Le québecois est au français ce que l'américain est à l'anglais. Peut-on considérer qu'il s'agit de deux langues différentes ou est-ce la même langue? Difficile d'être catégorique à ce sujet: je pense que le français et le québécois ne font pas deux langues, ni une seule, mais ils font bien une langue et-demi.
Bonjour !
Je ne suis pas sûr qu’il soit "
difficile d’être catégorique à ce sujet"... Et aux
Etats-Unis, on parle, tout simple, un anglais américain, non... ?!
J’avoue de peut-être ne pas être compétent dans ce sujet, autrement dit, je ne sais que peu du québécois. Mais ce que je sais ne tolère pas de qualifier le québécois d’une "langue" (comme opposé d’une "variante de langue").
Comme d’autres variantes diatopiques du français aussi, le québécois est caractérisé grandement par d’archaïsmes : on trouve p.ex. le [wè]* ou [we] pour /oi/ dans des mots comme
moi,
toi,
foi,
soir ou
tiroir (c’était généralement l’usage en
France jusqu’à la Révolution, et est l’usage même aujourd’hui dans les quelques régions), on trouve le [è]* dans
froid [frèt],
étroit [etrèt] et
croire [krèr], comme il s’est développé aussi en
France dans les terminaisons de l’imparfait et du conditionnel (les formes
je chantais,
je chanterais,
français ont été autorisées par l’Académie Française au début du 19e siècle, les formes traditionnelles sont
je chantois,
je chanterois,
françois), on trouve le [y] pour /eu/ dans des syllabes non-accentuées, p.ex. dans
Europe [y'rop] ou
heureux [y'rø], ou on trouve la préservation du [-s] dans des mots monosyllabiques, p.ex. dans
(les) gens ou
ceux [søs] au lieu de [sø]. Autres archaïsmes phonétiques : la diphtonguisation des voyelles longues comme dans
frère,
chaise ou
côté [kow'te] ; l’ouverture de /e/ devant /r/ > /a/, p.ex. dans
servir ; la préservation du [t] final dans p.ex.
bout [but], et non [bu],
fouet [fwèt] et non [fwè] (voir aussi en haut les exemples
froid et
étroit) ; l’assibilisation de /t/ et /d/ devant une voyelle palatale, p.ex. dans
tu dis [
tsy
dzi],
difficile,
syndicat ou
costume [kos‘tsym] ; etc. etc.
Dans le vocabulaire, on trouve, peu surprenant, aussi un grand nombre d’archaïsmes :
œuvrer (travailler),
menterie (mensonge), pour ne nommer que deux. Et il y a de nombreux anglicismes, bien sûr,
car,
job,
fun, mais aussi les quelques adaptations comme
ploguer (to plug),
bines (beans),
smatte (smart) et
drave (drive ; "flottage du bois") ou des calques comme
crème glacée (ice cream) ou
annonces classées (petites annonces). Par contre, beaucoup d’anglicismes utilisés en
France ne sont pas d‘usage resp. sont peu habituels au québécois : au lieu de
weekend, on dit
fin de semaine, au lieu de
parking stationnement, au lieu de
bac ou
ferry-boat traversier, au lieu de
fax télécopie, au lieu de
stop arrêt (au trafic routier). Et on a évidemment au
Canada moins de problèmes de former des professions féminines qu’en
France :
auteure,
écrivaine,
professeure.
Jetons une vue sur la
Suisse romande : autant que je sache, son français n’a aucune caractéristique distinctive qui est limitée à la
Suisse mais se caractérise par une position conservatrice, surtout en ce qui est sa phonétique : la préservation de 4 phonèmes vocaliques nasaux ; l’opposition de la voyelle /a/ palatal et /a/ vélaire ; l’opposition de /o/ et /ò/* dans la syllabe finale (
seau [so] vs.
sot [sò]) ; l’opposition de longueur de /-é/ [-e:] et /-ée/ [-e:j]. Des archaïsmes sont aussi la formation du futur au moyen de
vouloir (au lieu de
aller + infinitif), la préférence de
septante,
huitante,
nonante auprès de
soixante-dix,
quatre-vingt,
quatre-vingt-dix, et aussi la conservation de la signification pour les désignations pré-révolutionnaires des repas, que ce soit
dîner (déjeuner) ou
souper (dîner). De plus, il y a des constructions phrasales empruntées dont la syntaxe correspond à celle de l’allemand (et non à celle du français standard, je pense) :
il me vient contre "er kommt mir
entgegen" ou
il me copie dessus "er schreibt von mir
ab". Dans le vocabulaire, il y a
canton,
maturité (baccalauréat),
numéro postal (code postal), etc. etc.
A cette occasion, je m’abstiens de considérer le français peu homogène de la
Belgique et celui en Afrique francophone... J'ose dire que les quelques variantes du français parlées aux pays africains diffèrent de même du français (de la
France) que le québécois.
Je n’ai jamais entendu parler que les Suisses (ou les Africains également) réclament pour leur français le statut d’une " (propre) langue". Vous voyez, les Suisses sont un peuple petit mais très très sage, peut-être le plus sage en Europe. Je ne vois pas pourquoi le québécois devrait être une "langue (à part)", sur un pied d'égalité du français de la
France. A mon avis, il n’y a qu’un seul français, et ceci est parlé en
France ; sinon, il s’agit de variantes diatopiques parlées en
Suisse, au Québéc ou n’importe où. Basta (c’est catégorique) !
Un grand MERCI à Martin19 (
Franchement...dire que le "français québécois" est une langue à part est complètement absurde. Il faut arrêter de délirer) !
Bonne journée, hgb
* j’utilise ici comme caractères phonétiques les voyelles semi-ouvertes "è" et "ò" au lieu de l’epsilon et du "c" inverse (selon l’API).