Je viens de trouver une citation qui s’applique tout à fait ici. Un certain Édouard Chavannes disait à son jeune disciple, un certain Marcel Granet :
« Quand Vous serez plongé dans l’univers chinois, vous n’en sortirez plus ! »
Moi qui ne voulais commencer par la
Chine que pour donner une base solide à mes recherches sur les peuples de l’
Asie du sud-est, je n’arrive plus à sortir de la
Chine !!!

Je ne sais plus quand, mais je crois me rappeler avoir promis revenir sur les origines mythologiques de la civilisation chinoise. Cela me semble être une bonne idée, car en plus des Chinois Han eux-mêmes, ces origines forment également une référence pour d’autres peuples non-Han.
L'Empereur Jaune
L'Empereur Jaune Huangdi est selon les mémoires historiques du
Shiji de Sima Qian (2-ème siècle av. J.-C.) l’un des
Cinq Empereurs, les souverains mythiques de l’antiquité chinoise. Son nom,
Huang (2) Di (4), exprime son lien avec la Terre, car les Chinois ont associé la couleur jaune,
Huang (2), à cet élément. (Bernard / Pelenalaka m’a expliqué que la couleur jaune est aussi attribuée par les Chinois à ce qui est licencieux – on parle donc de « films jaunes », par exemple). Dans la version la plus fréquente du groupe des Cinq empereurs où chacun d'entre eux est associé à un orient, Huangdi représente aussi le Centre. J’avais déjà élaboré un peu sur la signification symbolique de cette couleur, lors de mes échanges avec Bernard (à la suite de «
Qing – Débuts Militaires »). Je sens - j’ose m’aventurer dans la psychologie chinoise - que le jaune, associé à la Terre, l’est aussi à « l’assise », ou à « la fondation ». L’enracinement terrien et agraire de la culture chinoise est manifeste, comme je l’avais déjà expliqué dans «
Chine Jaune et Chine Bleue ».
Huangdi aurait régné de 2697 à 2598 av. J.C., dates extraordinairement précises si on considère que les détails « connus » de son histoire (voyez plus loin) sortent complètement d’un cadre historique habituel. Il est considéré comme étant
le père de la civilisation chinoise. Il devint un dieu taoïste au début des Han occidentaux, pour qui il représentait le souverain idéal. Son époque nous plonge en plein dans la mythologie chinoise. Même la dynastie des Xia, sensée commencer en 2070 av. J.C., reste perdue dans les brumes de la spéculation historique. Il est donc évident que la civilisation chinoise, sans aucun doute l’une des plus vieilles et des plus fascinantes de l’histoire mondiale, a des racines historiques bien plus récentes que celles du Proche Orient. Il est toujours difficile de dire exactement quand une civilisation a débuté, mais la période de Huangdi correspond à l’Ancien Empire de l’
Égypte, par exemple, et pour être précis à la III-ème dynastie qui commence par le roi Djéser ou Djoser. C’est l’époque de la première pyramide en pierres au monde, celle de Saqqarah, une époque historiquement documentée, par exemple par la stèle près d’Assouan qui évoque une famine la 18-ème année de son règne. Certains archéologues associent l’époque de Huangdi à
la culture de Qijia (dans le Gansu et le Shaanxi), mais il manque cette solidité archéologique (la pierre ! les hiéroglyphes !) de l’
Égypte. Cela n’enlève rien, bien sûr, à la valeur unique de la civilisation chinoise.
Selon la tradition,
Huangdi serait né le deuxième jour du deuxième mois lunaire dans la Gorge de la Descente du Dragon à la Passe de Juyuan sur le Plateau de Terre Jaune où vivait sa mère. Elle l’aurait conçu en apercevant la lumière de l’étoile polaire, et l’événement aurait été également signalé par un coup de tonnerre. Il vivait sur le mont Kunlun d’où quatre fleuves descendaient. Sous le nom de
Fenglong, créature à corps de serpent maître du tonnerre et de la pluie, il avait également sa résidence dans le Marais du Tonnerre. Son épouse est connue sous le nom de
Luozu ou
Leizu, deux caractères comprenant l'élément «
soie » dont elle aurait enseigné la fabrication aux femmes. Outre Luozu, il aurait eu trois épouses secondaires, dix concubines et 25 enfants dont 14 fils. La tradition prétend que sur la fin de sa vie il enfourcha un
dragon et s’envola vers l’ouest. Son tumulus se trouve là où il retomba.
La légende dit que Huangdi devient le chef de sa tribu qui porte le totem de l’ours. Dans le Shiji et d’autres sources comme le Livre des Monts et des Mers, Huangdi est engagé dans des batailles qui représentent les guerres entre différentes ethnies du nord de la
Chine. Sa tribu s'affronte à une tribu voisine qui a le taureau comme totem, et qui est menée par
Yandi, un autre héros civilisateur présenté comme l'ancêtre des
Qiang (proto-Tibétains) et aussi connu comme
l’Empereur Rouge Chidi. Huangdi gagne la guerre et les deux tribus s’unissent pour n’en devenir qu’une. Huit autres tribus voisines les rejoignent et le tout forme les
Huaxia (les
Xia) que les
Han d’aujourd’hui considèrent comme leurs ancêtres. Un des termes littéraires désignant les Han est d’ailleurs
"descendants de Yandi et Huangdi". Un autre terme,
"descendants du dragon", fait aussi référence à Huangdi dont l’emblème, fusion des différents animaux totems des tribus vaincues, était un dragon. Les familles nobles des trois premières dynasties,
les Xia, les Shang et les Zhou, se réclamaient comme les descendants directs de Huangdi.