimbés de quiétude et de silence. Merci aux « fratelli » pour leur accueil de douceur. Le pèlerin sans foi, mais au cœur ouvert, poursuit sa route...
Dix kms ce matin pour atteindre Susa / Suse. Une peccadille pour moi. C’est fou tout de même comme la notion de distance peut être relative. Dix kms à pied, dix fois mille mètres, cent fois cent mètres (euh, j’ai bon ?). Cela peut paraître énorme dans la vie quotidienne. Et peu de choses quand on marche 25 kms/ jour en moyenne.
Arrivée donc à Suse dans cette jolie petite cité au patrimoine architectural et historique apparemment très riche. Mais aujourd’hui je me suis surtout attaché à l’intendance : courses, laverie, calcul des itinéraires à venir. Demain je prendrai le temps de visiter la ville.
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 10:39 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 55 de 95 · Page 3 de 5 · 217 affichages · Partager 24 mai, Susa
Un dimanche à Suse... Quel plaisir d’entendre, dans les rues endimanchées de cette petite ville, les gens discuter en italien. J’aime leur parler ensoleillé au vibrato chantant et empreint de gaieté apparente, tout à la fois éloigné et proche du nôtre. Alphonse Allais ne disait-il pas avec malice que « les Français étaient des Italiens de mauvaise humeur » ? Sous les arcades ce matin, j’ai passé un long moment, en sirotant mon café, à m’imprégner des sonorités mélodieuses de cette langue cousine. Je m’applique de mon côté à maîtriser quelques structures de base et à me constituer un peu de vocabulaire de façon à me faire comprendre. Je progresse rapidement je trouve, même si mon Italien a encore un petit côté « defunésien » façon « le Corniaud ». Cela dit le fait d’être en terre étrangère, si accueillante soit-elle, rend les choses plus difficiles pour moi, surtout lorsqu’il s’agit de faire des réservations au téléphone. Espérons que le bain linguistique (comme disent les profs de langue) dans lequel je vais tremper les jours à venir me permettra d’être plus à l’aise.
Vedremo. Ciao a tutti e a domani.
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 10:46 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 56 de 95 · Page 3 de 5 · 214 affichages · Partager Encore une photo d'église ! Extérieurs, intérieurs... J'ai pensé qu'à ce rythme tu allais me revenir en soutane et savates, m'obligeant à t'accompagner à la messe tous les dimanches matin | | | À: Kate · 13 juillet 2026 à 11:19 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 57 de 95 · Page 3 de 5 · 204 affichages · Partager 25 mai, Susa / Sant’Antonino di Susa
Comme chez nous les Italiens ont fini par « mettre leur ville à la campagne ». Le Val de Suse est parsemé de jolis petits villages, tous prolongés par de vastes zones pavillonnaires. Là, deux mondes cohabitent. L’un est encore rural et traditionnel. Quelques pâturages, des tracteurs qui s’activent dans les champs. Une villageoise de San Didero en train de remplir ses bidons à la fontaine. Un vieil ouvrier de Borgone, abîmé par le travail, m’adressant quelques mots en Piémontais... L’autre monde est davantage dans la modernité. C’est celui des populations périurbaines qui travaillent dans l’aire d’attraction turinoise. Enfilade de lotissements et de villas toutes munies de caméras de surveillance et gardées par des chiens dont les aboiements n’ont certes pas la musicalité de la langue de leurs maîtres.
Etape sans difficulté particulière, en tout cas. Sur du plat, et le long de la « Via Francigena », antique voie commerciale et de pèlerinage vers Rome. Va tutto bene et je commence à m’italianiser pianissimo.
A demain.
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 11:20 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 58 de 95 · Page 3 de 5 · 203 affichages · Partager 26 mai, Trana
Aujourd’hui, j’ai choisi de laisser parler le Silence
...
A demain
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 11:27 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 59 de 95 · Page 3 de 5 · 200 affichages · Partager 27 mai, Trana / None
Hier soir à Trana, j’ai dormi chez Don Nino ! Non ce n’est pas un parrain de la mafia, et non, je n’ai pas été obligé de lui baiser la main. Il s’agit en fait du curé de la paroisse, un monsieur très âgé, mais tout en sourire. Après avoir tamponné ma crédenciale en bonne et due forme, il m’a conduit au gîte paroissial, un bâtiment tout mignon, confortable et bien entretenu. Une fois encore j’ai passé la soirée, dîné et dormi seul... En feuilletant le Livre d’Or, j’ai remarqué que la plupart des pèlerins de ce chemin d’ Assise étaient des hommes et des femmes profondément croyants, portés par une foi vive et sincère. Un peu intimidé par leurs commentaires empreints de spiritualité, je n’ai rien écrit. Pour dire quoi ? Remercier au moins tous ces bénévoles qui entretiennent les accueils paroissiaux et permettent aux pèlerins de reprendre des forces avant de poursuivre leur route ? C’est ce que j’ai fait, mais de vive voix en m’adressant à Don Nino dans mon italien approximatif. Je songe d’ailleurs à l’inscription placée sur un panneau de bois au-dessus de la porte du gîte et que j’ai photographiée : « le pèlerin est celui qui a le courage d’accepter ce qu’il trouve ». On peut la comprendre de plusieurs façons. Se contenter du minimum matériel. Mais elle peut résonner aussi beaucoup plus profondément. Je vous laisse y réfléchir...
Quant à l’étape d’aujourd’hui elle a sans doute été la plus moche de toutes celles que j’ai effectuées depuis mon départ de Vézelay. Vingt kms sur les chemins rectilignes et les paysages monotones de la plaine du Pô. Des zones pavillonnaires interminables, bien gardées par des chiens toujours aussi désagréables des champs de maïs et de blé à perte d’horizon qui poussent aisément sur cette terre fertile un réseau de voies de communication extrêmement dense qui draine hommes et marchandises vers la métropole turinoise. Tel a été mon spectacle du jour, tandis que sous une chaleur accablante, je vidais bouteille sur bouteille. Quand je pense qu’à la télé ils recommandent aux plus de 65 ans, moi, donc, de bien s’hydrater...
Demain grosse étape de 28 kms jusqu’à Carmagnole. Ça va chauffer ! Est-ce que ça va danser ?
| | | À: RichardXI · 13 juillet 2026 à 11:32 Re: Page à page sur le Chemin d’ Assise – 1200 kms à pied Message 60 de 95 · Page 3 de 5 · 198 affichages · Partager 28 mai, None / Carmagnola
Je suis parti tôt ce matin à 6h15. Plein Est, avec un soleil encore un peu endormi. Pour raccourcir l’étape, j’ai choisi de rejoindre Castagnola par la route en comptant sur une circulation encore fluide à cette heure matinale. Arrivé au village, je me suis arrêté prendre un café dans un petit bar rempli d’habitués. « Buon giorno, posso avere un caffè in terraza per favore ? ». Accueil cordial de la patronne. « Certo, lo portero subito ». J’aime quand la journée commence ainsi par des sourires. Mon café bu tranquillement je retourne payer au comptoir. « Buona giornata e buon cammino ! » me lance la patronne au moment où je m’en vais. Pas de doute, avec mon écusson en « tau » cousu sur l’arrière de mon gros sac à dos, mon bâton de marche et mes joues creusées, je suis estampillé pèlerin. Il est 8h30, encore 20 kms pour atteindre Carmagnola. Tout va bien...
Mais le soleil va se montrer de plus en plus ardent sur cette plaine sans arbres. Route. Camions. Chemins agricoles. Poussière. Tracteurs. Champs de blé, champs de maïs. Chiens agressifs. Des fermes, des fermes et encore des fermes. Je marche dans la grande plaine du Pô, rectiligne, monotone, monocolore. Je passe par ici. Je suis repassé par-là ? Non, c’est bon, mais tout se ressemble. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Tiens un arbre ! Mais où est l’ombre, où sont les fontaines ? Je vais mourir de soif. Un cimetière, sauvé ! Les morts ne boivent pas, mais les fleurs qui honorent leurs tombes, si. Je me rue vers le point d’eau qui me rend à la vie.
Arrivée à Carmagnola enfin. Un bar sous les arcades. Je commande un grand verre de lait froid et un café americano. La ville a l’air jolie, mais elle est écrasée de chaleur elle aussi.
Voilà, c’était une journée « sotto la cupola di calore ! ». A demain.
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