Bonjour,
Personnellement j'ai voyagé pendant plus de 20 ans avec un sac photo de... 12 kilos. Le poids n'a cependant jamais été un problème. Même dans l'himalaya.
J'avais peur qu'un des mes boîtiers ne me lâche (ce qui m'est arrivé que très rarement), donc, j'en transportais 4. Deux pour travailler et deux en réserve. Tous motorisés. Avec toute la panoplie d'objectifs allant du 20 mm au 300. Alors que 80 % des mes images étaient prises au grand angle. Et 10 % au 180 mm pour les portraits "serrés".
Mon sac accueillait aussi une centaine de kodachromes et autant de N/B. Sans oublier le tripode, deux flashs et deux cellules Weston au cas ou je tombe en panne de piles.
Bref, un vrai cirque ambulant. Depuis 4 ans j'ai arrêté la photo professionnelle. Maintenant, je voyage léger. Un Leica M.6 avec son 35 mm et un 90 mm. Même pas un kilo. Ce qui ne m'empêche pas pour autant de publier de temps en temps. Comme quoi, ce n'est pas la quantité de matériel qui fait le photographe. J'envisage même de faire le tour du monde avec le seul 35 mm.
Je dois reconnaître que la première fois, j'ai eu l'impression de voyager à poil. J'avais sans cesse le sentiment d'avoir oublié mon sac photo quelque part. Sentiment vite envolé. Et j'ai rapidement découvert ce qu'était de faire des photos que pour le simple plaisir (même si mon ancienne profession m'apportait photographiquement d'intenses satisfactions).
Mais ma plus grande satisfaction aujourd'hui, est de pouvoir décider de ne pas prendre une photo. De n'être plus obligé de m'arracher les cheveux pour contourner une difficulté technique, afin de rapporter LA photo à tout prix. Je n'ai plus de compte à rendre à personne.
Mais que l'on ne s'y trompe pas, toutes ces années à tenter de faire entrer le monde dans mon viseur, ne m'ont en rien coupé des réalités des pays traversés. J'y ai fait des centaines de rencontres plus étonnantes les unes que les autres. J'ai désormais de vrais amis sur le plupart des continents. Toutes ces années durant, j'ai eu la confirmation que la photo n'éloignait pas des populations locales, mais qu'au contraire, c'était un vecteur de rapprochement par les questions qu'elle suscite. Le tout étant de prendre le temps de rester suffisammment longtemps sur place pour répondre aux nombreuses sollicitations. C'est d'ailleurs dans ces moments de partage que mes rencontres d'un moment ou d'une vie, m'ont apporté les plus beaux sujets de reportage.
Il n'y a donc pas à culpabiliser de voyager avec un appareil photo. Ce problème existentiel est règlé depuis bien longtemps pour moi. Le tout est de savoir que bien maîtrisé, c'est outil peut être un étonnant vecteur de mise en relation.