Et voici l'avant-dernière étape de notre périple... ouf, on arrive au bout
!
18ème jour : San Francisco centre
J’ai chaussé mes baskets, enfilé mon manteau. À
San Francisco, seuls les touristes nouvellement arrivés se promènent en short et tee-shirt

.
Cette fois-ci c’est à pied que nous sillonnerons la ville. J’ai prévu un circuit qui nous fera découvrir
Union Square,
China Town,
Financial District,
Embarcadero,
Telegraph Hill,
North Hill et
Lombard Street. Retour par
Russian Hill et
Nob Hill. Un programme ambitieux qui comporte un nombre certain de kilomètres et un dénivelé non négligeable mais que nous suivrons à la lettre et qui nous réconciliera avec la ville aux 50 collines

.
La voiture est garée dans un parking de
Union Square pour la journée. Rien de plus facile à trouver avec l’application Best Parking qui permet aussi de sélectionner un point de chute en fonction du prix.
Pour ne pas changer, le temps est gris mais nous n’espérions même plus autre chose. Nous commençons par monter au dernier étage de Macy’s, temple effréné de la consommation. À 10 heures du matin, c’est assez calme, ce sera différent en fin d’après-midi lors de notre retour. La vue sur la place est jolie malgré les travaux. Avec ses fameux cœurs disposés aux 4 coins, elle a un petit air frondeur.
Nous nous engageons dans
Maiden Lane, une ruelle autrefois territoire des filles de mœurs légères devenue celui des boutiques de luxe et des bars uppés. Clin d’œil du temps qui passe. Quelques beaux bâtiments, des banques essentiellement aux entrées luxueuses qui transpirent l’argent et la spéculation et une petite galerie commerçante à l’allure aussi charmante que le nom,
Crocker Gallery dont nous emprunterons la verrière pour rejoindre
Sutter Street.
Puis nous gagnons
Chinatown, passant sous le fameux portail coloré gardé par des carpes et des dragons porte-bonheur. Les lanternes rouges, les sinogrammes mystérieux tracés sur les façades, les denrées exotiques des étals surchargés, nous transportent en Asie. Nous montons
Grant avenue, trainons dans
Stockton Street, découvrons au fin fond d’une étroite venelle, l’atelier exiguë où sont fabriqués ces fortunes cookies qui annoncent notre avenir à la fin d’un repas. Boutique de cerfs volants, exposition de woks, les échoppes se suivent petites et encombrées. Chinatown, née de la guerre de l’opium, de la famine sévissant dans la région de Canton, peuplée d’hommes et de femmes dont les ancêtres ont attendus longtemps que les lendemains chantent pour eux.
Et le voile se déchire et le bleu se mêle au gris et la lumière du soleil, timidement, glisse sur les 51 étages de verre et de granit de l’imposant gratte-ciel, siège mondial de la Bank of America

.
Le
Well Fargo Museum nous parlera de l’histoire de la
Californie, de la ruée vers l’or, du temps des diligences, de ceux qui ont rêvé et osé entreprendre le voyage, de ceux à qui la fortune a souri, de ceux aussi, qui ont laissé leur vie sur le chemin de l’espoir.
Nous trainerons encore dans le quartier le plus anciens où le gris du béton n’a pas encore remplacé la brique rouge, il bordait autrefois des marécages, abritait des marins, des tenanciers, une population peu recommandable. On l’appelait Barbary Coast et il est resté debout quand la terre a grondé de colère, en 1906. Transformé, réhabilité, colonisé par les galeries d’art et les antiquaires, il côtoie depuis 1972 le plus haut building de la ville qui domine la baie de sa célèbre flèche :
Transamerica pyramide, une masse imposante et moderne que l’on aime ou déteste. J’ai aimé

.
Nous approchons du secteur d’
Embarcadero qui prolonge vers l’Est Fisherman’s Warf, un secteur mieux protégé du brouillard et du vent que le reste de la ville, comme nous pouvons le constater.
Jusqu’au séisme de 1989, la zone était industrielle et les quais séparés de la ville par les deux niveaux d’une autoroute urbaine. C’est donc très récemment qu’à eu lieu sa réhabilitation. Quatre blocs juxtaposés sont sortis de terre, 40 étages de bétons reliés par des passerelles de verre et d’acier aux courbes aériennes. Un sol de pavés rouges, de dalles claires, de bois blanchi, des couloirs découverts qui captent le soleil, hébergent des bacs de plantes luxuriantes et fleuries. Des bancs, des tables, des parasols qui invitent les passants et partout des prunus couleur brique, bouleaux éthérés, érables denses qui partent à l’assaut des murs élevés par les hommes, des fougères géantes colonisant les rampes d’escaliers, des corbeilles qui débordent de rose, de bleu, de blanc, pétales veloutées, feuilles de lierre joliment découpées, bicolores, qui cascadent sans fin le long des réverbères.
Il me semble qu’ici on a su allier la nature et la pierre, mêler la froideur minérale à la douce tiédeur du monde végétal, casser les lignes droites de courbes accueillantes, trouver dans le métal la chaleur de la flamme. Au premier pas, au premier regard, ce quartier m’a séduit. Et quand j’ai débouché à l’Est, sur les quais, j’ai fait face au
ferry building dont l’élégante silhouette un peu surannée se détache sur la toile nuancée de l’eau et du ciel tandis qu’à ses pieds, se déroule la longue promenade plantée de palmiers qui longe la baie.
Du bout du
pier 14, plus authentique, moins surpeuplé aussi que ses voisins du nord, la vue est magnifique. En regardant vers l’est, le Bay bridge se dévoile tandis que vers l’ouest on englobe d’un regard
Financial District et Telegraph hill où se dresse
Coit Tower.
Nous avons suivi le boulevard, rejoint
Levi Strauss Plaza, le siège du célèbre fabriquant de jeans, trouvé
Napier Lane, l’allée de bois où résonnent encore les cris des marins qui occupaient le quartier et nous sommes partis à l’assaut des
Filbert Steps, lacis d’escaliers qui escaladent la colline au milieu des massifs d’arbres et de fleurs encore habitée d’élégantes cabanes et de surprenants volatiles au plumage coloré.
C’est un enchantement que cette colline là, celle, parmi les 50 qu’il ne faut pas rater. Elle s’appelait Loma Alta, la haute colline en espagnol, portait le sémaphore qui annonçait à la ville l’arrivée des navires, hébergeait les marins, les pêcheurs, les dockers, les émigrés irlandais, les poètes bohèmes. Elle raconte aujourd’hui d’une voix forte et profonde les histoires d’hier à qui sait écouter.
Nous sommes venus à bout des 377 marches

et arrivés au pied de la tour portant le nom d’une petite fille qui aimait les pompiers, Lili Hitchcock Coit, sans tréma s’il vous plait

. Construite en 1933, son hall, libre d’accès, est tapissé de gigantesques fresques qui évoquent la lutte des classes lors de la grande dépression. Une exposition qu’il serait dommage de manquer et qui frappe par la force qu’elle dégage.
Puis ce fut
North Beach, le quartier italien colonisé ensuite par Kerouac et la beat génération, où les gelati s’abritent derrière les deli, où le vert, blanc, rouge d’un drapeau porte les lettres US. C’est sans doute cela, l’intégration. Il ya a encore
Washington square,
St Peter and Paul Church sur le parvis de laquelle flotte l’ombre de Marilyn et de Jo Di Maggio.
Il restait
Russian Hill, l’un des quartiers les plus élevés de la ville.
Lombard street a guidé nos pas vers la toute petite section où la colline est si pentue qu’on y a réalisé une série de 8 virages afin qu’elle puisse être empruntée sans danger par les véhicules. Ses célèbres hortensias font une haie d’honneur au défilé incessant de voitures qui descendent. Nous l’avons montée à pied puis descendue en voiture, le lendemain. J’ai nettement préféré notre première expérience, une approche plus posée qui permet de gouter à la saveur des lieux cachée dans un détail, un angle particulier, l’encadrement d’une porte, un recoin, un buisson.
Au sommet de la crookedest street, j’avais prévu de prendre le cable car, la ligne Powell-Hyde nous ramenant idéalement à Market street mais les voitures passent invariablement bondées avec leur lot de touristes pendus sur le marche-pied. Impossible de monter à quatre

, pas question de se battre pour ça. Proposition de mon ado paresseux, pas sportif, qui préfère généralement faire courir ses doigts sur un clavier plutôt que ses jambes sur la terre ferme :
si on rentrait à pied ! On n’est plus à un paradoxe près


. Si certains étouffent sur l’asphalte urbain, lui trouve un second souffle entre les murs des villes. Le vote est unanime, nous marcherons. Retour par les collines qui montent, qui descendent, remontent et redescendent sans fin. Le tram nous accompagne de ses vibrations, nous en verrons plusieurs, lents, d’un autre temps. A Russian Hill succède
Nob Hill puis enfin
Union square, plus animé que ce matin. La boucle est bouclée. Nous y retrouvons notre Dodge qui nous attend sagement.
Notre retour à Corte Madera se fera via le parc
Presidio avec un petit arrêt, encore, au
Palace of fine Arts, un étonnant édifice né en 1915 lors de l’exposition universelle
Panama-Pacific, symbole de la renaissance de SF après le grand tremblement de terre de 1906. Et dire qu’il ne devait être que provisoire ! Aujourd’hui, après de multiples changements d’activités, il dresse toujours, dans un cadre bucolique, son élégante silhouette, glissant dans le nouveau monde des ombres de l’antiquité gréco-romaine.
Bilan :
- Cette journée m’a réconciliée avec
San Francisco 
. J’ai beaucoup aimé le quartier Embarcadero et
Financial district qui mettent en évidence, sans doute, la partie la plus américaine de la ville. La
Coit tower et ses Filbert steps, avec sa végétation luxuriante, ses « parrots » au plumage chatoyant, sa vue époustouflante sur la baie ne peuvent pas, non plus, laisser indifférent. Il s’en dégage un tel charme que j’ai du mal à imaginer qu’on puisse y résister. On y sent l’empreinte du passé, la conquête d’un monde, la volonté d’autre chose.
- J’ai été frappée également par le contraste entre la façade océanique, burinée par le vent venu du Pacifique, endurcie par les courants froids, dominée si souvent par le gris d’un ciel implacable et les rivages de la baie, abrités, protégés comme un enfant fragile, plus cléments, plus accueillants.
Je n’ai pas aimé
Fisherman’s wharf, exploité à l’extrême au point de ne plus y trouver trace du moindre souffle d’histoire. Les lions de mer qui posent sur les pontons, les institutions qui y exposent leur pédigrée, peinent à y insuffler une âme. L’afflux de touristes et de boutiques fait le reste. Cela reste bien sûr un avis subjectif et bien fugitif.
Voilà pour notre dernière journée pleine à SF. A demain, pour "the last day" qui ne sera pas, je le promets le jour le plus long
!