Partie 3 : Meo Vac
Il y a moins d'une demi-heure de route jusqu'à Meo Vac où nous devrions arriver aux environs de quinze heures. Aurions nous marché trop vite ? Ça m'étonnerait ! Je n'ai pas très envie de réitérer l'expérience de Ha Giang où nous avions traîné une bonne partie de l'après-midi dans les environs de l'hôtel. Je m'arme donc d'un calme à toute épreuve (ou du moins vendu comme tel), chausse mon ton le plus diplomatique et attaque

: Et qu'est ce qu'il y a à voir, à Meo Vac ?
Réponse immédiate de notre guide : le marché du dimanche, bien sûr. Oui, bien sûr, mais... nous sommes jeudi. Il rigole un peu bêtement sans rien rajouter. Je ravale le sarcasme qui me monte aux lèvres et poursuis sur un ton qui se veut innocent sans l'être le moins du monde. Je connais une petite route très jolie et pas très loin. Regard interrogatif et suspicieux, genre connais pas et veux pas connaître

Cette fois ci, il ne m'aura pas. J'ai bossé le sujet (merci le forum

). C'est une petite route qui s'enfonce dans le canyon de la Ngo Qué vers Sin Cai et la
Chine sur une vingtaine de kilomètres. Elle démarre sur la gauche environ 5 km avant d'arriver à Meo Vac. Si ça c'est pas de la précision... On pourrait en prendre un petit morceau, en aller-retour, juste pour voir... Il paraît qu'elle est superbe... On a le temps, rien de prévu (puisqu'on a déjà vu la tour du drapeau hier) et la météo est idéale. Visage fermé, regard fixe au dessus de mon épaule gauche, lèvres pincées, je commence à connaître cette expression qui n'augure rien de bon. Le verdict tombe. Pas au programme. On pourrait s'arranger, négocier (je pensais que tout pouvait se négocier en Asie. Tout, peut-être mais pas toujours !

) le voilà déjà dans la voiture. Bon ben c'est râpé. C'est pas demain que je serai engagée dans le corps diplomatique français vu le résultat

Dommage que je ne puisse pas en parler directement au chauffeur, j'aurais sans doute eu une petite chance supplémentaire.
Donc, direction Meo Vac, installation à l'hôtel et... activité lessive (ben oui, il faut bien sacrifier au sens pratique de temps en temps

) Il est seulement 15h !
Je ne sais rien de Meo Vac City. Je ne suis même pas certaine qu'il y ait grand chose à en savoir. Tant pis, on décide de partir en exploration, le nez au vent, la clé dans la poche. On verra bien. Au moins, l'hôtel est en plein centre et permet un accès facile.
D'ailleurs, les choses ne semblent pas trop compliquées, une rue principale, quelques transversales, des parallèles le tout à angle droit, à l'américaine, bien la première fois qu'on voit ce type de quadrillage urbain de ce côté du globe !
Immédiatement, on accroche. Quelque chose dans l'air, dans les visages souriants qui se tournent vers nous, dans la vie quotidienne qui s'étire jusque sur les trottoirs. Meo Vac n'a rien à voir avec sa voisine Dông Van, peu d'hôtel, peu d'étrangers et un empreinte beaucoup moins cosmopolite.
Les habitations se succèdent comme autant de vitrines, le boucher, la pharmacie, un vendeur de légumes, des gamins qui jouent, des deux roues qui tournent, des poules, des chiens, des chèvres, une volaille qu'on égorge, un vendeur de Smartphones dernier cri, une marmite qui bouillonne, du riz qui sèche.
c'est là où on voit les limites de la photographie avec un téléphone
mais c'est juste pour donner une idée... 
On prend à gauche, on tourne à droite, on remonte un peu. Il y a l'école avec ses affiches immenses, des bâtiments de l'armée, le service propreté de la ville qui s'affaire sous un chapeau pointu, armé d'un immense balai accroché à une charrette à bras archaïque.
On tourne encore, on redescend, portés par les odeurs, par les lumières qui s'allument, par le repas qui se prépare entre une bassine et une casserole de fer blanc, là, au bord de la route, au ras du macadam.
On ramasse des hello, des sourires, des gestes de la main, des regards bienveillants. On se sent bien, ici, où la quiétude d'un quotidien qui parait immuable se mêle à l'agitation de la vie de tous les jours, aux gestes cent fois répétés.
Coincé entre les montagnes dont les ombres s'allongent peu à peu, le village s'allume, un foyer après l'autre tandis que le ciel s'assombrit, zébré par moment d'une estafilade de feu. Au loin, un grondement roule et se rapproche.
L'orage sera bientôt là, et avec lui la nuit. Déjà, de grosses gouttes s'écrasent sur les dalles encore chaudes y laissant une auréole plus foncée qui disparaît rapidement. Il est temps de rentrer. Mais où donc se trouve notre hôtel ? On refait le chemin en sens inverse. Il me semble reconnaître une maison, un étal... il me semble

... mais au bout d'un moment, je n'en suis plus si sûre

A droite, à gauche ? A force de tourner, il faut bien le reconnaître, on est complètement perdus ! Oui, je sais, Meo Vac n'est pourtant pas bien grand mais l'obscurité qui s'intensifie n'arrange rien et l'orage est tout proche maintenant. Quel est le nom de l'hôtel déjà ? Il a été modifié depuis notre arrivée sur le sol Vietnamien. Evidemment, je ne me souviens plus que du premier, celui inscrit sur le programme

Voilà qui ne nous avance pas à grand chose ! Heureusement, au fond d'une poche, il y a la clé de la chambre et accroché à la clé, un petit morceau d'écorce où est gravé le nom de l'établissement. Il n'y a plus qu'à demander. Pas en français, pas en anglais, reste le vietnamien... et les gestes.
Lam on, Xin chao, un sourire, la clé, notre dégaine de touristes et le tour est joué. Un homme nous entraîne un peu plus loin dans la rue, montre un passage sur la gauche, agite trois doigts. Reçu 5 sur 5
Cam on,
Tam biet. Il ne peut s'empêcher de sourire. Notre accent, c'est une catastrophe évidemment mais au moins, ça met tout le monde de bonne humeur. Il s'essaie à un
Good Bye. Bon ben, c'est pas mieux

Cinq minutes plus tard, nous sommes devant notre hôtel et les foudres du ciel se déchaînent alors avec une férocité qui nous étonne toujours.
Rq : Désolée pour l'écriture des mots en vietnamien où manquent tous les accents. Avant notre départ, j'avais fait une petite liste des termes et expressions les plus courants mais uniquement en phonétique

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